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ISBN : 2253183040
Éditeur : Le Livre de Poche (2015)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.74/5 (sur 1950 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture - Boule de Suif, première nouvelle de cet ouvrage, a c'est l'effondrement de toutes les valeurs prônées, avant que le souci de conservation personnelle devienne le seul qui compte : manger les provisions de la prostituée et la jeter dans les bras de l'officier allemand ».
Marie-Claire Bancquart analyse les vingt et un contes de ce célèbre recueil. Dés paysans avides et cruels décrits dans L'Aveu et Coco aux malheurs de Mathilde Loisel ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (96) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
Gwen2108 mai 2013
  • Livres 5.00/5
Ce récit De Maupassant est celui qui m'a le plus bouleversée. Incontestablement, c'est un chef-d'oeuvre !
Tel un justicier masqué, l'auteur pourfend, avec toute la finesse et l'efficacité propres à son style, la vanité, l'hypocrisie et la fatuité de l'homme. Sa plume, plus acérée qu'un fleuret, égratigne habilement les "bonnes et honnêtes gens" qui, fuyant l'invasion prussienne, quittent Rouen dans la panique et s'entendent "en toute bienséance" à livrer l'agneau au loup...
Boule-de-Suif est une jeune femme qui exerce le plus vieux métier du monde. Ainsi surnommée en raison de son embonpoint, cette brave fille, simple, sans manières ni malice est déjà une victime de la société avant même d'être claquemurée dans une diligence avec une dizaine d'autres voyageurs. Tout la désigne pour le rôle de l'agneau.
Le Loup, c'est l'officier prussien, l'envahisseur, auquel Boule-de-Suif sera immolée par ses compagnons de voyage, de beaux loups eux-aussi : deux commerçants, deux bourgeois, deux nobles, deux religieuses et un démocrate.
Ce que ces onze protagonistes vont vivre le temps d'une escale à l'Auberge du Cygne est un tableau cynique criant de réalisme du comportement d'une société confrontée au péril et à l'insécurité, à la panique et à la défaite... Comme la nature réelle des individus se révèle crûment en de telles périodes !
L'homme est donc bien un loup pour l'homme...
Plus qu'une nouvelle, ce récit poignant aurait aussi bien pu être écrit par La Fontaine sous la forme d'une fable. Critique moralisatrice et réaliste de la nature humaine, il dénonce les apparences et oppose la "morale bourgeoise, religieuse et politique" hypocrite et individualiste à l'abnégation sans calcul de Boule-de-Suif, cette "fille perdue".
La bonté, la charité et le don de soi ne sont pas là où on les attend.
L'égoïsme, la cupidité et l'ingratitude ne sont pas là où ils devraient être.
Le Bien vient de l'être déshonoré et déshonorant ; le Mal vient des parangons d'exemplarité.
Un portrait cruel de notre société qui résonne hélas encore aujourd'hui comme un écho désespérément immuable et ô combien d'actualité !
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Nastasia-B
Nastasia-B06 septembre 2012
  • Livres 5.00/5
J'hésite à apporter une énième contribution pour cet ouvrage ; ouvrage d'art s'il en est.
Du Maupassant première époque, donc à mon sens, un peu plus romancier que nouvelliste, ce qui lui permet de développer un peu plus qu'à l'accoutumée ses si belles métaphores et effets stylistiques, qui n'ont l'air de rien à la lecture, mais qui sont justement la marque que le travail a tellement été bien fait qu'on ne se rend même plus compte qu'il y a eu un travail d'écriture, que ça coule, que c'est limpide, que c'est lumineux.
Boule-de-suif, pour ceux qui ne le sauraient pas, est l'histoire d'une prostituée au sortir de la guerre franco-prussienne de 1870, ou plus précisément l'histoire d'un événement impliquant une prostituée.
Mais en fait non, ce n'est pas l'histoire d'une prostituée, c'est l'histoire des autres, les bien-pensants, les propres sur eux, les honorables... et vous savez bien que Maupassant ne serait pas Maupassant si les "honnêtes gens" étaient vraiment honnêtes et s'ils brillaient particulièrement par leur morale...
Alors il ne vous reste plus qu'à monter dans la diligence avec les autres pour les regarder être des honnêtes gens.
L'une des premières nouvelles de Guy de Maupassant, assurément l'un des plus peaufinée et qui justifie pleinement la notoriété qu'elle assura à l'auteur, du moins c'est mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Nastasia-B
Nastasia-B29 avril 2013
  • Livres 5.00/5
Boule-De-Suif a un statut un peu particulier dans la carrière de nouvelliste de Guy de Maupassant.
L'auteur est alors méconnu, sauf dans un cercle restreint d'écrivains de renom tels que Gustave Flaubert, et surtout Émile Zola. S'il est vrai que Flaubert a eu un rôle de protecteur et d'inducteur pour la carrière De Maupassant, s'il est vrai qu'il est normand comme lui, il me semble erroné de les comparer plus avant quant au style et au fond de leur pensée.
Ce n'est pas pour rien que la nouvelle parut dans le recueil Les Soirées de Médan, Médan étant le lieu de la résidence de campagne de Zola dans laquelle il recevait ses amis du courant naturaliste, parmi lesquels on peut encore citer Joris-Karl Huysmans.
Sans nullement chercher la polémique, la nouvelle De Maupassant est à peu près universellement reconnue comme la meilleure des Soirées de Médan et, bien que n'étant pas la toute première de Guy de Maupassant, celle-ci marque véritablement le début de sa carrière.
À cet égard, son style est un peu différent de la myriade d'autres qui paraîtront dans des journaux et qui seront collectées en recueils. Plus longue, au style extrêmement travaillé et soupesé, mélange à la fois de qualités musicales et rythmiques mais aussi d'une volonté assumée de simplicité et d'accessibilité, c'est quasiment une forme romanesque appliquée à la nouvelle. Par la suite, l'auteur rodera un style plus typique, et plus directement adapté au genre " nouvelle ".
L'histoire, tellement connue, reconnue et rabattue, que c'est tout juste si j'ose encore vous la présenter. Nous sommes en plein hiver, la Normandie est occupée par l'armée prussienne pendant la guerre de 1870. Les " braves " gens veulent quitter Rouen, tant qu'il en est encore temps, car on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait, surtout en ces temps perturbés.
On tâche de sauver quelques meubles. On monte dans la voiture à cheval et l'on regarde d'un air un peu dégoûté la prostituée qui s'est jointe à nous dans le véhicule. Quand la diligence passe des heures immobilisée et que l'estomac commence à crier famine, on est tout content de lorgner sur les victuailles de la grosse cocotte à laquelle on n'osait pas adresser la parole avant.
Ce faisant, la voiture ne redémarre toujours pas. Pourquoi ? Parce que l'officier prussien aimerait bien jouir des qualités féminines de mademoiselle Boule-De-Suif.
Mais elle a une âme cette petite, certes elle couche pour de l'argent, certes c'est son métier, certes elle l'assume sans honte, mais coucher avec l'ennemi, ça ce n'est pas son style, ça c'est plus qu'elle n'en peut accepter. Elle se moque bien qu'on les maintienne de force dans la diligence, elle ne couchera pas, c'est décidé !
Mais puisque c'est son métier ! s'insurgent les dames comme il faut, elle pourrait bien le faire encore une petite fois, comme ça, juste histoire de libérer les voyageurs...
Je vous laisse déguster la fin et vous abandonne en vous glissant simplement que Maupassant ne serait pas vraiment Maupassant si les gens " comme il faut " étaient autant " comme il faut " qu'il le laissent supposer et que les gens " pas comme il faut " n'étaient pas aussi sombres qu'on veut bien les dépeindre.
Du très grand art, une nouvelle qui justifie pleinement sa réputation et celle de son auteur, du moins c'est mon infime avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
La Maison Tellier, quant à elle, est une nouvelle de la transgression, du renversement complet et volontaire des codes moraux communément admis, et en particulier, à l'époque De Maupassant.
Celui-ci s'exposait donc sciemment à choquer, à indigner son lectorat. Dans cette nouvelle, la maison close est présentée comme une institution de salut public ; les notables comme une espèce de vermine prête à s'adonner aux plus viles débauches et dont la fréquentation assidue des prostituées permettrait le maintien dans les limites acceptables de leurs tendances bestiales.
Les cocottes prennent, dans la modeste église de campagne où est célébrée une communion, le statut de dévotes exemplaires suscitant la piété du restant de la population, peu encline à la béatitude.
Le prêtre lui-même — le plus ancien du diocèse — prétend n'avoir jamais rencontré, en sa longue carrière, pareil moment de grâce. Sorties de « leur jus » citadin, auprès des humbles ruraux, le bataillon bigarré des prostituées prend des allures d'opulence et de respectabilité et Maupassant ironise à fond sur la célèbre maxime attribuée à l'empereur Vespasien : « l'argent n'a pas d'odeur ». Là encore, c'est du grand art, Messieurs, Dames.
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LiliGalipette
LiliGalipette22 septembre 2013
  • Livres 5.00/5
La France a perdu la guerre contre la Prusse. Partout, c'est la débâcle et le Second Empire ne se relèvera pas. En Normandie comme ailleurs, les officiers allemands se sont installés dans les foyers français. « Il y avait […] quelque chose dans l'air, quelque chose de subtil et d'inconnu, une atmosphère étrangère intolérable, comme une odeur répandue, l'odeur de l'invasion. » (p. 19) C'est l'hiver à Rouen et une poignée d'habitants ont obtenu de l'officier allemand en charge de partir à Dieppe en diligence. C'est par une nuit froide que plusieurs bourgeois, deux religieuses et une prostituée partent en voyage. le trajet est long et froid. La faim se fait sentir, mais seule Boule de suif, la prostituée, a prévu des provisions. de bon coeur, elle partage avec les autres voyageurs qui font peu de manières quand il s'agit de se remplir le ventre à bon compte. « On ne pouvait manger les provisions de cette fille sans lui parler. Donc on causa, avec réserve d'abord, puis, comme elle se tenait fort bien, on s'abandonna davantage. » (p. 32)
Le voyage aurait pu être tout à fait charmant si la diligence n'avait pas fait une étape dans une auberge isolée. Il y réside un officier prussien qui refuse que le convoi reparte tant que Boule de suif ne se sera pas donnée à lui. Mais si la jeune femme mène une vie de débauche, elle n'en est pas moins patriote et abhorre de tout son être les ennemis qui ont renversé l'empereur. Impossible pour elle de céder au caprice de l'Allemand. Hélas, ses compagnons de voyage se moquent bien de sa pudeur de catin. « Puisque c'est son métier, à cette gueuse, de faire ça avec tous les hommes, je trouve qu'elle n'a pas le droit de refuser l'un plutôt que l'autre. » (p. 51) La belle Boule de suif doit faire fi de ses principes au nom de l'intérêt collectif, mais quand tout est consommé, les voyageurs de la diligence ne font montre d'aucune reconnaissance à l'égard de la prostituée.
Cruelle histoire que celle de Boule de suif. Alors qu'elle avait généreusement offert ses vivres, sa charité n'est pas reconnue et les bourgeois bien-pensants estiment qu'ils peuvent tout lui demander puisqu'elle leur est inférieure. Comme quoi, le rang social n'est pour rien dans la dignité et la vertu. Boule de suif fait partie d'un recueil, mais je revendique mon droit à ne lire que ce que je veux et je m'en suis tenue à cette nouvelle que j'ai vraiment appréciée.
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lecassin
lecassin09 juillet 2013
  • Livres 5.00/5
« Boule de suif », en fait un recueil de douze « nouvelles de guerre »… et parmi elles la nouvelle éponyme ; probablement une des plus célèbre de l'auteur, et qui lui apporta le succès à sa parution en 1880, dans « Les soirées de Médan ». C'est sa première nouvelle.
C'est la panique, à Rouen, la débandade (oui, bon, elle est facile), même… Nous sommes à l'hiver 1870-1871 et la ville est occupée par les Prussiens. Il faut fuir ! Aussi, s'entassent dans une diligence à destination de Dieppe, une dizaine de « braves gens » : un couple de commerçants, un couple de bourgeois, un couple de nobles, deux religieuses, un démocrate ; en fait neuf… et Boule de suif, ainsi dénommée à cause de son embonpoint.
Boule de suif qui partagera son repas avec les autres moins prévoyants devra, à l'arrêt à l'auberge, faire face à un odieux chantage de la part d'un officier Prussien installé dans la place. On imagine sans peine lequel quand on sait que la belle pratique le plus vieux métier du monde… Elle refuse de céder son corps à l'ennemi, même si ce sacrifice permettrait à la diligence de repartir…
Une nouvelle d'une cinquantaine pages. C'est court me direz-vous. Oui, mais en l'occurrence, sous la plume efficace de Guy de Maupassant, c'est suffisant pour décrire par le menu la cupidité, l'égocentrisme et surtout la bêtise et la bassesse de ces « braves gens » – certes plongés dans une situation qui les dépasse – dans leur relation avec cette « fille perdue »… l'humanité à de ces travers inexcusables que l'adversité ne fait que dévoiler un peu plus…
Ma nouvelle préférée de l'auteur, sans doute…
Quant aux autres nouvelles de ce petit recueil, on alterne de manière inégale la longueur et l'intérêt… A lire tout de même si, comme moi, vous êtes amateurs de cette belle prose de la fin du XIX ème siècle.
Pour mémoire : « Mademoiselle Fifi », libertinage et prostitution, « Deux amis », une partie de pêche qui tourne mal, « Saint-Antoine », un drame de la boisson aux conséquences imprévisibles, « L'aventure de Walter Schnaffs », ou celle d'un soldat pacifiste, « le père Milon », la vengeance et d'un père et d'un fils, « Tombouctou », une rencontre fortuite et l'évocation des souvenirs de deux soldats, « Un duel », loufoque, le duel, « La mère Sauvage », ou l'histoire d'une famille, « L'horrible », où le Général G. explique la différence entre l'émouvant et l'horrible,« le lit 29 » où le militaire ne sort pas grandi, et « Mohammed-Fripouille » : Alger, en terrasse, une conversation sous les étoiles.
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Les critiques presse (1)
Lecturejeune17 février 2012
Lecture Jeune, n°130 - juin 2009 - 1870, les Prussiens envahissent la ville de Rouen. Un groupe de dix personnes grimpe dans une diligence en partance pour Dieppe. Plusieurs classes sociales se côtoient au cours de cette cavalcade : commerçants, grands bourgeois, religieuses, etc. Mais une prostituée, nommée Boule de suif, se distingue des autres personnages. Les voyageurs sont partis précipitamment, nul n'a pris de quoi se nourrir, exceptée Boule de suif, prévoyante, qui déjeune dans son coin. Mais sous le regard concupiscent des autres voyageurs, elle finit par partager avec générosité son repas. La nuit venue, ils font halte dans une auberge malheureusement occupée par des Prussiens. Le lendemain, un des officiers ennemis ne les laissera repartir que s'il peut profiter des charmes de Boule de suif. Li-An revisite Maupassant et propose une superbe description des travers humains : individualisme, hypocrisie, mensonge... Son travail sert parfaitement le texte classique et permet d'aborder un grand auteur de manière ludique. Un humour très corrosif mis en valeur par le dessin coloré et les cases travaillées dans de multiples formats. Une adaptation réussie et un « one shot » qui vient enrichir la collection « Ex-libris ». Agnès Donon
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Citations & extraits (102) Voir plus Ajouter une citation
AlixoneAlixone16 août 2013
Boule de suif resta debout, toute pâle; puis, devenant subitement cramoisie, elle eut un tel étouffement de colère qu'elle ne pouvait plus parler. Enfin elle éclata : "Vous lui direz à cette crapule, à ce saligaud, à cette charogne de Prussien, que jamais je ne voudrai; vous entendez bien, jamais, jamais, jamais!"
Le gros aubergiste sortit. Alors Boule de suif fut entourée, interrogée, sollicitée par tout le monde de dévoiler le mystère de sa visite. Elle résista d'abord; mais l'exaspération l'emporta bientôt: "Ce qu'il veut?... ce qu'il veut?... Il veut coucher avec moi!" cria-t-elle. Personne ne se choqua du mot, tant l'indignation fut vive. Cornudet brisa sa chope en la reposant violemment sur la table. C'était une clameur de réprobation contre ce soudard ignoble, un souffle de colère, une union de tous pour la résistance, comme si l'on eût demandé à chacun une partie du sacrifice exigé d'elle. Le comte déclara avec dégoût que ces gens-là se conduisaient à la façon des anciens barbares. Les femmes surtout témoignèrent à Boule de suif une commisération énergique et caressante. Les bonnes soeurs, qui ne se montraient qu'aux repas, avaient baissé la tête et ne disaient rien.
On dîna néanmoins lorsque la première fureur fut apaisée; mais on parla peu: on songeait.
Les dames se retirèrent de bonne heure, et les hommes, tout en fumant, organisèrent un écarté auquel fut convié M. Follenvie, qu'on avait l'intention d'interroger habilement sur les moyens à employer pour vaincre la résistance de l'officier. Mais il ne songeait qu'à ses cartes, sans rien écouter, sans rien répondre; et il répétait sans cesse: "Au jeu, Messieurs, au jeu." Son attention était si tendue qu'il en oubliait de cracher, ce qui lui mettait parfois des points d'orgue dans la poitrine. Ses poumons sifflants donnaient toute la gamme de l'asthme, depuis les notes graves et profondes jusqu'aux enrouements aigus des jeunes coqs essayant de chanter.
Il refusa même de monter, quand sa femme, qui tombait de sommeil, vint le chercher. Alors elle partit toute seule, car elle était "du matin", toujours levée avec le soleil, tandis que son homme était "du soir", toujours prêt à passer la nuit avec des amis. Il lui cria: "Tu placeras mon lait de poule devant le feu", et se remit à sa partie. Quand on vit bien qu'on n'en pourrait rien tirer, on déclara qu'il était temps de s'en aller, et chacun gagna son lit.
On se leva encore d'assez bonne heure le lendemain avec un espoir indéterminé, un désir plus grand de s'en aller, une terreur du jour à passer dans cette horrible petite auberge. Hélas! les chevaux restaient à l'écurie, le cocher demeurait invisible. On alla, par désoeuvrement, tourner autour de la voiture.
Le déjeuner fut bien triste; et il s'était produit comme un refroidissement vis-à-vis de Boule de suif, car la nuit, qui porte conseil, avait un peu modifié les jugements. On en voulait presque à cette fille, maintenant, de n'avoir pas été trouver secrètement le Prussien, afin de ménager, au réveil, une bonne surprise à ses compagnons. Quoi de plus simple? Qui l'eût su, d'ailleurs? Elle aurait pu sauver les apparences en faisant dire à l'officier qu'elle prenait en pitié leur détresse. Pour elle, ça avait si peu d'importance
Mais personne n'avouait encore ces pensées.
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SZRAMOWOSZRAMOWO05 février 2016
18 mai. – Je viens d’aller consulter un médecin, car je ne pouvais plus dormir. Il m’a trouvé le pouls rapide, l’œil dilaté, les nerfs vibrants, mais sans aucun symptôme alarmant. Je dois me soumettre aux douches et boire du bromure de potassium.
25 mai. – Aucun changement ! Mon état, vraiment, est bizarre. À mesure qu’approche le soir, une inquiétude incompréhensible m’envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je dîne vite, puis j’essaie de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue à peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l’oppression d’une crainte confuse et irrésistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit.
Vers dix heures, je monte dans ma chambre. À peine entré, je donne deux tours de clef, et je pousse les verrous ; j’ai peur... de quoi ?... Je ne redoutais rien jusqu’ici... j’ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j’écoute... j’écoute... quoi ?... Est-ce étrange qu’un simple malaise, un trouble de la circulation peut-être, l’irritation d’un filet nerveux, un peu de congestion, une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si délicat de notre machine vivante, puisse faire un mélancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j’attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l’attends avec l’épouvante de sa venue ; et mon cœur bat, et mes jambes frémissent ; et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu’au moment où je tombe tout à coup dans le repos, comme on tomberait pour s’y noyer, dans un gouffre d’eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, caché près de moi, qui me guette, qui va me saisir par la tête, me fermer les yeux, m’anéantir.
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SharonSharon08 décembre 2010
Alors Cornudet, qui digérait ses oeufs, étendit ses longues jambes sous la banquette d'en face, se renversa, croisa ses bras, sourit comme un homme qui vient de trouver une bonne farce, et se mit à siffloter la Marseillaise .
Toutes les figures se rembrunirent. Le chant populaire, assurément, ne plaisait point à ses voisins. Ils devinrent nerveux, agacés, et avaient l'air prêts à hurler comme des chiens qui entendent un orgue de barbarie.
Il s'en aperçut, ne s'arrêta plus. Parfois même il fredonnait les paroles:
Amour sacré de la patrie,
Conduis, soutiens, nos bras vengeurs,
Liberté, liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs!
On fuyait plus vite, la neige étant plus dure; et jusqu'à Dieppe, pendant les longues heures mornes du voyage, à travers les cahots du chemin, par la nuit tombante, puis dans l'obscurité profonde de la voiture, il continua, avec une obstination féroce, son sifflement vengeur et monotone, contraignant les esprits las et exaspérés à suivre le chant d'un bout à l'autre, à se rappeler chaque parole qu'ils appliquaient sur chaque mesure.
Et Boule de suif pleurait toujours; et parfois un sanglot, qu'elle n'avait pu retenir, passait, entre deux couplets, dans les ténèbres.
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kathelkathel01 décembre 2010
La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses, avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait plaisir à voir. Sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir; et là-dedans s'ouvraient, en haut, deux yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils épais qui mettaient une ombre dedans; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques.
Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables.
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claudine42claudine4215 septembre 2014
L'homme à moustache garde son allure et sa finesse en même temps.
Et que d'aspects variés elles ont, ces moustaches !
Tantôt elles sont retournées, frisées, coquettes. Celles là semblent aimer les femmes avant tout !
Tantôt elles sont pointues, aigües comme des aiguilles, menaçantes. Celles là préfèrent le vin, les chevaux et les batailles.
Tantôt elles sont énormes, tombantes, effroyables. Ces grosses là dissimulent généralement un caractère excellent, une bonté qui touche à la faiblesse et une douceur qui confine à la timidité.
Et puis, ce que j'adore dans la moustache c'est qu'elle est française, bien française. Elle nous vient de nos pères les Gaulois, et elle est demeurée le signe de notre caractère national enfin.
Elle est hâbleuse, galante et brave. Elle se mouille gentiment au vin et sait rire avec élégance, tandis que les larges mâchoires barbues sont lourdes en tout ce qu'elles font.
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