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ISBN : 2070401871
Éditeur : Gallimard (1997)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.9/5 (sur 415 notes)
Résumé :
Ce roman a l’originalité de nous offrir de la France une vision mythique et lointaine, à travers les nombreux récits que Charlotte Lemonnier, « égarée dans l’immensité neigeuse de la Russie », raconte à son petit-fils et confident.
Ce roman a reçu le prix Goncourt 1995 et ex-aequo le prix Médicis 1995.
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Critiques, Analyses & Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
dedanso
dedanso24 avril 2016
  • Livres 4.00/5
Encore une belle surprise pour moi cette année avec la lecture de mon 1er Goncourt et de mon 1er Makine.
Ce qui caractérise avant tout l'écriture de cet auteur, récemment admis parmi les Immortels, est une plume perpétuellement poétique, savoureuse, douce et vraie dans sa simplicité. Le genre de phrases que vous avez envie de noter dans un carnet au fil des pages.
Ce roman est aussi prétexte à s'interroger sur nos origines, sur le poids que pèsent la vie et les choix de nos ancêtres sur notre vie d'aujourd'hui. Par le biais des récits de sa grand-mère née à Neuilly sur Seine, le narrateur fait connaissance avec ses origines françaises, pourtant mal venues dans cette Russie méfiante vis à vis de l'Europe occidentale. A l'adolescence, ce jeune homme en quête d'identité rejettera sa "greffe française" pour chercher la part de Russe qui est en lui. Peut-on être à la fois français et russe ? comment trouver l'équilibre entre ces deux nations si différentes? Voilà tout le questionnement du Testament français.
Au-delà de son amour pour la France et sa tentative de la comprendre, c'est l'amour qu'il ressent pour sa grand-mère que le narrateur exprime et tente d'expliquer. On sent l'admiration qu'il a pour Charlotte, cette femme exilée qui "avait l'avantage de concentrer dans son existence les moments cruciaux de l'histoire de [la Russie]" : 1ère guerre mondiale, famines de 1921 et 1930 (et le cannibalisme qui eut court à cette époque), le Tsar, Staline et le communisme...
Mais il ressent aussi beaucoup d'amour pour la Russie, un pays aimé pour sa rudesse et sa franchise : "Dans les yeux de Charlotte s'était reflété un monde inquiétant et plein d'une vérité spontanée - une Russie insolite qu'il leur fallait découvrir".
Andreï Makine sait parfaitement où il va et dissémine tout au long de son récit des éléments en apparence anodins qui se révèlent pourtant d'une importance cruciale pour l'histoire du narrateur. Il sait tenir les rênes de son intrigue, inspirée de son histoire personnelle, tout en écrivant de manière poétique et sensible. Jusqu'à la chute finale qui est tout à fait inattendue et ne fait que relancer le grand débat que l'on croyait résolu : quel est le poids de nos origines sur notre moi intime, sur notre essence même ?
Un livre magnifique, autant sur le fond que sur la forme, peut-être un brin "intellectuel" mais qui vaut vraiment le détour ! Je n'ai plus peur du prix Goncourt, d'autres horizons s'ouvrent à moi...
Challenge Goncourt général
Challenge Multi défis 2016
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vlg0901
vlg090123 septembre 2012
  • Livres 4.00/5
Je continue le fil de mes lectures autour de la Russie par ce testament français, d'Andreï Makine.
Ce roman a été couronné par plusieurs prix littéraires, et cela s'explique parfaitement par la beauté de la langue, autant que par la qualité de la narration, qui fait de ce recueil de souvenirs un roman passionnant, qui nous amène de Paris aux confins de la SIbérie, du début du 20ème siècle aux années 90, passant par deux guerres mondiales, le goulag, la famine et la fin du communisme.
Ce qui m'a guidée vers cette lecture, c'est l'impression de lire "en miroir" le "roman russe" d'Emmanuel Carrère : Emmanuel Carrère est français, né en France, d'une mère née en France de parents russe. Et cette part de lui, cette russité, il la recherche dans son "roman", via la langue russe et l'histoire de ses grand-parents russes.
Makine est russe, né en Russie, d'une mère née en Russie d'une mère française. Et c'est par la langue française, sa "langue grand-maternelle" comme il l'appelle, et par l'histoire de Charlotte, sa grand-mère française, qu'il va accéder à son identité.
Je précise aussi que le roman n'est pas totalement autobiographique : il n'effectue par comme Carrère une sorte d'enquête clinique sur lui, sa famille, les circonstances qui ont fait de lui ce qu'il est; il romance énormément, et le narrateur qui dit "je", bien qu'ayant beaucoup de points communs avec Makine, ce n'est pas vraiment lui. (en particulier, le "vrai" Makine a été élevé par sa grand-mère, alors que le narrateur a des parents, et ne passe chez sa grand-mère que les vacances d'été).
Le narrateur nous raconte donc comment, dans son enfance, les histoires racontées en français par sa grand-mère Charlotte, qui vivait dans un petit appartement d'une petite ville coincée contre la steppe immense, ont envahi son imaginaire, ont crée en lui un monde rêvé, un "Paris-Atlandide". Charlotte mêle ses propres souvenirs (elle raconte certain restaurant parisien, certaine plaque commémorative sous une porte cochère...) et des évènements qu'elle n'a pas vécus elle-même mais qui constituaient l'actualité de son enfance : une crue de la Seine obligeant les parisiens à se déplacer en bateau, la visite de Nicolas II, la mort de Félix Faure...
Petit à petit, en grandissant, le narrateur apprend d'autres épisodes de la vie de Charlotte, que celle-ci lui raconte elle-même ou qui lui sont confiés par d'autres : née en Sibérie, fille de deux français dont un médecin venu s'installer en Russie, elle rentre en France à la mort de son père. Mais sa mère retourne en Sibérie, où elle se trouve bloquée par le déclenchement de la première guerre mondiale. Après la Révolution et l'Armistice, Charlotte quitte à son tour la France et part en Russie en tant qu'infirmière. C'est dans ce pays qu'elle se mariera à un membre du parti, qui connaîtra (comme tant d'autres !) une arrestation arbitraire, avant d'être envoyé au front lors de l'entrée en guerre de l'Union Soviétique.
Entre sa vie quotidienne soviétique et son imaginaire français, et même parisien de la belle époque, le narrateur se sent tiraillé, inadapté. Tantôt il souhaite renier toute "francité" en lui, au cours de son adolescence, tantôt il cherche à connaître le plus de détails possible sur la vie de Charlotte et la France en général... Jusqu'au jour où il quitte la Russie, définitivement, pour émigrer en France, vivre à Paris où il devient écrivain.
J'ai beaucoup aimé la façon dont Makine décrit le rôle de la langue française, cette langue étant la seule chose concrète qu'il connaisse de la France (le reste, les histoires de Charlotte, ses descriptions, se heurtent aux limites de son imagination). La grand-mère ne se contente pas de leur raconter des histoires ou de leur lire des coupures de journaux français, elle leur récite également des poèmes, et Baudelaire, Verlaine, leur langue deviennent, pour l'enfant, la France même...
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michelekastner
michelekastner15 octobre 2012
  • Livres 5.00/5
L'auteur évoque ses souvenirs des récits de sa grand-mère chez qui il passait tous les étés de son enfance en compagnie de sa soeur, à Saranza, en Russie, en lisière de la steppe. Née en France, elle évoque régulièrement les événements qui ont marqué le début du 20ème siècle et qui se sont mêlés à sa propre histoire et qui ont relié celle de la France à la Russie, dans la sonorité d'une langue, le français, qu'ils croient alors un patois de famille. Revenue en Sibérie à l'âge adulte, elle connaît la famine de 1921, le cannibalisme dans les villages de la Volga, puis la guerre, le fiancé perdu, les samovars : ces jeunes soldats-troncs sans bras, sans jambes. Adolescent, le narrateur veut se débarrasser de ses origines françaises qui le gênent, cette étrangeté que ses camarades de classe rejettent, cette solitude et cette étrangeté qui l'encombrent, la France : cette illusion d'un paradis, un mirage. La Russie est monstrueuse et pourtant, il se sent profondément russe. Déchiré dans ses sentiments contradictoires, il finit par se réconcilier avec ses deux identités et se réfugie dans les livres, dans la magie des mots ; il rend hommage à cette langue qui l'enchante et qui le relie pour toujours à sa grand-mère adorée, conteuse hors pair, détentrice de bien des secrets. Un livre d'une grande beauté, très poignant, nostalgique. Chaque phrase est un bijou.
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carre
carre07 janvier 2012
  • Livres 4.00/5
Roman autobiographique, l'histoire d'un petit garçon qui écoute sa grand-mére Charlotte, française elle-même, lui raconter des histoires de son pays d'origine, qui vont façonner l'envie de découvrir cet autre univers, loin de la rudesse des steppes Sibérienne ou ils survivent, juste au sortir de la seconde guerre mondiale. Devenu adolescent Alyosha va assumer sa double culture et tout faire pour rejoindre ce pays révé . L'on se retrouve bercé comme l'auteur par les histoires de Charlotte, mais la grande force du livre vient évidemment de cette mémoire quasi photographique de la Russie de la deuxième partie du vingtième siècle que nous conte Makine ou ce peuple mené par la dureté des régimes vit au jour le jour. Dans une écriture dense, lyrique, poétique qui peux parfois nous décontenancer, Makine réussit une ode magnifique à sa double culture. Récompensée par le prix Goncourt, et le prix Médicis ainsi que le Goncourt des lycéens. Rien que ça.
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sylvaine
sylvaine28 octobre 2011
  • Livres 5.00/5
Comment un enfant né et élévé dans l'URSS de Staline puis de Brejniev peut-il concilier sa culture russe et celle ,de sa grand-mère Charlotte née en France . .Baigné par Charlotte dans la langue française ,il va s'imprégner de littérature ,de l''histoire de son Atlandide avec autant de passion qu'il rejettera le tout quelques années plus tard.
Vous raconter ce fort beau texte est impossible .J'ai surtout retenu ce merveilleux portrait de femme ,épouse ,mère et grand- mère.qui aura vécu les grandes mutations de la Russie et de l'Europe au cours de sa vie
Andréi Makine nous dresse un superbe tableau de son pays la Russie et du nôtre en des termes qui nous réconcilient avec nous- mêmes
Ce récit se lit et se relit , un véritable régal.
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Citations & extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
absoluabsolu31 juillet 2012
Et si la Russie me subjugue c’est parce qu’elle ne connaît pas de limites, ni dans le bien ni dans le mal. Surtout dans le mal. Elle me permet d’envier ce chasseur de corps féminins. Et de me détester. Et de rejoindre cette femme meurtrie, écrasée par une masse de chair en sueur. Et de deviner sa dernière pensée claire: la pensée de la mort qui suivrait cet accouplement hideux. Et d’aspirer à mourir en même temps qu’elle. Car on ne peut pas continuer à vivre en portant en soi ce double qui admire Béria...


Oui, j’étais Russe. Je comprenais maintenant, de façon encore confuse, ce que cela voulait dire. Porter dans son âme tous ces êtres défigurés par la douleur, ces villages carbonisés, ces lacs glacés remplis de cadavres nus. Connaître la résignation d’un troupeau humain violé par un satrape. Et l’horreur de se sentir participer à ce crime. Et le désir enragé de rejouer toutes ces histoires passées — pour en extirper la souffrance, l’injustice, la mort. Oui, rattraper la voiture noire dans les rues de Moscou et l’anéantir sous sa paume de géant. Puis, en retenant son souffle, accompagner du regard la jeune femme qui pousse la porte de sa maison, monte l’escalier... Refaire l’Histoire. Purifier le monde. Traquer le mal. Donner refuge à tous ces gens dans son coeur pour pouvoir les relâcher un jour dans un monde libéré du mal. Mais en attendant, partager la douleur qui les atteint. Se détester pour chaque défaillance. Pousser cet engagement jusqu’au délire, jusqu’à l’évanouissement. Vivre très quotidiennement au bord du gouffre. Oui, c’est ça, la Russie.


C’est ainsi que dans mon désarroi juvénile, je m’accrochais à ma nouvelle identité. Elle devenait pour moi la vie même, celle qui allait, pensais-je, effacer pour toujours mon illusion française.
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Malahide75Malahide7528 mai 2013
Cependant, nous continuions à remplir le silence, tel un tonneau des Danaïdes, de mots inutiles, de répliques creuses : "Il fait plus chaud qu'hier ! Gravilytch est de nouveau ivre... la Koukouchka n'est pas passée ce soir... C'est la steppe qui brûle là-bas, regarde ! Non, c'est un nuage... Je vais refaire du thé... Aujourd'hui, au marché, on vendait des pastèques d'Ouzbékistan..."
L'indicible ! Il était mystérieusement lié, je le comprenais maintenant, à l'essentiel. L'essentiel était indicible. Incommunicable. Et tout ce qui, dans ce monde, me torturait par sa beauté muette, tout ce qui se passait de la parole me paraissait essentiel. L'indicible était essentiel.
Cette équation créa dans ma jeune tête un court-circuit intellectuel. Et c'est grâce à sa concision que, cet été, je tombai sur cette vérité terrible : "Les gens parlent car ils ont peur du silence. Ils parlent machinalement, à haute voix ou chacun à part soi, ils se grisent de cette bouillie vocable qui englue tout objet et tout être. Ils parlent de la pluie et du beau temps, ils parlent d'argent, d'amour, de rien. Et ils emploient, même quand ils parlent de leurs amours sublimes, des mots cent fois dits, des phrases usées jusqu'à la trame. Ils parlent pour parler. Ils veulent conjurer le silence..."
Le matras d'alchimiste s'était brisé. Conscients de l'absurdité de nos paroles, nous poursuivions notre dialogue journalier : "Il va peut-être pleuvoir. Regarde ce gros nuage. Non, c'est la steppe qui brûle... Tiens, la Koukouchka est passée plus tôt que d'habitude... Gravilytch... Le thé... Au marché..."
Oui, une partie de ma vie était derrière moi. L'enfance.
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bouquinebouquine01 août 2013
C'était un pays (la France) livresque par essence, un pays composé de mots, dont les fleuves ruisselaient comme des strophes, dont les femmes pleuraient en alexandrins et les hommes s'affrontaient en sirvantès [...] La France se confondait pour nous avec sa littérature. Et la vraie littérature était cette magie dont un mot, une strophe, un verset nous transportaient dans un éternel instant de beauté.
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sylvainesylvaine26 octobre 2011
Désormais,nous parlions pour ne rien dire.Nous vîmes s'installer entre nous l'écran de ces mots lisses, de ces reflets sonores du quotidien, de ce liquide verbal dont on se sent obligé, on ne sait pourquoi, de remplir le silence.Avec stupeur,je découvrais que parler était, en fait,la meilleure façon de taire l'essentiel
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV01 janvier 2016
Je me souvenais qu'un jour, dans une plaisanterie sans gaîté, Charlotte m'avait dit qu'après tous ses voyages à travers l'immense Russie, venir à pied jusqu'en France n'aurait pour elle rien d'impossible [...]. Au début, pendant de longs mois de misère et d'errances, mon rêve fou ressemblerait de près à cette bravade. J'imaginerais une femme vêtue de noir qui, aux toutes premières heures d'une matinée d'hiver sombre, entrerait dans une petite ville frontalière [...]. Elle pousserait la forte d'un café au coin d'une étroite place endormie, s'installerait près de la fenêtre, à côté d'un calorifère. La patronne lui apporterait une tasse de thé. Et en regardant, derrière la vitre, la face tranquille des maisons à colombages, la femme murmurerait tout bas : " C'est la France... Je suis retournée en France. Après... après toute une vie. "
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Videos de Andreï Makine (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Andreï Makine
L'Archipel d'une autre vie - Andreï Makine [Rentrée Littéraire 2016] .Une chasse à l?homme à travers l?infini de la taïga, au crépuscule de l?ère stalinienne. Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer ? Insaisissable, le fugitif paraît se jouer de ses poursuivants, qui, de leur côté, s?emploient à faire durer cette traque, peu pressés de retourner au cantonnement. Dans cette longue parenthèse rythmée par les feux des bivouacs et la lutte quotidienne contre les éléments se révélera le vrai caractère de chacun, avec ses lâchetés et ses faiblesses. Un à un les hommes renoncent, découragés ou brisés par les ruses déroutantes de leur adversaire, jusqu?au moment où Pavel se retrouve seul à la poursuite de cette proie mystérieuse. Une étrange communion à distance semble alors s?instaurer entre ces deux êtres que tout sépare. Lorsqu?il connaîtra l?identité véritable de l?évadé, sa vie en sera bouleversée. La chasse prend une dimension exaltante, tandis qu?à l?horizon émerge l?archipel des Chantars : là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l?amour. http://www.seuil.com/ouvrage/l-archipel-d-une-autre-vie-andrei-makine/9782021329179
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