> Françoise Adelstain (Traducteur)

ISBN : 225315086X
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)


Note moyenne : 4.38/5 (sur 61 notes) Ajouter à mes livres
A travers la vie d'un seul quartier et de son petit peuple de cour des miracles habité par des personnages venus de tous horizons , Rohinton Mistry réussit une fresque bigarrée et sensible qui est tout à la fois une parabole de la condition humaine et de l'odyssée d'une... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Alcapone, le 19 octobre 2011

    Alcapone
    A quoi donc renvoie le titre de ce roman de Rohinton Mistry ? L'équilibre du monde (A Fine Balance pour le titre original) tel que nous le présente l'auteur, fait référence à la culture hindoue où le système immémorial des castes prime sur toute la société. En Inde où le destin de chaque personne est lié à son karma (कर्म), l'on nait brahmane ou intouchable et il faut l'accepter...
    L'histoire se passe entre les années 1970 et 1980. Alors que l'Inde est la proie de tensions entre mouvement centraliste et mouvement séparatiste, l'état d'urgence est proclamé par Indira Gandhi alors premier ministre (1971-1977). Les libertés publiques sont suspendues car la situation économique est désastreuse. Corruption et injustice règnent. de nouvelles vocations se créent : facilitateur, contrôleur des bidonvilles (jodhpadpattis : झोपड़पट्टी), incitateur... Derrière ces noms de métiers se cachent des missions aussi affreuses les unes que les autres. Les gens subissent de force des vasectomies (nussbandhi : शुक्रवाहिकोच्छेदन) dans les planning familiaux destinés à contrôler les naissances ou arrêtés et tabassés de façon arbitraire. Des programmes d'embellissement de la ville imposent la destruction intempestive des taudis. Dans le dédale de la grande ville indienne (Bombay ou Mumbai) où les bidonvilles sont légion, la protection du Maître des mendiants est considérée comme une véritable bénédiction...

    C'est dans ce climat politique et économique difficile qu'évoluent les protagonistes de l'histoire. Issus de classes sociales différentes, Ishvar, Om, Maneck et Dina (pour les principaux personnages) n'auraient jamais dû se rencontrer et pourtant : leurs destins irrémédiablement liés, les mènera à une cohabitation des plus improbables. Pour l'oncle et son neveu (Ishvar et Om sont originellement intouchables) qui viennent travailler comme couturiers chez Dina Dalal (parsi), le séjour en ville est censé être temporaire. de même pour Maneck (parsi) qui vient étudier en ville et qui loge chez Dina pendant son année d'études. Dénominateur commun entre les couturiers et l'étudiant, Dina est elle-même une femme meurtrie par son histoire. le patchwork qu'elle confectionne à partir de petits bouts de tissus tout au long du récit raconte leurs destins croisés. Comme si l'auteur voulait montrer que L'équilibre du monde ne tenait qu'à des bouts de tissus disparates rassemblés selon des codes incompréhensibles...
    Fidèle à ma relative connaissance de l'Inde contemporaine, ce récit qui montre un envers du décor des plus réalistes, m'a bouleversée, émue, révoltée : l'hindhouisme, cette tradition ancienne fondée sur des concepts philosophiques, imprègne l'écriture de Rohinton Mistry. L'on découvre tout au long du roman des détails surprenants de la vie quotidienne des indiens et l'on ose y croire : c'est pourtant une réalité que l'auteur s'est donné pour mission de retranscrire dans L'équilibre du monde. Plus qu'un roman, ce livre est un poignant témoignage de l'histoire de l'Inde. Et l'on suppose une fin tragique mais l'on ne se résoud pas à renfermer le livre avant de l'avoir terminé. Si c'est un gros pavé de 890 p., pour ceux qui s'intéressent à cette partie du monde, je ne peux que le recommander. Il est passionnant.

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2011/10/lequilibre-d..
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    • Livres 5.00/5
    Par torevan, le 31 octobre 2011

    torevan
    Ecrivain à succès dont j'ignorais jusqu'alors l'existence, Rohinton Mistry est un auteur canadien, originaire de l'Inde, qui mérite toute mon attention. C'est en me “promenant” dans une librairie, que j'ai découvert, par hasard, le romancier. La première de couverture de son troisième roman, L'Equilibre du monde (1996), édité en Livre de poche, a suscité toute ma curiosité.
    La couverture est pleine de couleurs. du jaune, du vert, du rouge… des couleurs vives. Mes pupilles sont exaltées. La rue est peuplée de monde, tous s'affairent à leurs activités. Je devine l'Inde grâce aux saris portés par deux femmes. Par une telle présentation, j'imagine une histoire aussi colorée et vivante que la première de couverture et me dis qu'en ces temps festifs (le soleil, l'été, les vacances) il me plairait bien de lire un roman de ce type. Ce qui, par la même occasion, me permettrait peut être de découvrir l'Inde et de m' aventurer vers d'autres horizons.
    A la lecture du roman, je me rends compte finalement que mes sens m'ont trompée. Disons que la première de couverture m'a trompée. L'auteur écrit à l'encre noir, pas en rouge, jaune ou vert. Il déverse sur le papier pauvreté, misère, corruption, violence… autant de tâches qui noircissent la page blanche, autant de tâches qui noircissent la vie, si tant est que la vie soit aussi blanche qu'une page.
    Au travers de ces quatres personnages principaux- Mme Dina Dalal, Ishvar et son neveu Omprakash et enfin Maneck- et d'autres protagonistes, l'auteur nous raconte l'Inde aux cours des années 70-80. le système de caste qui perdure encore dans les villages, les crises politiques, la corruption, la violence entre communauté religieuse, la misère et la pauvreté qui sévissent alors que l'état d'urgence est décrété par Madame le Premier ministre, accusée de malhonneteté lors des dernières élections. Au prétexte de prétendus troubles intérieurs qui risqueraient de mettre à mal la sécurité du pays- c'est pour se maintenir au pouvoir en réalité- Madame le Premier ministre applique le MSI, décret sur le maintien de la sécurité intérieure. Ce décret installe le pays dans le chaos le plus totale.
    Et comme souvent, ce sont les plus pauvres que choisit le chaos. Alors que les plus riches se satisfont de la politique gouvernementale et de l'état d'urgence, parlant d' “ordre” et de “sécurité”, désignant les salariés et les SDF de “bandes de paresseux”, les plus pauvres sont livrés à eux mêmes et tentent de survivre dans cette jungle immense qu'est devenue l'Inde. Les syndicats, les mouvements d'oppositions sont interdits. La liberté de la presse condamnée. le chômage explose. La famine accompagne. L'exploitation est de rigueur. La corruption, tel un cancer, se propage à tous les niveaux. La société est malade, profondément. Les plus pauvres sont dans la boue. Dans cette jungle, aucune branche à laquelle ils pourraient s'attacher pour fleurir. Toutes sont pourries. La Justice et l'Etat les ont abandonné… abandonnés à leur sort, le hasard, le destin disent les protagonistes alors que leur vie sont dessinées, en réalité, par un coup de crayon volontaire.
    Ainsi, dans ce désordre le plus complet, le Premier ministre décide, au nom de la politique d'embellissement de la ville, de raser les bidonvilles sans se soucier de sort de ces pauvres habitants et citoyens qui déjà s'appauvrissent et subissent les changements d'ordres économiques. Et cas plus absurde, pour faire face à la surpopulation de l'Inde, elle décrète une politique de stérilisation massive dont les pauvres, comme d'habitude, sont les principales victimes. de nouveaux fonctionnaires émergent: les incitateurs, chargés de convaincre les citoyens des bienfaits de la stérilisation. Mais la population étant réticente et les fonctionnaires devant remplir leurs quotas, les dérives et catastrophes humaines apparaissent très rapidement. Très vite, l'Homme ne devient qu'une marchandise, on le vend, le mutile. On l'utilise pour remplir le quotas, pour gagner sa vie, pour avoir de quoi manger, pour survivre. Très vite l'Homme est réduit à bien peu de chose et se voit sacrifié pour des ambitions personnelles. D'humanité, il n'y en a plus et on n'y croit plus… Toute est sombre, noire, vide, sans espoir.
    Mais à cette noirceur, nos quatres personnages, si attachants, apportent un peu de couleurs vives. Par le jeu du hasard (si l'on croit au hasard), leurs chemins se rencontrent et se tissent entre eux une réelle amitié. La maison de Dina Delal, où ils habiteront tous, illumine de bonheur, de sourires, de rires au milieux de tracas et du chaos qui, dehors, assombrit tout sur son passage. L'humanité, par la solidarité et l'amour, brille de plus belle. Mais la lumière, bien qu'intense, n'est que temporaire… le chaos les conduisant en effet vite à l'ombre.
    Où est l'équilibre dans ce monde? Y'en a-t-il d'équilibre? Si il y en a, celui là n'est-il pas fragile? Il a suffit d'une loi, d'un décret pour plonger l'Inde dans le chaos et la violence. Il suffit de bien peu pour que la lumière vire à l'ombre. Un coup de main sur la lampe, un léger vent, un petit changement… et le cours de nos vies se voit modifié. Comment faire pour revenir à la lumière? Comment faire pour équilibrer le monde si celui-ci se penche plus sur un côté que l'autre? L'espoir dans le désespoir semble nous expliquer l'auteur. L'amour dans la haine. La douceur dans l'horreur. La paix dans la violence. La joie dans la tristesse…
    L'équilibre du monde est un roman dense, riche, émouvant et drôle quelques fois. Les personnages sont si touchants que l'on s'y attache au point de ne leur souhaiter aucun malheur. Et pourtant… Et pourtant, c'est avec tristesse que nous avons à les quitter à la dernière page. L'équilibre du monde est un de ces romans que je conseillerais au plus grand nombre….

    Lien : http://pelgedar.blogspot.com/2011/08/lequilibre-du-monde-rohinton-mi..
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    • Livres 5.00/5
    Par zorazur, le 21 janvier 2012

    zorazur
    C'est superbe, grandiose, émouvant, bouleversant. C'est l'Inde, la vraie, sa misère, sa corruption, ses contradictions, son immobilisme et ses castes, sa violence et sa douceur, sa sensualité.
    Rien ne se passe jamais comme on le souhaite. Toujours on est rattrapé par un sort hostile, son karma, les mauvaises actions de sa vie antérieure. On est rattrappé par la misère, parce qu'on est né dans la mauvaise caste et du mauvais coté. On est rattrappé par ceux qui ont réussi à mieux s'en sortir, ceux qui ont compris le fonctionnement du système, ce qu'on n'a pas osé comprendre et pas osé faire. Alors on se résigne, parce qu'en Inde c'est comme çà, et qu'il n'y a aucune raison pour que les choses changent.
    Est-ce cela, L'équilibre du monde, l'équilibre de ce monde à part qu'est l'Inde, quand tout s'acharne sur les héros et quand la fin est pire que le début ?
    Et pourtant ce qui reste, c'est l'amour, c'est la joie, c'est les couleurs éclatantes qui jaillissent d'un tas d'ordure. "Ces deux-là la feraient toujours rire" pense l'héroïne à la fin du livre. Et pourtant le sort s'est acharné sur "ces deux-là", comme il s'est acharné sur l'héroïne. Mais c'est çà l'Inde, une immense contradiction. Et des couleurs qui jaillissent des ordures.
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    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 06 décembre 2010

    litolff
    C'est en 1975 à Bombay, lorsque Indira Gandhi décrète l'Etat d'urgence, que quatre destinées radicalement différentes se rejoignent dans l'appartement de Dina Dalal, jolie veuve d'une quarantaine d'années laissée dans la misère par la mort de son mari. Sa seule ressource: le modeste appartement conjugal... qu'elle transformera en atelier de confection avec l'aide de deux tailleurs intouchables, en y ajoutant un hôte payant, jeune étudiant qui en quittant son père, règle froidement un conflit de générations. L'effroyable histoire des deux tailleurs intouchables soulève le gravissime problème des castes en Inde. Quatre personnages qui apprennent t à se connaître, à cohabiter, malgré leurs différences de caste, d'âge, de classe, de religion, pendant qu'au dehors l'Etat d'urgence fait rage avec le massacre des opposants et le scandale des stérilisations forcées. Outre l'étude des caractères, les tragédies personnelles et politiques, une multitude de silhouettes et d'aventures cocasses ou dramatiques animent cette fresque grouillante d'humanité, qui couvre avec humour et tendresse huit ans de vie contemporaine en Inde.Un magnifique roman-fleuve dans lequel l'auteur fait se croiser les parcours de ses personnages avec un art consommé du récit. Un grand roman de l'Inde où s'incarnent toute la souffrance, l'absurdité, mais aussi la beauté d'un pays. On en reste abasourdi et bouleversé !!!
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    • Livres 5.00/5
    Par Sando, le 02 juin 2011

    Sando
    Au travers de quatre personnages issus de différentes castes, Mistry nous dépeint avec brio l'équilibre fragile d'un monde précaire où chacun lutte pour sa survie.
    Un roman dur et beau, qui est à la fois une fresque sociale, urbaine et historique de l'Inde des années 40 à 80, et qui n'épargne personne, pas même le lecteur... Un chef d'oeuvre inoubliable, indispensable pour tout amateur de littérature indienne!
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Citations et extraits

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  • Par Alcapone, le 19 octobre 2011

    - Que peut-on faire dans de telles circonstances ? Accepter, et passer à autre chose. Je vous en prie. Rappeler-vous toujours de ça : le secret de la survie est l'acceptation du changement, et l'adaptation. En d'autres termes : "Tout s'effondre et se reconstruit, joyeux est celui qui reconstruit." (...) "On ne peut tracer des lignes, délimiter des compartiments et refuser de les franchir. Il faut parfois utiliser ses échecs comme marchepieds vers le succès. Maintenir un bon équilibre entre l'espoir et le désespoir." Il s'arrêta et considéra ce qu'il venait de dire. "Oui, répéta t-il. Au bout du compte, tout est une question d'équilibre. p.337
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  • Par litolff, le 06 décembre 2010

    "Le temps est le fil qui ligote nos vies en paquets d'années et de mois. Ou un élastique qui s'étire selon le bon vouloir de notre imagination. Le temps peut être le joli ruban qui orne les cheveux d'une petite fille. Ou les rides sur un visage, ou celui qui vole le teint et les cheveux de votre jeunesse." Il soupira et sourit tristement. "Mais pour finir, le temps est un noeud coulant passé autour du cou, qui vous étrangle lentement."
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  • Par litolff, le 06 décembre 2010

    Le train ne donnait toujours aucun signe de redémarrage. Les hommes qui étaient descendus revinrent en racontant qu'on avait découvert un nouveau corps sur la voie, à la hauteur du passage à niveau . Maneck se glissa vers la porte afin de mieux entendre. Une façon agréable, rapide de disparaître, pensa-t-il, à condition que le train l'ait touché de plein fouet.

    - Ca a peut être un rapport avec l'état d' urgence, dit quelqu'un.

    - Quel état d'urgence?

    - Le premier ministre a fait un discours à la radio ce matin. Quelque chose à propos du pays qui serait menacé de l'intérieur.

    - Ca m'a tout l'air d'un nouveau tamasha du gouvernement.

    - Qu'est-ce qu'ils ont tous à choisir les rails de chemin de fer pour mourir ? Grommela un autre. Aucune considération pour les gens comme nous. Meurtre, suicide, assassinat des terrorristes naxalites, mort en préventive - tout est bon pour retarder les trains. Qu'est-ce qu'ils ont contre le poison, ou le saut dans le vide, ou le couteau?
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  • Par Alcapone, le 19 octobre 2011

    - Dieu est mort. C'est ce qu'a écrit un phiosophe allemand." Elle sursauta. "Vous pouvez faire confiance aux Allemands pour dire des choses pareilles. Vous y croyez ? - Avant, oui. Maintenant, je préfère croire que Dieu est un géant qui fabriquait un patchwork. avec une infinité de motifs. Et ce patchwork a tellement grandi qu'on ne peut plus discerner le modèle ; les carrés, les triangles, les rectangles ne s'emboîtent plus les uns dans les autres, tout ça n'a plus de sens. Alors, Il a abandonné. p. 492
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  • Par ignatus-reilly, le 05 décembre 2010

    Soudain, le révolution éclata dans la partie de la salle réservée aux végétariens. Les étudiants bondirent de leurs sièges, renversèrent les tables, cassèrent verres et assiettes, projetèrent leurs chaises contre la porte de la cuisine. La raison de ce soulèvement ne tarda pas à être connue : l'un des d'entre eux avait découvert un bout de viande flottant dans son brouet de lentilles.
    La faute en incombait à ce salaud de traiteur qui se moquait de leurs sentiments religieux, piétinait leurs croyances, polluait leurs corps afin d'engraisser son misérable portefeuille. En quelques minutes, tous les habitants végétariens de la résidence avaient envahi la cantine fous de rage contre tant de duplicité. Certains semblaient sur le point de s'effondrer, poussant des cris incohérents, pris de convulsions ,s'enfonçant les doigts dans la gorge pour régurgiter le substance interdite. Plusieurs y parvinrent vomissant tout leur dîner.
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