Les Langages de l'humanité ont longtemps été mon livre de chevet. Pour qui s'intéresse un peu aux trois mille langues parlées environ aujourd'hui dans le monde, c'est une mine d'informations d'une clarté exemplaire, qui se lit comme un roman, et dépayse totalement. On peut le lire dans l'ordre ou le butiner, avec dans les deux cas le même risque : celui de ne plus pouvoir le lâcher. Je viens encore d'y passer deux heures !
Pour avoir un aperçu de l'alphabet géorgien, comprendre quelque-chose, cartes à l'appui, aux langues parlées dans le golfe de Guinée (où l'on trouve de nombreuses langues à tons comme le chinois), savoir qu'au Vietnam le dernier nom est le prénom alors qu'en Corée ce sont les deux derniers, sauf quand le deuxième prénom est remplacé par son initiale à l'américaine, que les langues mélanésiennes distinguent le nous inclusif du nous exclusif, y compris le bichelamar, qui est un pidgin à vocabulaire anglais dont le nom vient du portugais bicho do mar, crustacé dont les Chinois étaient friands, qu'en nahuatl (aztèque) le pluriel se marquait en redoublant la première syllabe, d'où le cacao, que le -tl de nahuatl est en fait l'article, que les langues tsiganes sont proches de l'hindi et que manouche et Mensch (allemand) ont la même origine, que l'arabe et le tahitien ont en commun de placer le verbe avant le sujet, qu'en haoussa (Nigéria) le verbe est invariable alors que le pronom change selon le temps de la phrase, que l'arabe n'a que trois voyelles (mais longues ou courtes) alors que le birman en a 64 (avec des tons), que le basque a dix cas (le latin n'en avait que six), que le loch des langues celtiques qui signifie lac, n'a rien avoir avec les loc- des noms bretons, qui vient du latin locus, que...
J'arrête là, mais contrairement à ce que ces exemples peuvent faire penser, le livre est bien construit : la première partie aborde les éléments constitutifs d'une langue d'une manière générale : phonétique, vocabulaire, grammaire, écriture. La deuxième aborde les langues, groupées par famille, en les suivant géographiquement et en donnant leurs caractéristiques et des exemples. La troisième traite des noms de personne, des noms de lieux, l'étymologie, et la dernière des réflexions sur la place des langues dans la société, sur l'homme face aux langues étrangères, sur les politiques linguistiques des différents pays. Et c'est parfaitement accessible du début à la fin.