> Denise Laroutis (Traducteur)

ISBN : 2743622245
Éditeur : Payot et Rivages (2011)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres

Après un accident de cheval à l’âge de neuf ans, Salvatierra a perdu l’usage de la parole.C’est donc dans le silence qu’il commence à peindre, en secret, sous forme de longs rouleaux, une toile de quatre kilomètres de long qui représente un fleuve et les dét... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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  • Par InColdBlog, le 02 juin 2011

    InColdBlog
    "« le tableau – sa reproduction – se trouve au musée Roëll ; il est placé le long du souterrain qui fait une courbe, reliant l'ancien bâtiment du musée au nouveau pavillon. Quand on descend l'escalier, on a l'impression d'être dans un aquarium. Sur tout le mur de droite, qui mesure presque trente mètres, le tableau s'écoule comme un fleuve. Appuyé contre le mur qui lui fait face, il y a un banc où les gens peuvent s'asseoir, se reposer et regarder le tableau défiler lentement. Il lui faut une journée pour accomplir son cycle. Ce sont presque quatre kilomètres d'images qui passent lentement de la droite vers la gauche. »"
    Ce tableau monumental, autobiographie illustrée, Salviaterra l'a peint sans discontinuer chaque jour, pendant plus de soixante ans, comme il aurait tenu un journal intime. "« Vivre sa vie, pour lui, c'était la peindre. »"

    Alors qu'il n'a que neuf ans, un accident de cheval change le cours de la vie de Salvatierra :
    "« Il montait un cheval tourdille au pelage orageux. Il l'a toujours peint ainsi. Telle une menace qui réapparaît régulièrement dans sa peinture, un cheval dont le pelage se confond avec le ciel gris et lourd. L'animal a pris peur en plein galop ; il s'est mis à ruer, Salvatierra est tombé, son pied s'est pris dans l'étrier, il est resté suspendu entre les jambes de l'animal qui fuyait au milieu des arbres. Sous les coups de sabot et les piétinements, il a eu le crâne et la mâchoire brisés, et la hanche disloquée. »"
    "« Après son accident, Salvatierra s'est tu à jamais. Il entendait, mais il ne pouvait pas parler. Nous n'avons jamais su si son mutisme était dû à des causes physiques, psychologiques ou à une combinaison des deux. »"
    Si plus aucun mot ne sort de la bouche de Salvatierra, c'est à travers la peinture qu'il s'exprimera dorénavant.
    Sur d'immenses rouleaux de toile ou des bâches de camion quand les temps seront plus durs, jour après jour, il va raconter sa vie, le quotidien de sa famille, de ses amis, de ses voisins de Barrancales, petit village campagnard du littoral argentin, écrasé par le soleil, à peine rafraîchi par le fleuve qui le traverse. Explosions de couleurs, ses scènes journalières se fondent les unes dans les autres et s'écoulent sur la toile en un flot continu, tantôt paisible, tantôt tumultueux, à l'image de la vie elle-même.

    Depuis dix ans que Salvatierra est mort, Miguel, son fils cadet, bataille pour que l'œuvre de son père soit exposée dans un musée. Il a entamé des démarches auprès des autorités locales, mais la lenteur de la bureaucratie paralyse son projet.
    Alors qu'il vient de recevoir une proposition sérieuse et qu'il entrevoit la concrétisation de son rêve, Miguel quitte Buenos Aires en compagnie de son frère pour rejoindre Barrancales où les dizaines d'immenses rouleaux de Salvatierra sont conservés dans un hangar.
    En parcourant, rouleau après rouleau, l'héritage de leur père, Miguel et Luis se replongent dans leur enfance paysanne, croisent des membres disparus de leur famille et découvrent des pans de la vie de leur père qu'ils ignoraient.
    "« C'était quoi, ce tissage de vies, de gens, d'animaux, de jours, de nuits, de catastrophes ? Que signifiait-il ? C'était quoi la vie de mon père ? Pourquoi avait-il eu besoin de se lancer dans un travail pareil ? Que nous était-il arrivé, à Luis et à moi, qui nous retrouvions avec des vies tellement grises dans la grande ville, comme si Salvatierra avait accaparé toute la couleur disponible ? Nous avions l'air plus vivants dans la lumière de sa peinture, sur les portraits qu'il avait faits de nous à dix ans, en train de manger des poires vertes, qu'aujourd'hui avec nos vies d'études de notaire et de contrats de location. C'était comme si la peinture nous avait tous dévorés, nous deux, Estela, maman. Toute l'époque lumineuse du village avait été absorbée par sa toile. Il y avait quelque chose de surhumain dans l'œuvre de Salvatierra, c'était trop. Moi, j'ai toujours eu du mal à entreprendre la moindre tâche, y compris la plus simple, comme de me lever le matin. J'ai cru que je devais tout faire en grand, en géant, comme mon père, ou ne rien faire du tout. Et j'avoue que j'ai souvent choisi de ne rien faire, d'où ce sentiment que j'ai toujours eu de n'être personne. »"

    Avec brio, Pedro Mairal, dans Salvatierra, donne à voir à son lecteur une toile fabuleuse issue de son imagination, où les multiples personnages évoluent dans une nature luxuriante. Il en décrit certaines des scènes oniriques et sensuelles qui la composent, dans leurs moindres détails, en restituant avec une incroyable précision la composition, les nuances de couleurs et de lumière (Peinture naïve et colorée, le tableau de Salvatierra, tel que suggéré par Mairal, m'a évoqué les foisonnantes fresques murales de Diego Rivera). C'est tout juste si, une fois le roman refermé, on ne se jette pas sur G**gle pour y trouver une reproduction de l'œuvre.
    L'autre force du roman réside dans l'introspection de Miguel, dans ces moments où il examine sa relation avec Salvatierra et la façon dont il s'est construit à l'ombre de ce père singulier.
    "« Il y a longtemps, j'ai lu cette phrase : « La page est le seul lieu de l'univers que Dieu m'ait laissé en blanc. » Je ne me rappelle pas où je l'ai lue. Elle m'a frappé parce que c'est ce que j'ai éprouvé avec mon père. Je n'ai jamais été très croyant car je trouvais écrasante l'idée d'ajouter un père spirituel au père biologique que j'avais déjà. Pour moi, cette phrase devenait : « La page est le seul lieu de l'univers que papa m'ait laissé en blanc. » Chacun occupe les lieux que son père lui laisse en blanc. Salavatierra avait occupé une marge éloignée des attentes de mon grand-père, qui le voulait éleveur de bétail. Il s'est emparé de la représentation, de l'image. A moi, il m'est resté les mots que le silence de Salavatierra avait rendus disponibles. »"
    Apaisé et lumineux, Salvatierra est un beau (mais court) roman sur la vie, ses accidents et ses surprises.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/06/01/Peinture-aux-rouleaux
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 05 septembre 2011

    brigittelascombe
    Art brut? Influence des luministes de Majorque? Rouleaux chinois ou japonais?
    Non simplement,un journal intime, en images, de 4 kilomètres de long!!!Soixante toiles suspendues dans un hangar par deux frères chargés à la mort de leur père,peintre de génie,muet suite à une horrible chute de cheval,de garder la mémoire vivante.
    Un sentiment de paix s'en dégage, "tissage de vies,de gens,d'animaux,de jours,de nuits,de catastrophes",c'est une oeuvre "inhumaine" colorée qui a absorbé toutes les couleurs.
    Où est passée le 61° rouleau? A-t-il été volé?Que représentait-il?
    La parole passe souvent par la peinture. Elle dévoilera bien des secrets!
    Une enquête bien menée et deux questions à méditer:connaissons nous tous les pans de vie de nos proches et faut-il les révéler lorsqu'ils ....nous sautent aux yeux!
    Un bon roman presque policier (qui tient en haleine) au rebondissement final imprévu, basé dans le milieu artistique contemporain d'Amérique latine.
    Un auteur d'une quarantaine d'années né à Buenos Aires,qui a déjà publié: Tôt ce matin,Une nuit avec Sabrina Love (adapté au cinéma) et L'intempérie tous chez le même éditeur Rivages-Payot et traduit de l'espagnol(Argentine).
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    • Livres 3.00/5
    Par jmfhcb, le 10 mai 2011

    jmfhcb
    Que dire de ce livre ? Je n'ai déjà pas besoin de vous parler de l'histoire, la quatrième de couverture le fait vraiment très bien, sans en dire trop, ni pas assez.
    Il reste à parler des personnages et du style, qui dans le cas de ce livre sont indissociables. le livre est écrit comme si on vous racontait une histoire, et de préférence une histoire qui puisse s'adapter en film. Les personnages sont donc décrits par leurs actions et à chacune d'elles, vous avez des images qui vous viennent en tête. Pour vous donner une idée, à un moment, Miguel parcourt le village à vélo (il est tout de même assez vieux et le fait un peu au ralenti) pour découvrir qui a volé le rouleau manquant de la peinture de son père. J'ai pensé à des vieux films policiers. Pour dire que je voyais la scène. Pour ce qui est des “surprenants secrets”, je dois être un peu blasé car je les ai trouvé tout ce qu'il y a de plus légitime dans un roman. Peut être que cela m'aurait plus convaincu si cela avait été développé mais l'auteur ne peut pas se le permettre car il a situé le narration trop tard par rapport à ces secrets. Pour donner une idée, le peintre est mort à 81 ans, le roman se passe dix ans après, si on peut penser que l'essentiel des secrets que peut avoir un homme (surtout de cette génération) est entre ces 20 et 50 ans, que les témoins de ces fameux secrets ont à peu près le même âge (voire plus vieux), vous voyez aisément le problème.
    Cette manière de raconter une histoire qui aurait pu être passionnante dessert le propos car finalement, elle rend les personnages sans âme (ils agissent, moi aussi et alors ?). Seul à de très rares passages, Miguel s'interroge sur sa relation avec ce père hors-norme. Il ne raconte que certains souvenirs qui lui reviennent à partir de la toile (qui décrit toute la vie de Salvatierra) mais ne décrit pas ce qu'il ressent à ses souvenirs et les prend comme une chose faite.
    Je dirais que c'est un roman agréable à lire (je l'ai lu dans le bus en une journée, je n'ai pas rechigné à le finir), avec des chapitres courts, une narration simple et agréable, une histoire intéressante mais il manque à tout cela un quelque chose qui en ferait un roman passionnant. Je suis méchante mais j'ai lu un autre roman argentin, Mes deux mondes, juste avant qui m'a beaucoup plus convaincu et ce livre a donc souffert de la comparaison à mon avis.

    Lien : http://cecile.ch-baudry.com/2011/05/10/salvatierra-de-pedro-mairal/
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  • Par liberlibri, le 02 juin 2011

    liberlibri
    A la mort de leur père, deux fils, Miguel et Luis, retournent dans le village de leur enfance. Ils ont désormais la charge de s'occuper de l'œuvre de leur père. Celui-ci, devenu muet dès l'enfance à la suite d'une chute de cheval, a conjuré le silence par la peinture. Sa vie durant, il a raconté son existence et celle de ses proches sur de larges rouleaux de toile. C'est une toile immense, de plusieurs kilomètres, sur laquelle se déroule la saga d'un village. La peinture de Salvatierra est conservée dans un vieux hangar, où pendent des dizaines de rouleaux suspendus. Les fils vont les redécouvrir et feront surgir bien des secrets avec eux. Interrogeant le gardien du hangar, ils vont en apprendre plus sur le travail de leur père. Ils vont aussi se rendre compte qu'un des rouleaux manque et qu'amputée d'une partie, l'œuvre reste hermétique. C'est finalement à une quête d'eux-mêmes que se livreront les frères car rechercher le rouleau manquant, c'est rechercher leur histoire.

    Lien : http://liber-libri.blogspot.com/2011/06/salvatierra-pedro-mairal.html
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Citations et extraits

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  • Par InColdBlog, le 02 juin 2011

    C’était quoi, ce tissage de vies, de gens, d’animaux, de jours, de nuits, de catastrophes ? Que signifiait-il ? C’était quoi la vie de mon père ? Pourquoi avait-il eu besoin de se lancer dans un travail pareil ? Que nous était-il arrivé, à Luis et à moi, qui nous retrouvions avec des vies tellement grises dans la grande ville, comme si Salvatierra avait accaparé toute la couleur disponible ? Nous avions l’air plus vivants dans la lumière de sa peinture, sur les portraits qu’il avait faits de nous à dix ans, en train de manger des poires vertes, qu’aujourd’hui avec nos vies d’études de notaire et de contrats de location. C’était comme si la peinture nous avait tous dévorés, nous deux, Estela, maman. Toute l’époque lumineuse du village avait été absorbée par sa toile. Il y avait quelque chose de surhumain dans l’œuvre de Salvatierra, c’était trop. Moi, j’ai toujours eu du mal à entreprendre la moindre tâche, y compris la plus simple, comme de me lever le matin. J’ai cru que je devais tout faire en grand, en géant, comme mon père, ou ne rien faire du tout. Et j’avoue que j’ai souvent choisi de ne rien faire, d’où ce sentiment que j’ai toujours eu de n’être personne.
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  • Par InColdBlog, le 02 juin 2011

    Il y a longtemps, j’ai lu cette phrase : « La page est le seul lieu de l’univers que Dieu m’ait laissé en blanc. » Je ne me rappelle pas où je l’ai lue. Elle m’a frappé parce que c’est ce que j’ai éprouvé avec mon père. Je n’ai jamais été très croyant car je trouvais écrasante l’idée d’ajouter un père spirituel au père biologique que j’avais déjà. Pour moi, cette phrase devenait : « La page est le seul lieu de l’univers que papa m’ait laissé en blanc. » Chacun occupe les lieux que son père lui laisse en blanc. Salavatierra avait occupé une marge éloignée des attentes de mon grand-père, qui le voulait éleveur de bétail. Il s’est emparé de la représentation, de l’image. A moi, il m’est resté les mots que le silence de Salavatierra avait rendus disponibles.
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  • Par brigittelascombe, le 05 septembre 2011

    Salvatierra voulait donner l'impression qu'une créature,une fois entrée dans sa peinture ne pouvait traverser l'espace peint,avancer sur la toile et réapparaître.Personne n'est à l'abri.
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  • Par brigittelascombe, le 05 septembre 2011

    Ce qui arrive aux gens pendant leur temps de vie leur appartient;il ne faut pas le déterrer.Ce n'est pas pour rien que c'est oublié.Il faut vivre sa vie et laisser les morts tranquilles.
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  • Par brigittelascombe, le 05 septembre 2011

    J'ai commencé dans la pauvreté totale et j'en suis arrivé là; vous autres,vous commencez ici et nous allons bien voir jusqu'où vous irez.
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[Pédro Mairal : L'intempérie]
A la Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier BARROT présente "L'intempérie", roman de l'écrivain argentin Pédro MAIRAL. Sur des photos de villes argentines, Olivier BARROT explique l'histoire de ce roman, à la frontière du fantastique, qui parle de l'Argentine et de ses périodes de dictatures.








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