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ISBN : 2070546128
Éditeur : Gallimard (2003)


Note moyenne : 4.12/5 (sur 321 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dix-sept ans, un bel âge ? Pour Emma, c'est tout le contraire: en quelques mois, elle perd sa grand-mère, quitte son amoureux, vole au supermarché.
Elle maigrit beaucoup. Volontairement. Pourquoi ? Elle-même ne le sait pas vraiment. Tout bascule le jour où elle d... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par latina, le 12 juillet 2012

    latina
    J'étais en quête de romans pour ados de 15,16 ans....Ma recherche est fructueuse avec "Sobibor" !
    L'écriture fluide de Jean Molla nous mène dans l'enfer de l'anorexie et parallèlement, du camp d'exterminatin de Sobibor et des atrocités qui s'y sont passées. Il y a donc une histoire dans l'histoire : d'abord la fille de 17 ans raconte comment elle en est arrivée à ne plus manger, et puis à s'empiffrer (même de nourriture pour chats...) et puis à vomir...La description de son état physique également est particulièrement effroyable !
    Et puis elle découvre un cahier secret, car dans sa famille, il y a un GRAND secret. Et là, cela va déclencher une crise encore plus grave. Car outre l'horreur du camp, elle se rend compte que cela touche sa famille.
    Vraiment, je recommande ce roman à tous les profs, à tous les parents d'ados entre 15 et 17 ans, ils vont découvrir un univers complètement étranger à leurs préoccupations quotidiennes, et un autre qu'ils côtoient peut-être...
    Dans tous les cas, pour eux, cela provoquera une fameuse prise de conscience !
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    • Livres 4.00/5
    Par Chrystaal, le 23 septembre 2011

    Chrystaal
    Je vais me permettre une lecture psy. de ce livre avec la théorie de Serge Tisseron sur Les secrets de famille :
    La première génération est dans l'indicible , Jacques Desroches et Anna , Jean Lachaval et Mamouchka, auteur de crimes et complice. Ils ne disent rien de leur passé. En tout cas verbalement, mais ils expriment des choses, par la musique, par leurs expressions corporelles (en particulier Mamouchka qui montre de la douleur et se ferme aux questions), par le choix des prénoms, par les lapsus, les rêves...etc... le secret filtre, il suinte et se transmet.
    La seconde génération est dans l'innommable, ils ne sont d'ailleurs pas nommés à aucun moment. le père d'Emma, médecin, a un don exceptionnel pour ne jamais poser de question, aucune interrogation sur ce qui arrive à sa fille, sur un symptôme qu'il devrait pourtant au moins pouvoir définir, mais il y a là comme une zone vide, d'impossibilité à nommer. Et Emma pointe bien que le silence de sa mère est lié à l'attitude son père.
    La troisième génération est dans l'impensable. Puisqu'elle ne peut pas penser, le symptôme s'installe et donne un sens à tous les éléments que malgré eux les grands parents et parents ont transmis de leur histoire.
    Emma dit bien, et c'est important, que chaque histoire est singulière et qu'il ne s'agit de poser le postulat que tous les enfants anorexiques ont eu des grands parents bourreaux
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    • Livres 3.00/5
    Par Myiuki, le 07 novembre 2012

    Myiuki
    Je m'attendais à tout sauf à ça ! Je pense que ça résume pas mal mon avis sur ce roman. A vrai dire, à la vue du résumé, j'avais prévu de plonger dans les méandres insoutenables de l'anorexie, comme je l'avais déjà fait avec l'excellent "Thornytorinx" de Camille de Peretti, or, ça n'est pas du tout ça. Enfin, en partie si, parce qu'on parle bien d'anorexie, mais pas que ... l'auteur s'étend sur les causes de celle-ci et j'avoue que là, j'ai été on ne peut plus surprise ! Ca m'a déstabilisée parce que je ne comprenais pas pourquoi ce choix de la part de l'auteur, alors qu'il y en a tellement d'autres possibles, pourquoi ? Mais j'y reviendrai ...
    Dans un premier temps, je dois dire que j'ai trouvé le roman très bien écrit, c'est poignant de bout en bout, on a vraiment l'impression d'être aux côtés de cette adolescente en proie aux affres de l'anorexie. Alors bien sûr, c'est dur, c'est troublant, les moments où elle nous raconte comment elle vomi, quel bonheur cela lui procure la première fois, cette sensation grisante de contrôler son propre corps comme elle le souhaite en se privant de nourriture, l'image de son corps nu devant la glace ... Psychologiquement, ça emmène le lecteur dans des la souffrance, la douleur. Pas du tout dévident de l'imaginer se goinfrer de pâté pour chats accroupie sur le sol de la cuisine parce qu'elle a mal pour ensuite aller tout régurgiter sur la belle porcelaine immaculée des toilettes. Oui, ça choque, oui, ça vous fait mal comme si on vous assénait des coups de poings à répétition. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce roman car il vous prend aux tripes. C'est un témoignage incisif, fort, indomptable que celui de cette ado. J'ai parfois eu la sensation que je ne pouvais pas m'arrêter de lire, j'avais besoin de savoir si elle serait encore là à la page d'après ...
    Ce roman c'est celui d'un combat, celui d'Emma contre elle-même, contre ses démons. Et pourtant, ce combat, on sent qu'elle veut y mettre fin malgré tout car, dès le début du roman, elle lance un appel au secours, elle le dit d'ailleurs très clairement, elle s'est fait prendre à voler dans un magasin "pour qu'on l'arrête". Rien de plus clair que ça, pourtant, ses parents ne vont pas réagir ... Seul le directeur du magasin va l'interpeller. Je sais que pour les parents d'enfants anorexiques, ça n'est pas évident de gérer ça, de voir les choses en face, mais j'ai perçu les réactions d'Emma aussi comme des cris de révolte face à ces deux êtres qui ne réagissent pas ... Son père est médecin, tout de même, et sa mère ... je ne sais trop que penser de sa mère dont l'attitude m'a malgré tout un peu exaspéré. On sent malgré tout leur tristesse, leur impuissance, face au drame qui les touche au travers de leur fille, mais j'ai regretté qu'ils n'agissent pas, ils sont d'une indolence à faire peur. M'étonne pas qu'Emma est envie de crier à ce point !
    Je me suis très vite attachée à Emma justement, parce que, quelque part, je comprends ce besoin qu'elle a de contrôler quelque chose dans sa vie, quelque chose qui ne peut pas lui mentir, son corps. Elle le voit, d'ailleurs avec une lucidité qui m'a frappé, ce corps où les côtes se dessine à travers une peau si fine, ses cuisses sèches et couvertes de vergetures, son ventre plat et tendu ... un spectacle insoutenable, sans doute, d'ailleurs, à un moment donné dans le roman, sa grand-mère amorce une comparaison, sans aller jusqu'au bout mais ça n'est pas nécessaire pour que le lecteur la comprenne, entre son corps et celui des hommes et des femmes des camps de concentration. On se demande souvent pourquoi des jeunes filles (et des garçons aussi, n'oublions pas !) qui ont "tout pour être heureuses" tombent dans l'anorexie, la boulimie ou tout autre trouble alimentaire. Ce roman est un début de réponse car il est réaliste, Emma ne nous cache rien de sa condition, ne nous épargne rien, elle nous raconte tout, sa façon de picorer dans les plats que lui prépare sa mère, sa façon de se goinfrer quand elle ne va pas bien avant de tout vomir dans les toilettes, son indifférence, l'abandon volontaire de toute trace de féminité en elle, son retour en enfance, comme elle le dit si bien ...
    Car c'est un corps d'enfant qu'Emma a voulu retrouver. Tout un symbole ! En abandonnant son corps de femme, ses formes, elle a voulu redevenir une petite fille, retrouver une part de l'innocence qu'elle avait perdu. Ce refus de l'âge adulte est on ne peut plus marquant, Emma, au fond, ne veut pas grandir, parce que grandir c'est accepter que la vie est loin d'être parfaite, c'est accepter le mensonge de ceux qui vous entourent, l'hypocrisie, c'est jouer le jeu des illusions et des faux-semblants. Emma n'était pas prête pour ça. Son histoire démarre de façon "banale" en apparence, elle demande à son petit ami comment il la trouve et il commet l'erreur de lui dire qu'elle est belle mais peut-être un peu ronde ! S'ensuit un premier régime qui porte ses fruits puis un second, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus s'arrêter. Mais cette remarque n'est pas la cause du malaise profond d'Emma, elle l'a cru ... puis elle a fini par comprendre, bien plus tard, que ça venait d'ailleurs. Limite, j'aurais préféré que ça vienne de là quelque part, parce que j'ai trouvé la véritable explication un peu "tirée par les cheveux" ...
    Si Emma se sent si mal, c'est parce que sa grand-mère de laquelle elle était très proche lui a menti. Parce qu'elle et son grand-père qu'elle considérait un peu comme ses parents, comme un exemple de bonheur, d'amour, ne sont que des masques ... Si Emma se rend malade, c'est à cause d'eux, à cause de Sobibor. Et c'est là que j'aurais du revoir mes cours d'histoire car j'aurais su, avant même d'ouvrir le roman, de quoi il allait parler, de fait, je ne l'aurai peut-être pas lu de suite ... Car Sobibor était un camp d'extermination en Pologne durant la Seconde Guerre Mondiale. Et voilà pourquoi j'ai eu la sensation dérangeante que c'était un peu trop "gros" comme cause de l'anorexie d'une ado de nos jours qui n'a pas connu, n'a pas vécu, cette période-là. Mais, revenons un peu en arrière ... Ce roman se construit sur une alternance de deux niveaux, il y a tout d'abord Emma qui se raconte, qui nous décrit son quotidien, et il y a les extraits d'un journal qu'elle lit, celui de Jacques Desroches. Là ou ça devient intéressant, c'est au niveau du contenu de ce fameux journal qui n'est autre que celui d'un français, collaborateur de premier ordre puisqu'engagé dans l'armée allemande et ayant un poste de gradé au camp de Sobibor.
    Je me suis sentie comme Emma en lisant ce journal, il m'a donné envie de vomir, tout simplement. de voir comment ce français adhérait aux idées nazis, comment il vouait la grandeur de l'Allemagne, comment il parlait des juifs, souhaitant leur extermination et y participant activement ... ça fait froid dans le dos ! Ce journal est glaçant tout simplement, c'est une horreur de voir cet homme se complaire dans l'idéologie nazi au point de se rendre complice de pas moins de 250 000 morts. Un chiffre effarant. Ce journal vous dégoûte ! le voir raconter - avec un certain plaisir et une fierté non dissimulée - l'avancement de la construction du camp, la façon dont ils ont trouvé une super méthode pour exterminer au plus vite les juifs arrivant dans le camp sans qu'ils aient le temps de se révolter ou de se défendre - même si on peut se poser la question de savoir qui aurait oser le faire ? -, de voir ses discussions avec son ami SS dégoulinantes d'horreur, c'était encore plus insoutenable presque que l'anorexie d'Emma. Voir ainsi la pensée d'un homme, d'un vendu, fier de trahir la race humaine, fier d'être un bourreau, fier d'être un nazi, c'est une angoisse, une rage, une violence qui ne vous lâche plus une fois que vous avez lu les premières lignes de ce journal.
    Comment excuser, comment comprendre, qu'on ait pu prendre part à un tel massacre sans réagir ? Comment pardonner à un homme d'être juste un homme ? Oui, Jacques Desroches était jeune à l'époque, on aurait pu pardonner ses erreurs, après tout, pourquoi pas ? Non, impossible. Et pour Emma c'est pareil, elle s'érige en juge et juré et le condamne sans préambule. Qui pourrait lui en vouloir ? Car cet homme infect, elle le connaît, bien plus qu'elle ne l'aurait voulu. Car cet homme a été l'amant de sa grand-mère. Sa propre grand-mère qui a vécu l'amour de sa vie en vivant avec cet homme au sein même du camp de Sobibor. Voilà qui dépasse l'entendement pour Emma. Comment peut-on vivre heureux, amoureux, dans un camp alors qu'à côté de soi des milliers d'êtres humains passent dans les chambres à gaz pour ne plus en ressortir que morts ? Comment connaître joie, bonheur, et les apprécier, alors qu'on vit dans une maison entourée de charniers ? Impensable ! Elle s'est sentie trahie par cette femme qu'elle aimait tant, rejetée, abandonnée. On passe par tous les stades d'émotions en lisant ce journal et en écoutant Emma parler. On ne peut pas rester indifférent quand on lit ce roman. J'ai regretté cependant que la révélation sur Jacques Desroches ait été si prévisible ... et sa fin, si lâche.
    Ce qui fait d'Emma ce qu'elle est, c'est Sobibor, l'histoire qu'il raconte, les êtres qui l'ont traversé, c'est un prénom, Eva, et celui qui s'y accole, Simon, c'est l'amour, la haine, la détresse, le souvenir, la trahison, l'horreur. Oui, c'est un livre touchant, repoussant, c'est un cri, un appel. J'ai apprécié le fait de voir "de l'intérieur" ce camp de la mort, pour une fois, ça nous offre un nouveau point de vue encore sur ces actes monstrueux qui ont été perpétrés à l'époque, c'est important aussi de comprendre comment un homme peut tomber aussi bas dans la vilenie. Mais, ce qui m'a gênée, c'est le fait d'accoler les deux, l'anorexie d'Emma, et Sobibor. J'aurais sans doute préféré qu'il s'agisse de deux romans différents, parce que j'ai trouvé que ça n'était pas pleinement cohérent ... La cause de son anorexie, c'est le mensonge, mais pourquoi basé ce mensonge sur un camp ? Alors oui, ça donne sans doute plus d'impact, plus d'ampleur à l'histoire, même si je n'en suis pas totalement convaincue. Parfois les histoires les plus "simples" sont les plus douloureuses, les plus belles. Celle-ci est pour le coup loin d'être agréable à lire mais, une chose est sûre, elle mérite le détour.
    Vous l'aurez compris, mon avis reste en demi-teinte pour ce roman. Même si j'ai apprécié ma lecture parce que les deux sujets principaux qui y sont abordées me touchent de près, que je n'ai pas cessé d'être dans l'émotion tout au long de ma lecture, je n'arrive pas à trouvé le lien entre eux réaliste. Mais la leçon que nous offre ce roman, cette leçon de vie, de main tendue, de vérité, est précieuse. Alors, si vous avez l'occasion de le faire, n'hésitez pas à le lire.

    Lien : http://coeurdelibraire.over-blog.com/article-jean-molla-sobibor-1102..
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  • Par moustafette, le 17 octobre 2011

    moustafette
    De la folie intime à la folie à l'échelle humaine, il n'y a qu'un pas que Jean Molla franchit avec talent pour nous conter l'histoire d'Emma, souffrant d'anorexie. A force de ténacité, elle parviendra à faire émerger son identité de femme d'un embrouillamini familial des plus sombres.
    Si c'est sa grand-mère qui détient la clef des nombreuses questions qu'elle se pose, c'est seule qu'Emma devra trouver les réponses au risque de chambouler la respectabilité de sa famille.
    Encore un cas d'école, car outre l'aspect romanesque de ce roman joliment mené, on trouve là encore une excellente illustration de ce que vient colmater la pathologie mentale. Si elle s'ancre dans le présent, elle s'enracine toujours dans les générations précédentes et véhicule souvent ce qui ne peut se dire. Ici, elle s'attaque au corps et renvoie, comme un miroir, l'image de celui d'Emma, décharné, à ceux, squelettiques aussi, qui hantaient les camps nazis.
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  • Par Ori, le 23 novembre 2008

    Ori
    Sobibor de Jean Molla, Scripto
    Emma veut disparaître, rester à l'écart de la société, mourir... Son mal-être a commencé, une nuit, quand elle a découvert que sa grand-mère lui cachait quelque chose, un secret, un poids trop lourd à porter qui va détruire Emma petit à petit. Sa grand-mère va mourir, et Emma va trouver un cahier, un vieux cahier tenu par un certain Jacques Desroches, un français, un collabo, un monstre qui a participé à la création de Sobibor, le camp...
    Quelle claque que ce roman, non ce n'est pas un énième roman sur les camps M. Molla, c'est bien plus que ça! Si vous saviez quel choc ce fut quand j'ai compris à la fin, si vous saviez comme j'ai pleuré, si vous saviez...
    Il ne faut pas passer à côté de ce livre, pour ne pas oublier, parce qu'à la manière d'Un secret de Grimbert cela montre ce que les secrets peuvent détruire, parce que c'est un magnifique livre tout simplement, parce qu'il deviendrait peut-être pour quelqu'un qui s'oublierait comme Emma, une bouée...
    Et maintenant, je me demande bien comment je vais réagir en voyant Jean Molla, parce que son livre, je ne l'oublierai jamais!
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Citations et extraits

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  • Par latina, le 12 juillet 2012

    Un beau jour d'avril, je lui ai demandé, par bravade, comment il me trouvait vraiment. (...)
    - Tu es peut-être un peu ronde...
    Je l'ai haï.(...) Je lui ai jeté comme un défi que, bientôt, il ne me reconnaîtrait plus. J'allais perdre mes kilos superflus, mes bourrelets. Et je le ferais pour lui ! (...)
    J'ai minci très rapidement. Ma métamorphose était spectaculaire. Je suis devenue svelte, conforme à l'image de celle que j'avais rêvée. (...) J'éprouvais un plaisir indicible à maîtriser mon appétit. Ce tiraillement constant du côté de mon estomac était devenu une véritable présence, un vide consenti, une brèche que j'ouvrais dans mon corps, avec le sentiment aigu de tout dominer, de savoir exactement ce que je faisais et où j'allais. Ne plus manger ou manger moins me procurait une brûlure exquise au ventre (...) Bientôt, la brûlure m'est devenue plus délicieuse que la satisfaction. J'avais le sentiment d'être habitée. (...)

    Rapidement, c'est devenu ma drogue : j'avais besoin de manger rien. (...)J'éprouvais une jouissance démesurée à me laisser remplir de cette absence. Mon estomac vide était le signe de ma liberté. Je n'étais plus asservie à cette dépendance animale qui me faisait horreur.(...)

    Je n'avais évidemment pas conscience que la situation m'échappait...Je n'ai pas su m'arrêter. Mon poids ne n'est pas stabilisé et j'ai continué à fondre. En quelques semaines, mes seins se sont effacés, mon visage s'est creusé, mes désirs se sont affadis. (...)J'avais voulu entreprendre ce régime pour plaire à mon ami. Maintenant que j'avais atteint mon but, je sentais que je me détachais de lui, que je ne l'aimais plus.(...)

    Fin octobre, le cancer de Mamouchka s'est brutalement aggravé et mon indifférence à l'égard de la nourriture a viré à l'aversion. J'étais fatiguée, déprimée, inapte à fournir le moindre effort physique ou intellectuel.(...) Pour la première fois, on a nommé ma maladie. (...)

    Un matin de novembre, le téléphone a sonné. Mamouchka venait de mourir. (...) La panique m'a envahie. Il fallait que je me calme, que je fasse taire mon chagrin, n'importe comment. J'ai couru au frigo. J'ai avalé des cornichons, du chocolat, de la mayonnaise, du fromage, du jambon, les restes du repas, tout ce qui me passait à portée de main. J'ai englouti.
    Bientôt, j'ai dû m'arrêter, au bord de l'explosion. J'ai senti une nausée irrépressible monter. (...)J'ai couru aux toilettes. J'ai introduit deux doigts dans ma bouche, le plus loin possible et j'ai poussé très fort.
    Je me suis libérée.(...)
    Ma grand-mère était morte. Une part de moi le savait avec une lucidité déconcertante, me laissant écrasée de tristesse.
    Mais dans le même temps, une découverte fortuite venait de m'ouvrir de nouveaux horizons. J'avais trouvé le moyen de me délivrer de mes craintes, de mes angoisses. J'avais trouvé le moyen d'exercer un contrôle absolu sur moi-même. J'avais trouvé le moyen de maîtriser ce qui entrait et sortait de moi.
    J'étais libre : mon corps m'obéirait désormais.
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  • Par latina, le 12 juillet 2012

    On a séparé les hommes, les femmes et les enfants. On a détaché de ses bras Simon, qui ne voulait pas l'abandonner. J'imagine leurs pleurs, leurs cris, les ordres aboyés. L'odeur de sueur, la peur sur les visages, les coups, le désespoir. Eva a vu son fils partir avec une petite colonne de gamins. Mais, comme ils tournaient au coin d'un bâtiment, Simon s'est sauvé et a couru vers elle. Eva s'est précipitée et l'a pris dans ses bras. Un homme s'est avancé alors en jurant et leur a ordonné de retourner à leurs places respectives. Ce n'était pas un Allemand. Eva, machinalement, a relevé son accent étranger. Elle a supplié l'inconnu de ne pas les éloigner l'un de l'autre. Simon s'accrochait à elle comme un qui se noie. L'homme a arraché l'enfant à sa mère, a sorti son arme et, sous les yeux de celle-ci, l'a abattu.
    Il souriait.
    J'imagine Eva. Je la vois. Je suis Eva. Au-dedans d'elle, il y a un grand vide soudain. Le monde s'est tu. Devant elle, il y a une petite forme recroquevillée qui était son amour, sa vie. Devant elle, il n'y a plus rien.
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  • Par Aeroyou, le 05 mars 2014

    8 juin 1942.
    [...] La procédure est désormais immuable et fort proche de celle employée par nos homologues de Belzec et Treblinka. Les gardes ukrainiens réceptionnent le matériel humain sur la rampe d'accès de la gare de Sobibör et le conduit à l'intérieur du camp. Tout est fait pour rassurer les arrivants, car il est impératifs qu'ils ne se doutent de rien !
    La rapidité d'exécution et une des clés de notre réussite.
    En traversant le camp 1 , ils peuvent apercevoir des jardins joliment entretenus, des ateliers. Les gardes les invitent à laisser leurs sacs et affaires puis leur conseille de bien repérer l'endroit où ils les déposent afin de pouvoir les retrouver plus tard. L' Oberscharführer Hermann Michel, suppléant de Stangl, accueille les nouveaux venus et s'excuse pour les pénibles conditions de transport qu'ils ont eu à supporter. Il leur explique avec beaucoup de conviction qu'ils viennent d'arriver dans un camp de transit et qu'ils vont être rapidement déplacés vers l'Est. Les Juifs, ajoute-t-il non sans humour, devront désormais devenir des membres productifs de la société et se rendront en Ukraine pour y vivre et y travailler. Hermann leur annonce alors qu'ils vont devoir se soumettre à une désinfection dans le but de prévenir tout risque d'épidémie. Il organise les groupes, les hommes séparés des femmes et des enfants . Ordre leur est ensuite donné de se déshabiller et de confier aux gardes leurs objets de valeurs qui seront enfermés dans un coffre et leur seront rendus ultérieurement en échange d'une reçu officiel que nous leur remettons . La bonne bouille d'Hermann inspire naturellement la confiance et pas un songe à protester. Bien au contraire , il faut voir le contentement qui s'affiche sur leurs faces. Pour peu, certains danseraient de joie. Hermann est un merveilleux comédien!
    Je n'en dirais pas autant des subalternes qui ont pour mission de conduire les arrivants jusqu'aux cabines de "désinfection". Ce sont des rustres grossiers et brutaux, Ukrainiens et Lituaniens pour la plupart , d'une arrogance crasse mais absolument parfaits pour exécuter les tâches qui leur sont imparties.
    Une fois les juifs déshabillés et leurs vêtements soigneusement pliés, deux cas de figure se présentent: les vieillards, les handicapés, les malades, tous ceux qui sont incapables de marcher sont rassemblés à part afin d'être conduits au Lazarett, l’hôpital du camp. Ils sont en réalité conduits en charrette jusqu'aux fosses. Là, ils sont liquidés d'une balle dans la nuque et ensevelis.
    Les Juifs valident sont emmenés jusqu'au camp 3. Nous commençons par traiter les hommes puis vient ensuite le tour des enfants et des femmes. Les Ukrainiens font entrer tout se petit monde dans les douches et Fuchs met le moteur Diesel en marche.
    Environ six cent personnes sont traitées à la fois. Au bout de trente minutes, les détenus juifs aèrent les chambres à gaz et évacuent les corps par la porte arrière. Ont arrache leurs dents en or, s'ils en possèdent, puis on entasse les dépouilles dans des tranchées de cinquante mètres sur dix environ, où elles sont bien recouvertes de terre.
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  • Par Zazette97, le 13 octobre 2009

    Je n'avais pas encore compris que ne plus manger signifie très exactement souhaiter se mettre à l'écart. C'est une sorte de ghetto que l'on s'invente pour soi seul et dans lequel on s'enferme avec un mélange pervers d'aveuglement et de ravissement. C'est une forme de distinction absurde, pour se différencier à tout prix, se dessaisir du banal. On ne peut plus partager ce qu'il y a de commun. On ne peut plus communier dans la célébration des choses mortes. On a le regard qui s'est tordu. On ne voit plus les aliments avec innocence et l'on s'étonne que les autres ne nous suivent pas. p.55
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  • Par Zazette97, le 13 octobre 2009

    Je sais enfin que je suis entre parenthèses. Moi, j'ai au moins cette chance. Je suis comme je suis parce que je suis en instance de vie. Une anorexique n'est pas en marge. Elle s'est faite aussi mince que le trait qui sépare la marge de l'espace où l'on écrit. Un jour ou l'autre, si tout va bien, elle revient sur la page. C'est ce que je m'efforce de faire." p.152

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Jean Molla - "Plus tard" .
Portrait de l'écrivain Jean Molla, Prix du livre en Poitou-Charentes, réalisé par les Yeux d'IZO.© Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes - 2011








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