Ouvrir un livre de Laurent Mauvignier, cest se préparer à la traversée radicale des curs fatigués, malades, ou juste convalescents. Mais quelle traversée ! Dune écriture digne – une fois de plus – d&... > voir plus
Et lui qui l’aimait peut-être pour ça, uniquement pour cette façon qu’elle avait toujours eue de se couler dans l’air du temps et le regard des autres. Cette manière insaisissable, les mouvements qui savaient la délicatesse de glisser d’un homme à l’autre, d’un pays à l’autre comme elle avait fait, sans se soucier de ce qu’elle laissait derrière elle : une famille inquiète quelque part en Bretagne, qui prenait le train des nouvelles selon le bon vouloir des postes, des amis, et lui, Tony, qui était resté planté là. La matière dont son corps à elle était fait, cette fluidité, cette façon de tenir sur la pointe des pieds comme si rien ne pouvait jamais la blesser puisqu’elle était pour ça trop volatile – un corps léger et doux que Tony traitait de girouette, de temps à autre, pour ne pas s’effondrer en voyant comment il lui glissait des doigts.
"Elle a eu peur, je crois, parce qu'elle refusait de comprendre que ce pouvait être possible, cette idée que comme un fil, avec le corps et contre l'attente d'un revirement ou d'une quelconque lassitude, ça puisse grandir en se cognant à l'échec, et s'obstiner, ne pas désarmer et au contraire grandir dans le corps et dans la taille des vêtements, changeant de peau et s'élargissant avec elle, prenant l'expérience et les connaissances qu'apporte l'adolescence pour se mûrir et se fortifier au lieu même où devrait ne rester qu'un vague et charmant souvenir d'enfance."
Inerlignes - Laurent Mauvignier . Découvrez un extrait de l'entretien de Laurent Mauvignier pour son roman "Des hommes" pour l'émission Interlignes. La suite de l'entretien sur www.interlignes.tv