> Nina Nikolaevna Berberova (Traducteur)
> Mina Journot (Traducteur)
> Luba Jurgenson (Éditeur scientifique)

ISBN : 2358730211
Éditeur : Le Bruit du Temps (2010)


Note moyenne : 4.75/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
Enfin publié ici dans son intégralité pour la première fois au monde et sous son titre original, Voyage au pays des Ze-Ka est l'un des plus bouleversants témoignages jamais écrits sur le Goulag. Le livre était paru en France en 1949 sous le titre La Condition inhumaine,... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 01 février 2011

    ivredelivres
    Julius Margolin est un intellectuel juif polonais qui a émigré en Palestine à la fin des années 30, l'été 1939 il est en visite en Pologne, du jour au lendemain les frontières se ferment, le pacte Germano-Soviétique va conduire cet agrégé de philosophie à chercher refuge dans sa ville natale de Pinsk où se retrouvent beaucoup de juifs fuyant les nazis.
    Pendant une année Margolin va tenter de sortir du pays, faisant valoir son passeport palestinien, lui qui a au cours de sa vie changer plusieurs fois de nationalité au gré des guerres, va se retrouver sans nationalité, toutes ses tentatives échouent et il est finalement arrêté pour infraction aux lois sur les passeports !
    Condamné, un voyage interminable aux conditions matérielles épouvantables, va le conduire au fin fond de la Sibérie. Il n'est plus un homme, il est devenu un Ze-Ka terme qui désignait les prisonniers qui creusaient le canal de la mer Blanche à la Baltique : le sinistre Belomorkanal, et qui passa dans le langage des camps. Il passera cinq années au Goulag.
    De Varlam Chalamov à Soljenitsyne, de Evguenia Guinzbourg à Gustaw Herling, ils sont nombreux à avoir témoigné sur le Goulag. Qu'est ce qui fait de ce livre un document très particulier ?
    Julius Margolin n'est pas Russe, il n'a jamais vécu sous le régime soviétique, il n'a pas été soumis à l'idéologie communiste, il n'a subi aucune répression. Il a une très grande capacité d'observation et de réflexion, sa formation intellectuelle le pousse à s'interroger, à tenter de comprendre le processus qui est à l'oeuvre au Goulag. Très tôt pendant sa détention il s'imagine alertant l'opinion publique mondiale, il s'ingénie à décrypter l'absurde des situations, le phénomène de déshumanisation qui est en oeuvre, il lutte avec acharnement allant jusqu'à vouloir écrire des traités de la haine ou du mensonge.
    Il décortique pour mieux les analyser les consignes qui régissent le camp : la ration de nourriture est proportionnelle au travail accompli, les jours de repos la ration diminue, si le Zek est malade la ration diminue, s'il fait un travail moins dur la ration diminue.
    Il démonte les consignes ridicules sur le rendement attendu des prisonniers, les punitions, les brimades, la terreur que font régner les ourkis prisonniers faisant régner la terreur , les chantiers épuisants et inutiles, les simulacres de justice.
    Il décrit les relations entre prisonniers, le grand mélange de nationalités qui exacerbe les sentiments les plus violents, il en est lui même victime et lorsqu'un jour il frappe un de ses compagnons il dit « Parmi toutes les choses que je ne pardonnerai jamais, ni au camp ni à ses sinistres créateurs, ce coup restera dans ma mémoire, car il fit de moi un instant, leur complice, leur élève, leur prosélyte »
    Le livre de Julius Margolin est irremplaçable, la traduction de Nina Berberova et Luba jurgenson respecte toute profondeur du texte, font entendre magnifiquement la voix qui s'élève contre la barbarie. Dans la postface vous apprendrez le rôle important qu'à joué jusqu'à sa mort l'auteur pour alerter l'opinion mondiale car dit-il « Chaque crime commis dans le monde doit être appelé par son nom, à haute voix. Sinon, la lutte contre lui est impossible.»


    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2011/01/23/voyage-au..
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  • Par keisha, le 02 juin 2011

    keisha
    Même si Dominique a déjà tout dit dans son excellent billet, il est de mon devoir d'insister : les 780 pages de ce récit de Julius Margolin, qui passa cinq années dans les camps soviétiques du grand nord soviétique, sont à lire absolument. C'est dur, oui, mais on tient là de l'exceptionnel.

    "Le seuil de la maison de la rue Logiszynska une fois franchi, je cessai d'être un homme."

    En 1939, rien ne préparait cet intellectuel qui vivait avec sa famille en Palestine et visitait ses parents et amis en Pologne, à être broyé par la machine stalinienne. Il se comportait envers l'URSS "sans illusions et sans hostilités", et quand la guerre éclate, il fait confiance aux soviétiques pour le laisser rentrer chez lui. Las! Condamné à cinq ans de redressement par le travail, il va connaître de l'intérieur une entreprise de déshumanisation à l'échelle d'un état. Des millions d'hommes soumis à un épuisant travail sans relâche, sans tenir compte des qualifications de chacun (hormis les médecins), et souffrant de malnutrition. Sans doute des millions de morts. Lui a eu la chance d'en sortir vivant.

    Ce qui frappe, c'est sa façon de se déclarer Occidental, par rapport aux populations soviétiques. Il a connu des pays développés et prospères, et même démocratiques. Au début il reçoit des colis, des lettres de sa mère restée en Pologne. Tout au long de ses années, il analyse son expérience , conscient lorsqu'il risque, dans ce "royaume de la mort", de basculer vers un état sans retour, et réussissant à écrire trois essais (qui seront détruits avant sa libération). Il décrit en détail le fonctionnement de ce système.

    Il écrivit ce Voyage au pays des Ze-Ka dès 1947, mais il se heurta "à un deuxième mur de pierre, dressé par la lâcheté et la traitrise." Son témoignage choquait, mais il lutta pendant des années pour faire connaître la vérité sur ces camps (qui ont existé encore des années après).

    J'ajouterai que les qualités littéraires de ce Voyage rendent sa lecture non pas agréable, bien sûr, mais tout à fait passionnante.

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-voyage-au-pays-d..
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Citations et extraits

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  • Par Jdo, le 19 mars 2012

    Chaque jour à l’aube, vers quatre heures en été, l’hiver à six, la sirène hurle l’appel au travail dans les milliers de camps soviétiques disséminés sur l’espace infini de l’océan Arctique à la frontière chinoise et de la mer Baltique à l’océan Pacifique. La multitude des corps humains est saisie d’un tremblement. A cette minute se réveillent des êtres qui me sont chers et proches et que je ne reverrai probablement jamais. Des millions d’hommes se lèvent, aussi détachés de notre monde que s’ils habitaient une autre planète.
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  • Par Piling, le 29 juin 2011

    Les colis n'étaient pas seulement précieux par leur valeur matérielle. Ils ne contenaient pas seulement des objets et des aliments. C'était souvent, provenant de plusieurs milliers de kilomètres, le salut de la maison natale, une preuve d'amour, un témoignage de fidélité. Chaque objet, soigneusement empaqueté, rayonnait de chaleur et de tendresse. Nous nous sentions de nouveau des hommes et nous découvrions en nous de nouvelles forces pour la résistance. Dans un colis, je trouvais une vieille boite de "thé anglais", en fer-blanc, qui, pendant vingt ans, était resté sur un rayon dans la cuisine de ma mère. La vue de cette boite rouge laquée, avec des geishas et des petits bateaux, me réjouit comme si j'avais retrouvé mon meilleur ami. Et la timbale en émail bleu ! Et mes chaussettes avec mes initiales ! Dans quelle atmosphère de serre, d'amour et de chaleur nous avions vécu jusqu'au jour où le hasard nous jeta sous le pouvoir d'hommes pour qui votre vie n'avait aucune valeur ! Était-ce vraiment le hasard, ou la vie dans les camps, au contraire, n'était-elle pas la véritable école des mœurs humaines tandis que le climat dans lequel nous avions vécu jusqu'alors n'était qu'une exception ?
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  • Par Piling, le 29 juin 2011

    Dès mon arrivée, j'avais communiqué à ma mère l'adresse du camp et je lui avais demandé de m'écrire une fois tous les cinq jours. "Ne soyez pas ennuyée si vous n'avez rien à m'écrire – lui avais-je dit – ce n'est pas le contenu qui m'importe, mais un mot, un bout de papier venant de la maison." Ma mère fit plus que ce que je lui avais demandé ; elle m'écrivit tous les trois jours, et elle trouvait toujours de quoi m'entretenir.
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  • Par ivredelivres, le 01 février 2011

    Chaque crime commis dans le monde doit être appelé par son nom, à haute voix. Sinon, la lutte contre lui est impossible
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  • Par ivredelivres, le 01 février 2011

    Parmi toutes les choses que je ne pardonnerai jamais, ni au camp ni à ses sinistres créateurs, ce coup restera dans ma mémoire, car il fit de moi un instant, leur complice, leur élève, leur prosélyte
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