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Critiques sur L'Archipel d'une autre vie (64)
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alainmartinez
10 septembre 2016
★★★★★
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Andreï Makine, nouveau membre de L'Académie Française, nous offre avec « L'Archipel d'une autre vie » un magnifique roman. Avec un grand talent il nous entraine dans une grande aventure dans sa Sibérie natale.

Nous sommes dans les années 1970 en Sibérie extrême-orientale, un jeune garçon rencontre Pavel Gartsev. Cet homme va commencer à lui raconter son histoire.

Flashback !

Nous sommes en 1952, l'URSS de Staline se prépare à une possible guerre atomique. Cinq soldats dont Pavel sont envoyés à la poursuite d'un évadé du Goulag. Commence alors une longue chasse à l'homme dans la taïga Russe. Dans cette nature hostile, les hommes, de plus en plus épuisés par cette battue d'un fugitif qui les tient toujours à distance, vont révéler leur réelle personnalité. Lorsque Pavel réussira à le rejoindre et connaîtra qui est l'évadé, sa vie ne sera plus la même.

Dans ce décor hostile mais magnifique, l'homme prendra conscience de la violence de notre monde et se rendra compte qu'il est du mauvais côté. Andreï Makine, car c'est bien lui le jeune garçon qui recueille le témoignage de Gartsev, nous envoie un message : arrêtez la violence, les armes, les fanatismes, les pollutions, regardé notre terre, il y a une autre façon de vivre.

L'écriture de Makine est magnifique, le style est vivace. L'auteur nous transmet son amour pour sa Sibérie et son inquiétude pour notre monde. L'histoire vous tient jusqu'à la dernière page. Un roman qu'on dévore.
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Annette55
26 septembre 2016
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★★★★★
Voici un roman d'aventure et de passion, une histoire rude et puissante, une marche forcée dans la taïga mâtinée de forts accents politiques.
Aux confins de la Sibérie extrême orientale, nous faisons connaissance avec un étrange "homme à capuche", un certain Pavel Gartsev.
En 1952, ce vétéran de la guerre, alors âgé de 27 ans, ayant connu une désillusion amoureuse se trouve enrôlé par le comité militaire pour un stage des plus curieux.
Les autorités Russes anticipent la 3° guerre mondiale..
Ils ont choisi ce lieu, pas loin du Pacifique pour effectuer une simulation, soumettant ces jeunes gens aux séances de tir obligatoires, à des marches forcées dans de lourdes combinaisons.

Pavel exécute une mission étrange en compagnie des camarades : Ratinsky, Boutov, Vassine, Louskass et le chien Almaz.
Cette patrouille doit mettre la main au plus vite sur un évadé, agent occidental?, ancien soldat nazi? Echappé d'un camp de prisonniers armé d'un fusil ......
Cette traque prendra un tour tout à fait inattendu mais ....n'en disons pas plus....
L'auteur a l'art d'installer la situation, le talent de brouiller les pistes, de plonger le lecteur dans ce décor hostile , oú brusquement des surprises peuvent survenir ...
Une chasse à l'image d'une bête traquée , poursuivie sans relâche , haletante......
Au total, un superbe récit de voyage oú les sentiments dominent la prédation, une histoire d'amour touchante et inattendue, un bel hommage à la taïga : nature brutale, froide, puissante , prenante.
Une exploration des émois et des tréfonds de l'âme humaine aux confins de l'Union Soviétique dans les années 50 , à un moment où le " communisme vieillissant " connaît un certain déclin........

Un bien belle découverte de la rentrée littéraire que l'on pourrait qualifier :"l'individu qui voulait être proie"........
Merci infiniment à mes ami(e)s de la bibliothèque de Pierrefitte
qui m'ont proposé ce beau livre !
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Piatka
21 décembre 2016
★★★★★
★★★★★
Les quelques livres que j'ai déjà lus d'Andreï Makine m'amènent à la conclusion suivante : il est explorateur !
Explorateur des mots, de la phrase habilement troussée, mais surtout de l'âme humaine, de la vie même.
J'avais tout particulièrement apprécié le livre des brèves amours éternelles, des nouvelles d'une universalité et d'une sensibilité rares. Son archipel d'une autre vie m'a entrainée dans ce que j'appellerais volontiers un western sibérien, rythmé, prenant, et magnifiquement écrit. Une réussite !

L'intérêt de ce roman est double. Certes, c'est un formidable roman d'aventure au coeur de la taïga russe extrême-orientale, c'est aussi et avant tout une quête existentielle - le tout se déroulant principalement à la fin de l'époque stalinienne, dans les années cinquante.
La traque d'un fugitif dans une nature hostile va permettre à cinq soldats de dévoiler leurs vrais visages et d'aller pour certains loin, très loin, au point de se remettre totalement en question.

Dénoncer bêtise et violence humaine, faire prendre conscience de la beauté mais aussi de la fragilité de la nature, éprouver la résistance humaine…pour donner à voir la possibilité d'une autre vision de la vie.

« Les semaines passées dans la taïga m'avaient appris un savoir-faire plus instinctif, débarrassé des raisonnements peureux qui retardent l'action. » 
« Je n'aurais jamais cru que l'homme avait besoin de si peu. »
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palamede
25 janvier 2017
★★★★★
★★★★★
L'archipel d'une autre vie c'est l'histoire d'une traque où chacun révèle sa personnalité. Où chacun a peur des autres, des délateurs.

Et dans la société soviétique, le voisin, le chef, le subordonné, ils sont nombreux les dénonciateurs en puissance. Alors se taire, ne jamais se confier est une question de survie, le meilleur moyen pour éviter d'aller croupir ou mourir dans un camp. Une prudence que les chasseurs, Ratinsky, Boutov, Vassine, Louskass et Pavel, vont pourtant oublier à cause de la personnalité du traqué. Prolongeant la chasse celui-là se joue d'eux et les pousse à se dévoiler.

Une histoire qui symbolise le système soviétique des années 50, alors que le pays possède désormais la bombe atomique pour contrer les Américains. Les militaires, représentants de l'Etat, sont des mouchards en puissance et des arrivistes. Des petits chefs qui se craignent entre eux. L'Évadé étant le dissident qu'il faut éliminer de façon exemplaire.

Si Makine nous convie à un très beau voyage aux confins de la Sibérie, c'est toujours pour nous raconter son pays qu'il aime. Une exploration dans une nature belle, âpre et sauvage, où des hommes comme Pavel savent qu'à force de prudence, compromis ou résignation, ils sont devenus des pantins. Des existences qui peuvent changer pour ceux qui s'autorisent à croire encore à l'amour. Magnifique
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michfred
08 janvier 2017
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★★★★★
Je ne sais pas vous, mais les récits gigognes m'ont toujours fascinée. Ils ont le pouvoir, mine de rien, de nous emmener dans des terres inconnues, rien qu'en passant le relais d'un narrateur à l'autre, d'un récit à l'autre, et de nous perdre en nous charmant ou de nous charmer en nous perdant.

L'Archipel d'une autre vie est comme la flûte du joueur de Hamelin : un irrésistible appel à le suivre et à se perdre avec lui.

Au fin fond de la taïga, traversée de torrents et de bêtes farouches, au bout de l'hiver, dans les glaces sibériennes, au bord de la mer d'Okhotsk, dans l'archipel des Chantars, sur la Belitchy, cette grande île sauvage gardée par son terrible « souloï », un mur liquide de quatre mètres de haut…

Vous êtes perdus déjà ? Tant mieux ! Laissez-vous faire !

Un jeune orphelin, fils de prisonniers disparus dans le Goulag stalinien enfin dispersé, rencontre à Tougour un voyageur qui l'intrigue, le fascine. Un nomade à capuche, à la fois fraternel et mystérieux qui a l'âge d'être son père. de loin, d'abord, dans l'épaisseur de la taïga, il le suit.

Mais le suit-il ou est-ce l'étranger qui insensiblement se laisse rattraper par le jeune homme ?

Bientôt en effet, ils se rencontrent. L'homme s'appelle Pavel Gartsev ; il raconte à l'adolescent son histoire. Attentivement, sans l'interrompre, il la suit.

Pavel était soldat, dans un camp où l'armée soviétique, en pleine guerre froide, se préparait à la guerre nucléaire, en Sibérie est-orientale. Un prisonnier s'évade. Un commando de cinq hommes est nommé pour le rattraper, vivant, afin de lui infliger un châtiment dissuasif et exemplaire. Pavel, simple troufion, est le bouc émissaire tout trouvé en cas d'échec.

Mais il n'y a pas à discuter. Il les suit.

Le groupe s'enfonce dans la taïga aux derniers feux de l'été sibérien trop court. Devant eux, le fugitif marche, jamais très loin, allumant des feux multiples pour les leurrer, croisant et recroisant sa piste comme pour les égarer, ou les retrouver, à sa guise. Ils le suivent.

Mais le suivent-ils ou sont-ils subtilement menés par lui, dans une forêt dangereuse, pleine d'embûches et de pièges ? Comme dans l'histoire des Horace et des Curiace, l'évadé se laisse suffisamment approcher pour se débarrasser un à un de ses poursuivants, qui repartent pour le camp, l'un après l'autre, meurtris, sur des radeaux de fortune..

Pavel, lui, est toujours là. Il suit.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire qui est ce fugitif habile qui se confond si familièrement avec la taïga, et semble apprivoiser l'hiver redoutable qui vient.

Mais sachez que cette poursuite obstinée va changer le cours de deux existences : celle de Pavel et celle, bien des années après, du jeune orphelin apprenti en géodésie dans la Russie devenue post soviétique. Plus de dictateur à moustache avec son enfer blanc de Kolyma, mais des capitalistes oligarques avec leurs paradis fiscaux et touristiques. Autres machines à détruire les hommes, les existences, les rêves.

Quelque cinquante ans d'histoire russe défilent en trame de fond derrière ce récit plein d'ombres menaçantes- et cependant si lumineux. Car le paysage est là, qui éclaire tout : la Sibérie est-orientale tant aimée de Makine, le pays de l'hiver aux étés si brefs, à la neige si blanche, une terre d'ours et de loups, une mer de baleines chantantes et d' îles farouches - refuge inexpugnable des exilés volontaires, fuyant la folie des hommes.

Un pays qui peut se refermer sur vous comme un piège à ours, ou vous ouvrir les portes de la vie.

L'archipel d'une autre vie. La vraie vie. Celle d'une osmose entre l'homme et la nature, pas tendre pourtant. Celle où les baleineaux viennent se faire caresser par de longues tresses noires. Celle d'un amour éternel, presque mythique, dont l'esquif à voile carrée revient, comme la barque de Tristan et Yseut, hanter ces parages de glaces et de brumes.

Suivez, à votre tour, la piste du fugitif, mettez vos pas dans ceux de Pavel.

Découvrez le courageux Vassine et son chien Almaz, Louskass le chefaillon, qui « se croyant au service d'une idée, ne supportait pas les imperfections de la vie », Ratinsky, éternel mouchard, éternel traître, éternel esclave du pouvoir en place, le rude commandant Boutov, et Elkan, du peuple toungouze, dont je ne vous dirai rien…

Découvrez la différence entre exister et vivre. Entre poursuivre et suivre. Descendez au fond de vous-même et tuez ce pantin de chiffon qui vous brouille la vue, qui vous gâche la vie.

Même s'il faut, pour cela, se perdre dans la taïga un soir d'hiver, et guetter les lueurs clignotantes de trois feux dans la nuit, cela en vaut la peine.

Suivez les trois feux dans la nuit.

Suivez-les !
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tynn
30 octobre 2016
★★★★★
★★★★★
"Plutôt être ermite que vivre cette vie-là!"

Dans les contrées isolées à l'extrême est de l'immense Russie, un trappeur raconte à un jeune adolescent l'acte fondateur d'une autre vie: la traque dans la taïga d'un fugitif de camp de travail, poursuivi par cinq militaires. Une chasse infernale pour tous, gibier et chasseurs, et qui changera sa vision du monde et sa quête du bonheur.

De l'URSS stalinienne au libéralisme sauvage de la nouvelle Russie, l'auteur le plus slave de notre Académie offre un conte au souffle de grands espaces et au dépassement de soi.

La nature décrite par Andreï Makine, ça ne se lit pas, ça se vit!
Elle est omniprésente, nourricière et cruelle à la fois, magnifique et difficile. Elle se mérite et la comprendre est un véritable enjeu.
J'ai suivi en apnée cette chasse à l'homme, ces capacités humaines de résistance, et ce beau symbole humaniste du dépouillement pour découvrir l'essentiel. Savoir s'isoler pour survivre: il y a du mystique dans ce choix.

Au-delà du dépaysement qui invite au voyage, c'est un beau récit de vie d'homme, comme l'auteur a souvent eu l'occasion d'en écrire, dénonçant toujours la logique absurde du régime communiste et ses conséquences ubuesques sur le comportement de l'Homo Soviéticus
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Allantvers
16 mars 2017
★★★★★
★★★★★
Coup de coeur absolu pour ce magnifique roman, dont le message déploie peu à peu toute sa profondeur au fil d'une traque impitoyable visant la plus éprouvante des quêtes : celle de la liberté.
Aucune épreuve n'est épargnée à Pavel, soumis à la férocité des hommes face à laquelle la brutalité des éléments est peu : Enterré vivant, soumis aux caprices de supérieurs sans valeurs, cyniques et tyranniques, entraîné à poursuivre dans la taïga hivernale un échappé du goulag, Pavel n'aura de cesse de dépasser sa peur et sa douleur afin de faire taire en lui la voix de ce pantin veule et conformiste qui sommeille en chacun ; c'est étrangement l'évadé, qu'ils poursuivent avec une obstination absurde, qui servira d'aiguillon à cette quête et permettra à Pavel, débarrassé de ses tortionnaires et de ses démons intérieurs, de se révéler à lui-même, en lien puissant à la Nature et loin de la communauté délétère des hommes.

Par sa violence, sa profondeur, sa portée universelle, cette histoire allégorique, raconté au jeune Andrei Makine qui nous la transmet à son tour se lit avec frénésie et résonne durablement car elle touche très profondément à ce qu'il y a de plus essentiel en l'homme, tout en questionnant de manière tout aussi pertinente la nature de son rapport à l'autre.
Un roman qui bouleverse au sens propre : qui trouble profondément et modifie radicalement quelque chose en nous.
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OlivierH77
26 septembre 2016
★★★★★
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Aux premiers moments de la rentrée littéraire, j'ai été happé par une couverture…cet homme sur un promontoir fixant la mer, les étendues neigeuses sous des cieux à la lumière improbable dans nos contrées...Liberté et rêve. Et puis les premières notes sur babelio. Encore du rêve. J'en avais besoin…

Le narrateur se souvient d'une rencontre qui marquera toute sa vie. Orphelin, il est envoyé à 14 ans à Tougour, une petite ville des bords de la mer d'Okhotsk, en extrême-orient russe, pour se former à la géodésie.
Observant le manège hebdomadaire des arrivants, en hélicoptère, sur cette terre reculée, il est intrigué par l'un d'eux, un homme mystérieux aux airs de chasseur…Il va le suivre dans la forêt proche. le contact se fait. Puis l'homme, nommé Pavel Gartsev, va lui raconter son extraordinaire histoire.

En 1952, la guerre de Corée fait rage et fait redouter un troisième conflit mondial, cette fois nucléaire. L'Union Soviétique, encore pour quelques mois sous la poigne de fer de Staline, s'y prépare. Elle envoie des hommes s'entraîner en cantonnement au fin fond de la forêt sibérienne. Gartsev en est, mais ne tarde pas à susciter la haine du jeune et ambitieux sous-lieutenant Ratinsky, bien décidé à le casser. Cependant, très vite, la mission change d'objectif : il faut partir à la poursuite d'un fugitif.

L'équipe constituée de cinq hommes est commandée par Boutov, sous la redoutable surveillance du capitaine Louskass, chef du renseignement. Ratinsky en est aussi, ainsi que le sergent Mark Vassine, avec qui il tisse des liens complices. Même s'ils ont ordre de prendre le fuyard vivant, le rattraper devrait être une formalité. Pourtant ils vont vite déchanter.
Entre des chefs un poil froussards et plus calculateurs pour leur avenir personnel que pour la réussite de l'expédition, leur amateurisme et les ruses du fugitif, leur expédition tourne inexorablement au fiasco. Dans cette nature encore vierge, chacun des membres voit de plus en plus l'occasion d'une récréation champêtre, allant jusqu'à confier un souvenir personnel…On croit un moment à un début de semblant de fraternisation et à l'effacement de la hiérarchie…Mais chacun d'eux a son jardin secret, sa blessure, son graal, que cet environnement fait ressurgir et magnifie. Gartsev pense à Svéta, son amour qui l'a trahi. Lui et Vassine se ressentent progressivement une forme de complicité d'âme avec le fugitif. …Ici, dans cette immensité sauvage de la taïga les emmenant au bout du monde, cette poursuite a-t-elle un sens ?

Alors que leur détermination mollissait, la chasse est soudainement relancée quand, au rapproché, ils découvrent stupéfaits…que le fugitif est une femme ! Une Toungouze, peuplade autochtone aux traits asiatiques. Dès lors, les mâles en manque font assaut de machisme verbal égrillard en imaginant le sort qu'ils feront subir à la fuyarde. Et là encore, leurs fantasmes vont être vite douchés. La femme est maligne, et eux tellement empruntés qu'ils vont se blesser les uns derrière les autres, devant quitter l'aventure, pas forcément mécontents de s'exfiltrer pour regagner plus vite la civilisation.
Gartsev poursuit désormais seul la femme. Mais au bout du rouleau, hésite…Doit-il continuer cette quête quasi mystique de la liberté aux confins du pays, malgré les souffrances nées de l'hiver, de la fatigue, du manque de nourriture, ou rentrer au camp où les chefs revigorés ne manqueront pas de lui faire porter le chapeau de l'échec de la mission et de lui faire payer très cher, lui, comme bien d'autres écrasé par le régime stalinien, comme un "pantin de chiffon" ? Jusqu'au jour où le contact se fait...

Je ne dévoilerai pas les dernières pages de ce livre immense, lorsque le narrateur du début reprend la main des années après le récit que lui narra l'aventurier Gartsev.

La psychologie des personnages est fouillée, le rythme est soutenu, la construction est parfaite, on est transportés dans cette nature quasi inviolée, peut-être à la poursuite de nos propres rêves...Makine se fait le chantre de cette nature, et n'oublie pas de dénoncer vers la fin les ravages que l'homme lui fait subir. Il n'oublie pas l'humour non plus, tellement la poursuite de la fugitive tourne parfois au grotesque. Mais il dépeint aussi parfaitement l'implacable cruauté du régime stalinien et la bêtise des hommes.

Nul ne maîtrise aussi bien la langue française que lui, cet amoureux de la France. Nul n'écrit si bien sur la Russie, si chère à son âme et son coeur de Sibérien.

Pour moi Makine c'était l'auteur intimidant du Testament français, que je n'ai jamais osé lire, freiné par un a priori sur le côté intellectuel, nostalgique, un peu triste et hermétique, peut-être ennuyant de ce roman multi-récompensé.

Aujourd'hui je sais que j'en lirai d'autres de lui. Beaucoup d'autres. Et que je n'oublierai pas cette histoire de quête d'un archipel d'une autre vie, là, ces îles Chantars…et spécialement l'île Bélitchy, l'île aux écureuils.
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sabine59
14 février 2017
★★★★★
★★★★★
Quelle émotion à la lecture de ce livre! Merci,Andreï Makine, de m'avoir autant bouleversée, merci pour cette aventure humaine...

Grâce à vous, j'ai découvert la beauté sauvage et âpre de la taïga, aux confins de la Sibérie , dans cet Extrême -Orient russe mystérieux et glacé.

Grâce à vous, j'ai souffert avec deux hommes attachants, perdus, en manque affectif, malmenés par le régime russe, soldats d'un ordre abject, "pantins de chiffons"...

Grâce à vous, j'ai suivi l'un qui suivait l'autre, dans un récit enchâssé palpitant, haletant, une course effrénée pour la survie.

Et j'ai vibré, j'ai contourné les pièges, j'ai couru pour m'approcher plus près du fugitif, de cette ombre insaisissable...

Et j'ai haï la cruauté humaine, l'instinct de chasseur. J'ai admiré le dépassement de soi de Pavel, son refus progressif d'une civilisation meurtrière. "Ce n'était pas les deux fugitifs mais l'humanité elle-même qui s'égarait dans une évasion suicidaire."

Et l'archipel, dans toute sa grandiose luminosité, m'est apparu, l'archipel d'un renouveau, l'archipel d'un amour émouvant et puissant...

Je reste éblouie: la glace et le vent de l'île Bélitchy , les trois feux , la brume lumineuse des Chantars , ce sens si poétique et humaniste émanant de l'écriture, au-delà des douleurs intimes des personnages, c'est magnifique !

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spleen
04 septembre 2016
★★★★★
★★★★★
Depuis combien de temps n'avais-je lu un roman d'Andreï Makine, sans doute pas depuis le Testament Français en 1995 ,et je me demande bien pourquoi il a subi , malgré lui, malgré moi, ce long purgatoire ...

Je me suis laissée captiver par ce roman qui débute de manière plutôt ordinaire dans la période du "communisme vieillissant " par la curiosité d'un jeune garçon envoyé pour un stage imposé de géodésie dans la taïga sibérienne et qui suit un homme dont le comportement lui semble inhabituel . Une traque que le jeune homme vit comme une aventure hors du commun, il culpabilise presque de voler des moments d'intimité au fuyard .

Mais c'est bien l'innocence ou la naïveté du débutant , car il se fait piéger comme un bleu par l'homme , alors au coin du feu du bivouac après avoir écouté l'histoire du jeune homme, le plus âgé débute son récit et là, commence petit à petit l'éveil du lecteur .

Pavel Gartsev a vingt ans dans les années 1950, période stalinienne tardive et s'étant engagé dans l'armée , il effectue avec ses camarades des manoeuvres de préparation à une troisième guerre mondiale nucléaire , lorsqu'il est désigné pour accompagner une équipe à la poursuite d'un prisonnier fugitif .

Un commissaire politique, le commandant, un jeune officier blanc-bec voulant prouver sa bravoure, et un vieux sergent et son chien partent donc avec Pavel sur les traces du fugitif à travers la taïga , l'affaire devant se régler rapidement ...

Une chasse débute, mais le gibier est finalement plus rusé que ses poursuivants et la traque se prolonge , pas question de revenir bredouille au camp.

Peu à peu, une évolution se fait dans le mental des soldats mais également dans l'esprit du lecteur, nous quittons un roman d'aventure et une critique politique évidente pour une réflexion plus profonde.

Devant la difficulté, les masques tombent, les aspirations intimes s'expriment , les ressentiments surgissent , la bestialité éclate ouvertement entrainée par celle des autres mais il se passe aussi autre chose de bien plus secret , le plaisir de la chasse fait place au bonheur, certes fugace , de la vie dans la taïga, loin des contraintes et des regards, et ils entrevoient sans la nommer une forme de liberté, celle qu'ils n'ont jamais connue, interdite par le régime et leurs fonctions et surtout celle du soi-disant gibier qui se joue d'eux, beaucoup plus habitué à la taïga et à ses pièges que les militaires .

Pavel, qui n'a pas l'expérience des autres subit cette prise de conscience de plein fouet, on sent que le retour en arrière va être difficile ...

Chacun fuit la sombre réalité : il a deux choix : celui de rentrer dans le rang et de se fondre dans la masse comme un "pantin" sans espoir de bonheur ou de courir vers la liberté quelque soit les obstacles et peut-être y rencontrer l'amour, le vrai .

Vous choisissez quoi , vous ? moi c'était déjà plutôt évident et cela devient lumineux grâce au talent d'Andreï Makine .


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