Lorsque le petit garçon a surgi au débarcadère, frottant ses yeux endormis et traînant en laisse un chiot aussi large que long, Jeanne a vu la figure de Simon se durcir. Elle a deviné l'interdiction qui pointait, dictée par la prudence. Avec un courage tout neuf, elle tint tête à l'autorité, elle qui avait été élevée dans la soumission. Empruntant la tactique préférée de Thérèse de Bretonville, elle lança un flot de commandements dans toutes les directions.
-Nicolas, as-tu bien remercié le capitaine pour son cadeau ? Garde le chien près de toi. Gansagonas, montrez-lui comment faire taire l'animal si c'est nécessaire. Viens près de moi, Isabelle. Tu verras le chien ce soir. Mathurin, mon sac de médicaments est-il dans le canot ? Bon, alors nous pouvons partir. Au revoir, capitaine.
Elle se faufila à sa place et attendit les événements. Simon, la tête dans le dos, la regardait, la bouche ouverte. Un profond ébahissement se lisait sur ses traits.
Puis il haussa les épaules, leva son aviron et le canot glissa sur l'eau pendant que de la rive, Hubert, convulsé de joie, leur envoyait la main.
Jeanne savourait son triomphe lorsque son époux se retourna de nouveau.
-Dieu me préserve, maugréa-t-il à mi-voix, j'ai épousé une mégère.
-Et moi un despote, rétorqua la rebelle avec feu.
Simon se remit à sa tâche, et après quelques minutes, Jeanne constata que les épaules du rameur étaient agitées de soubresauts. La tête renversée en arrière, le sieur de Rouville riait avec abandon. La jeune femme fut entraînée par cette gaiété communicative, et tous deux s'amusèrent longtemps, unis par une amitié toute neuve.
À l'arrière du canot, la Patte, sa bouche édentée ouverte dans un large sourire, se tourna vers sa droite.
À quelques pieds de lui, le canot du Rouquin glissait parallèlement. Les deux coureurs des bois échangèrent un regard significatif. Il y avait longtemps qu'on avait entendu rire le seigneur. Ce sera un bon hiver.
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