Je reviens à
Klaus Mann, écrivain souffrant, tombé dans le piège de la fascination du père qu'il surnomme « le Magicien », oeuvrant toute sa vie à s'en éloigner, physiquement et moralement. Son autobiographie égrène les témoignages sur ses rencontres, ses voyages, ses entreprises artistiques, seul ou avec sa sœur Monika. Son livre fourmille d'expériences, de doutes, de questions cruelles sur l'incapacité des hommes à vivre ensemble.
La première partie du livre « Les mythes de l'enfance » (1906-1914) relate une enfance heureuse et bourgeoise. Descriptions attachantes des paysages bavarois, bucoliques. Il exprime aussi la sensibilité d'un être en quête d'un inatteignable bonheur. Peur de l'abandon, tristesse inconsolable de la perte de l'insouciance absolue.
p.31 La voiture d'enfant, c'est le Paradis perdu. L'unique période absolument heureuse de notre vie est celle que nous traversons en dormant. Il n'y a pas de bonheur, là où existe le souvenir. Se souvenir signifie regretter le passé. Et notre nostalgie s'éveille avec notre conscience.
Dès l'âge de 20 ans, il devient
Journaliste et prend conscience de la possibilité de manipuler des lecteurs , d'influencer leurs goûts esthétiques et culturels, pour peu que l'on occupe une place dans un
Journal reconnu ; désillusion précoce sur l'intelligence de ses semblables.
La montée du nazisme y est décrite avec une exactitude et une lucidité rares pour un non Juif
p.336 Incontestablement, j'étais contre Hitler- dès le début sans la moindre restriction, sans la moindre réserve, qu'elle fût de l'ordre de la psychologie, du pacifisme, ou du paradoxe diabolique (…) Cette ligne politique tout entière ne me convenait pas, elle suscitait mon horreur et mon dégoût, je la trouvais totalement haïssable et contre-nature.
. J'ai lu avec passion ses atermoiements qui ne détonneraient pas avec ceux que nous vivons actuellement.
Il raconte également l'émigration de toute la famille Mann aux Etats-Unis, après avoir été destituée de la nationalité allemande. On peut lire de très beaux passages sur
L'Amérique des années 30 et 40. Un des passages qui m'a le plus bouleversée est le retour de Klaus après la guerre à Munich, devant sa maison familiale dont il ne reste que la façade (p .638)
Il commente de nombreux livres. Ceux de son père, de
Kafka, de Zweig et de dizaines d'autres auteurs contemporains, européens et américains. le nombre de personnalités qu'il a croisées est très impressionnant.
Son suicide en 1949 s'ajoute à la sinistre liste de tous ses proches qui ont choisi la même mort ;
Le livre renferme une tristesse infinie tout en apportant un éclairage édifiant sur l'Allemagne qui a précédé le désastre.