ISBN : 2869598386
Éditeur : Arléa (2009)


Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
Ces jours d'été, le narrateur, professeur en Martinique et écrivain, les passe dans le Sud-Ouest à la suite de la mort du père de sa femme. Les obsèques, la vente de la maison et les obligations qu'entraîne cette disparition ne l'empêchent pas de parcourir la région au ... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(1)

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 02 décembre 2011

    nadejda
    Gilles le beau-père du narrateur vient de mourir à 84 ans. Il vivait dans la banlieue de la Palud dans le Sud-ouest et c'est là qu'en plein été, vont se retrouver, un peu désemparés, le narrateur, sa femme et leur fille Justine afin de régler obsèques et succession.
    Le portrait de Bordenave, l'agent immobilier qui vient expertiser la maison alors qu'ils sont juste levés, est absolument inoubliable :
    "C'est vibrant de la narine, comme il parle, cet homme, à croire qu'il n'ouvre pas la bouche ; du reste, à l'observer : quel usage a-t-il l'animal, de ses lèvres, fines comme un trait de rasoir, sans pulpe, comme s'il parlait exclusivement du nez et qu'il eût perdu l'usage de ses babines, la fonction créant ou maintenant, comme on sait, l'organe ? On dirait un sourire de chien, sa bouche, quand il s'exprime, un sourire à la fois canin et professionnel....p 14

    La mort elle-même devient cocasse sous cette plume alerte et incisive. Pas de mort sans un regain de vie chez ceux qui restent et se sustentent avec de bons plats reconstituants au cours de promenades un brin nostalgiques dans la région, sur les pas de Francis Jammes :
    «Nous buvons du jurançon, qui larmoie le long de la bouteille. Dans le jardin où nous sommes installés, passe à pas tranquille, parfois, de la volaille : poules naines, pintades aux fientes d'émail somptueuses. On nous sert un manger riche, terrine de cochon, côte du même, épaisse, en cocotte, avec piments ; et des gambas à la crème, et de la blanquette ; des rognons au madère.»
    Mais «...peut-être aller vers un mort signifie-t-il redonner du sens à tout ce que l'on touche, voit, respire, à tout ce qu'on entend.» p 128
    Gravité («Nous arrosons gravement à l'arrosoir chaque arbre au pied, chaque massif, comme Gilles faisait, épousant ses anciennes postures.») et humour se succèdent jusqu'à la phrase finale aboutissement de tout le contenu du récit : «Je crois que j'aimerais voir passer, furtivement, dans l'espace clos de l'ancien bureau sombre, un de ces longs chats, très lents, dont le dos requiert une caressante main d'homme pour se voûter en pont --- reliant, entre deux rives, les vivants et les morts.»
    Avec Lionel-Edouard Martin la langue française se fait goûteuse, relevée, pleine de richesse, de verve et d'ironie mais aussi empreinte d'une poésie mélancolique qui laisse une grande douceur sur les papilles. C'est le troisième récit de cet auteur que je lis et je pense que je n'ai pas fini de poursuivre ma découverte car le plaisir de lecture est à chaque fois renouvelé grâce à son don de métamorphoser le quotidien le plus banal.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (20 votes positifs)

> voir toutes (3)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par nadejda, le 01 décembre 2011

    Un homme qui a laissé des mots sur son passage comme le gastéropode sa trace vernie, on croit, naïf, qu'il ne peut pas entièrement disparaître, et qu'il demeure, de lui, forcément quelque chose dans les lieux où il a vécu : sa coquille au pied du chêne, parmi les glands et les cupules, ou cette odeur escargotière dans l'herbe humide. Mais c'est une illusion, la mort emporte tout ; et la vie se charge d'effacer comme une ardoise toutes ces nombreuses, vieilles années dont les générations nouvelles, prises des deux pieds dans l'argile de leur vie, se soucient bien peu -- n'ayant le coeur à faire volte-face ni à envisager ces pas qui, au fil des âges, ont pourtant tracé la route où elles se tiennent. p 79 (Sur les traces du poète Francis Jammes mort à Hasparren)
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (13 votes positifs)
  • Par nadejda, le 01 décembre 2011

    Quand on vieillit, c'est s'abstraire du temps que de regarder pousser les plantes : on s'adosse à la nature, une serfouette entre les paumes, on se déprend du cours des heures. Gilles était homme de jardin. Et creusant, taillant, émondant, il renouait en toute conscience avec les gestes des siens -- de ses grands-parents, surtout, qui l'avaient élevé à la campagne, et des lignées d'ancêtres qui, ayant vécu de la terre, y étaient paisiblement retournés, morts bien au chaud dans un habit de chêne, nourrissant la fleurette où venait picoter la mésange ou le merle ; et sur leurs tombes au bon soleil... les mouvements des ailes tressaient de fugaces croix d'ombre. p 29
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (12 votes positifs)
  • Par nadejda, le 01 décembre 2011

    L'office du tourisme ouvre sous des arcades une porte et une vitrine voûtée en plein-cintre. On dirait, de l'extérieur, l'entrée de ces chapelles romanes, basses de front, qui ruminent l'ombre et le vieil encens. On y pénètre à grand silence ; pour un peu on se découvrirait. C'est une simple pièce, profonde, avec des tables jonchées de prospectus, comme à l'entrée des églises on a parfois de la lecture, aussi, près du bénitier. P 80
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (11 votes positifs)






Acheter sur Amazon

Faire découvrir Jours d'été dans le Sud-Ouest par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (1)

> voir plus

Quiz