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ISBN : 2916488383
Éditeur : Editions La Louve (2010)


Note moyenne : 4.8/5 (sur 5 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Après La Relique et L'os de Frère Jean, cette troisième et dernière époque de ce qu'il faut bien appeler une trilogie nous lance, en compagnie des frères Abdon, Jérôme et Bernard, sur de fort hypothétiques chemins de Compostelle. Expédiés par leur abbé, et pour de toujo... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (4)

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 17 juin 2010

    LiliGalipette
    Roman en trois tomes de Jean-Louis Marteil.
    terrestre bien improbable.
    Le vol de l'aigle (À paraître le 23 juin 2010) - Deux mois après le retour de La Relique en l'abbaye de Rouergue, la communauté s'agite à nouveau, si tant est qu'elle se calme parfois. le départ des trois pèlerins étrangers qui ont rendu à l'abbaye son précieux bien est entouré d'un certain mystère et d'aucuns crient bien rapidement au miracle. Pour s'assurer de la véracité de ce miracle, l'abbé, grandement aidé par les persiflages des frères Anselme et Gabriel, jette une nouvelle fois les frères Abdon, Jérôme et Bernard sur les routes, vers Saint Jacques de Compostelle où les trois pèlerins se seraient envolés. Les trois moines ne sont pas seuls cette fois, l'âne Morel les accompagne. L'animal, aussi prompt à la ruade que réfractaire à tout bât, manifeste son caractère rebelle et entend bien ne faire que ce qu'il veut quand il le décide, tout en se révèlant un précieux et attachant compagnon de voyage. La via Tolosana empruntée par les quatre compères réserve bien des dangers: l'acedia dans laquelle s'enlise Abdon, les ours des Pyrénées ou les brigands des montagnes. Sur ce chemin de pèlerinage, les moines découvrent aussi les merveilles des cités traversées, la richesse de l'amitié et l'utilité de leur existence.
    Comment ne pas apprécier une telle incursion historique dans une période si foisonnante et propice aux récits? La langue de l'auteur est savoureuse, sa capacité à convoquer devant nos yeux des images vivantes est époustouflante. Les couleurs et les odeurs nous parviennent du Moyen-Âge, nullement affadies par leur voyage temporel. Les situations les plus scabreuses et les plus triviales se jouent sous nos yeux et c'est avec hilarité qu'il convient d'y assister. De crotte et de puanteur, voilà le lecteur largement dôté pour entrer d'un pied gaillard dans le récit picaresque de trois moines bien plus humains que saints. Attention, les mots sonnent haut et clair, sans pudeur inutile et mesquine. Cul-serrés et trouillards s'abstenir! "Réjouissez-vous, mes frères: maintenant, les véritables ennuis vont pouvoir commencer." (p. 83)
    Loin des horreurs sanglantes qu'on a à tort l'habitude de prêter au Moyen-Âge, le lecteur se retrouve dans un monde de drôlerie et d'humanisme, le plus drôle n'étant-il pas d'attaquer l'homme là où est le plus humain? Une malédiction particulière obscurcit régulièrement les jours et les murs de l'abbaye. Les pigeons, "entêtés enfienteurs de toitures et canalisations" (p. 23) obsède le père abbé qui ne sait comment se débarasser de ce fléau nullement cité au nombre des plaies divines, mais qui mériterait d'y figurer en bonne place. Un autre fléau est le vin pur, non coupé d'eau, qui entraîne les moines habitués à davantage de tempérance dans les méandres de ses visions chimériques et de ses nausées.
    Outre la nature éminemment comique du texte, il faut remarquer la qualité des propos historiques. La bouffonnerie ne damne pas le pion à la précision des descriptions architecturales. Des voûtes romanes, chapiteaux et colonnes des abbayes et cathédrales en passant par les hautes murailles des cités fortifiées, l'auteur maîtrise son sujet et dépeint les lieux de façon précise et éclairée, sans faire subir au lecteur des leçons fastidieuses qui n'auraient pas leur place dans ces pages. Les dangers qui menaçaient les hommes de l'époque sont évoquées sans pathos. Qu'il parle des pillards des forêts françaises ou des Sarrasins de la péninsule ibérique, Jean-Louis Marteil sait faire revivre les portagonistes qui ont fait l'Histoire.
    L'ouvrage est un précis sur la vie monacale et les activités d'un cloître. L'art de l'enluminure, pratiqué dans le scriptorium, rappelle que les abbayes étaient des réservoirs de sagesse où évoluait une élite intellectuelle, hélas, coupée du monde. Les offices qui rythment la vie des moines sont habilement utilisés par l'auteur pour situer l'action dans la journée. le Chapitre des coulpes, très strict selon la Règle de saint Benoît, est matière à bien des situations comiques largement développées par l'auteur.
    Le vol de Reliques, autrement appelé déplacement de Reliques ou encore Translation, était chose courante à l'époque médiévale. Les voleurs s'arrangent avec leur conscience. "C'est la coutume des Translations. [...] Je demande au saint s'il veut me suivre et, s'il est d'accord, il ne fait rien pour m'empêcher de l'emmener. [...] C'est ainsi qu'il se pratique depuis toujours. [...] Puisqu'en principe le saint est d'accord." (p. 95 et 96) Quand le silence d'un saint a valeur d'approbation voire de bénédiction, on peut justifier beaucoup de forfaits après de ferventes oraisons! Nénamoins, il convient de se méfier des silences trop éloquents. "C'[est] bien toujours la même chose avec les saints, ou Dieu, ou la sainte Marie. Ils [laissent] les hommes se débrouiller avec leurs questions, quitte à les punir ensuite d'avoir choisi la plus mauvaise des deux réponses qu'ils n'avaient point données!" (p. 101)
    Le récit est protéiforme: principalement picaresque, il se décline aussi sur le mode de la fable et de la satyre. Les épisodes qui mettent en scène la faune sont assez proches du Roman de Renart. Les bêtes et bestioles deviennent momentanément les protagonistes de minuscules historiettes dans lesquelles ils ont des comportements très humains qui ne sont pas sans rappeler les déboires et vices que rencontrent les principaux héros de l'histoire. Les réflexions des personnages, notamment celles de frère Jérôme, portent de sérieux coups de griffes à l'inébranlable monument qu'est la sainte Église. Dans cette époque de prétendu obscurantisme, les prélats s'accomodaient assez bien de faire passer des vessies pour des lanternes. Ou autrement dit: dans le cochon, tout est bon!
    Jean-Louis Marteil excelle dans la peinture de caractères divers et colorés. le gros Abdon est un maladroit congénital qui échappe tout ce qui lui passe dans les mains quand il n'est pas occupé à bousculer et détruire une pièce d'ameublement. le costaud Bernard est le type même de la brute au grand coeur: lent d'esprit et toujours affamé, il dissimule des trésors de bonté derrière un masque d'apparente et d'insondable bêtise. Jérôme, sec et noueux comme un cep, est la tête pensante de cet improbable trio d'amis et il est pourvu d'une langue vive et mordante. Voici pour les héros de cette trilogie. Les autres frères de l'abbaye sont aussi dignes d'intéret. L'herboriste Anselme, chevalin d'apparence en raison d'une machoire et de dents proéminentes, est aussi fourbe que l'âne qui rue sans raison. le frère Thomas, cellérier de son état, succombe au péché d'avarice, rejoint en cela par l'hôtellier des lieux, le frère Antoine qui, faisant fi de toute charité chrétienne, n'offre le gîte et le couvert aux pèlerins que contre espèces sonnantes et trébuchantes. le borgne Gabriel, responsable de La Relique et de sa surveillance, est plus atrabilaire qu'un ours dérangé en pleine hibernation. La palme revient probablement au père abbé, si influençable qu'on peut se demander si c'est bien lui qui tient les rênes de l'abbaye. Mais la trilogie médiévale de Jean-Louis Marteil a ceci de précieux qu'elle permet à tout lecteur de reprendre espoir en la nature humaine.
    Dans cet univers de moines imparfaits, quid de la femme? La gueuse selon Jean-Louis Marteil a la langue agile en toutes choses et l'oeillade aussi dangereuse qu'une lame. Assailli d'appêtits aussi inassouvis qu'inavouables, le gros moine Abdon manque de bien peu de succomber aux charmes si facilement déployés de demoiselles qui n'ont de pucelles que l'apparence. le frère Jérôme, derrière un maintien rigide et austère, cache la marque d'une ancienne passion qui ne demande qu'un regard pour rallumer ses braises.
    Que dire de plus pour convaincre tout un chacun de se procurer la trilogie de Jean-Louis Marteil? Peut-être que ses textes se lisent vite, trois jours (et nuits) pour moi, un régal renouvellé à chaque tome. Ou peut-être que c'est vraiment le genre de récit qui met le moral bien haut, au beau fixe. Les notes de bas de page de l'éditeur (qui est aussi l'auteur) sont remarquables d'impertinence et de finesse. Pour ceux qui partent en vacances, un conseil dont vous ferez ce qu'il vous plaira: glissez donc ces ouvrages entre la crème solaire et la pelle à sable du petit dernier. Et pour les moins heureux qui connaîtront les affres du travail en plein mois de juillet et août, une prescription: allez faire un tour au Moyen-Âge, dépaysement garanti!
    Un grand merci à Jean-Louis Marteil, de La Louve Editions, qui m'a offert ces livres, avec lequel j'ai échangé quelques mails fort sympathiques et dont la dédicace m'a vraiment touchée.


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/06/17/18295489.html
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 05 octobre 2010

    Woland
    Merci à La Louve-Editions qui, en partenariat avec notre forum, a gracieusement permis à quelques uns de nos membres de découvrir cet ouvrage.
    Comme le savent tous ceux qui ont lu "La Relique", puis "L'os de Frère Jean", le prieur de cette abbaye du Rouergue qui compte parmi ses moines Abdon, Bernard et Jérôme, est très friand de miracles. Or voilà que frère Anselme, l'herboriste du couvent, s'en vient lui conter celui dont ils auraient été témoins. En effet, sous leurs yeux ébahis, les trois moines-pèlerins s'en allant à Compostelle, frère Jean, frère Aycart et frère Eléazar, se seraient transfomés en aigles et se seraient envolés vers d'autres cieux, après avoir fait en sorte que l'os miraculeux de Saint Vincent regagnât sa crypte.
    L'aigle ! le symbole de Jean l'Evangéliste, surnommé "l'Aigle de Patmos" ! Et l'un des pèlerins s'appelait "frère Jean" ! ... Saisissez-vous toute l'astuce de la chose et réalisez-vous la fascination qu'elle peut exercer sur notre abbé ? Un miracle, un vrai, à l'abbaye ! Et un miracle dont trois de ses frères auraient eu le privilège insigne !
    Justement. Les moines. C'est là que le bât blesse notre abbé - et avec quelle cruauté ... Pourquoi, mais pourquoi le Seigneur, dans Sa bonté infinie, a-t-Il eu l'idée pour le moins farfelue de choisir ces trois-là et non quelque autre frère ? Il est vrai que Son fils est censé avoir dit : "Bienheureux les pauvres d'esprit, etc ..." mais le prieur ne semble pas s'en souvenir. Ayant coincé Abdon, Bernard et Jérôme lors du chapitre des coulpes, ces quelques heures durant lesquelles, chaque semaine, tout le monastère se confesse en public, l'abbé, toujours sadique, les convainc de "dissimulation de miracle" (!!!) et, en pénitence, les expédie une fois de plus sur les routes, afin de ramener les trois aigles-pèlerins.
    Sans compter que, une fois de plus, ce départ permettra à ceux qui restent de savourer la paix d'un monastère que ne troubleront plus les gaffes, erreurs et maladresses diverses du trio ... La découverte de cet avantage assombrira d'ailleurs Abdon, désormais persuadé qu'ils n'ont jamais été utiles à la communauté et que celle-ci les laisserait bien à la rue si la chose lui était permise.
    Pour pimenter le quotidien de ses voyageurs, l'abbé, sur la suggestion avisée de frère Thomas, l'intendant, leur adjoint l'âne Morel, connu pour son entêtement prodigieux à ne supporter aucune charge et à ne tolérer aucune forme de travaiL
    Ce troisième et dernier volume, bien que conservant ses qualités de comique et de finesse, est aussi le plus grave. La scène d'adieux entre Jehan, le Trouvère normand qui sait parler aux ânes (et aux hommes), et les moines, m'a sincèrement attristée. La Vie, c'est vrai, n'est faite que d'arrivées et de séparations après un cheminement commun plus ou moins long, plus ou moins agréable. Mais dans la fiction - surtout quand elle est réussie - on se surprend à espérer que ... Néanmoins, cette scène, pleine de pudeur et et de sensibilité, a ici toute sa place puisque, pour notre trio de moines translateurs malgré eux et le lecteur qui a suivi leurs aventures, apprenant au fil des pages à les connaître et à les apprécier, l'heure est venue aussi de la séparation.
    Séparation toute symbolique car, au pays des Livres, il reste toujours la possibilité de revenir sur ses pas et de tout recommencer, depuis le premier chapitre. Ce que je ferai certainement, un jour ou l'autre. Wink Et dès à présent, à celles et ceux qui hésiteraient encore, après m'avoir lue, à suivre nos moines - et notre âne ! - dans leurs aventures, je ne saurais trop recommander de prendre la route sans plus attendre. Vous en reviendrez un peu plus riches - de joie, de fantaisie, de connaissances aussi - et bizarrement un peu plus sereins. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 06 novembre 2010

    LydiaB
    Voici donc le dernier volume (mince alors, j'en aurais bien lu plus moi !) de cette très agréable trilogie. Nous retrouvons nos trois compères, Abdon, Jérôme et Bernard qui, cette fois, ne sont plus à la recherche d'une Relique mais de moines se transformant en aigles. Mensonge proféré par leur abbé supérieur afin de les éloigner de l'abbaye... Nous découvrons vite que si ces trois là n'y sont plus, l'abbaye n'en tourne pas mieux pour autant. C'est ainsi que le Frère Anselme, ayant eu l'idée saugrenue de vouloir planter une croix à tête d'aigle en soudoyant Imbert, le tailleur de pierre, va se retrouver gardien de La Relique tout en sortant de temps en temps de la crypte afin de soigner le jardin. Cependant, une blessure à la main l'empêche de faire lui même le travail. On lui attribue donc deux novices pour lui apporter de l'aide. Mais gérer un jardin n'est pas la même chose que gérer des humains. Frère Thomas, quant à lui, n'en finit plus de mourir, au grand dam de ses comparses qui ne font même plus attention à ses toussotements. Tous ou presque sont de corvée de lucubrum, à commencer par Gabriel... Rien ne va plus au pays de La Relique.... Quant à nos moines préférés, ils se retrouvent avec un âne, Morel, qui leur fera découvrir qu'il n'est pas aussi bête qu'il en a l'air et que les animaux se révèlent être plus fiables que les humains. Si l'auteur prend cette figure typique dans la littérature antique (L'âne d'or d'Apulée) ou médiévale, ce n'est sans doute pas une coïncidence: symbole de l'entêtement et de la bêtise, on découvrira vite que ce n'est réellement qu'un cliché, qu'une façade. Les aventures vont se succéder, au rythme des rencontres: Dominique, le moine toujours en train de se plaindre et qui arrivera à faire sortir notre bon Abdon hors de ses gonds ; Joan, le ménestrel atypique... Dans ce troisième tome, au ton légèrement plus grave que les deux autres, tout en étant ponctué de cet humour qui me charme depuis le premier tome, l'être humain se révèle complètement. La réflexion sur l'humanisme arrive à son apogée: n'avons nous pas, en chacun de nous, un peu de Jérome, d'Abdon ou de Bernard ?
    Si vous n'avez pas encore acheté cette trilogie, courez vite dans votre librairie la plus proche. Voici, et c'est rare, ce qui mérite d'être souligné, un texte qui vous permet à la fois de passer un très agréable moment et de vous interroger sur vous et sur l'être humain en général.

    Lien : http://livresetmanuscrits.e-monsite.com/rubrique,le-vol-de-l-aigle,1..
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  • Par keisha, le 07 novembre 2010

    keisha
    Tout est lié! Après une journée du patrimoine vécue sous le signe des abbayes du 12ème siècle* (ou ce qu'il en reste), voici une série de romans pile poil dans cette période et dont les héros sont des moines (ainsi que manants, ribaudes, seigneurs, bourgeois et aubergistes).

    Dans cette abbaye du Rouergue, le constat s'impose : elle est ruinée! Pour remettre les finances à flot, rien de tel qu'une Relique de saint, avec moult guérisons de pèlerins en découlant et hostellerie pleine à craquer. Comment se procurer ladite Relique? Eh bien, en la volant! Ou plutôt en utilisant une "translation" : demander au saint s'il est d'accord, qui ne dit mot consent, et repartir (discrètement) avec La Relique.

    Pour cette mission de tous les dangers (les possesseurs de Reliques bienfaitrices en bon argent y tiennent, forcément), l'abbaye envoie en Hispanie un trio de bras cassés : Jérôme, maigre, ronchon, intelligent, accompagné d'Abdon, un gros colosse maladroit toujours affamé, et de Bernard, un grand gaillard naïf et demeuré qui ne comprend rien mais parle quand il ne le faudrait pas. "Tais-toi, Bernard!" revient comme un leitmotiv...

    Ils reviendront à l'abbaye, après moult aventures amusantes, avec un os d'origine douteuse mais qui accomplira parfaitement son office de Relique, et surtout, une forte amitié sera née entre les trois moines.

    Comme les bonnes choses ne se terminent pas toujours, les trois compères reviennent dans deux volumes tout aussi rafraîchissants. Ils quitteront leur abbaye en proie à des jalousies et autres hypocrisies, et prendront la route de Compostelle en compagnie d'un âne caractériel.

    Une trilogie que j'ai dévorée, tellement c'est plaisant! De l'humour souvent bon enfant, des réflexions plus sérieuses sur les rapports humains, ou entre Dieu et les hommes, quelques piques sur l'Eglise de l'époque, le tout sans temps morts, et une grande vérité historique. Jubilatoire!

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-la-relique-58307..
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Citations et extraits

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  • Par LydiaB, le 06 novembre 2010

    Joan avait proposé à Jérôme de faire route avec lui, et donc avec les deux autres et l'âne, cet animal pour lequel, en bon amuseur qu'il était, il avait conçu aussitôt compréhension et affection... Le pire, c'est que cela semblait être réciproque: malgré quelques lourdes plaisanteries et des tapes appuyées sur l'arrière-train, Morel n'avait toujours pas aplati le jongleur contre un mur.

    Dominique, de son côté, avait pleuré et couiné tant de "aïe" déchirants que le Lombard, lui aussi en route pour Oloron, l'avait autorisé à user de l'une de ses mules. A l'étape de la veille, peu après la cité de Pau, le geignard n'avait donc pas trop gémi, en tous cas, il n'avait pas fait le siège des pèlerins et de leur âne, se contentant de ne point s'éloigner du marchand. Jérôme, pendant ce temps, creusait son idée de l'avant-veille, car le Lombard n'allait point en Espagne et il devait demeurer plusieurs journées à Oloron. C'était ce qu'il avait annoncé. En clair, cela signifiait que Dominique se remettrait en quête d'un moyen de transport moins pénible pour ses jambes dès le lendemain. Il faudrait être prêt à le satisfaire enfin. A cette seule pensée, un petit ricanement perfide échappa à Jérôme, mais pas à Joan:

    "A quoi penses-tu ?" demanda ce dernier.

    Jérôme regarda son nouveau compagnon et lui sourit avec amabilité.

    "A mon égoïsme", répondit-il.
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  • Par Woland, le 05 octobre 2010

    [...] ... Frère Anselme, à temps perdu, avait sculpté dans une grosse racine de chêne une étrange silhouette d'aigle. Pour tout dire, le résultat était assez laid, mais l'herboriste était si fier de lui que nul ne se serait avisé de faire la fine bouche devant son oeuvre. Puis il avait fixé ce qui restait à tout prendre un simple morceau de bois au sommet d'une haute croix. L'ensemble, pensait-il, serait du meilleur effet sur la colline, à l'endroit précis où s'était produit le miracle - dont lui non plus ne doutait plus guère, sa capacité à s'auto-convaincre dépassant de très loin sa faculté de réfléchir.

    Depuis l'esplanade de l'abbaye, il regardait la colline, sa croix tenue debout près de lui ... A peine l'office de vêpres terminé, en effet, il s'était empressé d'aller chercher l'ouvrage hasardeux, néanmoins considéré comme achevé et présentable. L'assemblée des moines, sortie de l'église, se tenait en rangs serrés derrière lui, à distance respectueuse, et ce désordre soudain ne manqua point d'attirer l'attention de l'abbé. Qui vint aux nouvelles, un oeil inquiet sur ce qui faisait songer assez vaguement à un aigle, et demanda :

    - "Où avez-vous trouvé ça ?"

    La question ainsi posée, sincère et curieuse, quelque peu méprisante aussi, en aurait offensé plus d'un. Point Anselme. "C'est moi qui l'ai fait !" dit-il, étonné qu'on pût en douter.

    Du coup, l'abbé se sentit obligé de mieux regarder la chose.

    - "Ah !" fit-il enfin, persuadé d'avoir compris. "Cela sera utile, sans doute, et fort efficace ... Toutefois, je ne trouve point de très bon goût d'avoir usé d'une croix, la croix de Notre-Seigneur, pour fabriquer un épouvantail à pigeons, si redoutable dût-il s'avérer pour cette engeance maudite !" ... [...]
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  • Par Woland, le 05 octobre 2010

    [...] ... Morel était un âne. Et même l'Ane, le vrai, à quatre pattes et aux deux longues oreilles dont l'une, à la première contrariété - et il n'en manquait point - se couchait à l'horizontale, sur le côté. Morel était assez grand pour sa race, solide et d'un beau pelage gris clair. N'eussent été un caractère ombrageux, un goût prononcé pour le caprice et un penchant affirmé pour la fainéantise, l'animal se serait avéré un excellent compagnon de travail. Seulement, si les hommes se forçaient le plus souvent à l'oublier, lui, semblait-il, se souvenait fort bien que ce vilain mot de travail venait du trepalium des Romains, autrement dit signifiait instrument de torture ! De ce fait, il était difficile d'obtenir de lui qu'il participât à un quelconque ouvrage pénible. L'abbé se lamentait parfois parce que la plupart des moines refusaient de travailler avec l'âne. C'était inexact et injuste : l'âne refusait de travailler avec les moines, voilà qui était la vérité nue. Alors, à plusieurs reprises, et puisque nul ne se dévouait pour occire l'inutile bourricot, on avait essayé de le vendre - l'idée était, bien entendu, de frère Thomas - puis carrément de le donner. Mais chaque fois, le chaland, ou l'heureux bénéficiaire du don, ramenait le bestiau après avoir, selon les cas, reçu une bonne ruade, s'être brisé les reins à le tirer ou à le pousser, ou s'être rendu aphone à force de hurler ordres et insultes aussi efficaces qu'une gifle à un mort pour le réveiller. Donc, lorsqu'on croyait enfin s'en être débarrassé, Morel revenait, l'oeil toujours plus orgueilleux, inquiets de rejoindre au plus vite l'écurie pour y engloutir autant d'avoine qu'il pouvait en contenir. ... [...]
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