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Correspondance complète, 1862-1871 suivi de 'Lettres sur la poésie, 1872-1898'1Ajouter à mes livres
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"Les lettres de Mallarmé sont d'un intérêt souvent extraordinaire. Il a livré sur son exploration des confins de l'esprit et de la matière, et sur la poésie comme il la conçoit, et sur les poèmes qu'il tente d'écrire alors - dont deux de ses plus grands,... > voir plus
pour une partie : Je me suis replongée dans les lettres sur la Poésie de Mallarmé, auquel je pense assez souvent en marchant dans Avignon, souvenir des années qu'il y a passées, entre ses ennuis de professeur mal jugé, les maladies de la famille et la suite de la crise le menant, par la reprise d'Hérodiade et le Faune, à Igitur
Tantôt ergotant sur les deux termes extrêmes, j'essaie, pour te détacher un peu de moi et te voir, de comparer ta vie que visite la Notion Négative à la Croyance, où se complait maintenant mon esprit, revenu, mais auquel se refuse la vie, précisément ; et je souris à la différence. En effet, ce sera par cette dernière que je succomberai peut-être : j'avais passé un hiver très curieux, édifiant ma pensée par de beaux retours au rêve, d'un côté ; par ce long prélude si attrayant de l'étude d'une science (Bour a dû te parler de mes projets de Linguistique) et voici qu'un accident, ma pauvre Marie malade, lequel me tire inopinément de mon abstraction nécessaire et de cette architecture factice de mes facultés si industrieusement agencée, me replonge dans le désordre et la totale nullité. Je vais recommencer..
j'ai pu, levé tôt, travailler plusieurs heures chaque matin ; mais le soir, je n'étais pas long, après des journées ingrates, à m'endormir sur un livre de vers ; une promenade de Pan automnal, au crépuscule ; et tu sais mes journées. L'heure de famille, celle à laquelle on remettait de t'écrire parce qu'on ne parlait que de toi, était le souper, dans la petite salle à manger, qu'une grave horloge dont tu connus la gaine, rend sérieuse. A la faveur de son timbre conventuel, je te dirai un seul mot de mon travail que je te porterai l'été prochain : c'est un conte, par lequel je veux terrasser le vieux monstre de l'Impuissance, son sujet du reste, afin de me cloîtrer dans mon grand labeur déjà réétudié..
une fenêtre nocturne ouverte, les deux volets attachés ; une chambre avec personne dedans, malgré l'air stable que présentent les volets attachés, et dans une nuit faite d'absence et d'interrogation, sans meubles, sinon l'ébauche plausible de vagues consoles, un cadre, belliqueux et agonisant, de miroir suspendu au fond, avec sa réflexion, stellaire et incompréhensible de la grande Ourse, qui relie au ciel seul ce logis abandonné du monde
SONNET ALLEGORIQUE DE LUI-MEME
La Nuit approbatrice allume les onyx/ De ses ongles au pur Crime, lampadophore,/ Du Soir aboli par le vespéral Phoenix/ De qui la cendre n'a de cinéraire amphore/// Sur des consoles, en le noir Salon : nul ptyx,/ Insolite vaisseau d'inanité sonore,/ Car le Maître est allé puiser de l'eau du Styx/ Avec tous ses objets dont le Rêve s'honore./// Et selon la croisée au Nord vacante, un or/ Néfaste incite dans son beau cadre une rixe/ Faite d'un dieu que croit emporter une nixe/// En l'obscurcissement de la glace, décor/ De l'absence, sinon que sur la glace encor/ De scintillations le septuor se fixe.
Le sens, s'il y en a un (mais je me consolerais du contraire grâce à la dose de poésie qu'il contient..) est évoqué par un mirage interne des mots mêmes