> François Hirsch (Traducteur)

ISBN : 2879295912
Éditeur : Olivier


Note moyenne : 4.04/5 (sur 663 notes) Ajouter à mes livres
L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger p... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par sylvie, le 15 janvier 2009

    sylvie
    J'ai lu un beau livre fort et marquant.
    Nous sommes nombreux à avoir fait le voyage.
    Nous avons suivi pas à pas l'homme et le petit sur la route. Nous les avons regardés tenter de survivre coûte que coûte. Et devant tant de souffrances subies : le froid, la faim, la peur, l'angoisse, la terreur, l'effroi, le désespoir, la maladie du corps qui s'épuise, nous nous sommes demandés pourquoi ?
    Pourquoi survivre quand on ne peut presque plus vivre? Quand le monde s'éteint et qu'il n'est plus qu'en sursis :
    "« Il sortit dans la lumière grise et s'arrêta et il vit l'espace d'un bref instant l'absolue vérité du monde. L'implacable obscurité. du temps en sursis et un monde en sursis et des yeux en sursis pour le pleurer. »
    Quelle force incroyable fait que cet homme a choisi de continuer à vivre pour sauver encore un peu de la vie de son enfant ?
    La mère a choisi de mourir vite, elle voulait épargner le pire à son enfant en lui donnant la mort. Elle n'a pas voulu risquer de tomber entre les mains de hordes sauvages qui sont capables de capturer d'autres humains pour en faire leur pitance.
    Dans ce monde dévasté et hanté par des cannibales, le père veut sauver son fils, l'amener vers le sud, le chaud et le faire vivre le plus longtemps possible. Alors ils marchent, ils se cachent, ils ont peur, mais l'espoir est là, maintenu.
    L'enfant, né dans cet univers de cendre, ne connais rien du monde ancien. Il rêve et il espère. Il sait que son père et lui sont des gentils qui se sauvent des méchants, et ils veut en rencontrer d'autres, des enfants, surtout.
    Le père maintient cet espoir, il n'a pas le cœur d'en faire autrement.
    L'amour d'un père pour son fils et d'un fils pour son père fait reculer un peu l'obscurité totale, le désespoir cendreux qui mène à une fin redoutée et inexorable.
    Le fils croit en son père et le père croit en son enfant.
    C'est un ange, le petit : c'est lui qui a poussé le père à donner à manger à Elie. C'est le signe qu'il est bien vivant, peut-être sauvé, sans doute promis à un avenir...
    Roman de l'apocalypse baigné de références bibliques dépouillées de tout artéfact, ce livre nous touche au cœur et à l'âme . Il semble nous dire dans cette parabole sans teint : face à la mort, ayez le courage, la volonté et la force de regarder ce qui se cache derrière la terreur ou l'effroi, vous risquez d'y trouver l'essentiel.
    Ce livre est un risque à courir.
    des liens sur le blog :

    Lien : http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/04/la-route-cormac-mac-cart..
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    Critique de qualité ? (31 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par annie, le 08 août 2008

    annie
    Bien que peu décidée a le lire, je me suis laissé convaincre... et heureusement.
    *
    L'apocalypse a eu lieu.
    Le monde est dévasté, couvert de cendres.
    Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d'objets hétéroclites et de vieilles couvertures.
    Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid.
    Et ce qui reste d'une humanité retournée à la barbarie.
    Cormac McCarthy raconte leur odyssée dans ce récit dépouillé à l'extrême.
    Prix Pulitzer 2007, La route s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires aux États-Unis.


    Cormac McCarthy en route vers l'apocalypse
    Par Hubert Artus Rue89 03/01/2008 13H30


    Quelques mois après "Un homme", de Philip Roth -autre géant vivant des lettres yankee-, Cormac McCarthy propose lui aussi une réflexion sur la mort. Et, un an après avoir revisité le western ("Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme"), revisite le roman apocalyptique. Roman le plus étrange de son auteur, "La route" obtint le Pulitzer 2007. Et est le premier coup de coeur du Cabinet de lecture en cette rentrée 2008.
    Depuis la disparition de Norman Mailer, Philip Roth et Cormac McCarthy sont -avec Thomas Pynchon- les derniers géants de leur génération.
    Deux écrivains reclus, introuvables, quasi impossibles à interviewer. Aussi, en juin, quand le dernier accepta l'invitation télévisée d'Oprah Winfrey, ce fut le tonnerre. C'est que le roman venait de recevoir le Prix Pulitzer 2007. Quelques semaines auparavant, les frères Coen avaient projeté à Cannes l'adaptation de "Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme".
    Ainsi, après une décennie de silence, l'auteur du capital "Méridien de sang" (1985) refaisait donc bel et bien surface. Et montrait à quel point ses fictions étaient utiles.
    Le monde d'hier, le monde de demain: un roman de transition
    "La route" est un vrai roman de transition. Idéal pour passer d'un monde à l'autre. Les ombres y sont aussi vivantes que les hommes, et on ne sait pas où on est.
    Nous voici dans un pays où les cendres fument encore, un pays que vient de traverser une tragédie (laquelle? nous ne saurons jamais). Ne subsistent que des routes, des ruines, des palissades, des restes d'incendies.
    Un homme et son petit garçon semblent être seuls survivants de la tragédie. En pleine apocalypse, ils marchent, avancent vers les côtes du Sud. Ils poussent un caddie orné d'un rétroviseur chromé, où est stocké le strict nécessaire. Ils croisent nombres de cadavres, de ruines, de carcasses. Tel un prédateur, le père quête les conserves pourries et les ramène comme nourriture à son fils. le parcours est lent, très lent, dans la peur, la pluie, le vent, la neige, la nuit.
    L'un comme l'autre vivent surtout la peur au ventre. Peur de la mort, certes, mais aussi peur d'eux-mêmes: quand l'adulte voit son reflet dans la glace, son premier réflexe est de pointer le revolver. Les dialogues sont rares. Ils matérialisent trop la peur. Et pour survivre ici, il faut marcher. Ils croiseront quelques "survivants", êtres non-définis d'un monde en recomposition.
    C'est que le couple est pisté. Sont-ils les derniers hommes du monde connu? L'existence même de l'enfant devient une énigme: il est le futur incarné… Mais il reste quelques autres hommes qui ont survécu. Rares. Peut-être notre duo est-il, seulement, le dernier spécimen de "gentils", de "ceux qui portent le feu". Aussi doivent-ils échapper aux pillards.
    Roman réaliste et new age
    Dans "Le Méridien de sang", dans "Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme" -deux westerns-, comme dans ce dernier livre, McCarthy revisite des genres littéraires. Dans ces derniers -polar, western, SF-, il est souvent question de la fin d'Un homme, de la fin d'un monde. D'une civilisation. le genre a ceci de particulier qu'il angle, qu'il métaphorise. Qu'il offre la matière et l'anti-matière.
    La route” est comme une métaphore plurielle. Globale. A l'heure où, allongement de la durée de vie et clonage faisant, l'homme a un rapport de moins en moins rationnel à sa vie et à sa mort, le livre de McCarthy agit comme le roman d'une autre rationalité. D'un monde où l'homme n'est plus seul, mais où il n'a pas conscience de ce qui l'accompagne. Il n'a plus conscience que de sa survie.
    Ici, le père "ne savait qu'une chose, que l'enfant était son garant. Il dit: 'S'il n'est pas la parole de Dieu, Dieu n'a jamais parlé'". Ici, les survivants sont "assis au bord de La route comme des aéronautes en détresse".
    McCarthy, dans son style toujours très resserré, allie roman réaliste et récit new age. Un livre narratif et puissamment philosophique. Qui unit le défini et l'indéfini: ici, peu de faits, peu d'histoire, seulement le souffle pur de ce qui fait survivre.
    De McCarthy à Spielberg en passant par les Pink Floyd
    Cela donne un livre où les deux garçons semblent fuir leur propre mort comme leur propre vie. Où tout ce qu'ils croisent (objet comme signe comme homme) semble symboliser la mort. En lisant "La route" on pense beaucoup à "Duel", le premier téléfilm de Spielberg (1975), à cette course à la mort entre la voiture et le titanesque camion.
    En lisant "La route", on se dit que "Wish you were here", l'album de Pink Floyd sortit la même année que "Duel" -l'album de "Welcome to the Machine" et de "Shine on you Crazy Diamond", l'hommage à Syd Barrett- a trouvé son histoire.
    "La route" se lira avec "Un homme" de Roth, paru en France à l'automne. Deux auteurs qui n'avaient jamais si profondément évoqué la mort. Roth est un urbain, et "Un homme" est un livre psychologique. McCarthy est un nomade, et ses romans sont des romans d'espaces.
    Le souffle et la perspective qu'on trouve dans la dernière partie de "La route" est titanesque. C'est le roman le plus dépouillé de McCarthy, un vrai roman car il est un espace-temps.
    La route de Cormac McCarthy - trad. François Hirsch - éd. L'Olivier - 256p., 21€.
    L'avant-dernier roman de Cormac McCarthy, "Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme" ressort en format poche en ce début d'année (Points/Seuil, 300p., 7€).
    L'adaptation cinématographique, signée par les frères Coen et interprétée par Tommy Lee Jones, Woddy Harrelson et Javier Bardem sortira en salles le 6 février
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  • Par RatonLaveur, le 23 novembre 2008

    RatonLaveur
    Fermez les yeux. Imaginez cette scène. Un homme marche sur le pavé d'une autoroute. Il est sale, mal habillé. D'ici, on peut le sentir; on n'a pas le goût de l'approcher.
    Il pousse un carosse de magasin (un caddy comme disent les français…en bon anglais) d'alimentation; le panier est presque vide. Une couverture, une conserve de fèves vertes. Un fusil, engoncé dans sa ceinture, comme un dur …!!!!
    Mais, il tient par la main, un petit garçon de neuf ans; aussi sale que l'homme sinon plus.
    Il fait noir mais on sent que c'est le jour. L'autoroute est envahie par la cendre dont on ne sait pas d'où elle vient. Des nuages noirs cachent toute forme de lumière venant du ciel.
    Il s'est passé quelque chose. L'homme le sait; l'enfant ne le sait pas et nous, nous ne le saurons jamais.
    Voilà toute l'histoire. Un homme et son fils qui fuient les lendemains et les conséquences tragiques d'un cataclysme Que reste-t-il sur terre? Cet homme, cet enfant et d'autres hommes, bons mais surtout méchants …
    Ce roman est un pur chef d'œuvre. De la puissance et de la force des grands romans : « La puissance des vaincus », « L'ombre du vent », « Les disparus ». On ne sort pas indemne d'une telle lecture. Certains trouvent ce roman trop noir, ne le terminent pas parce qu'il ne se passe rien. D'autres, comme moi, crient au génie.
    Cormac McCarthy est un écrivain extraordinaire. Une puissance du langage, une évocation romanesque hors du commun, des histoires troublantes, questionnantes, bref, malgré ses 75 ans, il demeure un des piliers de la littérature américaine.
    On ne peut rester insensible aux attachants personnages de ce roman; on les aime et même, on s'y projette avec délectation. Les dialogues sont courts, incisifs, poignants; dans toute leur simplicité et leur dépouillement, ils nous arrachent les plus grandes émotions. Après votre lecture, vous serez conscient de tout le pouvoir d'évocation des mots. L'homme dirait : « D'accord ». Vous répondrez : « D'accord ». Et derrière ce dialogue minimaliste, vous y aurez retrouvé une explosion d'images, de non-dits, de demi-vérités, d'admiration et d'amour filial.
    La relation père fils est d'une construction phénoménale : on sent que le père protège le fils et que le fils est la soupape de sécurité qui protège le père du suicide, si facile, si tentant.
    Un roman sur l'inimaginable, un roman noir, noir très foncé mais un roman d'espoir; espoir en demain, espoir en la vie malgré la désolation.
    Certains trouveront que ce roman est « plate ». qu'il ne se passe rien; malheureusement, ce roman n'est pas pour tout le monde. La grande majorité des amateurs de littérature, y verront 250 pages de pur bonheur. On en demanderait plus mais ça aurait été insoutenable.
    Alors, je vous souhaite de faire une belle découverte et si ce n'est déjà fait, allons visiter les autres bouquins de ce monstre sacré de la littérature américaine. Et aussi, tant qu'à y être, voir le film tiré d'un de ses romans « Ce pays n'est pas pour le vieil homme ».
    Bonne lecture et bon cinéma !!!!
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 27 septembre 2011

    LiliGalipette
    Dans un monde de cendres froides et de jour indistinct, après une apocalypse dont l'origine reste incertaine, un homme et son fils vont vers le sud, vers la mer, sur la route, « noir ruban du macadam menant de ténèbres en ténèbres. » (p. 230) Poussant un caddie chargé de maigres et éphémères ressources, ils vivent une odyssée noire et désertique. La peur au ventre, ils se cachent des voleurs et des hordes de cannibales qui sillonnent le territoire à la recherche de proies. Il est impossible de rien prévoir et la vie se déroule comme une bobine fatidique. « Aucune liste de choses à faire. Chaque jour en lui-même providentiel. Chaque heure. Il n'y a pas de plus tard. Plus tard, c'est maintenant. » (p. 54)
    Dans ce quotidien d'incertitude, l'homme ne vit que pour son fils, pour qu'il survive. « Mon rôle c'est de prendre soin de toi. J'en ai été chargé par Dieu. Celui qui te touche, je le tue. » (p. 73) Mais la survie de l'enfant permet surtout la survie de l'adulte. « Il ne savait qu'une chose, que l'enfant était son garant. » (p. 10) L'homme se construit une mythologie intérieure pour lutter contre la folie et le désespoir : « Quand tu n'as rien d'autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle. » (p. 71) le garçon est devenu la dernière incarnation possible d'un dieu. Pour l'homme en fuite, le petit porte le feu et tout ce qui reste d'humain dans le monde. Malheureusement, l'idée même de la divinité et d'un pouvoir suprême s'éteint à mesure que l'homme et l'enfant avancent sur une route qui ne mène à rien : « Il n'y a pas de dieu et nous sommes ses prophètes. » (p. 152) La bonté est devenue une option et la méfiance est la seule attitude raisonnable.
    Entre l'adulte et l'enfant existe un pacte qui coûte un peu plus chaque jour à l'homme. Mais l'enfant se fait toujours la voix de la raison, la dernière voix de l'humanité. « Si tu manques aux petites promesses, tu manqueras aux grandes, c'est ce que tu as dit. » (p. 37) Hélas, garder l'envie de vivre demande une énergie qui manque un peu plus chaque jour. Des souvenirs brutaux, parce que trop doux, envahissent les rêves et les réveils sont une nouvelle apocalypse, une révélation triste sans cesse renouvelée. le décompte des jours s'est perdu au fil de La Route. le temps est de toute façon une denrée aussi rare que la nourriture et il se fige dans l'éphémère : « du temps en sursis et un monde en sursis et des yeux en sursis pour le pleurer. » (p. 119)
    L'anonymat des personnages répond à l'anonymat d'un monde sans visage, défiguré par un mystérieux mais inéluctable Armageddon. Quand tout a brûlé, il est vain de nommer les êtres et les choses. Être vivant constitue une identité à part entière dans un monde où les hommes se font rares. Les paragraphes sont courts et il y a peu de ponctuation, très peu de virgules notamment. On ne reprend pas son souffle ici : la phrase butte sur un point et repart dans un sursaut. Les pauses sont dangereuses et toujours rares.
    Prix Pulitzer en 2007, ce roman n'usurpe pas son excellente réputation. Il m'a été recommandé par ma cousine qui n'a pas encore su me proposer de livres sans intérêt. J'ai été incapable de lâcher le livre après son ouverture. Happée par cet univers gris et désespéré, j'ai marché aux côtés de l'homme et du petit, terrifiée par cette route qui est à la fois le chemin vers l'ailleurs et la voie ouverte aux dangers. Voilà une lecture pétrifiante et dont la chute, en précipité, marque pour longtemps.
    L'adaptation cinématographique réalisée par John Hillcoat en 2009, avec Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee dans les rôles principaux, rend puissamment l'atmosphère du roman. Les tons gris, brun et la crasse contrastent vivement avec les fleurs du passé, tout comme les souvenirs du livre sont des parenthèses enchantées trop vives à supporter et dont on détourne rapidement les yeux. Même si la fin du film est un brin extrapolée, l'œuvre de John Hillcoat fait honneur au roman de Cormac McCarthy et donne à l'amour paternel un visage bouleversant. Un roman et un film à ne pas manquer !
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    • Livres 4.00/5
    Par Titine75, le 01 mars 2009

    Titine75
    La terre est dévastée, entièrement recouverte de cendre. On ne sait pas exactement quel est le cataclysme qui a réduit notre monde à néant. Cormac McCarthy l'évoque par un éclair de lumière et des chocs sourds. Dans ce monde chaotique nous suivons un homme et son fils, dont nous ne connaissons pas les noms, dans leur périple vers le sud, vers une chaleur clémente. L'enfant n'a pas connu le monde d'avant, il est né peu avant la catastrophe. le père se souvient par bribes de la vie qu'il avait mais le temps n'existe plus, ni l'avenir, ni le passé. Les jours se suivent, passent sans qu'on sache depuis combien de temps le père et le fils marchent. Ils avancent sur ce « (…) noir ruban du macadam menant de ténèbres en ténèbres. » Les deux personnages marchent, traversent des villes saccagées, pillées, incendiées. La nature a repris ses droits, elle est très présente mais il s'agit toujours de paysages dévastés où la végétation est morte. Les animaux ont totalement disparu de la surface de la terre, plus de vaches, plus d'oiseaux.
    Le père et le fils survivent douloureusement, ils traînent un caddie qui contient leurs quelques possessions : des couvertures, un réchaud à gaz, du thé, une bâche pour se couvrir quand le temps tourne à la pluie. Ils sont perpétuellement à la recherche de nourriture qui se fait plus que rare. Ils visitent pour cela des maisons délaissées qui ont souvent été pillées avant leur arrivée. Car l'homme et le fils ne sont pas seuls. Ils croisent peu de gens sur la route mais ce nouveau monde est celui de la peur, de la traque, il faut se cacher des autres, éviter de les rencontrer. le père l'explique à plusieurs reprises à l'enfant : il y a les gentils et il y a les méchants. On se rend compte rapidement que les gentils ne sont pas légion. le monde de Cormac McCarthy est barbare, hostile et il semble que la civilisation n'a jamais existé. Les méchants sont de véritables monstres, sans aucune humanité. le père et le fils tombent un jour sur un sous-sol où s'entassent des êtres humains amochés, amputés qui servent d'aliments aux méchants. le père et l'enfant voient également un corps de bébé embroché comme un rôti sur une plage.
    Comment tenir dans ce monde inhumain ? Il y a de nombreuses références à la religion, de nombreux appels à Dieu mais la foi a disparu, la torture ne permet pas l'espoir. Les hommes n'ont plus rien d'humain. D'ailleurs le fait que nos deux personnages centraux n'aient pas de nom, renforce ce manque d'humanité, comme si l'identité avait disparu. Cormac McCarthy nous place au-delà du désespoir, seule compte la survie pour laquelle on est prêt à tout, le moment présent est la seule unité de temps. « Les gens passaient leur temps à faire des préparatifs pour le lendemain. Moi je n'ai jamais cru à ça. le lendemain ne faisait pas de préparatifs pour eux. le lendemain ne savait même pas qu'ils existaient. » Voilà la grande différence avec le monde d'avant où l'on faisait sans cesse des projets. le monde dévasté n'offre aucun rêve, aucune possibilité d'évasion. Rester en vie est la seule chose qui importe.
    Cormac McCarthy adopte une écriture sèche, pleine de noirceur pour décrire ce nouveau monde. Pas de fioriture, pas de douceur dans son écriture mais de la violence, de la froideur dont il se sert pour nous présenter le road-movie déchirant de ce père et de son fils.
    Pourtant « La route » n'est pas dénuée d'espoir. L'enfant est un rempart à la barbarie, à la déshumanisation. Son père est souvent tenté de basculer dans la violence, d'abandonner ses semblables à leur triste sort. L'enfant réfrène ses instincts bestiaux, grâce à lui le père garde son humanité.
    Roman désespéré, « La route » est un plaidoyer pour l'humanité qui nous montre ce que l'on pourrait devenir sans elle. Magistral.

    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2008/02/17/la-route-de-cormac-mcc..
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Citations et extraits

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  • Par kounil98, le 26 janvier 2012

    Les premières phrases : Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. A chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement.
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  • Par FunPv, le 05 avril 2010

    L'homme ne cessait de regarder le petit; émacié, le visage gris, les yeux saillants.
    Combien de temps encore?
    Depuis deux jours ils avaient fini la boite de salade de fruit.
    Depuis deux jours ils n'avaient plus rien à manger.
    Il faut continuer, marcher vers le sud, fuir l'hiver qui leur glace le sang.
    Pourquoi faire?
    Perdu dans ses pensées, il ne vit pas la Mer apparaître derrière le virage qu'ils avaient amorcé à flanc de colline.
    Le petit s'arrêta.
    L'homme leva la tête et la vit, là ,pareille à la terre, couverte de cendres.
    Étendue noire mouvante à perte de vue, un linceul posé sur l'espoir.
    Une odeur de sel mêlée à celle de la cendre éveilla des souvenirs oubliés , repoussés au plus profond de son corps.
    C'est cela la mer, papa?
    Oui.
    Tu m'avais dit qu'elle était bleue.
    Avant elle l'était.
    Quand tu étais enfant tu la regardais tous les jours, de ta fenêtre.
    Oui.
    Enfant comme moi.
    A peine plus vieux.
    Maintenant elle est noire comme le reste.
    Oui.
    Pourquoi tu pleures?
    je ne pleure pas.
    Oui, tu pleures.
    D'accord.
    Ne pleures plus.
    D'accord.
    L'homme prit la main du petit et dit, viens descendons , allons vers la plage.
    La plage, y aura t'il des gens?
    Je ne sais pas.
    Des gentils, comme nous.
    Peut être.
    Qui portent le feu.
    Sûrement, viens marche, la bas nous trouverons à manger.
    Peut être.
    Oui, je le sais.
    D'accord.
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  • Par luocine, le 07 août 2009

    Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.

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  • Par Maya7, le 13 mars 2010

    Il sortit dans la lumière grise et s'arrêta et il vit l'espace d'un bref instant
    l'absolue vérité du monde. Le froid tournoyant sans répit autour de la terre
    intestat. L'implacable obscurité.Les chiens aveugles du soleil dans leur course.
    L'accablant vide noir de l'univers. Et quelque part deux animaux traqués
    tremblant comme des renards dans leur refuge. Du temps en sursis et en monde en
    sursis et des yeux en sursis pour le pleurer.
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  • Par Maya7, le 30 juillet 2009

    Le froid et le silence. Les cendres du monde défunt emportées çà et là dans le vide sur les vents froids et profanes. Emportées au loin et dispersées et emportées encore plus loin. Toute chose coupée de son fondement. Sans support dans l'air chargé de cendre. Soutenue par un souffle, tremblante et brève.
    Si seulement mon coeur était de pierre.
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