ISBN : 2070361543
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
C'est la seule femme dans cette salle dont la chevelure ne soit pas coupée sur la nuque... L'odeur secrète du dancing, comme celle de l'année 1919, est encore l'odeur doucereuse et fade du sang. Nelly est belle, d'une beauté nettement parisienne. C'est vraiment une fill... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 03 septembre 2009

    Woland
    Avant toute chose, le lecteur doit savoir que, hormis deux ou trois patronymes, le roman de Mac Orlan n'a absolument rien à voir avec l'adaptation plus que libre qu'en firent Marcel Carné et Jacques Prévert en 1938. La réplique, devenue mythique, de Jean Gabin : "T'as d'beaux yeux, tu sais ..." n'existe pas non plus, Nelly, interprétée par Michèle Morgan, n'est pas la pupille de Zabel-Michel Simon et, bien loin de se dérouler au Havre, l'action se situe tout bêtement à Paris, notamment à Montmartre. Seul subsiste le pessimisme angoissant du roman, poussé à son paroxysme par l'ombre du conflit qui n'allait pas tarder à éclater en Europe.
    Tout débute au "Lapin Agile" - Mac Orlan devait épouser, rappelons-le, la fille du propriétaire - par une nuit de grand froid. Jean Rabe, jeune homme de bonne famille devenu bohème et ayant sombré dans la misère, vient y chercher un peu de chaleur auprès du patron, Frédéric. Cette nuit-là au reste, "Le Lapin Agile" va voir défiler son lot de "paumés" : un peintre d'origine allemande, Michel Kraus, (Robert le Vigan devait en donner une interprétation mémorable), un soldat prêt à déserter, la jeune Nelly (dix-neuf ans), qui traîne sans but et dont les bas sont percés, et enfin un inquiétant boucher, Isabel, dit Zabel, poursuivi par une bande d'apaches qui, selon lui, cherchent à le dépouiller.
    Car "Le quai des brumes" se déroule aussi avant la Grande guerre, dans un Paris où les marlous et les pierreuses arpentent avec fierté les fortifications et où s'affrontent, à coup de revolver, les clans rivaux dont les actuelles bandes de jeunes, certes plus cosmopolites, ne sont, au bout du compte, que les lointaines descendantes.
    De cette rencontre autour du feu du "Lapin Agile", les anti-héros de Mac Orlan partiront vers des destins tragiques : le suicide pour l'un, le meurtre pour l'autre, l'exécution pour ceux qui restent. Seule, Nelly s'en sortira, mais après s'être résolue à embrasser la prostitution de luxe.
    Contrairement à ce qu'il se passe dans "L'ancre de miséricorde", l'action ici est faible. Les personnages sont là avant tout pour exprimer les angoisses et le mal-être et aussi pour ressusciter la période de misère que traversa en son temps leur créateur. Une fois de plus, Mac Orlan dépeint avec superbe et vérité la ville qu'il a choisie comme décor, un Paris disparu, avec ses voyous invisibles, ses enfants mal tenus sautant à cloche-pied dans le caniveau, les interminables escaliers de Montmartre, les petits magasins à la vitrine étroite et poussiéreuse, que protègent la nuit de simples volets de bois, les paysages presque irréels d'une banlieue qui commençait alors à Belleville, et la bohème misérable de l'époque.
    L'ambiance est noire, noire, noire et l'espoir est mort : on doute même que les personnages l'aient jamais possédé. Seule note optimiste, à la dernière page, quelques toutes petites lignes avant la fin : Nelly est parvenue à recueillir le fox-terrier de Jean Rabe.
    Evidemment, c'est bien peu mais n'est-ce pas mieux que rien ? ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par Saint-Luc, le 27 avril 2011

    Saint-Luc
    Dire que j'ai osé vivre 55 ans, avec un bouquin pareil dans ma bibliothèque sans l'ouvrir... Impardonnable.
    Ce livre possède une puissance évocatrice peu commune. Il n'est pas noir, il est désespéré d'une misère sans fond.
    Non pas un livre à lire, mais des mots à mâcher un matin de brouillard, vers cinq heures, en mastiquant la brume noire et pâteuse qui vous entoure...
    Il n'y a pas d'histoire, juste l'évocation de quelques personnages, déjà morts en eux-mêmes, qui se traînent, se perdent, se tuent, se dégoûtent si profondément qu'ils en deviennent presque abstraits de bêtise.
    Le reste appartient au génie de Mac Orlan, qui assemble des mots comme un boucher s'amuserait, par désoeuvrement, à construire en pyramide son arsenal de coutelas.. Avec professionalisme mais en pure perte...
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 03 septembre 2009

    [...] ... - "Vous êtes tous des artistes (...)" dit l'homme, "moi, je ne suis pas artiste, je suis boucher aux environs de Paris, mais j'aime beaucoup les arts, la musique surtout, la grande musique même. J'aime particulièrement la musique religieuse. Ca m'élève l'âme et ça me pousse à toutes les extrémités. Nous avons tous une petite idée derrière la tête, tous, sans exception ; cette idée-là, nous la connaissons mal nous-mêmes, elle est comme un veau mort-né, un foetus, un poulet à ses débuts dans l'oeuf. Il faut éviter de trouver à ses dépens le produit qui donne à cette idée une vie normale et puissante, une puissance plus forte que celle que possède le boeuf dans sa tête et dans son cou. Une idée qui vous morcelle le raisonnement à coups de cornes. Voilà ce qu'il faut éviter de trouver. Pour les uns, c'est la femme, pour les autres, comme moi, c'est la musique qui donne de la volonté et du mouvement à cette arrière-pensée. Pour les plus vulgaires, c'est le sang. Le sang est un excellent révélateur de la force inconnue qui travaille le crâne des idiots. (...) Je tue tous les vendredis deux boeufs, deux veaux et trois moutons. Je connais la valeur du sang, ses reflets, son odeur et les idées qui se cognent les unes contre les autres entre les quatre murs de l'abattoir. C'est l'arrière-boutique de la pensée des hommes. Nous possédons tous, très loin dans l'arrière-boutique de notre pensée, un abattoir qui pue. Quelquefois, mais rarement, il sent bon. C'est également parce que nous possédons tous, vous le savez aussi bien que moi, un petit coin pour ranger ce qui reste d'un peu propre en nous-même. Il y a des souvenirs de famille" (il baissa la voix), "les enfants. De temps en temps, j'aime à regarder là-dedans. J'aime à mettre mes mains dans le linge propre et dans les fleurs desséchées qui sentent la tisane. J'ai besoin de fraîcheur dans mes mains quand je reviens de l'abattoir. ... [...]
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  • Par Woland, le 03 septembre 2009

    [...] ... Frédéric [le propriétaire du "Lapin Agile"] était descendu dans la petite salle. Sa femme s'occupait dans la cuisine et on entendait la bonne chanter en sourdine.

    Rabe fumait toujours. Il était descendu lui aussi et, par la petite fenêtre du comptoir, il regardait la rue, la silhouette torturée de l'acacia et la neige qui tourbillonnait et lâchait ses flocons silencieux en bataillons légers et hardis.

    Tout était blanc autour du petit cabaret et sur le toit des maisons et sur les arbres pétrifiés. On ne voyait même pas une trace de pas sur le sol. Tout le monde s'était enfermé chez soi et les plus inquiets, la tête raide sur l'oreiller, sentaient peser sur eux le mystique silence de la neige.

    L'armée blanche s'était lancée à la conquête de Paris. Elle s'immisçait avec perfidie dans les cheminées et dans le cou des agents de police immobiles dans leur capote noire. Mais elle ne pouvait rien contre la chaleur du petit feu, et rien contre ce fait que Jean Rabe venait de boire un café qui lui donnait un courage neuf. ... [...]
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  • Par Saint-Luc, le 27 avril 2011

    Ludovic la saturait de force comme un redresseur de courant recharge une batterie d'accumulateurs. La jeune femme étuudiait le fonctionnement de cet appareil destiné à chauffer les lampes de sa volonté et de son imagination. Quand elle fut convaincue qu'un appareil de cette puissance pouvait se trouver partout, elle résolut de se libérer définitivement.
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  • Par Saint-Luc, le 27 avril 2011

    Il estimait peu la vie des autres et la sienne. Mais il respectait le sommeil, la faim et la soif qui rendent l'homme aussi simple, aussi violent et aussi pur qu'un animal quelconque. Rabe aimait les bêtes et les respectait également.
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  • Par Saint-Luc, le 27 avril 2011

    une femme disposée à s'utiliser, corps et âme, sans restriction, sans morale conventionnelle et sans mysticisme, est une force de la nature comparable à l'électricité dont on asservit les caprices sans rien pénétrer de son mystère originel.
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Vidéo de Pierre Mac Orlan


U-713 de Gus Bofa & Pierre Mac Orlan aux Éditions Cornélius [Tout arrive sur France Culture]
Extrait sonore de l'émission "Tout arrive" sur France Culture le 8 juin 2010 sur le livre "U-713 ou les gentilshommes d'infortune" édité par les Éditions Cornélius le 3 juin 2010.








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