> Francis Lacassin (Préfacier, etc.)

ISBN : 2859406158
Éditeur : Phébus (2000)


Note moyenne : 3.9/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres
Brest au mitan du XVIIIe siècle : époque de tous les plaisirs, de tous les commerces, de toutes les guerres. Yves-Marie Morgat, gamin encore mais déjà reluqué par les filles, fait pour l’heure comme la rade qui l’a vu naître : il ouvre la bouche (et les yeux) vers l’hor... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 03 septembre 2009

    Woland
    On évoque souvent, à propos de "L'ancre de miséricorde", "L'Ile au trésor" de Robert-Louis Stevenson. le parallèle n'est pas entièrement faux mais il n'est pas non plus tout-à-fait juste.
    En effet, le roman de Stevenson se passe pour une bonne part en mer et sur l'île qui lui donne son titre. L'oeuvre de Mac Orlan pour sa part se déroule intégralement à terre, soit à Brest ou dans ses environs. Chez Stevenson, l'ambiance "pirates & frères de la côte" surgit quasiment dès le premier chapitre et le moins que l'on puisse dire, c'est que, profitant de l'excentricité reconnue et admise des gens de mer, les flibustiers affichent sans complexe des mines inquiétantes ou franchement patibulaires. Tandis que chez Mac Orlan, les pirates et leurs complices sont si bien infiltrés dans la petite société brestoise qu'ils passent inaperçus. Sauf un ou deux sous-fifres qui, sacrifiant à la tradition, ont la tête de l'emploi mais, il faut le souligner, se risquent rarement à terre.
    En revanche, les deux romans ont en commun l'amour de l'océan et le sens du mystère. Et puis - on est tenté d'écrire : et surtout - tous deux décrivent les relations d'amitié qui, peu à peu, s'instaurent entre un adolescent sans expérience et un pirate sans foi ni loi et pourtant attachant.
    Mac Orlan a de plus reconstitué de main de maître l'ambiance qui était celle du Brest du XVIIIème siècle, avec sa rue de Siam où vivent le narrateur et son père, les quais sans cesse en mouvement et que Châteaubriand a décrits dans ses "Mémoires d'outre-tombe", la campagne tout autour et tous ses petits bourgs et hameaux qui, depuis longtemps, sont devenus des quartiers de la ville moderne, et bien sûr, image puissante et toujours présente, même aujourd'hui, le Bagne.
    Car Brest est un personnage à part entière du roman de Mac Orlan. Avec la Nuit, une nuit épaisse, qui rampe sur les pavés glissants du quartier de Kéravel - alors très mal fréquenté - et qu'envahissent en douceur, sans avoir l'air d'y toucher, les brumes nées de la mer. Mais le talent de l'écrivain est tel qu'il ne se contente pas de nous montrer le décor qu'il a choisi : il nous y propulse aux côtés de son jeune héros, Petit-Morgat.
    Comme Jim Hawkins, Petit-Morgat va nouer une relation fils-père avec le personnage qu'il ne fallait pas. Comme Jim, il souffrira de devoir renoncer à ses illusions. Pour tout dire, il ne les admet qu'au matin de l'exécution de son ami. Et le lecteur, qui a pourtant deviné bien plus tôt que Petit-Morgat, espère lui aussi que, peut-être, malgré tout, le pirate s'évadera ou sera sauvé par des complices ...
    Tout est vu exclusivement du point de vue de Petit-Morgat. Cela pourra frustrer quelques lecteurs - je l'ai été - désireux d'approfondir les motivations des flibustiers et plus encore le caractère de leur chef. Mais celui-ci restera une énigme jusque sur l'échafaud - et, tout bien considéré, cela ajoute au charme de "L'ancre de miséricorde."
    Lisez-le donc et découvrez un écrivain de très grand talent, au style imagé et étincelant de poésie : Pierre Mac Orlan. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par zembla, le 25 août 2011

    zembla
    Dans le Brest du 18 ième siècle, Petit Morgat est un jeune homme de 16 ans qui termine ses études au collège des Jésuites et qui rêve d'aventures maritimes mais qui se destine a être militaire dans l'infanterie. Puis un jour, un bagnard réussit a le convaincre de son innocence et lui demande de l'aider dans une affaire mystérieuse où il est question d'un pirate sanguinaire Petit Radet. Commence alors pour Petit Morgat le début de son aventure initiatique où il va cotoyer le monde de la canaille, où il perdre beaucoup de ses illusions enfantines et où il va connaître la mort et la trahison.

    Pierre Mac Orlan est un écrivain français du 20 ième siècle a qui l'on doit (entre autres) le célèbre "Le quai des brumes" (dont est tiré le film de Marcel Carné avec Jean Gabin et Michèle Morgan) ainsi que l'excellent "A bord de l'étoile matutine".
    Dans "L'Ancre de la Miséricorde", l'auteur nous plonge dans un roman d'aventures qui tire son influence du livre de Robert Louis Stevenson "L'île au trésor". le héros est aussi un jeune homme qui vit près de la mer et il vit aussi une vie monotone. Mais alors que Jim Hawkins, le héros de Stevenson, s'embarque a bord de L'Hispaniola pour y vivre de nombreuses aventures, Petit Morgat lui reste a Brest et c'est dans sa ville natale qu'il va connaître le parfum de l'aventure. Grâce au talent incontestable de conteur de PIerre Mac Orlan, nous sommes emmener a travers la ville de Brest alors que la guerre menace entre la France et l'Angleterre.
    Un livre de genre réussit qui nous plonge avec bonheur dans le monde de l'enfance où se côtoient brigands et pirates.
    Ma note 8/10.

    Lien : http://www.desgoutsetdeslivres.fr/
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  • Par alpoupon, le 06 octobre 2011

    alpoupon
    J'avais 12 ans et je lisais mon premier livre.
    Quelle découverte!!, qui depuis m'a apporté la 'drogue' qu'est la lecture.
    Brestois d'origine, je prends toujours autant de plaisir à relire ce roman.
    En effet, quand on sait que Pierre Mac Orlan de son vrai nom Pierre Dumarchey
    né dans la Somme et vivant à Montmartre, nous dépeint avec tant de justesse les lieux, les ambiances et les personnages des ports (Brest, Rouen, Londres etc..)
    on ne peut que s'incliner devant un tel écrivain.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 03 septembre 2009

    [...] ... Je n'étais pas très éloigné de L'Ancre de Miséricorde [la boutique où M. Morgat vend des instruments de marine] lorsqu'un bruit timide de pas étouffés se révéla dans une ruelle toute proche. Par opportunité, la lune entra dans une masse de nuages sombres et l'obscurité devint épaisse. Je pus me glisser et m'accroupir derrière la borne d'une porte charretière. Mon mouvement me montra la qualité de mon instinct. Un gros homme, armé d'un pen-baz [= un gourdin, en breton], passa devant moi. Je ne pus distinguer ni son visage, ni la couleur et la forme de ses vêtements.

    Quand il eut dépassé la porte, je sortis tout doucement de ma cachette. L'homme avait dû s'arrêter, car je n'entendais plus rien. Je penchai un peu la tête et je vis l'énorme promeneur en contemplation devant la façade de L'Ancre de Miséricorde. Il regardait en l'air dans la direction de la fenêtre de ma chambre. Cela me donna beaucoup à penser. De toute évidence, le bonhomme s'intéressait à ma personne. Et ce fait n'était point pour me rassurer. Le promeneur nocturne prit tout son temps pour juger. Il ne gardait aucune précaution pour ne point se faire voir et continua sa route vers le quai en chantonnant. J'eus l'impression qu'il adressait la parole à une autre personne. Tout cela se passait trop loin de mes yeux et de mes oreilles pour que je puisse voir et entendre.

    Un peu déconcerté, je me dirigeai vers Kéravel. Des matelots ivres se battaient devant la porte d'un estaminet dont le patron armé d'une lardoire se découpait sur le fond lumineux de sa porte ouverte. Derrière les combattants, une bande de filles piaillantes réclamaient la garde. Les matelots se battaient consciencieusement, avec des "han" de boulangers pétrissant la pâte. ... [...]
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  • Par Woland, le 03 septembre 2009

    [...] ... Encore une fois, je posai le pied sur le pavé de la rue de Siam que le brouillard de la nuit rendait plus glissant que des écailles de poisson. Le veilleur de nuit venait de passer et j'entendais encore au loin sa mélancolique plainte solennelle de vieux hibou. Il pouvait être onze heures. La rue était endormie.

    Un peu de lumière sourdait entre les volets du Brûlot Fournier [café très en vogue de la rue de Siam]. J'imaginais Mme et M. Poder [les propriétaires du café] comptant leurs écus dans la caisse décorée d'une plante exotique. Je sentais sur mes reins mon couteau dans son étui de cuir. Ce contact me donnait une grande confiance dans mes forces. Je respirais l'odeur grasse de la rue comme un conquérant. Mes poumons s'emplissaient d'un air de qualité martiale. Je commençais, à mon insu, à m'habituer aux aspects toujours mystérieux de la lune dont la lumière lugubre projetait sur les murs et la chaussée des ombres extravagantes.

    J'allais doucement le long des murs et, tous les dix pas, je m'arrêtais afin de prêter l'oreille aux bruits. Il me sembla bien entendre comme une faible rumeur dont je ne pouvais préciser ni la distance, ni l'emplacement. Il en était dans la nuit des voix comme des lumières. Je les croyais près de moi quand, au contraire, elles étaient encore loin. ... [...]
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  • Par Woland, le 03 septembre 2009

    [...] ... Kéravel était le quartier pauvre qui s'étendait entre le bagne et la rue de Siam où nous logions. En empruntant, pour revenir, ces petites ruelles obscures et malodorantes, je désobéissais à mon père et à Marianne Tréviden, notre vieille servante, dont l'imagination peuplait ce quartier de mille démons à face humaine. En vérité, elle n'avait point tort. La proximité du bagne donnait à ces ruelles pavées d'immondices et bordées de cabarets mal famés un caractère assez dangereux dont je me souciais peu à cause de mon âge et grâce à une certaine hardiesse d'humeur qui me venait du frère de ma mère, décédée le jour même de ma naissance. Cet oncle avait commandé une compagnie d'un régiment de la défunte Compagnie des Indes jusqu'au jour où il avait trouvé la mort en combattant pour l'honneur de défendre nos possessions lointaines. Je gardais précieusement, dans une petite armoire, son hausse-col et sa cocarde : son épée, son fusil et son esponton étaient suspendus au-dessus de la cheminée de notre salle-à-manger. C'est, sans doute, le souvenir de cet oncle qui me poussa à étudier pour faire carrière, malgré ma roture, dans l'artillerie. ... [...]
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Videos de Pierre Mac Orlan

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Vidéo de Pierre Mac Orlan


U-713 de Gus Bofa & Pierre Mac Orlan aux Éditions Cornélius [Tout arrive sur France Culture]
Extrait sonore de l'émission "Tout arrive" sur France Culture le 8 juin 2010 sur le livre "U-713 ou les gentilshommes d'infortune" édité par les Éditions Cornélius le 3 juin 2010.








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