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ISBN : 2070453235
Éditeur : Gallimard (2013)


Note moyenne : 4/5 (sur 15 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
La Roumanie ploie encore sous la terreur de Ceausescu et de ses services secrets quand la jeune Lola quitte sa province du sud pour s'installer à Timisoara, dans un foyer où elle partage un dortoir avec cinq autres jeunes filles. Elle veut fuir cette misère que la narra... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 13 mars 2012

    ay_guadalquivir
    Je retrouve Herta Müller, une fois encore, impatient, le coeur battant. Les premiers mots sont de cette veine que j'aime, à la poésie chirurgicale faite de métaphores limpides et étranges. C'est sa façon de décrire cet univers particulier que j'aime. Comme si elle parlait une langue inconnue dont la musique vous essouffle malgré tout. Les premières lignes ont suffi à faire renaître en moi cette impression familière et inédite pourtant, l'idée d'un moment retrouvé, mais rare pourtant. Je place pour ces raisons Herta Müller parmi les plus grands écrivains que la langue allemande a donné - et elle n'en manque pas. Lire Herta Müller, c'est accepter - avec réticence parfois, tant sa langue est âpre - de franchir le seuil de son univers, et donc de quitter le vôtre ; c'est accepter de passer du côté de ce monde peut-être disparu - la Roumanie de Ceaucesu - et y perdre tous ses repères ; c'est donc accepter de se laisser guider par elle, parmi les villes, les femmes, les hommes, les vivants et les morts, les objets et la nature. Franchissez ce seuil, il s'ouvre sur des mots d'une force incroyable !
    Animal de coeur revient sur les grands thèmes d'Herta Müller : vivre en dictature, y poursuivre son identité, en vain souvent, y mourir face à l'impossibilité de vivre. Ici, c'est la quête de soi de jeunes gens de la communauté allemande, enfants de SS, ouvriers d'usine, et perdus dans ce pays. Les hommes de main du régime y mangent des prunes vertes, une façon d'avaler d'indigestes verités. Et la métaphore de l'Animal du coeur que chacun porte en soi installe une autre vérité, celle que chacun enferme, retient, nourrit au plus profond de soi, en attendant la fuite, la liberté, ou la mort. Comme souvent chez Herta Müller, la nature est omniprésente, comme le pendant de la ville en dictature. Il y a cette sensation que les nuages, les arbres (mûriers, pruniers), terre ferme, sont à la fois l'aspiration à la liberté, et le cadre physique qui contraint l'individu. Sur le sol, les mouvements semblent toujours ramenés à la pesanteur - comme attachés à ce sol de malheur. Herta Müller creuse inlassablement son sillon, parfois déroutant, toujours envoûtant.
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    • Livres 3.00/5
    Par IreneAdler, le 28 septembre 2013

    IreneAdler
    Challenge Nobel 2013-2014
    4/15
    Drôle d'expérience que la lecture de Herta Müller. J'ai d'ailleurs dû m'y prendre à deux fois avant de vraiment commencer, et de me dire que j'ai bien fait de ne pas tenter la lecture en VO.
    Une narration pas toujours simple à suivre, des images insolites, une chronologie heurtée, des conversation incluses dans le texte : la lecture n'en est pas simplifiée et ne se prête pas au manque de concentration ; le lecteur DOIT être attentif (mais nous ne manquons pas de courage et d'esprit : nous ne faillerons pas !) Mais du coup, j'ai eu l'impression que le message qu'elle veut faire passer, la dictature, tue les êtres, les avilit, et les déshumanise (en substance), s'en est trouvé affaibli. Je n'ai pas senti la force du verbe, à force de devoir renouer les fils. Rien n'est donné, tout est à trouver (elle a une haute estime de ses lecteurs, un bon point pour elle !)
    Une lecture mitigée, donc.
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    • Livres 4.00/5
    Par jostein, le 06 avril 2012

    jostein
    "Se taire, c'est déplaire, dit Edgar; et parler, c'est se ridiculiser."
    Le roman commence et finit par cette phrase. Herta Müller, née dans la région souabe de la Roumanie (minorité germanophone), a vécu cette oppression de la dictature de Ceausescu. Ce roman est paru en 1994 en Allemagne et vient juste d'être édité en France. On y trouve une part de la vie de l'auteur puisque la narratrice est issue de la même région, elle est aussi fille d'un ancien soldat SS et elle est traductrice dans une usine roumaine.
    C'est le roman d'une amitié entre la narratrice et trois jeunes garçons, Edgar, Kurt et Georg, réunis par le suicide de la camarade de chambrée de la narratrice. Ces jeunes vivent sous la peur constante d'être interpellés, poussés au suicide ou envoyés au cimetière. Ils voudraient témoigner de toutes ces morts suspectes, du mauvais traitement des prisonniers. Pour eux, c'est une perpétuelle méfiance, un harcèlement constant.
    " On sentait le dictateur et ses gardes qui planaient au- dessus de tous les secrets des projets de fuite, on les sentait à l'affût, en train d'inspirer la peur."
    Chaque lettre doit être codée et renfermer un cheveu témoin.
    " Nous restions dépendants les uns des autres. les lettres contenant un cheveu n'avaient servi qu'à lire la peur de l'un dans l'écriture de l'autre."
    Les fouilles de domicile, les interrogatoires sont permanents. Il n'y a que deux issues possibles, le suicide ou la fuite qui conduit très souvent à la mort.
    Le roman est difficile car l'auteur utilise elle- même des codes de langage. Elle réinvente une langue où la mort est un sac, la noix, une tumeur. Des phrases et des mots viennent rythmer constamment le récit, on retrouve de manière récurrente les coiffeurs et les couturières, les moutons en fer-blanc (sidérurgie), les melons de bois (transformation du bois), les buveurs de sang(abattoirs).
    Dans ce récit viennent aussi se mêler les souvenirs de l'enfant face à son père, les folies des grand-parents.
    Sens cachés, métaphores, incursions compliquent la lecture du roman mais l'atmosphère est ainsi créée et le dénouement est particulièrement intense et émouvant.
    Et l'animal de notre cœur, lui-aussi se met à remuer en nous.

    Lien : http://surlaroutedejostein.over-blog.com/article-animal-du-coeur-d-h..
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  • Par de, le 25 mars 2012

    de
    Même la serrure de la valise s'était transformée en mensonge
    On a retrouvé Lola pendue dans son placard. « Les phrases de Lola, la bouche pouvait les dire, mais on n'arrivait pas à les écrire. Je n'y arrivais pas. Comme ces rêves qui sont à leur place dans la bouche, mais pas sur le papier. Une fois écrites, les phrases de Lola s'éteignaient dans ma main. »
    Une narratrice, trois garçons, trois amis Edgar, Kurt et Georg, et Tereza.
    Mensonges, interrogatoires, rêves de fuite, passé nazi, dictature de Ceausescu. « On sentait le dictateur et ses gardes qui planaient au-dessus de tous les secrets des projets de fuite, on les sentait à l'affût, en train d'inspirer la peur. »
    Non pas une énième dénonciation de l'absence de liberté, mais le poids des mots, de la poésie pour instiller peu à peu l'absurde et la résistance, le broyage et l'espoir
    Un grand roman de la modernité inaccomplie.
    « Se taire, c'est déplaire, dit Edgar ; et parler, c'est se ridiculiser. »
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    • Livres 4.00/5
    Par Chiwi, le 13 septembre 2012

    Chiwi
    Pendant longtemps le récit est sans précision géographique, sans précision de temps. Ce n'est qu'au deux tiers du roman que l'on apprend où se déroule celui-ci.
    Herta Müller fait la description d'une société sans repères. le dictateur n'est pas si présent que ça, l'autoritarisme est présent par le biais de la police qui arrête, interroge puis relâche, tout cela sans raison. La police est omniprésente dans le pays mais sûrement aussi à l'étranger quand on voit les "dissidents" (juste des gens ouverts sur l'étranger) mourant brutalement, souvent suicidés.
    C'est une société où le sentiment historique semble peu présent: certains personnages ont dans leur famille un homme qui a fait partie des SS pendant la Seconde Guerre Mondiale et cela semble normal.
    Malheureusement il faut connaître la vie d'Herta Müller pour comprendre que ce roman comporte une part autobiographique.
    C'est une lecture exigeante mais le récit réaliste, décrivant la société roumaine sous le joug de Ceaucescu est prenant.
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Critiques presse (3)


  • Telerama , le 04 avril 2012
    Le ton n'est pas à la confession ni à l'introspection, dans ce livre tourbillonnant. Ressassements d'un enfant, qui sent la vérité coincée sur sa langue comme un noyau de cerise.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • LeMonde , le 12 mars 2012
    Le résultat, c'est une oeuvre qui, inlassablement, dit la dictature au quotidien.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • LeMonde , le 12 mars 2012
    Animal du coeur est une lecture exigeante mais qui ne s'oublie pas.
    Lire la critique sur le site : LeMonde

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Citations et extraits

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  • Par de, le 24 mars 2012

    Le capitaine Piele dit : tu vis de cours particuliers, de tentatives de subversion du peuple et de coucheries. Tout ça est illégal. Le capitaine était assis à son grand bureau tout reluisant, et moi à une austère table de pécheresse. Sous son bureau, je voyais deux chevilles blanches et, sur sa tête, une calvitie aussi humide et bombée que le palais de ma bouche. Je voyais sa calvitie sur un oreiller funéraire rempli de sciure, et ses chevilles sous un linceul.
    Et sinon, comment ça va, demanda le capitaine. Son visage n'était pas haineux. Je savais que je devais faire attention, car la dureté arrivait toujours par-derrière, quand son visage était tranquille. J'ai de la chance d'être tombée sur vous, dis-je. Moi, je vais bien, en fonction de ce que vous décidez. C'est bien pour ça que vous travaillez.
    Ta mère veut quitter le pays, dit le capitaine, c'est écrit ici. Il agita une feuille manuscrite. C'était une écriture qui n'était pas celle de ma mère, me semblait-il. Je dis : elle, peut-être, mais moi, je suis loin de vouloir ça.
    Le même jour, j'écrivis un petit mot à ma mère pour lui demander si c'était bien son écriture. La lettre ne lui est jamais parvenue.
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  • Par VALENTYNE, le 18 mai 2013

    J'ai raconté à Tereza ce qu'est un interrogatoire. J'ai commencé sans raison, comme en parlant toute seule. Tereza s'agrippait à sa fine chaîne en or, de deux doigts. Elle ne bougeait pas pour ne pas troubler ces sombres précisions.
    1 veste, 1 chemisier, 1 pantalon, 1 collant, 1 culotte, 1 paire de chaussure, 1 paire de boucle d'oreille, 1 montre bracelet. J'étais toute nue,ai-je dit.
    1 carnet d'adresse, 1 fleur de tilleul séchée, 1 trèfle séché, 1 stylo bille, 1 mouchoir, 1 mascara, 1 rouge à lèvre, 1 poudre, 1 peigne, 4 clefs, 2 timbres, 5 tickets de tramway.
    1 sac à main.
    Tout était noté dans les rubriques d'une feuille. Moi le capitaine Piele ne m'a pas notée. Il va me mettre en prison. On ne pourra lire sur aucune liste qu'à mon arrivée j'avais 1 front, 2 yeux, 2 oreilles, 1 nez, 2 lèvres, 1 cou. Je le tiens d'Edgar, de Kurt et de Georg : au sous sol, il y a des geôles.
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  • Par VALENTYNE, le 24 avril 2013

    Une fois par semaine, une mère prend le train pour aller en ville. Une enfant a le droit d'y aller deux fois par an. Une fois au début de l'été, et une fois au début de l'hiver. En ville, l'enfant se trouve laide, parce qu'elle est bien trop emmitouflée. La mère l'emmène à la gare à quatre heures du matin. Il fait froid, même au début de l'été, à cette heure là. La mère veut être sur place à huit heures, pour l'ouverture des magasins.
    D'une boutique à l'autre, l'enfant enlève quelques vêtements, les porte à la main et en perd certains en ville. Voilà pourquoi sa mère n'aime pas l'y emmener. Mais il y a une chose plus grave : la petite voit les chevaux trotter sur le macadam. Elle s'arrête et voudrait que sa mère attende, elle aussi, que d'autre chevaux arrivent. Sa mère n'a pas le temps d'attendre, et ne peut pas repartir toute seule. Elle ne veut pas perdre l'enfant en ville. Elle est obligée de tirer l'enfant par la main. La petite se fait traîner en disant : t'as entendu, les sabots font un autre bruit que chez nous.
    D'une boutique à l'autre, puis pendant le trajet de retour en train, et des jours plus tard, l'enfant demande : pourquoi les chevaux ont des talons hauts, en ville.
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  • Par ay_guadalquivir, le 06 avril 2012

    "Je passai sous silence les nuages, dans le ciel, étendus comme du linge blanc au-dessus de la ville. Et les roues du tram qui soulevaient de la poussière, les wagons qui se laissaient traîner et prenaient le même chemin que moi. Et les passagers qui, à peine montés, s'installaient près de la fenêtre comme s'ils étaient chez eux."

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  • Par michelekastner, le 03 mars 2013

    Tout le monde vivait d'idées d'évasion. On voulait traverser le Danube à la nage jusqu'à ce que l'eau devienne un pays étranger. Courir après le maïs jusqu'à ce que le sol devienne étranger. On le lisait dans leurs yeux : ils ne tarderaient pas à dépenser tous leurs sous pour acheter des cartes d'état-major à des arpenteurs. Ils espéraient des jours de brouillard, dans les champs et sur le fleuve, pour échapper aux balles et aux chiens des sentinelles, pour s'enfuir à toutes jambes ou à la nage. On le voyait à leurs mains : ils s'achèteraient bientôt des ballons, fragiles oiseaux faits de draps et de jeunes arbres. Ils espéraient, pour s'envoler, que le vent ne s'arrêterait pas de souffler. On le voyait à leurs lèvres : ils dépenseraient bientôt tout leur argent pour parler à voix basse avec un garde-barrière. Ils monteraient dans des trains de marchandises pour quitter le pays.
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