Fermez les yeux. Imaginez cette scène. Un homme marche sur le pavé d'une autoroute. Il est sale, mal habillé. D'ici, on peut le sentir; on n'a pas le goût de l'approcher.
Il pousse un carosse de magasin (un caddy comme disent les français…en bon anglais) d'alimentation; le panier est presque vide. Une couverture, une conserve de fèves vertes. Un fusil, engoncé dans sa ceinture, comme un dur …!!!!
Mais, il tient par la main, un petit garçon de neuf ans; aussi sale que l'homme sinon plus.
Il fait noir mais on sent que c'est le jour. L'autoroute est envahie par la cendre dont on ne sait pas d'où elle vient. Des nuages noirs cachent toute forme de lumière venant du ciel.
Il s'est passé quelque chose. L'homme le sait; l'enfant ne le sait pas et nous, nous ne le saurons jamais.
Voilà toute l'histoire. Un homme et son fils qui fuient les lendemains et les conséquences tragiques d'un cataclysme Que reste-t-il sur terre? Cet homme, cet enfant et d'autres hommes, bons mais surtout méchants …
Ce roman est un pur chef d'œuvre. De la puissance et de la force des grands romans : « La puissance des vaincus », « L'ombre du vent », « Les disparus ». On ne sort pas indemne d'une telle lecture. Certains trouvent ce roman trop noir, ne le terminent pas parce qu'il ne se passe rien. D'autres, comme moi, crient au génie.
Cormac McCarthy est un écrivain extraordinaire. Une puissance du langage, une évocation romanesque hors du commun, des histoires troublantes, questionnantes, bref, malgré ses 75 ans, il demeure un des piliers de la littérature américaine.
On ne peut rester insensible aux attachants personnages de ce roman; on les aime et même, on s'y projette avec délectation. Les dialogues sont courts, incisifs, poignants; dans toute leur simplicité et leur dépouillement, ils nous arrachent les plus grandes émotions. Après votre lecture, vous serez conscient de tout le pouvoir d'évocation des mots. L'homme dirait : « D'accord ». Vous répondrez : « D'accord ». Et derrière ce dialogue minimaliste, vous y aurez retrouvé une explosion d'images, de non-dits, de demi-vérités, d'admiration et d'amour filial.
La relation père fils est d'une construction phénoménale : on sent que le père protège le fils et que le fils est la soupape de sécurité qui protège le père du suicide, si facile, si tentant.
Un roman sur l'inimaginable, un roman noir, noir très foncé mais un roman d'espoir; espoir en demain, espoir en la vie malgré la désolation.
Certains trouveront que ce roman est « plate ». qu'il ne se passe rien; malheureusement, ce roman n'est pas pour tout le monde. La grande majorité des amateurs de littérature, y verront 250 pages de pur bonheur. On en demanderait plus mais ça aurait été insoutenable.
Alors, je vous souhaite de faire une belle découverte et si ce n'est déjà fait, allons visiter les autres bouquins de ce monstre sacré de la littérature américaine. Et aussi, tant qu'à y être, voir le film tiré d'un de ses romans « Ce pays n'est pas pour le vieil homme ».
Bonne lecture et bon cinéma !!!!