> Paul Vernière (Éditeur scientifique)
> Catherine Volpilhac-Auger (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253082228
Éditeur : Le Livre de Poche (2006)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.57/5 (sur 148 notes) Ajouter à mes livres
L'étonnement de deux voyageurs persans est prétexte à une peinture sans tabou de la fin du règne de Louis XIV. Les particularismes du temps, tout comme les faiblesses et les inclinations naturelles de la nature humaine, sont observés d'auta... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par Dionysos89, le 16 février 2012

    Dionysos89
    Le premier "roman épistolaire" n'était pas censé en être un ! Montesquieu, désireux surtout de publier une correspondance fictive, se rend compte quelques années plus tard que son ouvrage est perçu véritablement comme un roman à part entière. Montesquieu nous offre ici une œuvre captivante qui a l'immense intérêt de nous proposer plusieurs niveaux de lecture.
    Au premier regard, nous avons le point de vue d'Orientaux fictifs en train d'observer, de commenter et de tenter de comprendre la société française du début du XVIIIe siècle. C'est donc sous la forme d'une intrigue légère, teintée de naïveté, qu'on découvre d'abord cette œuvre, intrigue qui ne peut que cacher un dessein plus important.
    En effet, nous voyons bien sûr poindre, par la suite, les propres pensées de l'auteur : ses critiques de la société française, et surtout son système politique, la monarchie autoritaire de Louis XIV puis les abus de la Régence, ses doutes en matière religieuse (on ressent fortement la tentation déiste), ainsi que sur les modalités de pensée de l'époque selon le savant-philosophe qu'était Montesquieu. C'est un véritable commentaire social auquel se livre donc cet auteur unique.
    Enfin, dernier regard possible, celui de l'historien. Les Lettres Persanes sont une fantastique plongée dans les circulations internationales au XVIIIe siècle. Publiées d'abord à Amsterdam, faussement à Cologne, puis dans toute l'Europe, par un auteur français qui fait intervenir des grands personnages orientaux, nous avons là des mobilités fantastiques à l'échelle de l'Europe ! de même, on voit que la circulation des idées dans toute l'Europe est parfaitement digérée et cela est surtout illustrée par l'usage de ces correspondances internationales qui, adressées individuellement, étaient souvent lues collectivement ensuite. Enfin, Montesquieu se base sur un nombre de sources impressionnant et d'origine très diversifiée, notamment des récits de voyage dont le nombre devient exponentiel au XVIIIe siècle.
    En conclusion, Les Lettres Persanes, sur certains aspects, pourraient certainement être rebaptisées "Les Français Ridicules" tant le regard porté sur la France est conséquent. Mais comme je viens de le décrire, cette œuvre est même bien plus que cela.
    Entre humanité et identité nationale, c'est la vision de l'Autre qui est ici développée, vision finalement très (trop) actuelle (investissements en masse des Qataris, rejet de l'immigration, etc.), dans un monde globalisé qui stigmatise de plus en plus, malgré les bienfaits de toute compréhension de "l'Autre"...
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    • Livres 5.00/5
    Par Dadafolie, le 23 mars 2012

    Dadafolie
    Lecture scolaire oblige, je me suis plongée dans Les Lettres Persanes avec une sélection de lettres à lire...Rapidement prise par le roman, je les ai finalement toute lues !
    Le système épistolaire n'est pas fréquent dans la littérature française (du moins ce que j'en connais !), et l'idée de mettre en correspondance des Perses, de ceux restés au pays à ceux en voyage, est véritablement géniale.
    La vision de notre monde de l'époque est ainsi dénuée de nationalisme ou d'arrogance vis à vis de notre nationalité; mais l'ironie et les critiques sous-jacente sont pourtant bien présentes. La grande force de Montesquieu est qu'il parvient, sans dénoncer ou montrer du doigt, à nous faire se rendre compte de l'absurdité de certaines des moeurs françaises de l'époque, déduction logique suite aux tableaux présentés par Rica et Usbek. Revers pourtant, ce dernier, critique envers l'Europe et plutôt idéaliste, fait subir le calvaire à son harem, qu'il ne remet absolument pas en question quand nous, Européens, nous affligeons à sa description. Ce dyptique France-Perse est donc profondément construit et subtil, la plume de Montesquieu plus qu'agréable...Le tout classe les Lettre Persanes dans la catégories des romans que l'on oublie pas, et que l'on ouvre avec plaisir à n'importe quelle page pour le relire.
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    • Livres 4.00/5
    Par AmandineMM, le 12 août 2011

    AmandineMM
    Une lecture assez proche des "Bijoux indiscrets" de Diderot, mais que j'ai préférée à celle-ci par certains aspects: tout d'abord, le choix du roman épistolaire qui atteste en quelque sorte l'authenticité du récit, bien qu'il aurait davantage pu en déployer toutes les possibilités comme l'a fait Laclos plus tard. Ensuite, la trame amoureuse qui parcourt tout le roman, tout comme dans les "Bijoux", m'a beaucoup plu, surtout par sa conclusion. Celle-ci montre les limites de la philosophie d'Usbek: il avait beau critiquer la société européenne ou persane, lui-même n'est pas exempt des défauts qu'il dénonce, comme le despotisme et l'oppression des plus faibles. Pour cette raison et pour son côté un peu mondain, j'ai préféré le personnage de Rica qui semble mieux s'adapter à la société européenne, malgré son étonnement face à certaines coutumes.
    Montesquieu a selon moi habilement su mêler une intrigue "légère" à des réflexions sur divers sujets de société, n'épargnant ni la sienne ni la persane.
    4,5 étoiles.
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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 16 mars 2010

    chartel
    "Les Lettres Persanes", grand classique de la littérature française, n'est sûrement pas à présenter. La préface de Jean Starobinski dans l'édition Folio Gallimard est d'ailleurs très éclairante et instructive pour avoir un aperçu des enjeux de cette fiction épistolaire traçant le parcours amusé et curieux de deux Persans en terre occidentale.
    Prétexte à une critique des travers des hommes, qu'ils soient occidentaux ou orientaux, et à une réflexion sur la gouvernance, le colonialisme, la condition féminine qui, même si elle était loin d'être acceptable et égalitaire dans les sociétés européennes, était de toute façon peu glorieuse pour les femmes musulmanes.
    On y découvre un Montesquieu précurseur de Voltaire, s'attaquant déjà aux ridicules des dogmes religieux. Il faut dire qu'il y avait matière à discussion, la bêtise des gens d'Eglise contemporains l'atteste encore.
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    • Livres 3.00/5
    Par morin, le 23 octobre 2011

    morin
    membre d'un café littéraire j'ai été amenée à lire "Les Lettres Persanes" que, comme beaucoup d'élèves, j'avais du survoler dans les années 60 durant le secondaire.
    la lecture est intéressante et un certain nombre de lettres est loin d'être démodé (à titre d'exemple lettre 59).
    mais je n'ai pas la prétention d'être en mesure de critiquer cette œuvre dont le niveau littéraire peut être difficilement comparé à mes lectures actuelles, près de 3 siècles les séparant.
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Citations et extraits

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  • Par chartel, le 16 mars 2010

    Le roi de France est le plus puissant prince de l’Europe. Il n’a point de mines d’or, comme le roi d’Espagne son voisin ; mais il a plus de richesses que lui, parce qu’il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n’ayant d’autres fonds que des titres d’honneur à vendre ; et, par un prodige de l’orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.
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  • Par chartel, le 16 mars 2010

    La fureur de la plupart des Français, c’est d’avoir de l’esprit ; et la fureur de ceux qui veulent avoir de l’esprit, c’est de faire des livres.
    Cependant il n’y a rien de si mal imaginé : la nature semblait avoir sagement pourvu à ce que les sottises des hommes fussent passagères ; et les livres les immortalisent. Un sot devrait être content d’avoir ennuyé tous ceux qui ont vécu avec lui : il veut encore tourmenter les races futures ; il veut que sa sottise triomphe de l’oubli, dont il aurait pu jouir comme du tombeau ; il veut que la postérité soit informée qu’il a vécu, et qu’elle sache à jamais qu’il a été un sot.
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  • Par chartel, le 16 mars 2010

    La plupart des législateurs ont été des hommes bornés, que le hasard a mis à la tête des autres, et qui n’ont presque consulté que leurs préjugés et leurs fantaisies.
    Il semble qu’ils aient méconnu la grandeur et la dignité même de leur ouvrage : ils se sont amusés à faire des institutions puériles, avec lesquelles ils se sont, à la vérité, conformés aux petits esprits, mais décrédités auprès des gens de bon sens.
    Ils se sont jetés dans des détails inutiles ; ils ont donné dans les cas particuliers : ce qui marque un génie étroit, qui ne voit les choses que par parties, et n’embrasse rien d’une vue générale.
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  • Par chartel, le 16 mars 2010

    Ceux qui aiment à s’instruire ne sont jamais oisifs. Quoique je ne sois chargé d’aucune affaire importante, je suis cependant dans une occupation continuelle. Je passe ma vie à examiner : j’écris le soir ce que j’ai remarqué, ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu dans la journée : tout m’intéresse, tout m’étonne : je suis comme un enfant, dont les organes encore tendres sont vivement frappés par les moindres objets.
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  • Par torevan, le 23 octobre 2011

    Chez nous, les caractères sont tous uniformes, parce qu'ils sont forcés: on ne voit point les gens tels qu'ils sont, mais tels qu'on les oblige d'être. Dans cette servitude du coeur et de l'esprit, on n'entend parler que la crainte, qui n'a qu'un langage, et non pas la nature, qui s'exprime si différemment, et qui paraît sous tant de formes.

    La dissimulation, cet art parmi nous si pratiqué et si nécessaire, est ici inconnue: tout parle, tout se voit, tout s'entend; le coeur se montre comme le visage; dans les moeurs, dans la vertu, dans le vice même, on aperçoit toujours quelque chose de naïf.
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