Quel bonheur de lire cette langue dont notre petit français actuel n'est qu'un vestige.
Marivaux, tout en finesse, tout en touches successives brosse un portrait, non pas tant de son héros, dont on devine dès le titre ce qu'il advient de lui, mais bien plutôt de toute la société parisienne dans laquelle il va graviter. Il n'est évidemment pas usurpé, comme il a déjà été fait, de comparer ce Jacob à Julien Sorel dans
Le rouge et le noir car, notre homme tient son ascension dans le monde grâce à l'attrait qu'il exerce sur la gent féminine. Mais là où il y avait un magnétisme de l'esprit chez
Stendhal,
Marivaux n'hésite pas à ne considérer que le physique, ce qui n'est pas si fréquent pour un personnage masculin. Notre Jacob, fraîchement débarqué de sa Champagne natale va apprendre les usages à vitesse grand V (du moins c'est ainsi qu'il le raconte bien des années plus tard car le narrateur nous conte son ascension sociale a posteriori) et savoir utiliser ses atours physiques pour obtenir des dames l'amélioration de son quotidien avec un souci de la morale parfois assez peu prononcé. Enfin, deuxième et inévitable comparaison moult fois faite, celle avec Les Liaisons dangereuses. Comment ne pas voir dans le libertinage éhonté de Jacob quelques accents du grand Valmont. Pourtant, je trouve qu'il y a un tantinet plus de Jacques dans Jacques le Fataliste et son maître que de Valmont dans la façon dont Jacob s'adonne à la question des femmes. Quelque chose de très terre à terre, de très opportuniste, un simple appel du plaisir, plus qu'une recherche de performance ou un challenge.
Quoi qu'il en soit, quel roman savoureux et quel affreux dommage que notre bon
Marivaux n'ait pas jugé bon de l'achever car ces 5 premières parties sont tout bonnement succulentes d'ironie, de truculence, de sarcasme parfois. On ne peut probablement pas en dire autant des 3 suivantes, fruit d'une autre plume, mais ceci, bien évidemment, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.