Comme toutes les époques d'écroulement social, la nôtre pourrait être également une époque de reconstruction. Cela dépend des hommes. Mais il faut que ces hommes soient des hommes : non des machines, non des soldats, non des... > voir plus
L'œuvre de Marcel Martinet mérite mieux que son oubli actuel. Syndicaliste révolutionnaire opposé à l'Union sacrée, écrivain (Les Temps maudits rassemblent des poèmes pacifistes publiés en Suisse en 1917), cet intellectuel qui refusa de « parvenir » pour lier son sort à celui de la classe ouvrière s'est posé en continuateur de Fernand Pelloutier. Dans Culture prolétarienne (1935), il critique le militantisme de caserne (« Une propagande qui récite et qui fait réciter (…) est une trahison, trahison de l'homme et immédiatement trahison du prolétariat. ») et invite la classe ouvrière à se réapproprier collectivement la critique sociale en formant des groupes de travail et de réflexion. Martinet étant un ascète pour qui l'engagement se marie mal avec le dilettantisme et le refus de la culture de soi, il en fait également une démarche individuelle car « la pensée naît de la solitude, (…) voilà un égocentrisme obligatoire et sans quoi l'individu ne sera jamais qu'un suiveur d'autres individus ou de collectivités, et le jouet des circonstances ». Rejetant le mépris dont sont victimes les classes populaires (mépris leur déniant toute faculté d'analyse politique), Marcel Martinet affirme sa confiance dans la capacité créatrice de « ceux d'en bas ». De quoi faire de Culture prolétarienne un livre de combat toujours aussi pertinent. Christophe Patillon
Le Monde diplomatique, 03/2004