Un frère disparu jeune, une mère actrice, en tournée, la plupart du temps, un père absent, trois raisons suffisantes pour que des personnages nimbés de l'ombre du passé hantent l'oeuvre de
Patrick Modiano.
La quête d'identité, est un thème souvent retrouvé dans les nombreux romans de cet auteur couvert des lauriers de prix prestigieux comme en 2010 le prix Mondial
Cino del Luca et en 2011 le prix de la Bnf, tous deux pour l'ensemble de son oeuvre,
"La
Rue des boutiques obscures" a d'ailleurs reçu le Goncourt en 1978.
Je n'ai pas vraiment adhéré à ce roman dont le personnage central, Guy Roland, frappé d'amnésie dix ans auparavant,devenu détective privé, part sur les traces d'une plausible piste.
Un récit, fort bien écrit, aux subtiles images comme cette voix russe qui sussure comme un bruissement de feuilles, mais un récit entrecoupé de lettres de son ex coéquipier Constantin von Hutte, un baron, frais retraité niçois et de rapports de police aux détails précis et concis.
Un air de musique, une chanson du Caucase, un parfum poivré et la mémoire entrebaille ses rideaux.
A sa suite, on frappe à des portes aux noms obscurs, aux consonnances étrangères comme cet étranger qu'il est à lui même.
Gay Horlow, Freddy Howard Luz, Dédé Wilmer, Scoufi, Rubirosa, Sonachitzé, le vieux Giorgiadzé. On pioche une carte ou un pion,dans une boite à biscuits, on avance d'une case. Jusqu'à Pédro Mac Ewoy et Denise Coudreuse, sa compagne. Un Pédro qui pourrait être lui et auquel il s'identifie. Oui c'est sûr, lui c'est moi, perdu qu'il est ce pauvre homme et tellement perdu qu'on s'y perd aussi dans ce long labyrinthe monté à la façon d'un puzzle mais dont on ne sait toujours pas à l'arrivée s'il a tiré le numéro gagnant.