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> Juliette Bertrand (Traducteur)

ISBN : 207036237X
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 4.21/5 (sur 61 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Quatrième de couverture : Kaputt est un livre cruel et gai. Sa gaîté cruelle est la plus extraordinaire expérience que j'aie tirée du spectacle de l'Europe au cours de ces années de guerre. Parmi les protagonistes de ce livre, la guerre n'en joue pas moins le rôle d''un... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 24 décembre 2007

    Woland
    Kaputt
    Traduction : Juliette Bertrand
    Mort à 59 ans, en 1957, Malaparte n'a connu ni Fellini, ni Francis Ford Coppola. Pourtant, quand on lit cet incroyable voyage au coeur de la Seconde guerre mondiale effectué par un Italien d'origine allemande, c'est bien à ces deux cinéastes que l'on songe - et à tout ce qu'ils auraient pu en tirer.
    Il y a là-dedans le baroque flamboyant d'un Fellini, son onirisme aussi et la cruauté aveugle et incroyablement sereine dont Coppola a tissé son "Apocalypse Now." "Apocalyptique" est d'ailleurs un adjectif qui convient à merveille à "Kaputt", surtout si on lui adjoint celui de "souterrain."
    Roman ou chronique ? On suspecte bien Malaparte d'avoir peaufiné certains échanges, d'avoir ciselé nombre de détails. Mais le fond n'en sonne pas moins authentique, de cette authenticité qui est le propre du témoin oculaire.
    Scindé en six parties, chacune placée sous le patronage d'une espèce animale : "Les chevaux - Les rats - Les chiens - Les oiseaux - Les rennes - Les mouches", "Kaputt" regorge d'images-choc peintes d'un pinceau magistral et auprès desquelles les photos les plus réalistes d'une certaine presse actuelle n'ont plus qu'à retourner dans le néant d'où elles n'auraient jamais dû sortir.
    Des chevaux russes que le gel brutal d'un lac a emprisonnés dans la Mort alors qu'ils le traversaient ; l'extraordinaire portrait de Hans Franck, gouverneur général de Pologne, et de son épouse, recevant Malaparte à souper ; le cruel destin des chiens russes porteurs de mines et lancés à l'assaut des panzers allemands ; cette petite merveille de construction qu'est le chapitre nommé "Le Panier d'Huîtres" et qui révèle, sous l'humanité apparente de leur chef, l'impitoyable violence des oustachis croates ; le choc produit par la "chute" de la pêche au saumon du général von Heunert et le sens allégorique recelé par toute l'histoire ; la Cour des Miracles napolitaine qui se met en marche sous les bombardements dans l'avant-dernier chapitre ...
    ... et, à côté de cela, le récit du "Fusil fou", tout en tendresse et en ironie, qui parvient à faire sourire le lecteur, ou encore - mais là, on ne sourit pas, on ne peut que laisser monter le désespoir - le destin des jeunes Juives de Soroca et, bien sûr, pour les amateurs, le portrait au vitriol de la "cour" du comte Ciano, à Rome, le tout éclairé ou plutôt aveuglé par la glaciale lumière des latitudes polaires avant de sombrer dans celle, grouillante et sauvage, de Naples détruit, rasé, abruti sous les bombes ...
    ... font de "Kaputt" un livre unique, exceptionnel, d'une puissance d'évocation rarement égalée, qui empoigne le lecteur et ne le lâche pas d'une seule page, privilège littéraire réservé aux grands écrivains. Après l'avoir lu, on ne se demande pas ce que Malaparte a pu arranger à sa sauce, on reste le souffle coupé, dans la certitude absolue d'avoir plongé dans le Temps à ses côtés et d'avoir réellement vécu en sa compagnie l'immense, cruelle et cependant allègre tragédie de "Kaputt." ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par Charybde7, le 26 avril 2013

    Charybde7
    Dans une courte préface, Malaparte raconte l'histoire du manuscrit de Kaputt, écrit sur le front entre 1941 et 1943, dissimulé et transporté en plusieurs parties pendant la guerre pour être finalement publié à Naples en 1943, après le débarquement des alliés a Salerne. Témoin impuissant et cynique du cauchemar de la guerre, Malaparte nous livre avec Kaputt un récit hanté de visions, issu de son expérience de correspondant de guerre sur les fronts de l'Est.
    Est-ce un roman ? Un témoignage ? Kaputt est un abîme bouleversant et putréfié d'où sortent des rêves hallucinés, des visions spectrales et parfois sublimes, le récit du naufrage de l'humanité, de l'horreur de cette guerre qui semble être un hiver éternel dans les terres de Russie, de Pologne, d'Ukraine, de Roumanie et de Finlande.
    Kaputt fait coexister l'horreur immonde et la terreur des ghettos et des massacres avec la beauté charnelle ou froide des paysages du nord, les dîners luxueux envahis par la putréfaction des dirigeants allemands et de leurs alliés, les diners de l'aristocratie étiolée et humiliée - spectacles décrits avec la sensibilité et le réalisme de toiles de Chardin, ou avec la dimension funèbre de toiles de Cranach.
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    • Livres 5.00/5
    Par mireille.lefustec, le 16 mars 2013

    mireille.lefustec
    A Stockholm,en septembre,Malaparte rencontre le prince Eugène,frère du roi de Suède. Et dans la villa de Waldemarsuden,dans cette "douceur de vivre sereine qui fut la grâce de l'Europe", il ne peut se retenir de raconter ce qu'il a vu dans la forêt de Oranienbaum: des prisonniers russes ,enfoncés dans la neige jusqu'au ventre,tués d'une balle à la tempe et laissés à geler sur place le bras droit tendu comme pour indiquer la route.
    Ce n'est que la première d'une série d'histoires sombres que,comme un "raconteur" itinérant,Malaparte racontera à d'autres figures d'une Europe mourante.
    Histoires qui, depuis les années quarante, ont horrifié les lecteurs du monde entier.
    Histoires dans lesquelles s'inscrit la disparition de ce qui est "noble,gentil,pur"
    Histoires qui nous traînent sur un long voyage cruel au cours duquel nous verrons l'Europe réduite à un tas de ferraille;
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    • Livres 3.00/5
    Par Bunee, le 30 mai 2008

    Bunee
    Malaparte est un auteur dont vous pouvez lire une très bonne biographie ici
    Dans cet oeuvre baroque l'auteur, correspondant de guerre ayant des contacts tant auprès de l'aristocratie qu'au front, nous emmène dans un voyage halluciné un impressionnant dans la guerre -- des salons feutrés de la bonne société de l'époque au front soviétique, à Léningrad, à Varsovie, aux pogroms.
    Un cauchemard éveillé.
    Contraste saisissant entre les repas ponctués de vins fins de la haute bourgeoisie et la famine noire des contrées pillées, le luxe chaud des salons particuliers et la cruauté des combats.
    Sur l'importance de Kaputt dans l'oeuvre de Malaparte et, plus largement, au sein du paysage littéraire d'après guerre, vous pouvez jeter un coup d'oeil sur les excellententes chroniques italiennes (Grana) lisibles ici
    Kaputt, témoignage accablant sur les fruits viciés de l'Europe décadente, est une sorte de bestiaire fantastique sur 5 tableaux....
    http://lelabo.blogspot.com/2006/10/il-sortit-de-la-terre-des-hommes-arms.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Maphil, le 21 mars 2013

    Maphil
    Kaputt = brisé, fini, réduit en miettes. C'est ce qui caractérise alors, pour l'auteur, inspiré par le spectacle de l'Europe au cours de la seconde guerre mondiale, l'Europe : un amoncellement de débris.
    Chaque page du roman est dominé par la guerre et la mort. C'est un des témoignages les plus accablants sur cette guerre avec son étalage d'horreurs et de cruauté froide, avec ses tableaux délirants de la démence humaine, ses portraits violents... Image d'une Europe en décomposition.
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Citations et extraits

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  • Par michel.carlier15, le 07 mars 2014

    Aucun vin n'est aussi terrestre que le rouge vin de Bourgogne ; dans le reflet blanc de la neige , il avait la couleur de la terre , cette couleur pourpre et or des collines de la Côte-d'Or au coucher du soleil . Son souffle était profond , parfumé d'herbes et de feuilles comme un soir d'été bourguignon . Et aucun vin n'accompagne aussi intimement l'approche du soir que le vin de Nuits-Saint-Georges , n'est autant l'ami de la nuit que le vin de Nuits-Saint-Georges , nocturne jusque dans son nom , profond et semé d'éclair , comme une nuit d'été en Bourgogne . Il brille d'un éclat sanglant au seuil de la nuit comme , au bord cristallin de l'horizon , le feu du couchant . Il allume des lueurs rouges et bleues dans la terre couleur de pourpre , dans l'herbe et les feuilles d'arbres , encore chaudes des des saveurs et des arômes du soleil mourant . Les bêtes sauvages , à la tombée de la nuit , s'accagnardent profondément dans la terre , le sanglier rentre dans sa bauge avec des claquements précipités de branchages , le faisan au vol court et silencieux nage dans l'ombre qui déjà flotte au-dessus des bois et des prés , le lièvre agile se laisse glisser sur le premier rayon de la lune comme sur une corde raide d'argent . C'est là l'heure du vin de Bourgogne . A ce moment-là , par cette nuit d'hiver , dans cette pièce éclairée du lugubre reflet de la neige , l'odeur profonde du Nuits-Saint-Georges nous rappelait le souvenir des soirées d'été en Bourgogne , des nuits endormies sur une terre encore chaude de soleil .
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  • Par barjabulette, le 28 décembre 2010

    Le lac était comme une immense plaque de marbre blanc sur laquelle étaient posées des centaines et des centaines de têtes de chevaux. Les têtes semblaient coupées net au couperet. Seules, elles émergeaient de la croûte de glace. Toutes les têtes étaient tournées vers le rivage. Dans les yeux dilatés on voyait encore briller la terreur comme une flamme blanche

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  • Par Charybde7, le 26 avril 2013

    A un certain moment, l'officier s'arrête devant l'enfant, le fixe longtemps en silence, puis lui dit d'une voix lente, lasse, remplie de contrariété :
    - Ecoute, je ne veux pas te faire de mal. Tu n'es qu'un mioche ; je ne fais pas la guerre aux mioches. Tu as tiré sur mes soldats. Mais je ne fais pas la guerre aux enfants. Lieber Gott ! ce n'est pas moi qui l'ai inventée la guerre ! L'officier s'arrête, puis dit au garçon avec une douceur étrange : Ecoute, j'ai un œil de verre. Si tu peux me dire tout de suite, sans réfléchir, lequel des deux est l'œil de verre, je te laisse partir, je te laisse en liberté.
    - L'œil gauche, répond aussitôt le garçon.
    - Comment as-tu fait pour t'en apercevoir ?
    - Parce que des deux, c'est le seul qui ait une expression humaine.
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  • Par Charybde7, le 26 avril 2013

    Les autres officiers, les camarades de Fréderic, sont jeunes aussi : vingt, vingt-cinq, trente ans. Mais tous portent sur leur figure jaune et ridée des signes de vieillesse, de décomposition, de mort. Tous ont l'œil humble et désespéré du renne. Ce sont des bêtes, pensé-je ; ce sont des bêtes sauvages, pensé-je avec horreur. Tous ont, sur leur visage et dans leurs yeux, la belle, la merveilleuse et la triste mansuétude des bêtes sauvages, tous ont cette folie concentrée et mélancolique des bêtes, leur mystérieuse innocence, leur terrible pitié.
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  • Par Charybde7, le 26 avril 2013

    Dans cette pièce tiède aux parquets couverts de tapis épais, éclairée par cette lueur de miel froid que donnaient la lune et la flamme rose des bougies, les paroles, les gestes, les sourires des jeunes femmes évoquaient avec envie et regret un monde heureux, un monde immoral, jouisseur et servile, satisfait de sa sensualité et de sa vanité. Et l'odeur morte des roses, l'éclat éteint de l'argenterie ancienne et des vieilles porcelaines, le rappelaient à la mémoire avec une impression funèbre de chair putréfiée.
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Vidéo de Curzio Malaparte


Tom Lanoye présente Curzio Malaparte, "Kaputt", Denoël
Kaputt est un livre cruel et gai. Sa gaîté cruelle est la plus extraordinaire expérience que j'aie tirée du spectacle de l'Europe au cours de ces années de guerre. Parmi les protagonistes...








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