> Claude Maurice (Autre)

ISBN : 2253004219
Éditeur : Le Livre de Poche (1989)


Note moyenne : 3.69/5 (sur 182 notes) Ajouter à mes livres
La justice, c'est une chose ; la vengeance, c'en est une autre. Thérèse a voulu empoisonner son mari, elle a échoué, et le scandale a été étouffé : on ne joue pas avec l'honneur d'une famille si respectable. Mais ce qui ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Cath36, le 27 octobre 2011

    Cath36
    J'ai eu envie de relire un des rares romans qui m'ont passionnée durant mes années lycée, tout en me disant que ce livre était sans doute maintenant un peu démodé compte tenu de l'évolution des moeurs et de la société. Eh bien non, en effet ce texte n'a pas pris une ride. Dénonçant les tares de la bourgeoisie de province (ici bordelaise) et ses enfermements délétères avec une virulence tourmentée que n'aurait pas désavouée Bernanos, Mauriac analyse les méandres du coeur humain avec une lucidité qui rappelle également Balzac, en plus noir. (Pour le côté obscur, voir qui vous savez...). Thérèse DESQUEYROUX est une maudite, une empoisonneuse ratée dont la bonne société bien-pensante -jusqu'au mari rescapé- se dépêche d'étouffer l'affaire . Mais qui, de cette société ou de Thérèse, est la plus criminelle ? Qui tue à petit feu et pratique la mort lente des âmes les plus vivantes et les plus rebelles ? Qui de l'empoisonné ou de l'empoisonneuse est le plus empoisonnant ? le poison n'est-il pas du reste un superbe symbole de ce qui détruit à petites doses ? (On en vient d'ailleurs presque à regretter que le mari s'en soit sorti, le roman eût été moins sombre...) Nulle rédemption apparente ne vient sauver Thérèse mais un abandon qui la renvoie à une irrémédiable solitude, thème cher à Mauriac. Solitude dans laquelle se trouve à la fois nos pires démons et nos possibilités de les combattre.
    Il n'y aura pas de rédemption pour Thérèse, parce que la rédemption passe par le pardon accordé et que son mari et la société le lui dénient, sans même être capables de comprendre ce qu'elle leur demande, la plongeant dans une nuit dont elle ne sortira que par la mort (cf "La fin de la nuit"), dans l'espérance d'un hypothétique et autre Pardon.
    Bourreau DU coeur, Mauriac l'est bel et bien. Ecrivain complexe, pris par ses propres ambiguïtés, tantôt les fuyant, tantôt les affrontant, il reste celui qui renvoie chacun d'entre nous à sa propre image avec la lucidité impitoyable d'un être exigeant face à la vérité, face à Sa vérité. Vraiment j'ai aimé cette redécouverte vécue avec plus d'expérience et de maturité, d'autant qu'une petite balade à Malagar ce week-end a largement contribué à enchanter cette expérience.

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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 04 novembre 2011

    LiliGalipette
    Au sortir du procès pour tentative d'assassinat sur son époux, pour lequel elle a obtenu un non-lieu grâce au témoignage de la victime, Thérèse Desqueyroux rentre chez elle. « le cauchemar dissipé, de quoi parleront-ils ce soir, Bernard et Thérèse ? » (p. 29) Dans le train qui la ramène chez elle, à Argelouse, elle se remémore les conditions et raisons de son geste, ses errances et ses dégoûts. Ce voyage à rebours des souvenirs l'entraîne dans des passés plus ou moins proches et dans un présent imminent, aux allures de sentence, celle que la justice n'a pas rendue. Thérèse, désormais, ne connaîtra que sa chambre et les bois de pins. le reste de la maison lui est interdit.
    Si Bernard Desqueyroux n'a pas voulu accabler son épouse, c'est avant tout pour sauver les apparences et préserver leur enfant, Marie. Cette enfant, Thérèse n'en voulait pas. « Elle avait compté les mois jusqu'à cette naissance ; elle aurait voulu connaître un Dieu pour obtenir de lui que cette créature inconnue, toute mêlée encore à ses entrailles, ne se manifestât jamais. » (p. 70) Dure et froide, Thérèse peut sembler sans cœur, mais elle bout en fait de passion contenue, passion qui ne peut pas s'exprimer à Argelouse. « Argelouse est réellement une extrémité de la terre, un de ces lieux au-delà desquels il est impossible d'avancer. » (p. 39)
    Et puis il y a Anne, la petite-sœur de Bernard et l'amie d'enfance de Thérèse. La jeune fille se toque de Jean Azévédo, un homme dont les Desqueyroux ne veulent pas. de voir cette jeune femme, presqu'une enfant, connaître l'amour qu'elle n'a jamais approché, Thérèse mesure toute la vacuité de son mariage et tout l'ennui que lui cause son époux. Se débarrasser de lui semble si facile : « elle s'est engouffrée dans le crime béant ; elle a été aspirée par le crime. » (p. 99) La fin de l'histoire de Thérèse Desqueyroux n'en est pas vraiment une, c'est plutôt la banale continuité d'une existence morne.
    François Mauriac s'est inspiré d'un fait divers pour créer le personnage de Thérèse. Cette femme à l'étroit dans un mariage sans saveur, plus passionnée pour la sœur de son époux que pour l'époux lui-même, est de la trempe des nouvelles héroïnes, celles qui puisent leur courage dans les bas-fonds. Contrairement à une Thérèse Raquin que sa victime venait hanter, Thérèse Desqueyroux n'a pas de remords. Elle trouve la justification de son geste dans le grand désarroi qu'est sa vie et dans le fossé où sont tombées ses aspirations.
    Sous la plume de Mauriac, on croit lire un long article judiciaire. Dans un exposé tissé de souvenirs et de réflexions, il décortique le vrai crime de cette épouse provinciale. Elle n'est pas coupable d'avoir attenté à la vie de son mari, elle est coupable de ne pas s'accommoder d'une existence convoitée par beaucoup. Elle est coupable d'avoir osé ce que tant ne savent pas accomplir.
    Si j'ai eu de la sympathie pour cette meurtrière inachevée ? Beaucoup ! Se débattre dans une vie étriquée comme elle l'ose, c'est méritant et courageux. Son geste, certes extrême, témoigne d'une passion dont manquent tant d'héroïnes modernes.
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    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Corboland78
    François Mauriac (1885-1970) est lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie française (1926), membre de l'Académie française (1933) et lauréat du prix Nobel de littérature (1952). Il est décoré de la Grand-croix de la Légion d'honneur en 1958.
    Dans les années 20 François Mauriac s'intéresse aux meurtrières et empoisonneuses, collectant informations et documents sur diverses affaires qui firent grand bruit à cette époque comme le cas de Violette Nozières par exemple. de ce terreau l'écrivain va créer Thérèse DESQUEYROUX qui parait en 1927.
    le roman débute par la sortie, par une porte dérobée du palais de justice d'une petite ville de province du Sud-Ouest, de Thérèse DESQUEYROUX qui vient d'obtenir un non lieu pour tentative de meurtre par empoisonnement de son mari. Pour son avocat et son père venu la chercher afin de la raccompagner chez son époux, sa culpabilité de fait pas de doute. Une longue partie du récit, toute la durée du trajet entre sa sortie du tribunal et son retour au domicile conjugal dans une autre ville, est un monologue de Thérèse DESQUEYROUX cherchant à mettre en mots ce qui s'est passé afin de l'expliquer à Bernard, son mari. Mise au point pour lui, comme pour elle, car la tentative d'homicide n'était pas préméditée, l'occasion s'est présentée et elle n'a pas résisté, cédant à une fatalité inexorable.
    Après avoir fait défiler toute sa vie en pensée pour tenter d'expliquer l'inexplicable et construire son discours, Thérèse arrive au terme de son voyage de retour mais elle n'aura pas l'occasion d'avoir une discussion franche avec Bernard, aussitôt elle est consignée dans sa chambre avec interdiction d'en sortir, ses repas lui étant apportés par une domestique.
    A la fin du roman, Bernard accompagne sa femme à Paris et la « libère », la relâchant dans la grande ville comme on ferait d'un animal sauvage qu'on n'a pas su apprivoiser. Bernard ne saura jamais pourquoi se femme a tenté de le tuer et Thérèse est libre. Mais ne reste-t-elle pas néanmoins une femme perdue ? La fin ambiguë laisse la porte ouverte à toutes les interprétations.
    François Mauriac excelle à dépeindre ces villes de province où la pression des convenances étouffe les êtres. Ne vivent que ceux qui se plient aux contraintes, que ce soit par faiblesse, par lâcheté ou bien par manque d'imagination, les autres doivent fuir ou bien se rebeller mais quelle est leur chance de réussir ? le père de Thérèse tout comme les Desqueyroux sont de petits notables de province, sans imagination et tout imprégnés du poids des convenances, tout ce qui peut faire tort à leur réputation doit être étouffé. La tentative de meurtre de Thérèse n'échappe pas à ce raisonnement et Bernard ira même jusqu'à faire un faux témoignage pour innocenter sa femme afin que l'honneur familial ne soit pas terni. Cette même famille qui condamnera Thérèse à la réclusion dans sa chambre, avec comme seules exceptions, la sortie à la messe du dimanche au bras de son mari et les réunions nécessitant sa présence pour conserver au couple l'image de la respectabilité.
    Thérèse n'est pas de cette espèce, inconsciemment elle sait qu'elle n'est pas faite pour ce genre de vie, sans pour autant savoir réellement à quelle existence elle voudrait se vouer. Mariée avec Bernard « selon le vœu des deux familles », elle aurait souhaité de la légèreté, une vie intellectuelle, lui n'a que la rusticité provinciale à lui offrir. Très vite elle va sombrer dans l'indifférence que même la naissance d'un enfant ne réveillera pas, « n'éprouves-tu jamais, comme moi, le sentiment profond de ton inutilité ? Non ? » s'interroge-t-elle. Cette chape de plomb qui pèse sur ses épaules n'est plus supportable, pourquoi faut-il que « les femmes de la famille aspirent à perdre toute existence individuelle ». Quand le hasard offrira une porte de sortie à Thérèse, son mari malade prend des médicaments qui surdosés peuvent lui être fatals, sans réfléchir et presque inconsciemment, elle ne cherchera pas à infléchir le cours du destin.
    Roman de l'ambiguïté, Thérèse a tenté de tuer son mari, mais pourtant elle ne nous est pas antipathique, c'est plutôt Bernard son mari et toute la société qui ont le mauvais rôle, et les dernières lignes du livre nous laissent dans l'incertitude sur l'avenir de cette femme qui porte en elle les germes de la modernité, nous sommes en 1927, indépendance d'esprit et besoin de liberté, sans que ce soit formellement exprimé.
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 01 mai 2012

    brigittelascombe
    "Les 'coeurs sur la main' n'ont pas d'histoire, mais je connais celle des coeurs enfouis et tout mêlés à un corps debout".
    Voici l'une des phrases explicatives que François Mauriac (écrivain emblématique du XX° siècle,académicien et prix Nobel de littérature) place en prologue de son roman Thérèse Desqueyroux (chef d'oeuvre adapté par la suite au cinéma).
    Cette Thérèse, fille d'un politicien (riche propriétaire industriel) qui craint pour son honneur et "ne la voit plus",cette empoisonneuse (tirée d'un fait divers véridique) revient chez elle dans les Landes suite à un non lieu et prépare dans le train "sa défense" pensant, toute à sa confusion, que son mari lui pardonnera son acte impardonnable. Il se venge et séquestre celle qui l'a toujours "intimidé et humilié" et qui à présent lui fait horreur. Ce roman, basé sur "la difficulté d'être", relate ce pan de vie "d'emmurée vivante" jusqu'au retour à la vraie vie.
    Tout l'art de François Mauriac réside dans ce portrait fort de femme forte, intelligente, qui après avoir subi "la salissure des noces", s'est détachée de tout (même de sa fille), s'est retrouvée enfermée dans sa propre solitude, entre "les barreaux mouvants de la pluie" et "les barreaux vivants" de la famille, qui étouffe de ne vivre que pour les apparences et n'a pas trouvé d'autre solution que d'éliminer le gêneur au "regard désert". Avec un style sobre et une écriture imagée, l'auteur analyse les relations sournoises de ce couple qui joue la comédie aux yeux de la bonne société pour sauver les apparences mais se hait en fin de compte.
    Eblouie, jadis, par sa rencontre avec Jean Azévédo, un libre penseur cultivé et brillant, hypothétique fiancé de sa jeune belle-soeur, elle a peu à peu pris conscience de la destruction de sa personnalité.
    Tentée de la faire passer pour une sainte, François Mauriac s'est repris au dernier moment mais a su rendre son héroïne pitoyable.
    A travers elle, il interroge le lecteur sur la capacité "d'être soi-même" de "se dépasser" et de "s'accepter". Qu'il est donc dur d'être, tout simplement et de devenir un être fini et indépendant!
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par jcnb68, le 18 août 2011

    jcnb68
    Mauriac n'a pas son pareil pour décrire les monstres.
    Mais ces derniers ne sont pas toujours ceux que l'on pense.
    Selon moi, l'auteur atteint ici le summum de sa subtilité psychologique pour dénoncer l'ignominie de la bonne pensée, et de notre société irréprochable sous tous rapports.
    Le récit n'a pas pris une ride et il est plus d'actualité que jamais.
    Un vrai Mauriac enragé.
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Citations et extraits

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  • Par marina53, le 22 mai 2012

    N'importe qui sait proférer des paroles menteuses; les mensonges du corps exigent une autre science.
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  • Par marina53, le 21 mai 2012

    La peur est le commencement de la sagesse.
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  • Par Yann--, le 14 mars 2012

    Un baiser, songe-t-elle, doit arrêter le temps ; elle imagine qu'il existe dans l'amour des secondes infinies. Elle l'imagine ; elle ne le saura jamais. Elle voit la maison blanche encore, le puits ; une pompe grince ; des héliotropes arrosés parfument la cour ; le dîner sera un repos avant ce bonheur du soir et de la nuit qu'il doit être impossible de regarder en face, tant il dépasse la puissance de notre coeur : ainsi l'amour dont Thérèse a été plus sevrée qu'aucune autre créature, elle en est possédée, pénétrée.
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  • Par rolandm1, le 25 janvier 2012

    Ce dernier soir avant le retour au pays, ils se couchèrent dès neuf heures. Thérèse avala un cachet, mais elle attendait trop le sommeil pour qu'il vint. Un instant, son esprit sombra, jusqu'à ce que Bernard, dans un marmonnement incompréhensible, se fût retourné ; alors elle sentit contre elle ce grand corps brûlant ; elle le repoussa et, pour n'en plus subir le feu, s'étendit sur l'extrème bord de la couche; mais après quelques minutes, il roula de nouveau vers elle comme si la chair en lui survivait à l'esprit absent et, jusque dans le sommeil, cherchait confusément sa proie accoutumée. D'une main brutale et qui pourtant ne l'éveilla pas, de nouveau elle l'écarta...
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  • Par chartel, le 09 octobre 2007

    Elle aperçoit le talus du champ où Jean Azévédo, un jour de chaleur, s'est assis. Dire qu'elle a cru qu'il existait un endroit du monde où elle aurait pu s'épanouir au milieu d'êtres qui l'eussent comprise, peut-être admirée, aimée! Mais sa solitude lui est attachée plus étroitement qu'au lépreux son ulcère: "Nul ne peut rien pour moi; nul ne peut rien contre moi."
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Le Sagouin part 3
Un film réalisé par les élèves de seconde du lycée de la Sauque (année 2010-2011) et par Godi'art. Il sagit d'une adaptation du roman de François Mauriac "Le Sagouin". Partie 3/3.
Dans les années 30, dans un village de la Gironde, Guillou, un jeune garçon surnommé le sagouin, malheureux et sevré d'affection, mène une vie d'angoisse et de tristesse dans un château sinistre. Il exaspère sa mère qui ne voit en lui que le reflet détesté d'un mari qu'elle n'a épousé que pour devenir baronne. Grâce à l'instituteur du village, Guillou entrevoit un instant l'existence d'un autre monde, de douceur et de tendresse.








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