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ISBN : 2070304345
Éditeur : Gallimard (2003)


Note moyenne : 4.22/5 (sur 81 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
A travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique.
Tandis que la guerre est sur le point de ravager l’... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (4)

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    • Livres 4.00/5
    Par Goldlead, le 29 mars 2015

    Goldlead
    Je n'avais jamais encore pris le temps de lire les huit tomes de cette longue chronique familiale qui faisait référence auprès de nos professeurs, dans les pensionnats religieux de mon adolescence, et, pour cette même raison certainement, je m'imaginais un roman d'initiation et d'édification pour jeunes gens de bonnes familles, aussi moralisateur et bien-pensant que trop pesant d'atmosphères surannées.
    Et il est vrai que ces adolescents qui se vouvoient (entre garçons ou entre filles, comme d'un sexe à l'autre), qui parlent et se comportent comme des adultes, bref, qui n'ont pas encore constitué socialement un monde à part, avec ses codes et ses valeurs ; que la religion socialement et culturellement omniprésente, jusque dans la virulence des anticléricaux ; que les débats sur Dieu ou la science ou sur les moyens et les fins du socialisme révolutionnaire (qui, s'ils n'ont rien perdu de leur justesse et de leur pertinence, font quand même aujourd'hui un peu resucée), tout cela nous renvoie à des temps révolus, à cette vieille société bourgeoise et cléricale qui prolonge le dix-neuvième siècle au tout début du vingtième, avant le grand choc des deux guerres mondiales. Mais, nonobstant ces marques un peu désuètes, on a vite fait de se laisser gagner par l'assiduité et la familiarité qui font tout le charme des séries télévisées modernes. On se laisse alors porter par ce temps long… qui ne coule pourtant guère que sur une dizaine ou une douzaine d'années, creusant du coup d'autant plus profondément son lit et s'étalant à l'aise dans la sensibilité du lecteur. Car il ne s'agit pas du temps collectif et historique qui traverse les générations (même s'il sinue ici au milieu des écueils et des événements d'une période particulièrement tragique de notre histoire), mais d'un temps ou d'une durée intime qui va, pas à pas, au rythme de notre vie à chacun. Aussi ne faut-il pas chercher de rebondissements dans l'action et les aventures extérieures ; mais plutôt se laisser gagner par le subtil développement des émotions, des états de conscience et de tout ce qui fait le tissu personnel des personnages. Roman psychologique donc, plus qu'historique ou social… malgré son intérêt documentaire aussi, par exemple sur l'état d'esprit dans les années de la Grande Guerre.
    Les Thibault : deux frères, Antoine et Jacques, neuf ans d'écart, jeunes pousses vigoureuses qui, chacune à sa façon, cherchent l'air et la lumière dans l'ombre asphyxiante d'Oscar, le patriarche, grand bourgeois catholique et dévot (mais aussi lettré), obsédé d'ordre et de respectabilité, dans ses activités sociales comme dans sa vie familiale ou sa philosophie de la vie. L'aîné, jeune médecin promis à une brillante carrière, solide, raisonnable, positiviste ; Jacques, le cadet, écorché vif, idéaliste et anarchiste, rêvant d'une grande oeuvre littéraire et d'un monde utopique. Deux frères que nous suivons du sortir de l'enfance jusqu'aux grandes décisions qui jettent les fondations de l'âge adulte ; dans cette période charnière et clé où se soldent et parfois se consument tous les destins… On y retrouve tout : les troubles, les révoltes et les grands dangers de l'adolescence ; le passage de frontière, de la clôture familiale à la société ouverte ; les premiers tâtonnements qui fraient les chemins de vie définitifs ; les confrontations et les collusions avec les règles du jeu ambiantes ; l'effondrement, à la mort du père, d'un mur qui est à la fois prison et rempart ; le poids des choses et la charge des autres qui lestent de responsabilités écrasantes les élans et les ivresses de la liberté toute neuve ; les rêves ou les projets personnels, brutalement rabattus par les vents de l'histoire ou les avaries du corps et qui sont contraints de se poser en catastrophe au sol des réalités, quand ils ne viennent pas simplement s'y fracasser ; les enthousiasmes et les certitudes bientôt échaudés par l'expérience et les doutes ; mais les idéaux et les espoirs aussi, qui refusent de plier à la logique et aux accommodements du réel… Et tout cela, bien sûr, au milieu du ballet des amours, des rencontres, des ruptures, des souffrances, des naissances, des maladies, des morts, des tâches, des obligations et des engagements, des interrogations sans fin et des possibles envisagés ou regrettés, et qui sont comme des linéaments de vies ou de mondes parallèles…
    Car il faut dire que, fouillés, analysés, décapés par ce fin psychologue qu'est Roger Martin du Gard, les personnages (et pas seulement les deux héros) apparaissent à nu dans leur spontanéité et leur complexité : ingénus, bruts, transparents, authentiques jusque dans leurs contradictions. Naturellement (à focaliser ainsi sur les âmes… et dans une langue châtiée, domestiquée, sublimée par la même ascèse que les corps et les moeurs qu'elle décrit), il y a beaucoup d'âmes pures et généreuses dans cette galerie de portraits… attachantes et agaçantes comme sont les figures de saints des histoires pieuses ! Mais, même les personnages les plus rébarbatifs (comme le vieux tyran domestique ou l'incorrigible séducteur-escroc Jérôme de Fontanin), éclairés de l'intérieur, finissent par révéler une complexité ou une logique de construction qui les sauve malgré eux et malgré tout. J'ai particulièrement apprécié, de ce point de vue, le récit de la lente et pathétique agonie du père Thibault. Mais cette même lorgnette psychologique, appliquée cette fois aux situations socio-historiques, nous découvre aussi, sous le mécanisme des conjonctures et des rapports de forces, l'état et l'évolution de ce que les historiens appellent les « mentalités » et qui ne sont rien d'autre que les facteurs et les enjeux humains pris dans la tourmente des événements. Au moment où, un siècle après, nous commémorons la première guerre mondiale, on retrouve, "comme si on y était", les espoirs, les angoisses, les débats, les souffrances et les drames des contemporains. D'autant plus vifs et communicatifs qu'ils perdent leur anonymat et leur éloignement en étant ici incarnés et individualisés (L'Été 14 : un des tomes les plus denses, où la petite histoire rejoint la grande).
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 13 avril 2012

    LiliGalipette
    L'été 1914
    Jacques est retourné en Suisse. Avec d'autres artistes ou ouvriers, il mène une vie de bohème aux accents syndicalistes et socialistes. « Ils formaient, à Genève, un vaste groupement de jeunes révolutionnaires sans ressources, plus ou moins affiliés aux organisations existantes. » (p. 9) Venus des quatre coins du monde, les jeunes et ardents révolutionnaires rêvent d'un monde meilleur, débarrassé du capitalisme et du machinisme, d'un monde où l'homme serait la seule valeur. Mais il n'y a que des discours, des théories et de vagues projets. « Parler ne devrait être qu'un moyen d'agir… Mais, tant qu'on ne peut pas agir, c'est déjà faire quelque chose que de parler. » (p. 84) L'action, l'évènement, voilà ce qu'ils attendent tous. C'est alors que meurt François-Ferdinand sous les balles d'un ouvrier balte. Ce n'est donc pas révolution qui s'en vient, c'est la guerre !
    « On obtient bien davantage de soi, quand on s'obstine à revenir sans cesse au point de départ, quand il faut, chaque fois, recommencer, et aller plus loin. » (p. 355) Ce sont les propos de Daniel de Fontanin, mais le cadet des Thibault aurait pu les dire. À chaque retour dans la maison familiale et dans l'univers que fut sa jeunesse, Jacques se débarrasse un peu plus de l'héritage de son père et s'oppose à tout ce que l'homme incarnait. le jeune homme ne garde que le nom : « Jacques, depuis la mort de son père, [signait] maintenant ses articles de son vrai nom. » (p. 16) Il aura fallu que le patriarche décède pour que le fils fasse sien un patronyme lourd de mémoire, en le détournant et en lui donnant une résonnance bien différente. Et c'est dans son éducation que Jacques trouve la justification de son engagement socialiste. « Ce qui a fait de moi un révolutionnaire, […], c'est d'être né ici, dans cette maison… C'est d'avoir été un fils de bourgeois… C'est d'avoir eu, tout jeune, le spectacle quotidien des injustices dont vit ce monde privilégié… C'est d'avoir eu, dès l'enfance, comme un sentiment de culpabilité… de complicité ! Oui, la sensation cuisante que, cet ordre des choses, tout en le haïssant, j'en profitais. » (p. 197) La rupture avec la lignée des Thibault est consommée : Jacques sera un Thibault rouge !
    En France, Antoine a développé son activité médicale et se consacre de plus en plus à la recherche sur les pathologies infantiles. Plus que jamais, il veut devenir un maître de cette spécialité. Son esprit tout entier est tourné vers la science, à tel point qu'il ne perçoit pas la menace de la guerre. En dépit du lien qui vibre encore en eux, parfois, Antoine et Jacques sont trop différents pour se comprendre et s'accommoder des choix de l'autre. « Il y avait des moments où il goûtait une satisfaction rageuse à constater que le fossé était infranchissable. » (p. 158) Confortablement installé, Antoine suit les traces bourgeoises de son père : bonhomme avec son frère, il peine à remettre en question sa façon de vivre et de penser.
    La tentative de suicide de Jérôme de Fontanin rassemble les frères Thibault et les enfants du mourant dans une seule pièce. Jacques est l'objet de toutes les attentions. Daniel, devenue peintre, effectue son service à Lunéville et sent que la vieille amitié se délite. Jenny, toujours aussi dure et intransigeante, ne pardonne pas à Jacques d'avoir fui pendant trois ans. « Nous n'avons pas cessé, en secret, de nous défendre l'un de l'autre. » (p. 410) Enfin, l'aveu s'amorce et il est également une révélation. « Maintenant, je comprends ce que je traînais en moi de si douloureux, toujours et partout : une nostalgie profonde, une blessure. C'était… c'était votre absence, mon regret de vous. C'était la mutilation que je m'étais faite, que rien ne pouvait cicatriser. » (p. 411 & 412) le Grand Soir de Jacques n'est pas socialiste, il est intime et amoureux.
    Ce troisième tome est bien long et lent, avec assez peu d'action et beaucoup de discours. Jean Jaurès traverse quelques pages, mais c'est bien peu pour soulager des longs débats révolutionnaires entre les socialistes regroupés en Suisse ou de la discussion ombrageuse entre les deus frères. Il est surtout pénible d'être aux portes de la guerre et de ne pas y plonger. On pressent que Daniel de Fontanin connaîtra un funeste avenir, que la romance enfin déclarée entre Jacques et Jenny ne fera pas long feu et que le paisible Antoine devra faire craquer le vernis bourgeois qui le pétrifie.
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    • Livres 4.00/5
    Par Lavieestunlongfleuvetranquille, le 18 janvier 2015

    Lavieestunlongfleuvetranquille
    Attention, non amateur de "pavé" littéraire s'abstenir.
    Les Thibault sont avant tout une série de livres, détaillant la saga d'une famille relativement banale pour l'époque, au sein de la bourgeoisie, fortement orientée vers la description historique de l'avant-guerre de 14/18.
    Certes, vous subirez quelques longueurs exaspérantes. Il est également évident que vous aurez des incompréhensions minimes sur la nécessité de l'auteur de s'appesantir sur le caractère particulier d'un ou d'une des protagonistes de l'histoire...
    Vous aurez aussi, et nous entrons dans le génie de Roger Martin du Gard, l'impression de vivre ce moment très particulier et propre à tous pays qui va entrer en guerre. C'est vivifiant (pardonnez-moi l'expression pour le contexte), c'est captivant, c'est enrichissant, même pour les plus érudits, c'est surtout un classique que nous avons beaucoup de plaisir à (re)lire, si les conditions sont réunies pour cela.
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    • Livres 5.00/5
    Par jsgandalf, le 25 mai 2012

    jsgandalf
    Les deux dernières histoires sont pour moi les meilleurs. On voit ici que Roger Martin du Gard n'aime pas la guerre. J'aime aussi la constance de Jacques face à ses idéaux qui ira sans jamais fléchir vers une fin prévisible. J'aime les longs discours passionnés de ces hommes qui aimeraient réaliser le rapprochement de tous les hommes, même si on sait ce qu'a donner le communisme, c'est pleins d'idéaux qui dépassent leurs natures, ils sont transcendés par un but supérieur à leurs vie, ils sont beaux. Même Antoine dans le dernier épisode change face à la mort. le meilleur de cette longue saga familiale.
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Citations et extraits

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  • Par LiliGalipette, le 13 avril 2012

    « Ce qui a fait de moi un révolutionnaire, […], c’est d’être né ici, dans cette maison… C’est d’avoir été un fils de bourgeois… C’est d’avoir eu, tout jeune, le spectacle quotidien des injustices dont vit ce monde privilégié… C’est d’avoir eu, dès l’enfance, comme un sentiment de culpabilité… de complicité ! Oui, la sensation cuisante que, cet ordre des choses, tout en le haïssant, j’en profitais. » (p. 197)
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  • Par LiliGalipette, le 13 avril 2012

    « Maintenant, je comprends ce que je traînais en moi de si douloureux, toujours et partout : une nostalgie profonde, une blessure. C’était… c’était votre absence, mon regret de vous. C’était la mutilation que je m’étais faite, que rien ne pouvait cicatriser. » (p. 411 & 412)

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  • Par Lavieestunlongfleuvetranquille, le 07 janvier 2015

    Il y a deux patriotismes. Il y en a un qui se compose de toutes les haines, de tous les préjugés, de toutes les grossières antipathies que les peuples, abrutis par des gouvernements intéressés à les désunir, nourrissent les uns contre les autres... Il en est un autre qui se compose au contraire de toutes les vérités, de tous les droits que les peuples ont en commun...

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  • Par LiliGalipette, le 13 avril 2012

    « Parler ne devrait être qu’un moyen d’agir… Mais, tant qu’on ne peut pas agir, c’est déjà faire quelque chose que de parler. » (p. 84)

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  • Par LiliGalipette, le 13 avril 2012

    « On obtient bien davantage de soi, quand on s’obstine à revenir sans cesse au point de départ, quand il faut, chaque fois, recommencer, et aller plus loin. » (p. 355)

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Jean Delay
Jean DELAY, médecin, ancien professeur à la Faculté, écrivain littéraire avec des ouvrages consacrés à André GIDE et Roger MARTIN DU GARD, se tourne aujourd'hui vers l'histoire. C'est par hasard, intrigué par un courrier adressé à son grand père, qu'il fait appel à la généalogie et écrit "Avant mémoire 2" Un contrat de mariage datant de 1702 et impliquant ses ancêtres de la 8ème...








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