> Alain Keruzoré (Traducteur)
> Anne-Marie Geninet (Traducteur)

ISBN : 274360056X
Éditeur : Rivages (2004)


Note moyenne : 3.78/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres
Les secrets de famille peuvent-ils disparaître sans laisser de traces ? Peut-on souffrir d'un passé que l'on ignore ? Peut-on l'ignorer tout à fait ? Juan n'a aucune raison de se poser ces questions : interprète de talent, jeune m... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 25 avril 2009

    Woland
    Corazón tan blanco
    Traduction : Alain & Anne-Marie Kéruzoré avec l'aide de l'Auteur
    C'est à deux reprises que je me suis attaquée à la lecture de ce livre : la première fut un échec mais j'allai jusqu'au bout de la seconde. Mon erreur, je m'en rends compte aujourd'hui, fut de ne pas tenter la lecture à voix haute dès le départ. Il est en effet des textes qui veulent - et même exigent - ce type de lecture : "Un coeur si blanc", dont le titre s'inspire de "Macbeth", est de ceux-là.
    Selon une technique déconcertante et qui en exaspérera plus d'un, Javier Marias prend un fait, plus ou moins important dans son essence mais qui, pour ses personnages, revêt toujours une importance particulière même s'ils ne le savent pas toujours, et, à partir de là, il brosse tout un livre dans un style soutenu, pointilleux sur les détails les plus criants comme sur les plus infimes, qui encense le point-virgule mais abbhore la phrase courte ou simplement moyenne, et qui privilégie avec éclat les phrases longues, cinglées de virgules et formant souvent un paragraphe tout entier, à la Saint-Simon ou à la Proust.
    Avec cela, une analyse au microscope des émotions et des pensées des personnages, une maniaquerie dans le choix de la nuance qui rebute, séduit, irrite, fascine et désespère. Un auteur étonnant, par lui-même traducteur émérite et fin connaisseur des mots et de leur pouvoir, qu'il faut lire par doses homéopathiques certes mais qu'il faut lire - enfin, je le crois.
    "Un coeur si blanc" est axé sur le malaise indéfini ressenti par Juan, le narrateur, dès son mariage avec Luisa. Tous deux sont interprètes pour les Nations Unies et partent en voyage de noces à Cuba. Dans leur chambre d'hôtel, un soir, alors que Luisa souffre d'une légère indisposition, Juan surprend la conversation de leurs voisins : un couple illégitime, lui marié, elle non, où est évoqué la mort éventuelle de l'épouse, laissée en Espagne. Ce fragment d'une histoire qu'il ne connaît pas ne va cesser de hanter Juan - et partant Luisa - avant de se révéler, d'une façon bien étrange, liée à son propre passé ...
    Au début, c'est vrai : le lecteur se demande où l'auteur veut en venir. Mais il finit par se dire très vite qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Et, pourvu qu'il ait la volonté de savoir, il découvre qu'il a eu raison d'insister. Il découvre aussi un auteur tout-à-fait atypique dont la prose et la technique lui laissent, une fois le livre refermé, cette impression, à la fois irritante et agréable, que l'on éprouve en sirotant, par exemple, un jus de citron. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par crochette, le 17 avril 2011

    crochette
    Une histoire singulière et pourtant banale de secrets de famille. 'ai été emportée par la profondeur et le temps que Marias passe sur une séquence. j'ai lu ce livre il y a longtemps et pourtant j'ai en tête des séquences très fortes: la fille dans das une salle de bain, un soir sur un balcon à Cuba, où chaque mouvement et chaque détail semblent accumulés au hasard mais convergent à apporter une grande profondeur au récit. Comme tout les livres de Marias, le style est très particulier, la longueur et la sophistication des phrases pourraient rebuter. pourtant tout fait sens et on n'en sort pas indemne. je suis accro depuis celui ci et "demain dans la bataille".
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    • Livres 5.00/5
    Par mireille.lefustec, le 02 septembre 2011

    mireille.lefustec
    Beaucoup apprécié le style
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 25 avril 2009

    [...] ... Et ma hâte venait de ce que j'avais conscience que ce que je n'entendais pas maintenant, je ne l'entendrai jamais ; il n'y aurait pas de répétition, comme quand on écoute une bande magnétique ou que l'on voit une vidéo et que l'on peut revenir en arrière, chaque chuchotement non appréhendé, non compris, se perdrait à jamais. C'est l'inconvénient de tout événement non enregistré, ou pire, ni su ni vu ni entendu, car il n'y a plus aucun moyen de le restituer. Le jour où nous n'étions pas ensemble ne nous verra jamais réunis, ce qu'on allait nous dire au téléphone que nous n'avons pas décroché ne sera jamais dit, pas la même chose et pas dans le même esprit ; et tout sera légèrement différent ou radicalement, faute d'avoir osé répondre, par indécision. Mais même si nous étions ensemble ce jour-là, si nous étions à la maison quand on a appelé, ou si nous nous sommes décidés à répondre en faisant taire nos craintes, et en oubliant le risque, rien de tout cela ne se répétera, et viendra le moment où avoir été ensemble équivaudra à ne pas l'avoir été, avoir décroché le téléphone à ne l'avoir pas fait, et s'être décidé à répondre à s'être tu. Même les choses les plus ineffaçables ont leur temps, comme celles qui ne laissent pas de traces ou n'ont pas lieu, et si le sachant nous les notons, les enregistrons ou les filmons, si nous multiplions les aide-mémoire, en essayant même de remplacer ce qui est arrivé par les notes prises, l'enregistrement ou l'image de ce qui s'est passé, en sorte que ce qui arrive réellement depuis le début soit ce qui a été noté, enregistré ou filmé et rien d'autre, même dans ce perfectionnement infini de la répétition nous aurons perdu le temps pendant lequel les choses ont vraiment eu lieu (même si c'est le temps de l'enregistrement) ; ... [...]
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  • Par Woland, le 25 avril 2009

    [...] ... Je ne dis rien, je ne posai pas de questions et je ne l'ai toujours pas fait, plus le temps passera, plus cela sera improbable et difficile. On laisse passer un jour sans parler, puis deux, puis une semaine, puis les mois s'accumulent insensiblement, et la manifestation du soupçon s'estompe si celui-ci ne s'accroît pas, sans doute espère-t-on que lui aussi se changera en passé, en quelque chose de véniel ou de naïf qui nous fera sourire peut-être. Pendant des jours, avant de me coucher, j'ai regardé par la fenêtre de mon bureau, vers le coin, en bas ; mais Custardoy ne réapparut pas dans les nuits qui suivirent, et lorsque je le revis, ce fut chez moi, en haut, un moment. Mon père était venu vers huit heures et demie prendre un verre avec Luisa et moi avant de s'en aller à je ne sais quel dîner où Custardoy l'invitait, le Jeune [Custardoy] vint donc le chercher un peu avant dix heures. Il s'assit quelques minutes, but rapidement une bière et je ne remarquai rien, une légère familiarité récente entre Custardoy et Luisa mais à travers mon père, ils avaient fait connaissance en mon absence, par son intermédiaire, en sa présence les deux ou trois fois, c'était tout, ou c'est ce qu'il me sembla. Il y avait bien davantage de familiarité entre Ranz [père du narrateur] et Luisa, eux en revanche s'étaient vus seuls et souvent, mon père l'avait accompagnée dans ses achats pour la fallacieuse maison, il l'avait emmenée déjeuner ou dîner, il lui avait donné des conseils (un homme de goût, un expert en art), il était évident qu'ils s'estimaient, ils se divertissaient l'un l'autre. ... [...]
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  • Par Reka, le 10 février 2009

    Ce n'était pas par défiance ni par manque d'esprit de camaraderie, ni par goût des cachotteries. C'était tout simplement s'installer dans la conviction ou la superstition que ce qui ne se dit pas n'existe pas. Il est vrai qu'il n'y a guère que le non-dit et le non-exprimé que nous ne traduisons jamais. (p. 60)
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