Nullement échaudé par la violente campagne cléricale menée contre lui après la publication du livre Le Prêtre, l'historien Jules Michelet aura une nouvelle fois l'occasion d'étaler au grand jour son aversion envers le catholicisme dans... > voir plus
Du Moyen-Age au Grand Siècle, en passant par la Renaissance, Michelet prête sa voix aux femmes afin de nous éclairer sur le glissement intérieur d'un être souffrant, le cheminement qui mène la femme à devenir révérée et persécutée, en un mot comme en "sang" : une sorcière.
on était du moins dédommagé par une grande, une superbe mise en scène. L’âpre désert de Madeleine, l’horreur de la Sainte-Baume, dans l’affaire de Provence, firent une bonne partie du succès. Loudun eut pour lui le tapage et la bacchanale furieuse d’une grande armée d’exorcistes divisés en plusieurs églises. Enfin Louviers, que nous verrons, pour raviver un peu ce genre usé, imagina des scènes de nuit où les diables en religieuses, à la lueur des torches, creusaient, tiraient des fosses les charmes qu’on y avait cachés.
L’idée des diables tortureurs, infligeant aux âmes des morts des tortures matérielles, fut, pour l’Église, une mine d’or. Les vivants, navrés de douleur, de pitié, se demandaient : « Si l’on pouvait, d’un monde à l’autre, les racheter, ces pauvres âmes ? leur appliquer l’expiation par amende et composition que l’on pratique sur la terre ? » – Ce pont entre les deux mondes fut Cluny, qui, dès sa naissance (vers 900), devint tout à coup l’un des ordres les plus riches.
La pauvre sibylle, engourdie à son morne foyer de feuilles, battue de la bise cuisante, sent au cœur la verge sévère. Elle sent son isolement. Mais cela même la relève. L’orgueil revient, et avec lui une force qui lui chauffe le coeur, lui illumine l’esprit. Tendue, vive et acérée, sa vue devient aussi perçante que ces aiguilles, et le monde, ce monde cruel dont elle souffre, lui est transparent comme verre.
Leur juge qui les brûle est pourtant charmé d’elles : « Quand on les voit, dit-il, passer, les cheveux au vent et sur leurs épaules, elles vont, dans cette belle chevelure, si parées et si bien armées, que, le soleil y passant comme à travers une nuée, l’éclat en est violent et forme d’ardents éclairs... De là, la fascination de leurs yeux, dangereux en amour, autant qu’en sortilège. »
Elle enferme dans son cœur le souvenir, la compassion des pauvres anciens dieux tombés à l’état d’Esprits. Pour être Esprits, ne croyez pas qu’ils soient exempts de souffrances. Logés aux pierres, au cœur des chênes, ils sont bien malheureux l’hiver, ils aiment fort la chaleur. ils rôdent autour des maisons. On en a vu dans les étables se réchauffer près des bestiaux.