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Christophe Martin (Éditeur scientifique)
ISBN : 2080709526
Éditeur : Flammarion (1999)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 154 notes)
Résumé :
Lorsque, en avril 1623, le Théâtre-Italien de Paris donne la première repréentation de "La double Inconstance", le succès est immédiat. Aujourd'hui encore, c'est l'une des plus jouées des comédies de Marivaux.
La légende veur aussi que ce soit l'une de ses préférées. Pour autant, ce n'est pas la mieux comprise...
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
KahlanAmnell
KahlanAmnell22 février 2015
  • Livres 2.00/5
Une journée aura suffi pour briser l'engagement amoureux d'Arlequin et de Silvia.
Le Prince, aidé de Flaminia, une femme rusée et manipulatrice, se fixe comme objectif de conquérir l'amour de Silvia, une jeune fille qu'il a rencontrée à plusieurs reprises dans un temps antérieur à la pièce (il faut bien faire jouer la vraisemblance pour justifier le retournement final de ladite jeune fille !). Pour cela, il lui faut évincer Arlequin, son rival et amant de Silvia, qui en est lui-même très amoureux - et réciproquement.
Au début, les deux jeunes amoureux se cherchent, oserai-je dire, désespérément : Silvia a été "enlevée" contre son gré et est retenue dans la demeure d'un Prince dont elle ignore jusqu'à l'aspect (celui-ci s'était fait passer pour un simple officier). Leur amour est touchant, ils semblent si fidèles et attachés l'un à l'autre ! Mais bientôt Silvia montre des signes de coquetterie et d'amour-propre qui n'ont rien du charme de la simplicité que loue son admirateur "secret", on la sent glisser vers l'inconstance, et ce sentiment se confirme lors de son premier entretien avec son "officier" : elle montre en effet un sérieux penchant pour lui.
Du côté d'Arlequin, il devient la proie amoureuse de Flaminia, qui semble réellement avoir un penchant pour lui, à tel point que je doute encore si la marionnettiste ne s'est pas emmêlée les fils dans sa propre rouerie... Elle demeure du moins la maîtresse du jeu, et conquiert rapidement l'amitié et l'amour du jeune paysan (je crois bien qu'il est paysan).
Peu à peu on observe la distance entre nos deux "amoureux" du départ : les pensées qu'ils ont l'un pour l'autre se font plus espacées et, surtout, plus encombrantes...
C'est ainsi que se crée une double inconstance : Silvia délaisse Arlequin, et Arlequin oublie Silvia.
Certains critiques ont parlé de meurtre en parlant de cette pièce : ce serait alors considérer que l'amour d'Arlequin est Silvia était aussi pur que sincère, et c'est sans doute vrai, car le premier acte les rend touchants d'inquiétude l'un de l'autre.
Néanmoins, comme il est dit plus haut, ce bel amour avait déjà commencé à mourir avant la pièce : Silvia avait déjà rencontré le Prince, et des sentiments avaient déjà eu le temps de naître dans son coeur. du côté d'Arlequin, on pourrait prétexter à son inconstance la simplicité de son caractère, sa rusticité - qui fait, soit dit en passant, tout le sel comique (et aussi un peu tragique) de la pièce.
En effet, je trouve savoureuses les scènes avec Arlequin, il a une franchise et une répartie des plus hilarantes ! Quand il martyrise le pauvre Trivelin, notamment, je dois dire que j'ai bien ri! J'ai une franche sympathie pour ce personnage.
J'en ai en revanche moins pour celui de Silvia, dont la coquetterie et la fierté exacerbée évincent chez elle tout le charme de la simplicité. Ce que je veux dire, c'est que je n'aime pas sa manière de raisonner et de traiter son premier amant, je la trouve froide et cruellement indélicate. Mais ce n'est qu'un ressenti personnel.
Bien que ce soit une comédie, j'ai cru sentir une certaine tristesse s'échapper du fil de cette histoire, et plus particulièrement lors de la scène qui confronte Arlequin au Prince (III, 5) : cette scène est plus (à mon sens) du ressort tragique que comique. Les deux amants de Silvia font état de leur peine et prennent pitié l'un de l'autre. Cela (cette tristesse) me fait rapprocher cette lecture de celle du Misanthrope de Molière, où Alceste, pris au milieu d'une comédie qui le place comme "bouffon", demeure assez malheureux...
Ma conclusion : la Double Inconstance joue un double jeu de comédie et de tragédie (le mot est certes un peu fort).
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Marti94
Marti9425 décembre 2014
  • Livres 4.00/5
La pièce de théâtre « La double inconstance » de Marivaux raconte l'histoire de deux jeunes villageois, Sylvia et Arlequin, qui s'aiment mais sont séparés par la volonté d'un prince. Ce dernier a fait enlever Sylvia puis Arlequin. Il les retient dans son palais et cherche à se faire aimer de Sylvia sans dévoiler son identité. Il charge le valet Trivelin ainsi que Lisette et Flaminia, deux femmes de sa cour, de briser le lien amoureux qui les unit. Si leurs tentatives maladroites échouent, la machination mise en place par Flaminia mettra un terme à l'amour des deux inconstants.
Lorsque, en 1723, Marivaux écrit « La double inconstance », il s'interroge sur l'organisation de la société, sur les rapports entre maîtres et sujets, sur le rôle des hommes et des femmes ou sur la place du désir et du bonheur dans l'amour.
J'ai vu cette pièce en 2011, jouée par la Compagnie Léonard Cobiant qui regroupe des adultes qui désirent s'exercer à l'art dramatique. J'ai vraiment appréciée la mise en scène contemporaine de la pièce qui a été rendue possible par la modernité des thèmes abordés par Marivaux.
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Clelie22
Clelie2217 février 2014
  • Livres 4.00/5
Dans cette pièce, Marivaux ne se contente pas de "marivauder". Au-delà du jeu des sentiments cachés-révélés, il propose quelques réflexions bien senties sur le jeu social. Les répliques d'Arlequin, en particulier, mettent à nu les ridicules des grands, de ceux qui se disent "honnêtes hommes" et ne sont que des fripons.
L'histoire galante entre le Prince et Sylvia paraît finalement assez fade et n'aurait que peu d'intérêt si elle ne servait ainsi de prétexte à cette critique et à cette réflexion sur le pouvoir, l'arbitraire, l'opportunisme, etc.
Arlequin joue pour une fois un rôle plus profond que celui de simple bouffon lâche et ivrogne. Il incarne plutôt l'homme simple et honnête, quoique toujours un peu porté sur la bonne chère. Il est celui qui dit tout haut ce que l'auteur semble penser tout bas.
Enfin, on retrouve le style simple et élégant de Marivaux, ses répliques qui fusent et rebondissent les unes sur les autres.
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Laura94
Laura9428 mai 2013
  • Livres 4.00/5
Cette pièce est loin d'être une des plus connus de Marivaux; mais elle est aussi loin d'être une des plus mauvaise! Tout y est: cette écriture tranchante de Marivaux, toujours autant ironique et piquant. Une situation par certains aspects cocasse mais surtout comique; encore heureux pour une comédie me direz-vous. Certes, mais, là où est le talent de Marivaux, c'est qu'il parvient à transformer une situation à première abord dramatique (la séparation entre deux être aimés, Silvia et Arlequin, causée par le prince) en une situation comique. Voilà pourquoi à mon sens cette pièce de Marivaux mérite d'être reconnue.
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Femi
Femi12 avril 2011
Ce n'est pas mon préféré de Marivaux, mais la pièce présente néanmoins de l'intérêt, ne serait-ce que par sa réflexion sur le statut social, la manipulation, l'inconstance amoureuse...
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Citations & extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
KahlanAmnellKahlanAmnell18 février 2015
ARLEQUIN

Galbanum que tout cela ! Votre visage ne m'est point nouveau, Monsieur ; je vous ai vu quelque part à la chasse, où vous jouiez de la trompette ; je vous ai ôté mon chapeau en passant, et vous me devez ce coup de chapeau-là.

LE SEIGNEUR

Quoi ! Je ne vous saluai point ?

ARLEQUIN

Pas un brin.

LE SEIGNEUR

Je ne m'aperçus donc pas de votre honnêteté ?

ARLEQUIN

Oh que si ; mais vous n'aviez pas de grâce à me demander, voilà pourquoi je perdis mon étalage.

LE SEIGNEUR

Je ne me reconnais point à cela.

ARLEQUIN

Ma foi, vous n'y perdez rien. Mais que vous plaît-il ?

LE SEIGNEUR

Je compte sur votre bon coeur ; voici ce que c'est : j'ai eu le malheur de parler cavalièrement de vous devant le Prince.

ARLEQUIN

Vous n'avez encore qu'à ne vous pas reconnaître à cela.
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KahlanAmnellKahlanAmnell18 février 2015
FLAMINIA (en souriant)

Bonjour, Arlequin ; dites-moi donc de quoi vous riez, afin que j'en rie aussi ?

ARLEQUIN

C'est que mon valet Trivelin, que je ne paye point, m'a mené par toutes les chambres de la maison, où l'on trotte comme dans les rues ; où l'on jase comme dans notre halle, sans que le maître de la maison s'embarrasse de tous ces visages-là, et qui viennent chez lui sans lui donner le bonjour, qui vont le voir manger, sans qu'il leur dise : Voulez-vous boire un coup ? Je me divertissais de ces originaux-là en revenant, quand j'ai vu un grand coquin qui a levé l'habit d'une dame par-derrière. Moi, j'ai cru qu'il lui faisait quelque niche, et je lui ai dit bonnement : Arrêtez-vous, polisson, vous badinez malhonnêtement. Elle, qui m'a entendu, s'est retournée et m'a dit : Ne voyez-vous pas bien qu'il me porte la queue ? Et pourquoi vous la laissez-vous porter, cette queue ? Ai-je repris. Sur cela le polisson s'est mis à rire, la dame riait, Trivelin riait, tout le monde riait : par compagnie je me suis mis à rire aussi. À cette heure je vous demande pourquoi nous avons ri, tous ?
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KahlanAmnellKahlanAmnell21 février 2015
TRIVELIN, se mettant en état.

Dictez.

ARLEQUIN.

Monsieur.

TRIVELIN.

Halte-là, dites Monseigneur.

ARLEQUIN.

Mettez les deux, afin qu'il choisisse.

TRIVELIN.

Fort bien.

ARLEQUIN.

Vous saurez que je m'appelle Arlequin.

TRIVELIN.
Doucement. Vous devez dire : Votre Grandeur saura.

ARLEQUIN.

Votre Grandeur saura. C'est donc un géant, ce secrétaire d'État ?

TRIVELIN.

Non, mais n'importe.

ARLEQUIN.

Quel diantre de galimatias ! Qui jamais a entendu dire qu'on s'adresse à la taille d'un homme quand on a affaire à lui ?

TRIVELIN, écrivant.

Je mettrai comme il vous plaira. Vous saurez que je m'appelle Arlequin. Après ?

ARLEQUIN.

Que j'ai une maîtresse qui s'appelle Silvia, bourgeoise de mon village et fille d'honneur.

TRIVELIN, écrivant.

Courage !

ARLEQUIN.

Avec une bonne amie que j'ai faite depuis peu, qui ne saurait se passer de nous, ni nous d'elle : ainsi, aussitôt la présente reçue...

TRIVELIN, s'arrêtant comme affligé.

Flaminia ne saurait se passer de vous ? Ahi ! La plume me tombe des mains.

ARLEQUIN.

Oh, oh ! Que signifie donc cette impertinente pâmoison-là ?

TRIVELIN.

Il y a deux ans, seigneur Arlequin, il y a deux ans que je soupire en secret pour elle.

ARLEQUIN, tirant sa latte.

Cela est fâcheux, mon mignon ; mais en attendant qu'elle en soit informée, je vais toujours vous en faire quelques remerciements pour elle.

TRIVELIN.

Des remerciements à coups de bâton ! Je ne suis pas friand de ces compliments-là. Eh que vous importe que je l'aime ? Vous n'avez que de l'amitié pour elle, et l'amitié ne rend point jaloux.

ARLEQUIN.

Vous vous trompez, mon amitié fait tout comme l'amour, en voilà des preuves.

(Il le bat.)

TRIVELIN s'enfuit en disant.

Oh ! Diable soit de l'amitié !
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KahlanAmnellKahlanAmnell21 février 2015
FLAMINIA, d'un air doux.

Arlequin, savez-vous bien que vous ne ménagez pas mon coeur ?

ARLEQUIN.

Moi ! Eh, quel mal lui fais-je donc ?

FLAMINIA.

Si vous continuez de me parler toujours de même, je ne saura plus bientôt de quelle espèce seront mes sentiments pour vous : en vérité je n'ose m'examiner là-dessus, j'ai peur de trouver plus que je ne veux.

ARLEQUIN.

C'est bien fait, n'examinez jamais, Flaminia, cela sera ce que cela pourra ; au reste, croyez-moi, ne prenez point d'amant : j'ai une maîtresse, je la garde ; si je n'en avais point, je n'en chercherais pas. Qu'en ferais-je avec vous ? elle m'ennuierait.
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED11 avril 2013
Madame,
On ne verra point ici ce tas d’éloges dont les épîtres dédicatoires sont ordinairement chargées ; à quoi servent-ils ? Le peu de cas que le public en fait devrait en corriger ceux qui les donnent, et en dégoûter ceux qui les reçoivent. Je serais pourtant bien tenté de vous louer d’une chose, Madame ; et c’est d’avoir véritablement craint que je ne vous louasse ; mais ce seul éloge que je vous donnerais, il est si distingué, qu’il aurait tout l’air ici d’un présent de flatteur, surtout s’adressant à une dame de votre âge, à qui la nature n’a rien épargné de tout ce qui peut inviter l’amour-propre à n’être point modeste. J’en reviens donc, Madame, au seul motif que j’ai en vous offrant ce petit ouvrage ; c’est de vous remercier du plaisir que vous y avez pris, ou plutôt de la vanité que vous m’avez donnée, quand vous m’avez dit qu’il vous avait plu. Vous dirai-je tout ? Je suis charmé d’apprendre à toutes les personnes de goût qu’il a votre suffrage ; en vous disant cela, je vous proteste que je n’ai nul dessein de louer votre esprit ; c’est seulement vous avouer que je pense aux intérêts du mien. Je suis avec un profond respect,
Madame,
votre très humble et très obéissant serviteur.
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