ISBN : 2253155578
Éditeur : Le Livre de Poche
(2004)
Note moyenne : 3.42/5 (sur 12 notes)
Dans la forêt du miroir : Essai sur les mots et sur le monde2Ajouter à mes livres
Qu'est-ce que lire ? Que peuvent pour nous les livres ? Qu'advient-il si nous entrons dans leur domaine comme Alice franchissant le miroir ? Romancier, essayiste, traducteur, auteur du Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel nous entraîne ici dans sa vie de ... > voir plus
“Nous sommes ce que nous lisons”. Editeur, journaliste, écrivain mais avant tout lecteur. Alberto Manguel nous parle de livres, d'auteurs, d'Argentine, de politique, de société, de ce que nous sommes et devenons au travers de nos lectures. ... La suite sur le blog !
je devais résister aux partenariats de blog-o-book, mais impossible en voyant un Manquel !
serais-je l'une des heureuses élues ??? sinon, plus qu'a l'acheter !!!
Je crois que, comme l'acte érotique, le fait de lire devrait être fondamentalement anonyme. Nous devrions pouvoir entrer dans un livre ou dans un lit de la même façon qu'Alice traverse la forêt du miroir, sans emporter avec nous les préjugés de notre passé et en abandonnant pour cet instant de communion nos harnachements sociaux. Que nous lisions ou que nous faisions l'amour, nous devrions être capables de nous perdre dans l'autre, en qui - j'emprunte à Saint-Jean cette image - nous sommes transformés : de lecteur en auteur en lecteur, d'amant en amant en amant. "Jouir de la lecture", disent les Français, qui ont le même mot pour signifier atteindre l'orgasme et prendre plaisir.
Symboliquement, le monde antique finit avec la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie ; symboliquement, le XXème siècle s'achève avec la reconstruction de la bibliothèque de Sarajevo.
Avec l’invention de l’espèce homosexuelle, l’intolérance se créa une proie. Dès lors qu’un préjugé est établi, il piège dans ses limites un groupe hétérogène d’individus dont le seul dénominateur commun est déterminé par ce préjugé même. La couleur de peau, les degrés variables d’appartenance à une certaine foi, certain aspect des préférences sexuelles peuvent et deviennent l’inverse d’un objet de désir - un objet de haine. Aucune logique ne gouverne ces choix : le préjugé peut réiunir un juriste indonésien et un poète rasta en tant que “gens de couleur”, et épargner un homme d’affaires japonais en tant que “Blanc honorable” ; d’injurier un Juif éthiopien et un hassidim américain, mais rendre hommage à Salomon et à David, piliers de la tradition chrétienne ; condamner un adolescent gay et le pauvre Oscar Wilde, mais applaudir Elton John et ignorer l’homosexualité de Léonard de Vinci et d’Alexandre le Grand.
Edmund White, auteur de l’un des romans autobiographiques gay les plus influents en Amérique du Nord, Un jeune Américain (1982), a fait remarquer que “puisque personne n’est élevé dans la perspective d’être gay, au moment où on s’aperçoit de sa différence, il faut l’assumer”. Les non-gays apprennent leurs moeurs sexuelles (surtout de sources sexistes et conservatrices) en cent lieux différents : maison, école, travail, télévision, cinéma, lecture. Les gays sont, dans l’ensemble, privés d’une telle géographie. Ils grandissent avec le sentiment d’être invisibles, et doivent passer par l’apprentissage de l’adolescence dans une solitude presque toujours totale. Le roman gay - en particulier le roman gay autobiographique - fonctionne comme une guide qui reflète l’expérience du lecteur tout en lui offrant des possibilités de comparaison.
Index des sujets, genres littéraires, écoles de pensée et de style, littératures classées par nationalité ou par race, recueils chronologiques et anthologies thématiques ne suggèrent au lecteur que l’un des multiples points de vue possibles, dont aucun n’est global, dont aucun n’effleure seulement l’ampleur et la profondeur d’un mystérieux écrit.