ISBN : 2707321532
Éditeur : Editions de Minuit (2011)


Note moyenne : 4/5 (sur 31 notes) Ajouter à mes livres

Il s'est dirigé vers les boissons. Il a ouvert une canette de bière et l'a bue. À quoi a-t-il pensé en étanchant sa soif, à qui, je ne le sais pas. Ce dont je suis certain par contre, c'est qu'entre le moment où il est entr&... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 28 juin 2011

    Seraphita
    Un narrateur énigmatique raconte à un homme qui n'est pas nommé la mort absurde de son frère aîné, tué sauvagement par quatre vigiles dans un magasin où il avait bu une canette de bière sans passer au préalable par la caisse.
    Ainsi que l'indique la quatrième de couverture, « cette fiction est librement inspirée d'un fait divers, survenu à Lyon, en décembre 2009 ». Ce court récit, qui m'a bouleversée, m'a beaucoup questionnée, à de multiples titres.
    Ce qui surprend le lecteur, de prime abord, c'est la ponctuation : pas un seul point ne figure dans ce court roman (62 pages au total). Faut-il voir dans l'espace de ces pages comme une immense phrase, à lire d'une traite, ainsi que je l'ai fait ? Mais un regard attentif corrige cette première impression : le premier mot du roman, « et », ne commence pas par une majuscule, le dernier signe de ponctuation, qui clôt le récit, est un tiret. Ce style, que je découvrais ici, ne m'a nullement gênée dans ma lecture. J'ai trouvé qu'il était particulièrement bien pensé au regard du contenu abordé.
    L'événement dramatique qui est conté n'est pas présenté de manière chronologique ou selon la logique classique. le narrateur opère de nombreuses digressions, raconte selon le fil d'associations d'idées. le lecteur reconstruit l'événement dans sa globalité une fois arrivé au terme du récit. A mon sens, cette construction chaotique reflète l'absurdité de cet événement tragique, le chaos, la violence d'une fin de vie.
    La question cruciale du récit, en effet, peut se réduire au mot « sens » : quel sens cet événement a-t-il ? Ainsi, Mauvignier me semble aller plus loin que Jean Teulé dans « Mangez-le si vous voulez » paru en 2009 qui raconte la mise à mort d'un élu en 1870 sur fond de guerre de Prusse. Ce fait divers sordide était présenté de manière crue et réaliste, aucun détail n'était épargné au lecteur, mais les motivations des assassins n'étaient pas questionnées. Dans « Ce que j'appelle oubli », certains détails peuvent être également très réalistes, mais Mauvignier explore habilement la résonance de cet événement sur les autres (le frère, destinataire du récit, les acteurs du monde judiciaire, du monde des médias, les assassins eux-mêmes), avec en filigrane la question du sens et des motivations.
    Ainsi, le procureur et les journalistes souhaitent comprendre cet acte en essayant de circonscrire la victime dans une catégorie : SDF, voleur, … susceptible d'éclairer sa mort violente.
    « que ni le procureur ni les journalistes ni la police ni personne n'admettra jamais, que ces types-là se soient payés sur sa tête, et ils ont tout fait pour essayer de la comprendre, cette mort, tout fait pour lui donner un sens et la trouver un peu normale, ils ont écrit des papiers, ils en ont balancé sur lui pour savoir s'il était SDF ou quoi, s'il avait des antécédents et combien de vols à la tire ? » (p. 38-39)
    Cette démarche a-t-elle elle-même du sens ? Au-delà de toute emprise déterministe, la liberté du sujet demeure.
    Le frère survivant, plus jeune, souhaite également comprendre – du moins, c'est ce que suppose le narrateur qui s'adresse à lui :
    « ton frère, il sera pour toi comme une lacération dans ta vie, et tu voudras comprendre, des années entières à te torturer l'esprit pour vouloir revivre chacune des minutes et des secondes entre les palettes et les chariots élévateurs, pour comprendre, parce que – n'est-ce pas ? – tu diras, je veux comprendre, je veux savoir pourquoi les tours de conserves hautes comme des montagnes de bouffe et de fer » (p. 41)
    Le narrateur cherche lui aussi à délivrer des éléments d'intelligibilité sur la personnalité de la victime. Au détour de certains mots, le lecteur peut appréhender la vie d'errance que semblait mener celle-ci :
    « ils n'ont pas eu le temps de faire l'amour et puis, voilà, quand il allait rencontrer quelqu'un, elle ou lui, quand il allait sortir de l'oubli, Ce que j'appelle oubli, lui qui marchait souvent dans la rue du côté de Montparnasse et traînait dès le matin, comme ce matin où il n'avait pas encore eu le courage d'aller prendre une douche à la piscine ni de se raser ni rien » (p. 47.)
    Cette citation – en clin d'œil au titre – montre combien la victime (toujours nommée en un « il » qui éloigne) aimait déambuler. Un passage vers la fin illustre également son parcours d'errance sexuelle, tissé de relations éphémères avec Des hommes et des femmes.
    Qui est le narrateur ? Qui parle ? Qui rapporte cet événement ? Pas un témoin neutre, extérieur, en tout cas. Etait-il présent quand cet homme est mort ? Ce dernier n'est pas nommé, à travers un prénom ou un nom. Il n'existe que par la voix d'un autre qui rapporte un fait, à la fois à distance (en témoigne ce « il » qui désigne la victime) et en même temps engagé, souhaitant délivrer un message (au frère de la victime, en premier lieu, mais aussi au lecteur).
    Un livre coup de cœur, mais aussi, et surtout coup de poing, dans lequel l'auteur essaie de remettre du sens autour d'un événement tragique, pour pointer, in fine, son absurdité. Un récit violent, bouleversant, questionnant.
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    • Livres 3.00/5
    Par kathy, le 28 avril 2012

    kathy
    Etonnant ce petit livre qui, durant 60 pages ne comporte aucun point de ponctuation…
    Etonnant ce SDF roué de coups mortels par des vigiles, suite à une consommation, dans un supermarché, d'une cannette de bière
    Etonnante, cette courte fiction, inspirée d'un fait réel, qui nous renseigne sur la BARBARIE que peuvent subir certaines personnes dites « faibles ».
    Etonnante cette violence dite « gratuite », inhumaine. Sont-ce Des hommes qui peuvent agir ainsi ?
    Etonnant, encore, le long supplice que va endurer cet homme et les pensées qui ont été siennes durant le long acharnement dont il a été l'objet de la part de quatre vigiles.
    Etonnant, enfin le silence de plomb, parfois entretenu, face à une telle tragédie.
    Au final, une histoire REVOLTANTE évoquée dans une unique phrase qui coule sans début ni fin, comme la vie qui continue, malgré l'isolement, le rejet, l'injustice, … la mort.

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    • Livres 4.00/5
    Par alaiseblaise, le 21 juin 2011

    alaiseblaise
    Un douloureux cri, interminable, insupportable, hurlé en une phrase suffocante de soixante pages !
    Acculé contre un mur de boîtes de conserves, au fond glauque d'un entrepôt, un jeune SDF meurt, roué de coups par les vigiles d'un supermarché.
    La mort en direct.
    Qu'a t-il fait ?
    Il a bu une canette de bière «empruntée» au rayon alcools.
    La vie d'un homme compterait-elle moins qu'une canette de bière ?
    Ce livre violent, scandé à perdre souffle, comme un long blues, rageur, révolté donne des frissons, fait froid dans le dos.
    Après, le livre refermé...un silence glaçant qui laisse le lecteur muet, abasourdi.
    Un rappel poignant sur la nature humaine trop inhumaine.
    La violence est partout et partout elle peut surgir. A tout moment.
    Personne n'est à l'abri.
    Après «Dans la foule» sur le terrible drame du Heysel, «Des hommes» sur la guerre d'Algérie, Laurent Mauvignier confirme son talent d'écrivain.
    Ces livres sont inoubliables...Cet écrivain a vraiment du coffre !
    "je vais retrouver mon souffle, ça ne peut pas finir ici, pas maintenant et pourtant il ne pouvait plus respirer ni sentir son corps ni rien entendre, ni voir non plus et il espérait malgré tout, quelque chose en lui répétant, la vie va tenir, encore, elle tient, elle tient toujours, ça va aller, encore, ils vont cesser parce qu'ils vont comprendre parce que ma vie est trop petite"
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  • Par InColdBlog, le 07 avril 2011

    InColdBlog
    Cinquante-cinq pages pour une marche funèbre.
    Une seule phrase, sans réel commencement, ni véritable fin.
    A la fois, complainte où l'incrédulité et la stupéfaction le disputent à la douleur et réquisitoire contre la violence gratuite, la bêtise et les préjugés.
    A lire d'un seul souffle, comme en apnée, jusqu'aux limites de la suffocation.
    En décembre 2009, à Lyon Part Dieu, un jeune homme de 25 ans surpris à boire une bière dans le rayon d'un supermarché, à « rafraîchir sa gorge et enlever ce goût de poussière qu'elle avait et qui ne le lâchait pas», succombe à son interpellation musclée par quatre vigiles.
    La version officielle d'une mort accidentelle consécutive à un « malaise » sera réfutée par les enregistrements de vidéosurveillance et le rapport du légiste. La victime est morte par « asphyxie mécanique provoquée par compression de la cage thoracique et obstruction des voies respiratoires supérieures ». Sur son corps, des hématomes témoignent aussi des coups qui lui ont été assénés.
    Comme pour "Dans la foule" (qui lui a été inspiré par la tragédie du stade du Heysel), Laurent Mauvignier s'empare d'un nouveau fait-divers sordide pour ciseler un texte dense et puissant à la portée universelle.
    Dans les faits, Michaël Blaise était natif de Guadeloupe. L'homme de "Ce que j'appelle oubli" est indéterminé, il est n'importe quel homme, blanc, noir, maghrébin, Rom…
    Les avocats des agents de sécurité se sont empressés de présenter Blaise comme un marginal, SDF, alcoolique, chapardeur récidiviste, travestissant une nouvelle fois la vérité. Mauvignier rend sa dignité à son personnage en lui imaginant un passé, une vie avant le passage à tabac fatal : des parents bouchers en province, sa fuite du domicile familiale, son errance et une existence en marge à Paris, puis en banlieue.
    Sans pathos ni démagogie, Mauvignier raconte la sauvagerie gratuite et disproportionnée, l'acharnement des vigiles, comment ils s'excitent les uns les autres, prenant un plaisir évident à tabasser leur victime, l'accablant de leurs propres frustrations pour mieux évacuer leur haine d'eux-mêmes.
    En réponse à ce déferlement de violence aveugle, il décrit l'incrédulité du jeune homme face à l'absurdité de la situation, la disproportion qui pourrait être risible entre leur châtiment et son larcin, les détails presque saugrenus qu'il note mentalement, entre les coups. Puis, son incompréhension et son épouvante.
    Au-delà de ses qualités purement littéraires (la scansion du texte par une ponctuation savamment maîtrisée est particulièrement remarquable), "Ce que j'appelle oubli" est un texte politique contre l'indifférence, une lutte contre l'oubli qui dit son dégoût d'une certaine dérive sécuritaire, du racisme ordinaire qui soit ignore, soit stigmatise.
    Un texte à vif, fort et obsédant qui ne demande qu'à être incarné sur la scène d'un théâtre.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/03/17/Un-homme-ne-doit-pas-mouri..
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    • Livres 5.00/5
    Par smiroux, le 23 janvier 2012

    smiroux
    "Ce que j'appelle oubli" est un texte très court qui, se basant sur un terrible fait divers, raconte comment un homme qui boit une bière dans un supermarché, sans la payer, n'en ressort plus jamais vivant, tabassé en règle et à mort par quatre vigiles. "Ce que j'appelle oubli" est un court texte constitué d'une phrase unique, et qui résonne comme un coup en plein visage, qui fait mal, qui secoue, qui laisse sans souffle ; et qui tourne en boucle dans le cerveau une fois la lecture achevée.
    Une seule phrase, comme le dernier souffle d'un condamné ; dite dans l'urgence de ce que plus jamais on ne pourra exprimer.
    Une seule phrase, comme la tentative désespérée du narrateur, qui s'embrouille à trouver des mots pour dire l'indicible, et comprendre cet acte qui ne peut l'être. Et les mots se chevauchent, et n'éclairent pas, ne font pas sens.
    Une seule phrase, des mots qui tombent et s'entrechoquent et nous font apercevoir le rythme de la violence des coups reçus jusqu'à la mort.
    Et pourtant, au milieu de ce flot ininterrompu, il y a la beauté de la langue de Mauvignier, celle qui rend ce livre "lisible" ; le choix des mots, toujours justes ; l'émotion contenue, alors que le narrateur voudrait hurler sa rage et son assourdissement.
    Il y a aussi de plus en plus visible, jusqu'à prendre toute la place, le portrait d'un être humain, que l'on a nié, à qui justement on a refusé puis ôté son humanité ; et cette révolte de son ami-narrateur, comme si c'était si simple d'ôter l'humanité d'un homme, comme si on allait vous laisser faire ; et ce délire verbal pour lutter contre "ce qu'il appelle oubli".
    Et finalement, c'est quoi "Ce que j'appelle oubli" ?
    Le moment où l'humanité se détraque, où pour une canette à peine volée on se fait cogner à en crever ?
    Le moment où, à bout de force, on s'assoit au sol d'une gare en espérant que les passants ne jetent pas une pièce ?
    Ou ce moment où deux regards se croisent et se reconnaissent et se promettent d'aller chercher plus loin, ailleurs, par delà les apparences ?
    Ou ce risque de voir l'image d'un frère réduite à son corps démantelé dans son sac plastique de mort ?
    Ou encore, ce procureur qui dit - lui qui sait - qu'on ne meure pas pour ça, pour si peu, quand même ; mais pour combien, alors ?
    C'est pour et contre tout ça en même temps que Mauvignier écrit ici. Et remarquablement encore !
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Jean-Baptiste Harang pour le Magazine Littéraire

    C'est seulement en revenant au début, avec l'idée de recopier la première phrase, qu'on découvre qu'il n'y en a pas, que le livre commence par une phrase en route, comme on pose le pied sur un tapis roulant... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par InColdBlog, le 16 mars 2011

    (…) alors que lui était vide de tout ils ont pris son corps pour le remplir et le gaver des défauts dont ils voulaient se débarrasser, eux, comme un sac à remplir de pierres, de gravats, de déchets, et il s’est retrouvé gros et difforme de leurs mensonges, des bla-bla, bla-bla, encore, prétendant que son cœur avait lâché avant même qu’ils aient levé la main sur lui, c’est ça, son cœur a lâché et il faudra les scalpels et son corps découpé, pesé, mesuré, son corps mis à nu pour le vider de leur bla-bla et de ce qu’ils ont prétendu à la police et répété à leur femme, à leurs amis, à leur famille, ils n’ont pas frappé si fort, ils ont cogné parce que le type les insultait, c’est lui qui tapait et criait et ils parleront d’un couteau que personne ne retrouvera jamais, devant leur femme ils diront que cette fois-là non plus ils n’ont pas eu de chance et n’en ont jamais eu dans cette salope de vie, et elles les plaindront, elles les soutiendront et ils essaieront les mensonges et personne ne les croira, parce qu’à leur tour ils auront un goût de poussière dans la bouche, ils auront soif à leur tour et auront peur la nuit, ils se demanderont pourquoi leur estomac est douloureux et pourquoi ils ne sentent plus de force dans leurs bras, pourquoi ils ont l’impression que leurs jambes se dérobent sous eux, ou alors, au contraire, ils ne demanderont rien mais leur corps leur dira tout des courbatures et du mal au ventre, du nez qui pisse un sang rouge vif – mais n’ayez pas peur, être coupable, on n’en meurt pas, ça vous rongera peut-être, on ne sait jamais, même si aucun de vous n’a dit qu’on ne doit pas tuer un homme pour si peu, non, parce que vous avez seulement pensé, putain, je vais foutre ma vie en l’air à cause d’un sale petit connard et l’idée de la prison et l’humiliation pour les enfants à l’école, des fils d’assassins, c’est ça, ce qu’ils ont fait de leurs enfants et qu’ils porteront comme une injure à leur avenir, des fils de taulards, de voyous et si on les met en prison trop longtemps, est-ce que leur femme prendra un amant ? est-ce qu’ils deviendront pédés s’ils passent trop de temps en prison avec des hommes malades comme eux de savoir la vie se faire sans eux, dehors, avec les femmes qui continuent à vivre et à sortir pendant qu’ils rumineront les mots du procureur ? (…)
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  • Par InColdBlog, le 07 avril 2011

    (…) au début, il ne peut pas se douter ni imaginer qu’il ne lui restera bientôt que la nudité et la froidure sur un matelas de fer ou d’Inox, et aussi, attaché à un doigt de pied, une étiquette avec son nom, un numéro, qu’est-ce qu’on en sait ? il n’en sait rien non plus, il n’a vu ça que dans les films et ces coups aussi, dans les films, avec les blessures déjà froides que le médecin légiste et la police regardent d’un œil détaché avant qu’on rabatte sur le visage un tissu blanc, un plastique, il ne sait pas que bientôt ils parleront de lui en disant le cœur a lâché, le foie explosé, les poumons perforés, le nez fracturé, les hématomes larges comme les mains, des choses qu’il n’entendra pas et que toi tu n’aurais jamais dû ni n’aurais voulu entendre, qu’ils débiteront avec une sorte de douceur et de clame pour t’expliquer, pour que tu comprennes comment les choses sont arrivées, que des mots viennent adoucir ta peine parce qu’ils sont chuchotés plutôt que dits (…)
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  • Par mandarine43, le 13 juin 2011

    [ Incipit ]

    et ce que le procureur a dit, c'est qu'un homme ne doit pas mourir pour si peu, qu'il est injuste de mourir à cause d'une canette de bière que le type aura gardée assez longtemps entre les mains pour que les vigiles puissent l'accuser de vol et se vanter, après, de l'avoir repéré et choisi parmi les autres, là, qui font leurs courses, le temps pour lui d'essayer - c'est ça, qu'il essaie de courir vers les caisses ou tente un geste pour leur résister, parce qu'il pourrait comprendre alors ce que peuvent les vigiles, ce qu'ils savent, et même en baissant les yeux et en accélérant le pas, s'il décide de chercher le salut en marchant très vite, sans céder à la panique ni à la fuite, le souffle retenu, les dents serrées, un mouvement, ce qu'il a fait, non pas tenter de nier lorsqu'il les a vus arriver vers lui et qu'ils se sont, je ne dirais pas abattus sur lui, parce qu'ils étaient lents et calmes et qu'ils n'ont pas du tout fondu comme l'auraient fait, disons, des oiseaux de proie, non, pas du tout, au contraire ils se sont arrêtés devant lui et c'était très silencieux, tous, ils étaient plutôt lents et froids quand ils l'ont encerclé et il n'a pas eu un mot pour contester ou nier car, oui, il avait bu une canette et aurait pu les remercier de la lui avoir laissé finir, il n'a pas dit un mot et dans ses yeux il a laissé le jeu ouvert de la peur mais c'est tout, tu comprends, il avait juste envie d'une bière, tu sais ce que c'est l'envie d'une bière, il voulait rafraîchir sa gorge et enlever ce goût de poussière qu'elle avait et qui ne le lâchait pas, va savoir, un jour comme aujourd'hui, un après-midi où la lumière était blanche (...)
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  • Par Chouchane, le 13 mai 2011

    ma mort n'est pas l'événement le plus triste de ma vie, ce qui est triste dans ma vie c'est ce monde avec des vigiles et des gens qui s'ignorent dans des vies mortes comme cette pâleur, cette mort tout le temps, tous les jours, que ça s'arrête enfin,je t'assure, ce n'est pas triste comme de perdre le goût du vin et de la bière, le goût d'embrasser, d'inventer des destins à des gens dans le métro et le goût de marcher des heures et des heures
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  • Par Chouchane, le 13 mai 2011

    tous ils ont baissé les yeux parce qu'ils ont du travail qui les attend et une pelouse à tondre ou des trains à prendre, des enfants qu'il faut aller chercher à la sortie de l'école et aussi parce qu'ils espèrent échapper à leur propre misère, ce que j'appelle misère, à tous les malheurs quand sur le chemin c'est un type comme lui qu'ils croisent, nu comme un cauchemar, son visage crasseux éclairé par leurs phares en lieu et place des animaux à la sortie d'un bois, sur les talus - et tous baissent les yeux ou les détournent pour conjurer la poisse qui se colle à d'autres,
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