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Suzanne Nétillard (Traducteur)
ISBN : 2070722759
Éditeur : Gallimard (1991)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 24 notes)
Résumé :


En septembre 1973, Peter Matthiessen part pour le Dolpo, une région du Népal située à la frontière du Tibet, avec le zoologiste George Schaller qui veut observer des léopards des neiges. Pokhara sera le " dernier bastion du monde moderne. En un jour de marche, nous avons parcouru des siècles ".

Dans ce journal de route, il apparaît très vite que Matthiessen vit cette expédition comme une aventure plus spirituelle que véritablement sci... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (1) Ajouter une critique
Franz
Franz04 mars 2016
  • Livres 5.00/5
Longtemps différée, la lecture émerveillée du Léopard des neiges de Peter Matthiessen est enfin devenue chose effective ; l'enthousiasme lapidaire de Nadjalou dans l'Agora des livres a été un des déclencheurs. Grâce soit rendue ! le livre en est empli. L'auteur effectue un trek sur le plateau tibétain, dans le Dolpo intérieur, en 1973. Il a 46 ans. Ses quatre enfants sont en Amérique et sa femme est décédée d'un cancer. L'expédition au Tibet, entrecoupée de digressions et de retours en arrière, est tellement prenante, la hauteur de vue si saisissante, qu'il vaut mieux laisser le livre reposer après la lecture d'une seule page ou encore d'une simple phrase. On n'avance plus dans la longueur du récit mais dans sa profondeur. Il y a aussi la crainte d'en avoir fini trop tôt avec un chef-d'oeuvre. Jamais un écrivain ne m'aura parlé avec autant de sincérité, de force, des sensations et des sentiments que j'ai moi-même connus et enfouis : les chuchotements de mort, la peur du vide domptée, la force de l'illumination, l'intuition d'une conscience supérieure, le tout en un, les pleurs versés face à la beauté d'un paysage, la vacuité des entreprises humaines, l'inaudible, l'inexprimable… On vit au pas du voyageur. On reste suspendu à son souffle. Rien n'a vieilli. Tout est actuel, vivant, intemporel. La raison du voyage reste floue : « …mais moi, qu'espérais-je trouver au cours de cette expédition ? Gêné, je haussai les épaules. Dire que je m'intéressais aux bharals, aux léopards des neiges ou même aux lamaseries reculées n'était pas répondre…, bien que tout cela fût vrai ; parler de pèlerinage semblait prétentieux et vague et cependant, en un sens, c'était également vrai… je voulais pénétrer les secrets des montagnes… (p. 145-146) On sent que ce livre est une somme, ne serait-ce que par les mises en exergue de Rilke, Hesse, Ovide, Basho… qui ouvrent les quatre chapitres intitulés : « Vers l'ouest » ; « Vers le nord » ; « La Montagne de Cristal » ; « Retour ». le regard humaniste de Peter Matthiessen est aussi visionnaire, poétique, mystique, sans aucun dogmatisme. Parfois, un haïku (qui ne dit pas son nom) se trouve serti dans le texte : « Soleil sur les ailes des libellules, au-dessus d'une prairie encore dans l'ombre… (p. 42). On apprend beaucoup. On ne peut jamais s'ennuyer. Ce livre est une mine intarissable. On en sort transformé, densifié et aérien : « Ne pèse rien, dit Soen Roshi. Sois léger, léger, léger… lumineux ! »… Où était la réalité ? Dans la veille ou dans le rêve ? le dernier idéogramme japonais écrit et le dernier mot prononcé dans cette vie par le vénérable maître de Soen Roshi voulait dire : « Rêve ». (p. 199)
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Citations & extraits (5) Ajouter une citation
zazalebzazaleb30 avril 2014
Peter Matthiessen est mort en avril 2014, à 86 ans, et cela peut fournir un argument pour (re)découvrir son récit le plus populaire, qui obtint le prestigieux National Book award en 1978. Vous pouvez vous le procurer dans toute bonne bibliothèque, ou en librairie dans la collection "l'imaginaire" de Gallimard, toute trouvée pour ce récit de voyage dans le Népal, qui s'apparente davantage à un récit très personnel et parfois halluciné. Ma première lecture fut d'ailleurs une déconvenue, car j'attendais le Matthiessen naturaliste, non l'amateur de LSD et de voyages. Mais pour qui aime voyager dans un fauteuil, cela reste une presque fiction remarquable, d'un homme dont la vie fut tout aussi incroyable (éditeur de revue littéraire et agent de la CIA à Paris dans les années 50, P. Matthiessen devint moine bouddhiste dans les années 1990...).
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OlafOlaf17 janvier 2015
Je longe le rebord du cañon et m'assieds contre un rocher. Au nord, un cône de glace se dresse dans le ciel et des champs de neige se déroulent vers les hauteurs de l'horizon et le bleu de plus en plus profond. A l'endroit où la Saure plonge dans son ravin, une effrayante muraille à pic serpente et se tord avec d'étranges combinaisons de neige et d'ombre. La vacuité et le silence de ces montagnes blanches provoquent rapidement les états de conscience analogues à ceux qui se produisent au moment de la méditation où le vide se fait dans l'esprit, et sans doute l'altitude y est-elle pour quelque chose, car mon regard perçoit le monde comme fixe ou fluctuant selon son gré. La terre frémit, les montagnes miroitent, comme si toutes les molécules se trouvent libérées : le ciel bleu résonne. C'est peut-être la musique des sphères que j'entends, ce que les hindouistes appellent le souffle du Créateur et les astrophysiciens le "soupir du soleil.
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OlafOlaf26 janvier 2015
Mon pied glisse sur une étroite corniche : en une fraction de seconde, comme les aiguilles de la peur me transpercent le cœur et les tempes, l'éternité et le présent se croisent. La pensée et l'action sont semblables, la pierre, l'air, la glace, le soleil, la terreur et moi-même ne faisons qu'un. Il est stimulant d'étirer cette conscience aigüe jusqu'aux moments ordinaires, dans la perception, instant par instant, du gypaète et du loup qui, se concevant eux-mêmes au centre des choses, n'aspirent nullement à pénétrer le secret de l'existence véritable. Dans cette inspiration qui remplit nos poumons, réside le secret que tous les grands maîtres essaient de nous communiquer, ce qu'un lama décrit comme "la précision, la candeur et l'intelligence du présent". Le but de la méditation n'est pas l'illumination, mais l'effort pour garder l’œil ouvert aux moments les moins extraordinaires, pour exister au présent, pour imprégner de cette conscience du "maintenant" tous les événements de la vie quotidienne. Être ailleurs revient à "peindre des yeux sur le chaos". Quand j'observe les bharals je dois observer les bharals et non penser au sexe, au danger, au présent, car ce présent, au moment même où je m'y attache, s'est évanoui.
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OlafOlaf26 janvier 2015
Il fut un temps où je considérais les montagnes différemment, où je voyais en elles quelque chose de permanent. Même en les approchant avec déférence (les défier comme le font les alpinistes est une autre affaire), cette permanence m'effrayait; leur caractère irréfutablement minéral semblait intensifier la conscience que j'avais de ma nature éphémère. N'est-ce pas à cause de cette angoisse devant ce qui passe que nous nous concentrons sur les quelques fragments d'expérience brute de la vie moderne? Ne peut-elle pas expliquer pourquoi la violence est lubrique, pourquoi la concupiscence nous dévore, pourquoi les soldats choisissent de ne pas oublier leurs jours d'horreur? Nous nous cramponnons à ces moments extrêmes où nous croyons mourir pour renaître cependant. Dans l'abandon sexuel comme dans le danger, nous sommes confondus, si brièvement que ce soit, avec un présent vital où nous collons à la vie réelle, où nous sommes la vie, où le sentiment d'exister nous pénètre; dans une extase partagée avec un autre être, la solitude s'évanouit, l'éternité la remplace. Mais en ce temps-là une telle union pouvait être atteinte par la seule angoisse.
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OlafOlaf26 janvier 2015
A proximité de mon poste d'observation je découvre un renfoncement dans l'arête où la neige a fondu et où je puis méditer à l'abri du vent. Mes idées se clarifient bientôt dans l'air froid de la montagne et je me sens mieux. Le vent, l'herbe agitée, le soleil : les graminées mourantes, les cris des oiseaux s'envolent vers le sud dans le ciel des montagnes ne sont pas plus fugitifs que le roc lui-même ; ni plus ni moins : tout est pareil. La montagne se retire dans son silence, mon corps se dissout dans les rayons du soleil, des larmes jaillissent, qui n'ont aucun rapport avec "Moi". Pourquoi coulent-elles? Je l'ignore.
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Video de Peter Matthiessen (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Peter Matthiessen
Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Peter Matthiessen Au Nord-Est des Etats-Unis s'étend une région de collines et de prairies, de montagnes et de lacs, de forêts profondes et de plages sauvages. C'est l'une des régions où débuta l'histoire de l'Amérique : la Nouvelle-Angleterre. C'est ici qu'au XVIIe siècle se sont installées les premières universités. En 1636, l'université de Harvard est créée à Boston. Aujourd'hui, de nombreux écrivains habitent cette région et se sont penchés, depuis ces terres, sur l'évolution de la société américaine.
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>Géographie de l' Asie>Asie du Sud>Pakistan, Bangladesh (20)
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