Il est possible de faire de la littérature avec de la littérature, en parlant de littérature. C'est ce que fait
Pierre Michon avec "Corps du roi" , en réussissant à surprendre le lecteur, même celui qui ne le découvre
Pas. En effet, on ne sait jamais à l'avance ce que nous réserve le contenu de ses oeuvres. Il n'y a rien de plus enthousiasmant que de quitter le chemin tout tracé des codes romanesques pour s'engager dans un sous-bois sombre et mystérieux qui aboutira sur un petit coin sublime propre à la contemplation ou au contraire nous conduira vers un recoin désolé. Mais peu importe si la déception est à l'arrivée, ou même si le plaisir n'atteint
Pas au sublime lorsqu'on replie le livre, car cette contrariété nous la recherchons forcément quand nous ouvrons la première page d'un livre.
"Corps du roi" pourrait en décevoir plus d'un, puisqu'il n'y a
Pas de fil narratif, que
Pierre Michon palabre sur ses références littéraires (
Beckett,
Flaubert,
Faulkner) sans objectif précis, dans un semblant de déstructuration. Mais au bout du compte, c'est l'auteur qui se dessine, c'est l'écrivain qui dévoile son rapport à l'écriture et à la lecture, avec la force de sa langue, une langue qui recherche toujours et trouve souvent l'essentialité des choses.