ISBN : 2213635188
Éditeur : Fayard (2012)


Note moyenne : 3.6/5 (sur 5 notes) Ajouter à mes livres
résumé du livre

Je suis noir, et forcément ça se voit. Du coup les Noirs que je croise à Paris m'appellent 'mon frère '. Le sommes nous vraiment ? Qu'ont en commun un Antillais, un Sénégalais, et un Noir né dans le Xème arrondissement, sinon la couleur ... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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  • Par aranzueque-arrieta, le 01 mai 2012

    aranzueque-arrieta
    Le sanglot de l'homme noir
    Alain Mabanckou
    Fayard

    Le romancier Alain Mabanckou nous propose un essai iconoclaste dans lequel il utilise pour construire son argumentation la littérature, la philosophie, l'histoire, la sociologie ainsi que quelques anecdotes - parfois cocasses - de sa vie d'écrivain et d'homme Noir.
    Le livre commence par une lettre adressée à son fils Boris dans laquelle il l'exhorte à ne pas sombrer dans l'accusation-condamnation à sens-unique de l'homme Blanc que certains rendent responsables de tous les malheurs de la condition des Noirs et de tous les maux du continent africain ; l'essai s'achève par une autre lettre - en annexe -, celle de Yaguine et Fodé - les deux adolescents retrouvés morts dans le train d'atterrissage d'un avion à l'aéroport de Bruxelles en 1999 - qui demandent désespérément, au prix et sacrifice de leurs vies, de l'aide aux « responsables de l'Europe » pour sauver l'Afrique qui se meurt.
    Le sanglot de l'homme noir nous invite à prendre nos responsabilités, Noirs et Blancs.
    Alain Mabanckou revient sur une réalité historique et politique, tout en prenant du recul avec pragmatisme, quitte à nous faire grincer des dents. Il ne renie pas les monstruosités commises lors de la Traite des Noirs, ni celles perpétrées pendant la période coloniale et postcoloniale, mais il met aussi les Africains « sur le banc des accusés » aux côtés des Blancs, en rappelant entre autres que des chefs Noirs ont aussi vendu leurs frères pendant les horreurs du commerce triangulaire et qu'après les indépendances, dans les années soixante, les africains n'ont pas su profiter de cet élan de liberté pour trouver leur propre modus vivendi, ils se sont fait à nouveau avaler par des ogres avides de pouvoir et de sang tels que Bokassa, Mobutu ou Amin Dada - pour ne citer qu'eux -.
    Mabanckou revient aussi sur le débat houleux qui concerne la langue française, celle du colonisateur et du colon pour certains intellectuels africains.
    Son parcours illustre une autre voie - et voix - loin de la haine, du complexe d'infériorité et de la méfiance que pourraient avoir ceux qui comme lui utilisent cette langue qu'ils ont du apprendre souvent contraints et forcés ; il est né au Congo Brazzaville, a bénéficié d'une bourse pour étudier en France et il enseigne - en français, précise-t-il - aujourd'hui aux Etats-Unis.
    Nous pensons qu'il est un des meilleurs représentants de l'essor de la langue française ; il n'est en aucun cas un larbin du colonialisme linguistique parce qu'il utilise la langue des colons, mais un acteur majeur de sa rénovation et de sa vitalité à travers son œuvre. Voilà la meilleure réponse qu'il peut donner à ses détracteurs, une belle revanche sur un passé obscur.
    Il pose aussi la question - en ces nauséeux moments de débat sur l'identité nationale ou sur la supériorité de certaines civilisations par rapport à d'autres - de la nationalité : qu'est-ce que c'est « être français » ?
    Quand il annonce qu'il est français, on lui demande aussitôt son origine, car en tant que Noir, il ne peut être que « franco-quelque chose ». Dans l'esprit étriqué de beaucoup, être français c'est être Blanc, un point c'est tout. Or la France est aussi ce mélange enrichissant et bouillonnant de cultures qui viennent de différents horizons. Mabanckou est un ambassadeur de la culture française à travers ses livres. Etre français ce n'est pas une donnée géographique liée à un territoire donné, bien sûr que non !
    Les républiques des lettres et de la langue dépassent ces frontières topographiques purement stériles.
    Faut-il être français de père en fils - ou 100% français, horrible expression aux connotations puantes -, pour avoir une vraie légitimité quitte à parler un français approximatif comme beaucoup de nos compatriotes qui ignorent tout des subtilités de leur propre langue et la prostituent dès qu'ils ouvrent la bouche ; on retombe alors dans une vision inquisitrice de la nationalité qui rappelle les heures sombres de l'histoire de l'humanité - le sang pur et pourquoi l'ADN tant qu'on y est !-.
    Le sanglot de l'homme noir est un livre choc très riche qui bouscule beaucoup d'idées reçues. Nous mettons cependant un bémol sur la part exagérée de responsabilités qu'attribue l'auteur aux Noirs. le rôle de la France et par conséquent, jusqu'à une certaine époque en tout cas, de l'homme Blanc a eu une incidence indéniablement négative et destructrice sur le continent africain. Des siècles d'humiliations, de viols - culturels, humains, religieux, etc. - ont forcément une conséquence culturelle et humaine sur les victimes. Au lendemain des indépendances, comment l'homme africain, jusqu'alors muselé, noyé dans un obscurantisme que les Blancs ont savamment entretenu, aurait-il pu prendre le recul que nous confère aujourd'hui l'histoire - et la raison - ? Ce n'est pas, en tant que Blanc, le sentiment de culpabilité et de honte - qu'analyse d'ailleurs l'auteur - qui nous amène à tenir ce discours, mais la colère et l'indignation de faire partie de ceux qui ont permis ces ignominies. Si Plaute disait que « l'homme est un loup pour l'homme », nous pensons que l'homme blanc a été un ogre pour l'homme noir et que des hommes blancs aux masques noirs - Mobutu, Bokassa et compagnie - n'ont fait que perpétrer une oeuvre de destruction et d'humiliation permanente de laquelle les africains ont évidemment du mal à se sortir. Nous ne justifions certes pas la haine ou la méfiance de certains Noirs envers les Blancs, néanmoins nous la comprenons en partie.
    Nous partageons - avec quelques nuances - la réflexion qu'Alain Mabanckou propose dans son essai, mais précisons qu'il l'exprime, ou peut se permettre de l'exprimer, après avoir effectué un parcours intellectuel qui n'est pas à la portée de tout le monde et certainement pas de ceux à qui l'on n'a jamais permis de relever la tête pour des raisons historiques, politiques ou sociales.
    Quoiqu'il en soit, Le sanglot de l'homme noir a gagné son pari, celui de nous indigner, de nous faire réagir et c'est cela même qui permet de faire avancer le débat. Et puis lire du Mabanckou ça reste toujours un grand plaisir...

    http://faranzuequearrieta.free.fr

    Lien : http://faranzuequearrieta.skyrock.com/3073425163-Le-Sanglot-de-l-Hom..
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    • Livres 5.00/5
    Par bina, le 06 avril 2012

    bina
    Voici un essai qui ne va pas passer inaperçu dans la littérature africaine.En effet, il met à plat les relations de l'homme noir avec son passé et part du principe qu'il faut se construire par soi-même et non en référence à un passé de sueur et de sang. Il ne faut pas restreindre le passé de l'Afrique à l'esclavage et au colonialisme, et vivre dans l'esprit de vengeance.
    La reflexion de l'écrivain se construit au fil de ses rencontres multiples, tant en France qu'aux Etats-Unis, et il profite de ces occasions pour analyser les relations de ses interlocuteurs avec cette histoire avec laquelle tous prétendent se coltiner.
    Le livre est de lecture facile, agréable. Nous suivons très clairement la pensée de l'auteur, au fil de chapitres faisant allusion à différents auteurs ou textes fondateurs.
    Il convoque Pascal Bruckner et la culpabilité des occidentaux envers leur passé colonial.
    Dans le passage intitulé ''L'esprit des lois'', il fait référence à la Constitution de la République française qui assure l'égalité de tous devant la loi sans distinction d'origine. Mais s'il faut effectivement dénoncer les dérives racistes et les injustices envers la population noire (je ne dis pas la population africaine, car il faut penser à ceux qui sont nés en France et qui n'ont de l'Afrique qu'une idée parfois mythologique), cette population doit aussi veiller elle-même à ne pas se marginaliser en mettant en avant "des instincts grégaires" anticonstitutionel.
    Cet ouvrage pose de multiples questions et essaie d'apporter des éléments de réponse: la place de l'immigration, des immigrés, leurs perceptions dans les différentes politiques, la place de la diversité dans la création des identités nationales.
    Alain Mabanckou est écrivain et se pose alors la question du français comme langue d'écriture. Ce français, langue des Blancs, des dominateurs, pourtant toujours parlée dans de nombreux pays d'Afrique, peut-il être la langue de l'expression de l'identité africaine? le combat fait rage et la réponse n'est pas la même pour tous.
    Mais pour nous, lecteurs cherchant l'ouverture culturelle, la découverte de nouvelles identités, que doit-on penser? Lire un livre de littérature africaine en VO en français, ou lire une traduction du wolof ou du peul, que doit-on choisir pour promouvoir ces oeuvres? Qu'est-ce qui aura la plus grande diffusion, un plus grand impact?
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Critiques presse (3)


  • Bibliobs , le 08 février 2012
    Mabanckou froissera beaucoup de susceptibilités dans la diaspora africaine. On l'accusera de s'être «blanchi», d'avoir épousé les valeurs des anciens maîtres. Preuve qu'il aura visé juste. On mesure la valeur d'un texte à l'irritation qu'il provoque, au nombre des conformismes qu'il bouscule.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • Lhumanite , le 23 janvier 2012
    Le Sanglot de l’homme noir est un texte rude, sévère, étayé, qui fait fi de tout politiquement correct. L’adresse initiale justifie tant d’intransigeance.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite
  • LaLibreBelgique , le 10 janvier 2012
    L’autocritique, pour [Alain Mabanckou], est essentielle si l’on veut ensuite poser un regard juste sur le reste du monde. Il sait que l’Afrique n’a jamais été, hélas, aussi tributaire de ses anciens maîtres, mais il sait que les Africains eux-mêmes se retrouvent aussi sur le banc des accusés.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique

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Citations et extraits

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  • Par bina, le 06 avril 2012

    En réalité, nous ne sommes pas les enfants des indépendances, nous sommes les enfants de l'après-génocide rwandais. Un génocide rendu possible par une colonisation qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours par des moyens détournés. L'Afrique n'a jamais été aussi tributaire de ses anciens maîtres. Pour le grand malheur de ses populations. Mais, au-delà de la respnsabilité qu'on peut imputer à l'Occident, les Africains sont également au banc des accusés.
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