> Claire de Oliveira (Traducteur)

ISBN : 2070128830
Éditeur : Gallimard (2010)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 17 notes) Ajouter à mes livres
Nous sommes en Roumanie, en janvier 1945 : la population germanophone de Transylvanie vit dans la peur de la déportation.
Cette mesure, exigée par le nouvel allié soviétique de Bucarest, vise une population soupçonnée d'avoir soutenu l'Allemagne nazie pendant la ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 2.00/5
    Par canel, le 12 mai 2012

    canel
    Léopold a dix-sept ans en 1945. Roumain germanophone, il est à ce titre sur la liste de ceux qui seront envoyés par les Soviétiques en camp de travail en Sibérie. Mal à l'aise avec son homosexualité vécue mais dissimulée à ses proches, il ne tente rien pour se soustraire à cette déportation. Suite à un voyage de plusieurs semaines en wagon à bestiaux, où les individus perdent vite toute dignité, il arrive au camp.

    La faim l'obsède davantage que le froid et toutes les autres épreuves. Il l'évoque abondamment, de même que son activité forcée et éreintante de manoeuvre en bâtiment. Si ses souvenirs d'enfance et ses relations avec les autres détenus sont abordés dans le récit, le narrateur décrit plus longuement les matériaux manipulés (ciment, houille, brique, sable, charbon…) - ce qui peut surprendre.

    Je suis navrée de ne pas avoir aimé ce livre, de m'y être ennuyée. Malgré les conditions éprouvantes de la détention de Léopold, je n'ai pas réussi à éprouver la moindre empathie pour lui. Sa froideur apparente explique peut-être cela ? "(...) je tente toujours de me persuader que je n'ai guère de sentiments. Si je prends une chose à coeur, elle ne m'affecte pas outre mesure. Je ne pleure presque jamais." (p. 221-222)

    La présentation de l'éditeur indique : "sous la plume [d'Herta Muller], le camp devient un conte cruel, une fable sur la condition humaine". Même si de nombreuses réflexions m'ont touchée, émerveillée (comme en témoignent les extraits recopiés), je n'ai ni accédé à ce niveau allégorique, ni adhéré à la langue imagée de l'auteur, j'en suis désolée... J'ai probablement eu tendance à comparer à 'Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre', également sur les déportations staliniennes mais beaucoup plus descriptif, plus abordable.
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
  • Par christianebrody, le 11 janvier 2012

    christianebrody
    « Je n'ai jamais été aussi résolument contre la mort que durant ces cinq années de camp. Pour être contre la mort, on n'a pas besoin d'avoir une vie à soi, il suffit d'en avoir une qui ne soit pas tout à fait terminée »
    Roumanie, en 1945. La grande guerre est quasiment finie, une autre commence pour les pays anciens alliés de Hitler. le seul fait d'être d'origine allemande suffit amplement aux russes pour vous inviter dans ces hôtels où personne n'a besoin de clé. Pas de réception, on entre comme dans un moulin, on se croirait en Suède. Léopold Auberg, 17 ans, tout à ses préparatifs de voyage dissimule sa joie à l'idée de quitter cette petite ville, ce dés à coudre où toutes les pierres avaient des yeux. Il passera cinq ans dans ce camp de travail. Cinq ans à combattre la faim, la crasse, le froid, la maladie, l'illusion d'un avenir meilleur car le camp est un monde à l'esprit pratique: pas de pudeur ni d'épouvante, on ne peut pas se le permettre. On agit avec une indifférence immuable si ce n'est une satisfaction résignée. Cinq ans à construire des logements pour les russes, à charrier du ciment qui vous enferme dans sa toile, à transporter des briques cuites dont la poussière évoquait le doux paprika rouge, à pelleter du charbon avec sa pelle en cœur, son maitre. Lui, l'outil en restera tributaire car 1 pelletée=1 gramme de pain. Il travaillera au sous-sol du mâchefer car « intoxiqué par la lumière du jour », chassera le souvenir des compagnons partis car « quand soi-même on n'a que la peau sur les os et qu'on se délabre physiquement, on n'a qu'une envie, c'est tenir les morts à l'écart », luttera contre l'ange de la faim, le lièvre blanc le soir, après le travail, quand il sera autorisé à errer en ville ou au marché pour mendier ou échanger de la nourriture contre quelques éclats de charbon, des objets de valeur, bataillera contre le froid en s'enroulant dans des vêtements pris sur ces morts encore frais, les morts n'ont pas besoin d'habits quand les vivants meurent de froid pendant ces hivers russes.
    « Nous portions, quant à nous, un palais si élevé que l'écho des pas, pendant la marche, nous culbutait dans la bouche. La transparence de notre crâne nous donnait l'air d'avoir avalé un excès de lumière vive. le genre de lumière qui se regarde elle-même dans la bouche, se glisse à l'intérieur de la luette pour la faire enfler, monter jusqu'au cerveau. Alors, en guise de cerveau, on n'a plus dans la tête que l'écho de la faim. »
    Il y a aussi des moments de joie comme cette fameuse nuit où il atterrit chez une vieille dame russe qui l'espace d'une soirée se prend à le considérer comme son fils parti dans un camp, en lui offrant le manger et un mouchoir de batiste d'une blancheur éclatante qu'il conservera comme un trésor. Ces veillées de Noel avec son arbre en fil de fer décoré de la laine verte provenant de ses gants, des morceaux de pain rassi servant de boules. Ces samedi soirs où l'on danse, boit l'alcool maison. Ces rares moments d'intimité juste pour oublier l'enfer dans lequel on vit. Ces excursions en rase campagne, instants d'évasion, de liberté, de nouveautés. Ses coups de gueule que lui inspire Katie le Planton, qu'une ordure avait dû inscrire sur la liste à la place d'un autre natif de Bakowa qui avait racheté sa liberté, ou bien l'ordure était sadique, et Katie avait toujours était sur la liste. Débile mentale de naissance, elle ne savait toujours pas où elle était, au bout de cinq ans. Katie qui reste pour tous l'antidote contre la barbarie.
    Léopold Auberg survivra au camp en choisissant la décorporation ( le terme est mal choisi mais c'est le seul qui me vient à l'esprit), en se réincarnant en objet, en ignorant et rejetant tout ce qui fait de lui un homme; il ne vit plus, existe à peine, ne devant sa survie à une mécanisation mathématique de son univers. Objet, plus rien ne peut l'atteindre. 60 ans plus tard, ses souvenirs consignés dans quatre cahiers, il n'en reste pas moins prisonnier du passé cachant ses affaires dans sa nouvelle valise en bois. Rangée sous mon lit, elle me servait de placard à vêtements depuis que j'étais à la maison.
    La narration est constituée de courts chapitres, alternant portrait/anecdotes, méditation/observation, veille/insomnies, présent/souvenirs. Entre le guide de survie avec ses mille et une petites astuces et l'auto-analyse, ce livre est plus accueillant que L'homme est un grand faisan sur terre avec lequel il partage les thèmes de prédilection de l'auteure: le totalitarisme, l'abrutissement généré par un tel régime, la dégradation des valeurs humaines, sociales, morales, la haine raciale, la négation de l'histoire, l'impossibilité d'échapper à la marque indélébile d'une telle expérience, etc. A quelques différences près. Léopold Auberg est un jeune homme cultivé, réfléchi, observateur, porté sur l'introspection, des qualités qui le sauvent de la folie. La haine n'est pas son moteur de survie, la peur et le « je sais que tu reviendras » que sa grand-mère lui lance au moment d'être emmené par la patrouille, oui. A son unique façon, c'est un anti-héros.

    Ce livre, recueil de témoignages auprès de ces allemands qui ont vécu ce drame, devait être écrit à quatre mains. A la mort de Oskar Pastior, poète germano-roumain, Herta Müller reprend le récit et l'écrit à la première personne. Les détails de la vie au camp sont les souvenirs du poète et de la mère de l'auteure qui y a passé cinq ans, un moment jamais mentionné dans l'histoire officielle de la Roumaine. Avec ce travail ou devoir de mémoire, elle rend hommage à tous ces oubliés de l'histoire, leur offre la dignité qu'ils méritent. Il n'en reste pas moins que l'écriture n'est ni poétique ni onirique. Toujours ce léger problème de rugosité de la langue avec elle. Trop mathématique, brutale, un jeu de déconstruction avec les mots, l'emboitement des idées qui restent éloignés de mon univers. D'un autre côté, rendons grâce à Herta Müller d'avoir un humour noir assez marqué et de ne pas nous infliger un récit qui de par le sujet aurait été lacrymal. Et n'oublions jamais comme son héros que La bascule du souffle est un délire, et quel délire.

    Lien : http://www.immobiletrips.com/enquete-2/la-bascule-du-souffle-1042
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    • Livres 4.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 03 janvier 2012

    ay_guadalquivir
    Comme chaque fois, Herta Müller me laisse sans voix. La bouche sèche de mots, de soif, de faim, le coeur comme asséché d'une écriture ciselée au plus proche du nécessaire. Dans La bascule du souffle, d'abord projet à quatre mains avec le poète Oskar Pastior, Herta Mûller donne à l'expérience concentrationnaire une vie propre, au-delà de la question de la survie ou de la dignité. Car tout s'incarne ici dans une cosmogonie particulière au camp. le ciment prend vie, le pain un personnage, et l'ange de la faim domine l'expérience, au plus profond des corps et des âmes. Ainsi, en donnant à cet étrange réel une existence poétique, Herta Mûller ne semble pas placer l'individu au centre. Elle n'explore pas non plus les humiliations ou les tactiques de survie. Elle analyse comment l'homme fait front, face au ciment qui s'insinue, face à l'ange de la faim qui rôde, dans une autre réalité, qui par l'imaginaire en devient plus glaçante.
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    • Livres 5.00/5
    Par BMSierre, le 11 janvier 2011

    BMSierre
    1945 en Roumanie, le général soviétique Vinogradov obtient du gouvernement que tous les Allemands vivant en Roumanie soient déportés en Russie pour la reconstruction de l'Union Soviétique, et c'est l'horreur qui attend les victimes de cet arrangement. La faim, la crasse, les poux, le froid, le travail inhumain sans aucune protection vont faire d'innombrables victimes. Beaucoup ne reviendront pas de ces camps de la mort et parmi les autres beaucoup auront perdu la raison. Les mots choisis par l'auteure, sa façon de raconter un conte cruel en animant les objets, en transformant les sentiments en odeur, donnent à ce livre une profondeur stupéfiante qui nous plonge dans la réalité d'une folie inévitable. Eblouissant et terrifiant. M.B.
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    • Livres 4.00/5
    Par jostein, le 28 mars 2011

    jostein
    La couverture et le titre du livre sont particulièrement en cohérence avec le récit. Parce que l'auteur joue est à la limite entre la poésie et le drame (fleur, froid), elle nous tient sur le fil entre le rêve et la réalité, à deux doigts de la bascule dans l'horreur.
    Herta Müller a choisi un thème qui la touche particulièrement puisqu'elle fait raconter à Léo ses cinq années de détention dans un camp de travail en Russie. Effectivement, à la fin de la guerre, les Russes ont envoyé en camp de travail les allemands de Roumanie. ce fut le cas de la mère de Herta et d'un ami, le poète Oskar Pastior. C'est grâce à eux que Herta Müller a pu concrétiser ce récit.
    Bien entendu, elle témoigne de la difficulté de vie dans ces camps (la faim, les poux, le froid, les travaux pénibles et dangereux, la mort) mais ses descriptions longues et poétiques favorisent l'optimisme;
    Même la faim omniprésente est personnifiée en ange.
    Léo est un être courageux. Il se remémore sans cesse la phrase de sa grand-mère "Tu reviendras". Son seul sentiment négatif naît lorsqu'il apprend la naissance de son frère, jaloux que sa mère lui ait substitué un fils.
    Quand il est enfin libéré, on comprend toute la difficulté de la réinsertion. Il est difficile de retrouver une vie normale, d'avoir un rapport sain avec la nourriture. Une autre phrase le hante alors "J'y ai été".
    Je souhaitais découvrir cette auteure, à la suite de son Prix Nobel et je suis ravie d'avoir lu cette finesse d'écriture, ce style poétique et onirique, cette bascule fragile entre la réalité et l'espoir.

    Lien : http://surlaroutedejostein.over-blog.com/article-la-bascule-du-souff..
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Chloé Brendlé pour le Magazine Littéraire

    Voilà soixante ans que j'essaie, la nuit, de me rappeler les objets du camp. Ce sont les affaires de mon bagage de nuit. Depuis mon retour du camp, la nuit d'insomnie est une valise en peau noire que j'ai dans... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par ay_guadalquivir, le 18 janvier 2012

    "Sept ans après mon retour au pays, cela faisait sept ans que je n'avais pas eu le mal du pays. [...]
    Il y a des mots qui font de moi ce qu'ils veulent. Ils sont très différents de moi, et leurs pensées sont différentes d'eux. S'ils me viennent à l'esprit, c'est pour me rappeler qu'il y a de premières choses qui en appellent des deuxièmes, même si je suis loin de le vouloir. Le mal du pays. Comme si j'en avais besoin."
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  • Par canel, le 11 mai 2012

    Après la douche, nous attendions debout dans le vestibule. Une fois nus, avec nos silhouettes déformées et pelées, nous avions l'air d'être du bétail de rebut. Personne n'avait honte. De quoi avoir honte, quand on n'a plus de corps. Mais c'était à cause de ce dernier que nous étions au camp, pour des travaux physiques. Moins on avait de corps, plus on était puni par lui. Cette dépouille appartenait aux Russes. (p. 277)
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  • Par canel, le 11 mai 2012

    J'avais remis les pieds à la maison depuis plusieurs mois, et personne ne savait ce que j'avais vu. Personne ne me le demandait. Pour pouvoir raconter quelque chose, il faut d'abord s'en dessaisir. J'étais content qu'on ne me pose pas de questions, mais en secret j'étais vexé. (p. 318)
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  • Par canel, le 11 mai 2012

    Quand on n'entend plus parler de l'univers familial depuis une éternité, on se demande si on a vraiment envie d'y retourner, et ce qu'on est censé désirer, une fois là-bas. Au camp, on nous a enlevé tout désir. On ne devait ni ne voulait prendre aucune décision. Si on avait envie de revenir au pays, on se bornait aux souvenirs rétrospectifs, sans oser aller de l'avant, dans ses aspirations. Le souvenir était déjà de la nostalgie, croyait-on. Or comment les différencier quand on ressasse toujours les mêmes choses, et qu'on est dépossédé du monde à tel point qu'il ne vous manque plus du tout. (p. 306-307)
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  • Par canel, le 11 mai 2012

    C'est que moi, je tente toujours de me persuader que je n'ai guère de sentiments. Si je prends une chose à coeur, elle ne m'affecte pas outre mesure. Je ne pleure presque jamais. Loin d'être plus fort que les larmoyants, je suis plus faible qu'eux. Ils ont de l'audace, eux. Quand on n'a que la peau sur les os, c'est courageux d'avoir des sentiments. Je préfère être lâche. La différence est minime : ma force me sert à ne pas pleurer. (p. 221-222)
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