Lire Molière, surtout pour ses grandes pièces, serait comme déboucher un grand cru autour d'une bonne table. Des plaisirs que l'on ne s'autorise que de manière exceptionnelle, pour redoubler les inimitables sensations éprouvées au moment choisi. J'ai donc dégusté "
Le Tartuffe" en connaisseur, comme pour tous les classiques, étant prévenu des ficelles et des codes du genre, retrouvant les canevas inspirés des comédies italiennes et la douce mélodie de l'alexandrin. Mais comme tout chef-d'œuvre, j'y ai aussi entendu de nouveaux échos, que je ne pouvais jusqu'alors percevoir, et je suis certain que dans une dizaine d'années je vivrai cette même expérience, avec de nouvelles résonances.
Ces échos font référence à la question des apparences et des illusions du réel. C'est la grande question de l'époque (voir "
Les caractères" de
La Bruyère, "Le Roman bourgeois" de Furetière ou les "
Maximes"
De La Rochefoucauld). Tout n'est que tromperie, que ce soit à la cour du roi
Louis XIV ou chez les bourgeois. L'homme ne peut s'abstenir de mentir et de feindre, c'est une pratique presque naturelle. Et cette pièce révèle que l'imposture se pratique à des degrés divers, et que le danger ne vient pas forcément d'elle, mais de la croyance passionnée et partisane des sectaires et des fanatiques.
La faute n'est pas de croire, mais de croire trop fortement et sans mesure.