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ISBN : 2715234864
Éditeur : Mercure de France (2013)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.89/5 (sur 243 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Ce roman a l’originalité de nous offrir de la France une vision mythique et lointaine, à travers les nombreux récits que Charlotte Lemonnier, « égarée dans l’immensité neigeuse de la Russie », raconte à son petit-fils et confident.
Ce roman a reçu le prix Goncour... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par seblac, le 30 octobre 2013

    seblac
    Voilà quinze ans que je lis et relis ce livre et à chaque fois le plaisir est au rendez vous, souvent pour des raison différentes d'ailleurs : les réflexions sur l'appartenance à un pays, la fascination de la France, la fierté d'être russe et français, le lien qui vous unit à une personne, les petits moments inoubliables de l'enfance etc etc...
    Il y a peu de livres auxquels je m'identifie autant... jusqu'à ramasser et conserver des petits cailloux pour me rappeler d'un événement heureux ou malheureux...
    Rien à dire de plus.
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    • Livres 4.00/5
    Par ballad, le 26 mai 2013

    ballad
    Au sortir de ce roman autobiographique, j'ai plusieurs impressions. D'abord, je trouve que c'est un formidable exemple du sentiment d'appartenance à une double culture, où c'est à la fois riche et difficile au niveau de l'identité. Enfant, l'auteur, rêvait de la « France-Atlantide » que sa grand-mère lui racontait dans sa petite maison au bord des steppes. Adolescent, il a ensuite été profondément convaincu de son identité russe, et plus tard, il a finalement rejoint la France où il est devenu un écrivain de langue française. Andrei Makine ne pouvait rendre un plus bel hommage à sa grand-mère Charlotte la grande initiatrice et à cette culture française tant adulée que d'écrire un roman d'une aussi belle plume.
    Dans ce livre, l'histoire familiale de l'auteur laisse deviner celle de la Russie et de la dictature du communisme, des événements de la guerre civile, la misère, la criminalité, tout un univers et un peuple blessé. Cela raconté avec passion et sentiment. Pour être franchement honnête, j'ai parfois faibli à la lecture, tandis que l'excellence de l'écriture m'aiguillait vite vers la suite. A lire, certainement.
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    • Livres 4.00/5
    Par vlg0901, le 23 septembre 2012

    vlg0901
    Je continue le fil de mes lectures autour de la Russie par ce testament français, d'Andreï Makine.
    Ce roman a été couronné par plusieurs prix littéraires, et cela s'explique parfaitement par la beauté de la langue, autant que par la qualité de la narration, qui fait de ce recueil de souvenirs un roman passionnant, qui nous amène de Paris aux confins de la SIbérie, du début du 20ème siècle aux années 90, passant par deux guerres mondiales, le goulag, la famine et la fin du communisme.
    Ce qui m'a guidée vers cette lecture, c'est l'impression de lire "en miroir" le "roman russe" d'Emmanuel Carrère : Emmanuel Carrère est français, né en France, d'une mère née en France de parents russe. Et cette part de lui, cette russité, il la recherche dans son "roman", via la langue russe et l'histoire de ses grand-parents russes.
    Makine est russe, né en Russie, d'une mère née en Russie d'une mère française. Et c'est par la langue française, sa "langue grand-maternelle" comme il l'appelle, et par l'histoire de Charlotte, sa grand-mère française, qu'il va accéder à son identité.
    Je précise aussi que le roman n'est pas totalement autobiographique : il n'effectue par comme Carrère une sorte d'enquête clinique sur lui, sa famille, les circonstances qui ont fait de lui ce qu'il est; il romance énormément, et le narrateur qui dit "je", bien qu'ayant beaucoup de points communs avec Makine, ce n'est pas vraiment lui. (en particulier, le "vrai" Makine a été élevé par sa grand-mère, alors que le narrateur a des parents, et ne passe chez sa grand-mère que les vacances d'été).
    Le narrateur nous raconte donc comment, dans son enfance, les histoires racontées en français par sa grand-mère Charlotte, qui vivait dans un petit appartement d'une petite ville coincée contre la steppe immense, ont envahi son imaginaire, ont crée en lui un monde rêvé, un "Paris-Atlandide". Charlotte mêle ses propres souvenirs (elle raconte certain restaurant parisien, certaine plaque commémorative sous une porte cochère...) et des évènements qu'elle n'a pas vécus elle-même mais qui constituaient l'actualité de son enfance : une crue de la Seine obligeant les parisiens à se déplacer en bateau, la visite de Nicolas II, la mort de Félix Faure...
    Petit à petit, en grandissant, le narrateur apprend d'autres épisodes de la vie de Charlotte, que celle-ci lui raconte elle-même ou qui lui sont confiés par d'autres : née en Sibérie, fille de deux français dont un médecin venu s'installer en Russie, elle rentre en France à la mort de son père. Mais sa mère retourne en Sibérie, où elle se trouve bloquée par le déclenchement de la première guerre mondiale. Après la Révolution et l'Armistice, Charlotte quitte à son tour la France et part en Russie en tant qu'infirmière. C'est dans ce pays qu'elle se mariera à un membre du parti, qui connaîtra (comme tant d'autres !) une arrestation arbitraire, avant d'être envoyé au front lors de l'entrée en guerre de l'Union Soviétique.
    Entre sa vie quotidienne soviétique et son imaginaire français, et même parisien de la belle époque, le narrateur se sent tiraillé, inadapté. Tantôt il souhaite renier toute "francité" en lui, au cours de son adolescence, tantôt il cherche à connaître le plus de détails possible sur la vie de Charlotte et la France en général... Jusqu'au jour où il quitte la Russie, définitivement, pour émigrer en France, vivre à Paris où il devient écrivain.
    J'ai beaucoup aimé la façon dont Makine décrit le rôle de la langue française, cette langue étant la seule chose concrète qu'il connaisse de la France (le reste, les histoires de Charlotte, ses descriptions, se heurtent aux limites de son imagination). La grand-mère ne se contente pas de leur raconter des histoires ou de leur lire des coupures de journaux français, elle leur récite également des Poèmes, et Baudelaire, Verlaine, leur langue deviennent, pour l'enfant, la France même...
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    • Livres 5.00/5
    Par michelekastner, le 15 octobre 2012

    michelekastner
    L'auteur évoque ses souvenirs des récits de sa grand-mère chez qui il passait tous les étés de son enfance en compagnie de sa soeur, à Saranza, en Russie, en lisière de la steppe. Née en France, elle évoque régulièrement les événements qui ont marqué le début du 20ème siècle et qui se sont mêlés à sa propre histoire et qui ont relié celle de la France à la Russie, dans la sonorité d'une langue, le français, qu'ils croient alors un patois de famille. Revenue en Sibérie à l'âge adulte, elle connaît la famine de 1921, le cannibalisme dans les villages de la Volga, puis la guerre, le fiancé perdu, les samovars : ces jeunes soldats-troncs sans bras, sans jambes. Adolescent, le narrateur veut se débarrasser de ses origines françaises qui le gênent, cette étrangeté que ses camarades de classe rejettent, cette solitude et cette étrangeté qui l'encombrent, la France : cette illusion d'un paradis, un mirage. La Russie est monstrueuse et pourtant, il se sent profondément russe. Déchiré dans ses sentiments contradictoires, il finit par se réconcilier avec ses deux identités et se réfugie dans les livres, dans la magie des mots ; il rend hommage à cette langue qui l'enchante et qui le relie pour toujours à sa grand-mère adorée, conteuse hors pair, détentrice de bien des secrets. Un livre d'une grande beauté, très poignant, nostalgique. Chaque phrase est un bijou.
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 07 janvier 2012

    carre
    Roman autobiographique, l'histoire d'un petit garçon qui écoute sa grand-mére Charlotte, française elle-même, lui raconter des histoires de son pays d'origine, qui vont façonner l'envie de découvrir cet autre univers, loin de la rudesse des steppes Sibérienne ou ils survivent, juste au sortir de la seconde guerre mondiale. Devenu adolescent Alyosha va assumer sa double culture et tout faire pour rejoindre ce pays révé . L'on se retrouve bercé comme l'auteur par les histoires de Charlotte, mais la grande force du livre vient évidemment de cette mémoire quasi photographique de la Russie de la deuxième partie du vingtième siècle que nous conte Makine ou ce peuple mené par la dureté des régimes vit au jour le jour. Dans une écriture dense, lyrique, poétique qui peux parfois nous décontenancer, Makine réussit une ode magnifique à sa double culture. Récompensée par le prix Goncourt, et le prix Médicis ainsi que le Goncourt des lycéens. Rien que ça.
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Citations et extraits

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  • Par absolu, le 31 juillet 2012

    Et si la Russie me subjugue c’est parce qu’elle ne connaît pas de limites, ni dans le bien ni dans le mal. Surtout dans le mal. Elle me permet d’envier ce chasseur de corps féminins. Et de me détester. Et de rejoindre cette femme meurtrie, écrasée par une masse de chair en sueur. Et de deviner sa dernière pensée claire: la pensée de la mort qui suivrait cet accouplement hideux. Et d’aspirer à mourir en même temps qu’elle. Car on ne peut pas continuer à vivre en portant en soi ce double qui admire Béria...


    Oui, j’étais Russe. Je comprenais maintenant, de façon encore confuse, ce que cela voulait dire. Porter dans son âme tous ces êtres défigurés par la douleur, ces villages carbonisés, ces lacs glacés remplis de cadavres nus. Connaître la résignation d’un troupeau humain violé par un satrape. Et l’horreur de se sentir participer à ce crime. Et le désir enragé de rejouer toutes ces histoires passées — pour en extirper la souffrance, l’injustice, la mort. Oui, rattraper la voiture noire dans les rues de Moscou et l’anéantir sous sa paume de géant. Puis, en retenant son souffle, accompagner du regard la jeune femme qui pousse la porte de sa maison, monte l’escalier... Refaire l’Histoire. Purifier le monde. Traquer le mal. Donner refuge à tous ces gens dans son coeur pour pouvoir les relâcher un jour dans un monde libéré du mal. Mais en attendant, partager la douleur qui les atteint. Se détester pour chaque défaillance. Pousser cet engagement jusqu’au délire, jusqu’à l’évanouissement. Vivre très quotidiennement au bord du gouffre. Oui, c’est ça, la Russie.


    C’est ainsi que dans mon désarroi juvénile, je m’accrochais à ma nouvelle identité. Elle devenait pour moi la vie même, celle qui allait, pensais-je, effacer pour toujours mon illusion française.
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  • Par ballad, le 26 mai 2013

    Cette langue qui modelait les hommes, sculptait les objets, ruisselait en vers, rugissait dans les rues envahies par les foules, faisait sourire une jeune tsarine venue du bout du monde... mais surtout, elle palpitait en nous, telle une greffe fabuleuse dans nos cœurs, couverte déjà de feuilles et de fleurs, portant en elle le fruit de toute une civilisation. Oui, cette greffe, le français.

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  • Par bouquine, le 01 août 2013

    C'était un pays (la France) livresque par essence, un pays composé de mots, dont les fleuves ruisselaient comme des strophes, dont les femmes pleuraient en alexandrins et les hommes s'affrontaient en sirvantès [...] La France se confondait pour nous avec sa littérature. Et la vraie littérature était cette magie dont un mot, une strophe, un verset nous transportaient dans un éternel instant de beauté.
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  • Par sylvaine, le 26 octobre 2011

    Désormais,nous parlions pour ne rien dire.Nous vîmes s'installer entre nous l'écran de ces mots lisses, de ces reflets sonores du quotidien, de ce liquide verbal dont on se sent obligé, on ne sait pourquoi, de remplir le silence.Avec stupeur,je découvrais que parler était, en fait,la meilleure façon de taire l'essentiel

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  • Par michelekastner, le 15 octobre 2012

    Je savais aussi que je ferai tout mon possible pour ne pas parler des livres. Et que nous en parlerions quand même, beaucoup, souvent jusque tard dans la nuit. Car la France, apparue un jour au milieu des steppes de Saranza, devait sa naissance aux livres. Oui, c'était un pays livresque par essence, un pays composé de mots, dont les fleuves ruisselaient comme des strophes, dont les femmes pleuraient en alexandrins et les hommes s'affrontaient en sirventès. Enfants, nous découvrions la France ainsi, à travers sa vie littéraire, sa matière verbale moulée dans un sonnet et ciselée par un auteur. Notre mythologie familiale attestait qu'un petit volume à la couverture fatiguée et à la tranche d'un or terni suivait Charlotte au cours de tous ses voyages. Comme le dernier lien avec la France. Ou, peut-être, comme la possibilité constante de la magie. "Il est un air pour qui je donnerais..." - Combien de fois, dans le désert des neiges sibériennes, ces vers s'étaient édifiés en "un château de brique à coins de pierre, aux vitraux teints de rougeâtres couleurs...". La France se confondait pour nous avec sa littérature. Et la vraie littérature était cette magie dont un mot, un verset nous transportaient dans un éternel instant de beauté.
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