> Marcel Duhamel (Traducteur)

ISBN : 2070410331
Éditeur : Gallimard (1999)


Note moyenne : 3.72/5 (sur 46 notes) Ajouter à mes livres
Hollywood avant la Seconde Guerre mondiale. Robert Syberten rencontre Gloria Bettie. Comme elle, il est figurant au cinéma. Mais loin d'avoir réalisé leurs rêves, ils n'ont eu qu'un long parcours chaotique semé d'échecs. Désoeuvré... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par nastasiabuergo, le 09 mai 2012

    nastasiabuergo
    Je viens de visionner le film de 1967 réalisé par Sydney Pollack issu du livre. Quelle déception ! Moi qui apprécie pourtant les talents de réalisateur de Pollack, je ne puis que vous inciter à 563000% à vous fier au livre de Mc Coy pour vous faire une idée véritable de l'œuvre. le film est aussi lent et ennuyeux que le livre est tonique et captivant. Sans être un navet, c'est tellement moins subtil, tellement modifié que ça ne ressemble plus beaucoup à l'original. Qu'en est-il du livre alors ? me direz-vous. Là, c'est une autre paire de manches.
    Au travers de ce petit roman, Horace McCoy a, à la fois le talent de choisir un élément anecdotique du fonctionnement d'une société (l'organisation des marathons de danse sur plusieurs semaines dans les années 1930 sur la côte ouest des USA) qui en illustre le principal dysfonctionnement (voyeurisme, cupidité, mercantilisme sur la vie des gens, etc.) et qui a donc une valeur de généralisation, mais également un talent de narration d'une redoutable efficacité.
    Deux personnages, deux paumés, un homme et une femme, deux oubliés du rêve américain, qui cherchent désespérément une place de figurant à Hollywood se rencontrent par hasard. Gloria décide Robert à participer à un marathon de danse dont la prime semble bien dérisoire, à savoir 1000 dollars, mais 1000 dollars, au milieu des années 30, en Californie, quand on vient d'un trou perdu, c'est presque la fortune! La grande force de cette exemple réside dans le principe même de l'épreuve, vu qu'au moment où tous sont épuisés et auraient envie de jeter l'éponge, ils ont déjà tellement souffert qu'ils trouvent dommage d'arrêter si prêt du but, et du coup, tous re-signent pour un tour de plus de ce manège abject et sans fin, attraction sur la fêlure des gens, télé-réalité avant l'heure ou gladiateurs modernes, où l'on attend que l'un des concurrents s'écroule en refourguant au passage tout un monceau de pacotilles publicitaires. C'est donc bien une vision qui de nos jours est et demeure pénétrante d'acuité, une réflexion qui n'a pas pris une ride sur notre système actuel (j'écris en ce début de la décennie 2010) alors que le livre date de 1935, sur l'enfer du quotidien, sur la déprime que crée le système (Robert est pris d'extase à un moment, simplement à pouvoir contempler un coucher de soleil pendant quelques minutes) dont Gloria est le symbole. Pour continuer le parallèle avec le cinéma entamé plus haut, c'est une dénonciation au moins aussi forte que celle de Chaplin dans "Les temps modernes. Gloria dit à un moment qu'elle se sent trop fatiguée pour vivre et pas assez courageuse pour mourir. du coup elle va implorer le coup de grâce à l'infortuné Robert, pauvre bougre et compagnon de descente aux enfers... Robert et Gloria, d'une certaine manière vont sortir de la route toute tracée, et cela, l'Amérique ne peut le supporter, et elle les broiera pour en faire des exemples.
    Les organisateurs du concours, tout cyniques qu'ils sont, représentent la force et la faiblesse de l'Amérique, à la fois douée d'une énergie folle pour s'en sortir et mais parallèlement peu regardante sur les moyens à utiliser pour atteindre cet objectif.
    Bref, un chef-d'œuvre absolu, fort, tonique et qui imprime l'inconscient, bien plus qu'un simple roman noir, une analyse et une critique sociale pertinentes, mais cela, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    Critique de qualité ? (23 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 08 avril 2012

    lehane-fan
    Horace McCoy ( 1897 – 1955 ) , comme tant d'autres au pays de l'Oncle Sam , n'obtint jamais la reconnaissance eu égard à son rang . Témoin et acteur de la grande dépréssion des années 30 , il sortira un premier roman ( They shoot horses , don't they ? En 1935 ) corrosif et acerbe qui ne trouvera jamais son public . Atteint d'une crise cardiaque , il disparaitra à l'age de 58 ans dans l'indifférence la plus totale...
    L'Aaaaamériiiiqueeee , l'Aaaaamériiiiqueeee , je veux l'avoir...Joe ? Non rien...
    On acheve bien les chevaux , c'est avant tout une rencontre...Pas une belle rencontre mais de celles qui vous font longtemps regretter le jour pas béni de son avènement...Robert , figurant désoeuvré courant le cacheton dans un Hollywood moribond , et Gloria , pseudo actrice au chomage surnommée Patte de Lapin , Bout en train , Bleu Bonheur...La joie de vivre désincarnée...
    C'est avec un entrain limité qu'ils décideront de s'inscrire au marathon de la danse , pitance et dodo assurés avec à la clé , 1000 $ aux vainqueurs ! Et pourquoi pas , peut-etre , l'occasion de se faire remarquer par un producteur pour ces Ginger et Fred désenchantés...
    Par le biais de ce court récit , McCoy tire à boulets rouges sur ce pays des possibles et dégomme le reve Américain en un peu plus de 200 pages ! A chaque époque ses jeux du cirque . Les gladiateurs sont morts , place à ces forçats de la danse qui ne sont pas sans rappeler nos délicieux programmes de télé-pseudo-réalité , odes à la vacuité et la bétise la plus débilitante . Lelay , il y a peu , vendait du temps de cerveau humain disponible...A défaut de vendre du reve...Qui a dit cynique ? Mais revenons à nos moutons...chevaux...
    Robert est jugé pour meurtre . A l'énoncé de la sentence , il se souvient de Gloria et de tous les évenements l'ayant conduit à comparaitre . Il se rappelle le marathon , il se remémore l'enfer...
    A ma droite , les nantis , odieux spectateurs voyeurs d'une misere qui s'expose .
    A ma gauche , les forçats de la vie prets à tout pour s'en sortir ou tout du moins , prolonger un peu plus leur agonie...
    McCoy a su trouver le juste équilibre sans en faire de trop . Il nous immerge dans ces concours d'un autre temps , sans susciter le moindre ennui , et ce par le biais d'idées novatrices à meme de relancer continuellement l'interet du public et par ricochet , celui du lecteur ! Aucun temps mort...Organisation d'un pseudo mariage , instauration de derbys éliminatoires , tout est bon pour attirer et fideliser le chaland . le sponsoring est également de la partie , on a rien inventé...
    L'on suit ces amitiés qui se font et se défont , ces rivalités qui explosent au rythme infernal d'une musique qui ne s'arrete jamais pour le plus grand plaisir de l'assistance qui ne vibre , elle , que pour la mise à mort annoncée de ces galériens du dancefloor...Au fur et à mesure , Robert se prend au jeu quand Gloria n'aspire plus qu'à lacher prise et souhaiter disparaître définitivement .
    Une écriture envoutante . McCoy , astucieusement , joue avec le lecteur en alternant les évenements dramatiques inhérents à une telle compétition et le délibéré du proces . Malin . Les corps souffrent , les ames pas moins . 144 couples au départ , il ne doit en rester qu'un ! Ça vous rappelle quelque chose ?
    Boudé à sa sortie pour cause d'attentat patriotique ( faut pas casser les reves , le ricain est susceptible...) , ce magistral récit retranscrit admirablement les affres d'une génération prete à tout pour s'en sortir , meme au pire...Il pose également la question du suicide assisté , frein supplémentaire au succés éditorial dans une Amérique dévote en diable . Si , si , c'est possible ;)
    On acheve bien les chevaux  , c'est comme le tres bon café : noir et intense ! Tu danses ?
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    Critique de qualité ? (21 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 24 février 2011

    LiliGalipette
    Roman d'Horace Mac Coy.
    1935, à Hollywood. Gloria Bettie et Robert Syberten sont deux acteurs sans avenir. La Grande Dépression bat son plein. Pour gagner quelques centaines de dollars ou se faire repérer par un producteur de cinéma, des couples s'engagent dans des marathons de danse qui durent des semaines. Gloria et Robert sont le couple n°22. De derby en derby, ils poursuivent le marathon. le principe est simple mais infernal : les danseurs doivent bouger pendant 1h50, disposent de 10 minutes pour se reposer, dormir, manger et se changer et remontent sur la piste pour un nouveau tour de danse. "Durant la première semaine, il fallait danser, mais après c'était inutile. On nous demandait seulement de rester continuellement en mouvement."(p. 47 et 48) La compétition est rude et chaque couple fait de son mieux. Certains ont la chance d'être patronnés par des sponsors. Mais la fatigue la plus terrible ne vient pas du corps, elle déborde de l'âme. Gloria est lasse de vivre et est obsédée par la mort. "Il doit y avoir dans le monde une tripotée de gens comme moi, qui ont envie de mourir, mais qui n'en ont pas le courage." (p. 27) Robert, son ami depuis quelques semaines à peine, accède à sa demande la plus démesurée.
    "They shoot horses, don't they ?" C'est la phrase qui clôt le roman. le récit est mené par Robert qui répond en fait aux questions du tribunal. Dès la première page, on sait qu'il a assassiné Gloria mais sa défense est singulière : "Ce garçon avoue avoir tué la jeune fille, mais c'était pour lui rendre service." (p. 13) Les titres de chapitre ne sont que la conséquence de cet acte charitable. La sentence, inéluctable, est morcelée et tombe par à-coups : Robert se sait condamné et il attend avec résignation l'issue du procès.
    Le Pacifique, figure du dehors, de l'absence et de l'inaccessible, est obsédant. Enfermés pendant des semaines entières dans le bâtiment où se déroule le marathon, les participants ne voient jamais le jour. Et pourtant, le Pacifique est là, au bout de la jetée-promenade et sous leurs pieds. Inlassables et immuables, ses vagues poursuivent leur ballet éternel et se moquent bien des quelques humains qui s'épuisent dans un mouvement qu'ils voudraient incessant.
    Il faut lire cet épatant roman en écoutant Old Man River pour ressentir toute la lassitude de vivre d'une femme perdue."I'm tired of living and 'fraid of dying." (p. 136) le texte est court mais percutant. Pas de fioriture, pas d'introspection. le lecteur est happé par le rythme infernal du mouvement. Les faits s'enchaînent, se télescopent jusqu'à l'issue finale, doublement tragique.
    Le film éponyme de Sydney Pollack avec Jane Fonda et Michael Sarrazin est épatant. La réalisation est époustouflante : la caméra bouge au rythme des danseurs : frénétique lors des derbys, elle est presque immobile lorsque les couples tentent de ne pas cesser de bouger. L'objectif rend à merveille la fatigue et la douleur qui s'accumulent au fil de jour : les danseurs sont hagards, sales, dépenaillés. L'interprétation rend hommage aux personnages d'Horace Mac Coy : Michel Sarrazin déborde de gentillesse et de compassion, Jane Fonda est amère et lasse. le film insiste sur la concurrence entre les participants et sur le côté show du marathon : si les danseurs viennent pour gagner le prix de 1000 dollars, le public veut du spectacle et l'animateur du marathon sait quoi faire pour satisfaire l'assistance, à grand renfort de bassesses et de coups montés. L'anecdote qui explique le titre clôt le livre mais elle ouvre le film. Elle remplace l'aveu initial de Robert. L'insertion du procès, par touche, dans le film m'a semblé moins habile que dans le livre. Mais dans l'ensemble le film de Sydney Pollack est une excellente adaptation du livre en dépit des quelques libertés qu'il prend avec le texte. L'image est fidèle à la lettre et la misère humaine gagne en force sous les projecteurs d'Hollywood.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par libris, le 31 janvier 2012

    libris
    Robert Syberten et Gloria Bettie, décident de participer à un marathon de danse pour glaner les 1000 dollars de récompense leur permettant d'entrevoir un avenir meilleur. Ils se soumettent aux conditions séveres imposées par le réglement sous risque d'être éliminer. Après un peu plus d'un mois de participation jonché d'embûches: arrestation d'un évadé de prison, agressions multiples et assassinat, Robert découvre le caractère fragile de Bettie et l'appréhension de l' avenir. Celle-ci sort de son sac un pistolet , le remet à Robert en lui demandant de loger une balle dans sa tête. Un récit qui dépeint les conditions sociales américaines après la grande dépression financière des années 30.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par VivianeB, le 16 décembre 2008

    VivianeB
    Métaphore de la misère sociale américaine des années 30, ce livre décrit une réalité terrifiante que celle de la misère, du désoeuvrement social et psychologique et des marathons de danse où des jeunes désoeuvrés dansaient pour espérer gagner un peu d'argent, tout cela au détriment de leur santé. Un classique du genre qui a inspiré le cinéma.
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Citations et extraits

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  • Par LiliGalipette, le 18 février 2011

    Gloria et moi avions été prévenus par des vieux. routiers que la seule façon de tenir le coup jusqu'au bout dans un marathon de danse, c'était d'utiliser au mieux ces pauses de dix minutes grâce à une méthode précise : apprendre à manger son sandwich tout en se rasant et en se faisant soigner les pieds, apprendre à lire les journaux en dansant, apprendre à dormir sur l'épaule de son ou de sa partenaire ; mais tout cela, c'étaient des trucs de métier qui demandaient de l'entraînement. Au début, nous eûmes beaucoup de peine à nous y mettre, Gloria et moi.

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    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par mandarine43, le 08 août 2011

    [ Incipit ]

    Je me suis levé.

    [L'espace d'un instant, j'ai revu Gloria assise sur ce banc de la jetée. La balle venait de la frapper sur le côté de la tête ; le sang n'avait même pas commencé à couler. L'éclair de la déflagration illuminait encore son visage. Tout devenait clair comme de l'eau de roche. Elle était parfaitement décontractée, parfaitement à son aise. Le choc de la balle l'avait légèrement détournée de moi ; je n'avais pas une vue parfaite de profil, mais le peu que je voyais du visage et des lèvres me disait assez qu'elle souriait.
    Le procureur général s'est trompé quand il a déclaré au jury qu'elle était morte d'une mort affreuse, dans l'angoisse, sans amis, abandonnée, seule avec son misérable assassin, là-bas, dans la nuit noire au bord du Pacifique. Il s'est trompé autant qu'il est permis à un homme de se tromper. Elle n'est pas morte dans l'angoisse. Elle était détendue et reposée, elle souriait. C'était même la première fois que je la voyais sourire. Alors, comment aurait-elle pu être dans l'angoisse ? Et elle n'était pas sans amis, non plus.
    J'étais son meilleur ami. J'étais son seul ami. Alors, comment aurait-elle pu se sentir abandonnée ?]
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  • Par nastasiabuergo, le 11 avril 2012

    - Pourquoi l'as-tu tuée ? me demanda le policier qui était assis à l'arrière avec moi.
    - Elle me l'a demandé, répondis-je.
    - T'entends ça, Harry ?
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  • Par nastasiabuergo, le 11 avril 2012

    - Ça me plait beaucoup, répondit Madame Layden. Elle avait un tel trac que c’est à peine si elle pouvait articuler.
    - Quel est votre couple favori, Madame Layden ?
    - Mon couple favori est le numéro 22, Robert Syberten et Gloria Beattie.
    - Son couple favori est le numéro 22, mesdames et messieurs, patronné par la Bière Jonathan – la bière qui ne fait pas engraisser. Vous faites des vœux pour qu’ils gagnent, alors, Madame Layden ?
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    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par LiliGalipette, le 24 février 2011

    "Il doit y avoir dans le monde une tripotée de gens comme moi, qui ont envie de mourir, mais qui n'en ont pas le courage." (p. 27)
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)






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