> Michel Delon (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070378993
Éditeur : Gallimard (1988)


Note moyenne : 3.73/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Le Jardin des supplices n’est pas seulement le catalogue de toutes les perversions dans lesquelles s’est complu l’imaginaire de 1900. L’ouvrage exprime aussi l’ambiguïté de l’attitude d’un Européen libéral, mais Européen avant tout, devant le colonialisme et ce qu’on n’... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Alcapone, le 06 janvier 2012

    Alcapone
    Publié en 1899 chez Fasquelle pour sa première édition, Le jardin des supplices est un assemblage raisonné de divers articles rédigés entre 1892 et 1898 par Octave Mirbeau et publiés dans divers journaux (Le journal ou l'Echo de Paris). Pour les besoins du roman, l'auteur a retravaillé et restructuré ses textes de façon à proposer un ensemble cohérent. Il y dénonce la violence de la société et accuse l'Armée, l'Eglise, la Justice et l'Administration de n'être que des instiutions monstrueuses destinées à tromper les hommes. le roman paraît d'ailleurs pendant une période politique trouble marquée par l'Affaire Dreyfus. Mirbeau en profite pour dénoncer la bêtise des hommes. Ironie (voir dédicace de l'auteur), subversion et lyrisme, tels sont les armes utilisées par le pamphlétaire pour critiquer cette France et plus largement, cette Europe occidentale qui s'essoufle et s'étiole. Notons cependant que le combat de Mirbeau ne se situe pas seulement au niveau idéologique : conciliant son sens de l'esthétique au dégoût de ses contemporains corrompus, l'auteur condamne la société européenne, en mettant en exergue l'hypocrisie de ses dirigeants et en établissant une comparaison avec les supplices pratiqués en Chine. de ces deux cultures dont l'une est censée être civilisée et l'autre réputée barbare, laquelle est-elle vraiment la plus cruelle et injuste ?

    Michel Delon, spécialiste de la littérature du siècle des lumières et plus particulièrement de l'histoire des idées, déclare dans son excellente préface, que l'oeuvre de Mirbeau est indissociable du contexte politique de l'époque et il conseille de "lire de tels propos pour comprendre l'attitude d'un Mirbeau qui, réciproquement, fait de la Chine en même temps l'antithèse et la métaphore de l'Europe." p.17. Je partage vivement cet avis et cet extrait de la quatrième de couverture du livre : "Le jardin des supplices n'est pas seulement le catalogue de toutes les perversions dans lesquelles s'est complu l'imaginaire de 1900. L'ouvrage exprime aussi l'ambiguïté de l'attitude d'un Européen libéral, mais Européen avant tout, devant le colonialisme et ce qu'on n'appelait pas encore le Tiers-Monde." confirme cette idée. L'auteur n'a pas à mon sens, décrit les supplices pour fustiger la cruauté sophistiquée des chinois mais bien pour mettre en lumière la pourriture de la société à laquelle il appartient.
    Ainsi, le roman se décompose en plusieurs parties : la première, intitulée Frontispice, relate une soirée mondaine lors de laquelle s'affrontent verbalement des académiciens, des écrivains, des savants et autres intellectuels au sujet des meurtres et de leurs motivations. Intervient pendant cette discussion un homme à la figure ravagée, qui décide de partager son expérience. En mission, la deuxième partie du roman, raconte comment cet homme envoyé en mission à Ceylan par son protecteur corrompu, rencontre Clara, une anglaise à la beauté vénimeuse, amoureuse de la Chine : "L'Europe et sa civilisation hypocrite, barbare, c'est le mensonge (...) Vous demeurez, lâchement attaché à des conventions morales ou sociales que vous méprisez, que vous condamnez, que vous savez manquer de tout fondement... C'est cette contradiction permanente entre vos idées, vos désirs et toutes les formes mortes, tous les vains simulacres de votre civilisation qui vous rend tristes, troublés, déséquilibrés..." p.133. La dernière partie du roman, Le jardin des supplices, décrit le voyage du narrateur en Chine où, initié par la terrrible Clara, il visite le macabre jardin des supplices...
    Malgré l'assemblage d'éléments disparates, Mirbeau réussit à donner une belle cohérence à son oeuvre. Bien que les trois parties soient rédigées dans un style différent, elles s'emboîtent bien et donnent un sens étrange à l'ensemble du roman. La troisième partie dans laquelle l'auteur donne libre cours à son lyrisme (emploi à outrance des champs lexicaux des cinq sens pour décrire Le jardin des supplices), se distingue nettement des deux autres parties. On se perd parfois dans les noms des plantes et au détour d'un sentier fleuri et parfumé, on est brutalement ramené à l'inhumanité des sévices pratiqués sur les bagnards chinois. La luxuriance et la beauté des plantes tranchent volontairement avec la pourriture des cellules et la sècheresse des condamnés, pour mieux souligner la médiocrité des pratiques européennes : "- C'est que l'art ne consiste pas à tuer beaucoup... à égorger, à massacrer, exterminer en bloc, les hommes... C'est trop facile, vraiment... L'art, milady, consiste à savoir tuer, selon des rites de beauté dont nous autres Chinois connaissons seuls le secret divin... Savoir tuer !... Rien n'est plus rare, et tout est là... Savoir tuer !... C'est à dire travailler la chair humaine, comme un sculpteur sa glaise ou son morceau d'ivoire... en tirer toute la somme, tous les prodiges de souffrance qu'elle recèle au fond de ses ténèbres et de ses mystères... Voilà ! Il faut de la science, de la variété, de l'élégance, de l'invention... du génie, enfin... Mais, tout se perd aujourd'hui... le snobisme occidental qui nous envahit, les cuirassés, les canons à tir rapide, les fusils à longue portée, l'électricité, les explosifs, que sais-je?... Tout ce qui rend la lort collective, administrative, bureacratique... toutes les saletés de votre progrès, enfin... détruisent peu à peu nos belles traditions du passé... p.207. Poussant le vice jusqu'à comparer les pratiques chinoises à de l'Art, Mirbeau dérange, Mirbeau provoque. Certains passages sont d'ailleurs d'une cruauté épouvantable mais le message de Mirbeau est clair : l'Europe de la fin de siècle est fatiguée. Il s'agit de la réveiller...
    Comme vous l'aurez compris, Le jardin des supplices m'a fascinée. Enfin, j'ai découvert que ces auteurs qui m'ont toujours attirée, appartiennent à ce mouvement littéraire du décandentisme ou littérature décadente. Huysmans, Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam, ces auteurs que j'ai lu sans faire le lien avec ce mouvement littéraire, m'apparaissent désormais sous un jour nouveau. Cette édition (Folio Classique) m'a apporté de riches informations sur la littérature de cette fin de siècle (avec un retour documenté sur l'Affaire Dreyfus). le dossier en fin d'ouvrage présentant la bibliographie de Mirbeau, la notice ainsi que les notes en fin de livre, constituent autant d'éléments de compréhension du contexte historique de l'époque, qui m'encouragent à me pencher sur cette période de l'histoire de la France. Je terminerai enfin avec cet extrait qui selon moi, illustre bien la pensée de Mirbeau : "Alors, peu à peu, ma pensée se détache du jardin (...). Elle voudrait franchir le décor de ce charnier, pénétrer dans la lumière pure, frapper, enfin, aux Portes de la vie... Hélas ! Les portes de la vie ne s'ouvrent jamais que sur la mort... Et l'univers m'apparait comme une immense, comme un inexorabLe jardin des supplices (...). Ce que j'ai vu aujourd'hui, ce que j'ai entendu, existe et crie et hurle au delà de ce jardin, qui n'est plus pour moi qu'un symbole, sur toute la terre... J'ai beau chercher une halte dans le crime, un repos dans la mort, je ne les trouve nulle part..." p. 249. Et bien sûr, je recommande cette lecture à tous les curieux...

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2012/01/le-jardin-de..
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    • Livres 4.00/5
    Par Nibelheim, le 22 février 2009

    Nibelheim
    Extrait de ma critique :
    Roman patchwork et œuvre polyphonique, cette lecture provoque gêne et malaise. Tout d'abord parce qu'Octave Mirbeau profite de la fiction romanesque pour arracher quelques masques et dénoncer les mensonges du temps. En ce sens, choisir une intrigue se déroulant en extrême Orient permet à notre bonhomme de fustiger au passage le ridicule des discours coloniaux et de dénoncer les exactions perpétrées à l'étranger par les Européens. Ainsi, les anecdotes sur le cannibalisme des colons d'Afrique (et non des indigènes, décrits comme particulièrement inoffensifs) et de l'invention d'une balle miracle idéale pour les massacres, surnommée "la fée Dum-Dum" stigmatisent l'ambition coloniale dans un humour plus que grinçant ... Certains diront que Mirbeau va fort loin et qu'il noircit toujours le moindre de ses tableaux. C'est justement à mes yeux ce qui le rend si vrai et si dérangeant.
    Ajoutons que Le jardin des supplices se caractérise par un mélange de tons et de registres qui ne rend pas la tâche du lecteur facile ... Outre le fait qu'il réutilise bon nombre d'articles préexistants, les distribuant avec une certaine liberté à ses personnages sans se soucier des éventuelles contradictions et ambivalences, Mirbeau mêle et entremêle descriptions froides, évocations poétiques, passages ironiques et textes d'idées. Si bien que le lecteur est embarqué dans un texte changeant, aux multiples échos, dans lequel il est parfois difficile de se situer clairement. Inconstance, flou volontaire d'un texte qui cherche à bousculer son lecteur ...

    Lien : http://carnets-plume.blogspot.com/2009/01/arabesques-et-chinoiseries..
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    • Livres 2.00/5
    Par nina2loin, le 02 février 2012

    nina2loin
    C 'est très jeune que j'ai lu ce roman . A l'époque , ce livre m'avait terriblement choquée du fait des descriptions minutieuses des tortures salissant mon âme de post adolescente de ces années 70 , et où la violence n'était pas dévoilée comme elle l'est maintenant .
    Il est probable que je ne n'avais pas saisi le sens général du roman .
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Citations et extraits

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  • Par Nibelheim, le 22 février 2009

    "Et l'univers m'apparaît comme un immense, comme un inexorable jardin des supplices ... Partout du sang, et là où il y a plus de vie, partout d'horribles tourmenteurs qui fouillent les chairs, scient les os, vous retournent la peau, avec des faces sinistres de joie ...

    Ah oui ! Le jardin des supplices ! ... Les passions, les appétits, les intérêts, les haines, le mensonge ; et les lois, et les institutions sociales, et la justice, l'amour, la gloire, l'héroïsme, les religions, en sont les fleurs monstrueuses et les hideux instruments de l'éternelle souffrance humaine ... Ce que j'ai vu aujourd'hui, ce que j'ai entendu, existe et crie et hurle au-delà de ce jardin, qui n'est plus pour moi qu'un symbole, sur toute la terre ... J'ai beau chercher une halte dans le crime, un repos dans la mort, je ne les trouve nulle part ...

    Je voudrais, oui, je voudrais me rassurer, me décrasser l'âme et le cerveau avec des souvenirs anciens, avec le souvenir de visages connus et familiers ... [...] C'est tous ceux et toutes celles que j'ai aimées ou que j'ai cru aimer, petites âmes indifférentes et frivoles, et sur qui s'étale maintenant l'ineffaçable tâche rouge ... Et ce sont les juges, les soldats, les prêtres qui, partout, dans les églises, les casernes, les temples de justice s'acharnent à l'œuvre de mort ... Et c'est l'homme-individu, et c'est l'homme foule, et c'est la bête, la plante, l'élément, toute la nature enfin qui, poussée par les forces cosmiques de l'amour, se rue au meurtre, croyant ainsi trouver hors la vie, un assouvissement aux furieux désirs de la vie qui la dévorent et qui jaillissent, d'elles, en des jets de sale écume !"
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  • Par Alcapone, le 06 janvier 2012

    Ce n'est pas de mourir qui est triste... c'est de vivre quand on n'est pas heureux... p.220
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  • Par telephos3, le 27 mai 2011

    Comment n'as-tu pas encore senti que c'est, je ne dis pas même dans l'amour, mais dans la luxure qui est la perfection de l'amour, que toutes les facultés cérébrales de l'homme se révèlent et s'aiguisent... que c'est par la luxure, seule, que tu atteins au développement total de la personnalité ?

    - p 163 -
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  • Par Nibelheim, le 22 février 2009

    "Je prévois que la France, lorsqu'elle aura connu ce splendide engin, va encore nous injurier dans tous ces journaux ... [...] Mais sapristi ! Nous sommes logiques avec notre état d'universelle barbarie ! [...] Nous vivons sous la loi de la guerre ... Or en quoi consiste la guerre ? ... Elle consiste à massacrer le plus d'hommes que l'on peut, en le moins de temps possible ... Pour la rendre de plus en plus meurtrière et expéditive il s'agit de trouver des engins de construction de plus en plus formidables ... C'est une question d'humanité ... et c'est aussi le progrès moderne ..."
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  • Par Alcapone, le 06 janvier 2012

    - Chère Clara, objectais-je..., est-il naturel que vous recherchiez la volupté dans la pourriture et que vous meniez le troupeau de vos désirs s'exalter aux horribles spectacles de la douleur et la mort?... N'est-ce point là, au contraire, une perversion de cette Nature dont vous invoquez le culte, pour excuser, peut-être, ce que vos sensualités ont de criminel et de monstrueux ?...
    - Non ! fit Clara, vivement... puisque l'Amour et la Mort, c'est la même chose !... Et puisque la pourriture, c'est l'éternelle résurrection de la Vie... Voyons... p.163
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Le Journal d’une femme de chambre d'Octave Mirbeau Lu par Clotilde Courau et Denis Podalydès Émission spéciale lectures au théâtre du Rond-Point A l’occasion des fêtes de Noël, France 5 propose une émission exceptionnelle de "La Grande Librairie" le 22/12/2011, enregistrée en public au théâtre du Rond-Point. De grands comédiens viennent lire, sur scène, quelques-uns des textes les plus beaux et les plus savoureux de la littérature classique et contemporaine. Des livres, des voix et beaucoup d’humour pour donner envie de lire ou de relire...








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