ISBN : 2070368157
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 4.19/5 (sur 36 notes) Ajouter à mes livres
En se penchant un peu en arrière, il voyait, derrière le dos de Solange, la jeune femme qui était assise à côté d’elle ; adossée dans son fauteuil, elle écoutait, bouche entrouverte et les yeux clos. Elle n’était pas jolie, mais Costals la désirait:
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 03 avril 2012

    litolff
    Ah, Les jeunes filles... ! Je garde un délicieux souvenir de cynisme provocateur à la lecture de ce roman dans lequel Montherlant faisait une analyse jubilatoire de la psychologie féminine.
    Costals, écrivain parisien libertin, cynique, désabusé et séducteur est l'objet d'adoration des jeunes filles qui, comme de juste, rêvent de trouver le grand amour et de convoler en justes noces.
    Malheureusement pour elles, elles trouvent en la personne de Costals un homme totalement allergique à l'idée même d'amour et de mariage, qui joue avec leurs sentiments avec un cynisme redoutable.
    Montherlant décortique avec brio et beaucoup de justesse psychologique la complexité des sentiments qui agitent les protagonistes de l'amour à la pitié en passant par l'amitié et pose la question de la possibilité de l'amitié dans les rapports hommes-femmes… On n'est pas loin de Bridget Jones !
    En 1977, Jean Piat prêta brillamment ses traits à Pierre Costals dans une interprétation teintée d'ironie désabusée.
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    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Outis, le 08 juin 2008

    Outis
    Genèse du livre :
    Je rencontrai Jeannine à une soirée mondaine, à la Sorbonne, le six janvier mille neuf cent trente-quatre: et elle me disposa à la rêverie. Sa peau d'un touchant brun pâle me fit imaginer qu'elle était d'origine andalouse; de sa minuscule bouche ourlée sortaient des mots d'un timbre fraîchement ténu. Elle avait un je-ne-sais-quoi de fragile et d'éthéré dépourvu plénièrement de coquetterie. Ce soir-là nous dansâmes, et il est vrai, j'en fus heureux. le lendemain, je lui écrivis une lettre maladroite et opaque sans lui communiquer mon adresse pour qu'elle s'affairât à la chercher dans le Bottin mondain: ce qu'elle fit avec empressement, d'ailleurs. Dès ce jour, nous sortîmes abondamment et ces fréquentations me rassérénèrent: elles avaient sur moi, ô surprise, un effet roboratif.
    Vint juillet, le mois du licol: Jeannine s'enferra dans la mondanité du qu'en-dira-t-on étriqué. Elle me proposa une liaison légale en m'assurant que jamais elle ne m'imposerait sa présence si cela pouvait m'être, de quelque façon, objet de désagrément. Effarouché, je gardai toutefois élégamment la pose et un proverbe persan Sââdi, que je me remémorai les jours suivants, me permit de préparer ma retraite «Quand tu entres dans une maison, observe comment tu pourras t'en sortir».
    Bien qu'ébranlé, j'en vins à croire que je devais marier cette jeune fille non pas pour être heureux, mais pour la rendre heureuse, cependant je savais qu'en l'épousant, je la ferais souffrir. Pourtant je me sentais aimé de ma bonne amie et sa douce présence, au fil des mois, s'était distillée avec allégresse, en moi (sorties vespérales, échanges épistolaires, conversations téléphoniques). Mais, il me fallait être exact dans mon bon mouvement; légaliser notre union et me préoccuper alternativement de me sortir de ce traquenard conjugal indésirable.
    Août survint, et je me libérai croyais-je, alors de cette idylle fort amène mais encombrante. J'annonçai à Jeannine, mon départ pour Alger. Je lui fis part que ma vie d'écrivain me commandait impérieusement cette retraite solitaire ce qui était vrai, puisque Paris m'était insupportable avec sa vie de sociabilité, de représentation et de dispersion pour ce type d'ascèse vitale. Hélas! j'en rajoutai et je lui jurai que j'étais prêt à lui donner mon intelligence, mon coeur, ma vie tout sauf le mariage. Fanfaronnade déloyale, que je fus obligé de porter, avec le temps, dans la colonne de mes débits.
    Infortune! trois semaines plus tard, Jeannine me relance avec une lettre désespérée. Sa souffrance morale est palpable. Mes tentatives répétées pour la raisonner échouèrent. Imprudemment je l'invitai à venir me rejoindre à Alger pour une quinzaine, en septembre. Ma proposition est certes compromettante: je demande à une jeune fille bourgeoise de bonne famille de retrouver en Afrique du Nord, un homme, dont elle n'est pas fiancée. Jeannine accepta. Peu de temps après, je pris conscience de la démesure de mon offre; une huitaine eut largement fait l'affaire. J'attendis...
    Si vous me permettez ce petit aparté, les retrouvailles de Pierre Costals et de Solange Dandillot à Gênes dans Le démon du bien sont une transposition fidèle de notre rencontre à Jeannine et à moi à Alger. Pis, notre Correspondance, la jolie singularité de Jeannine et ses mots d'enfant traversent intégralement Les jeunes filles. Sans elle, Les jeunes filles n'auraient eu qu'un maigre tome.
    Deus ex Machina! mon amie me séduisit. Je lui découvris un côté animal secret inexploré qui m'avait échappé jusqu'alors. Elle était tout à fait digne de mes extravagances et à mille lieues de la petite bourgeoise conformiste parisienne. Alger lui seyait à merveille! Début octobre, Jeannine rentra à Paris et je pus enfin retourner à ma vie ascétique et à une période intense de création.
    Novembre. Bref retour à Paris. L'assiduité de Jeannine redoubla le nous indésirable flottait à nouveau. Je m'ingéniai à échafauder des faux-fuyants tous plus tarabiscoté les uns que les autres et notamment la syphilis. Rien n'y fit, à bout d'arguments, je m'éclipsai à Alger pour hâter ma retraite définitive. Jeannine s'accrocha et elle me tanna... Je vous fais grâce des longs mois tortueux qui suivront, par désir légitime d'écourter ce funambulesque vaudeville.
    Finalement en novembre mille neuf cent trente-six, je lui envoyai une copie des Jeunes Filles avec cette dédicace «Vous saurez à quoi vous avez échappé en ne m'épousant pas». Jeannine, ma fausse Andalouse, était devenue Solange Dandillot: ma Femme de papier et d'encre, mon Égérie pour le meilleur et pour le pire.
    La porosité du nous de Jeannine m'apparût, à la longue, comme de l'anthropophagie à l'état pur. Alors je désirai ardemment la bazarder - soyons élégant - la refiler serait plus approprié, à un autre homme; pour qu'elle opérât, ailleurs, sa besogne de grignotage.
    Pourquoi aurais-je consenti à me laisser entamer, en regardant béatement, Jeannine mastiquer et se curer les dents!
    Caresser un sein de femme, madame Cohen, c'est toujours pour un homme ouvrir une boite de Pandore.
    Henry de Montherlant
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    • Livres 4.00/5
    Par CelineCartier, le 24 avril 2012

    CelineCartier
    Le style et les références sociales des "Jeunes Filles" ont certes un peu vieilli mais la description des jeux de l'amour et du désamour reste saisissante. Qui Pierre Costals, l'écrivain à succès héros des "Jeunes filles", aime-t-il vraiment ? Solange, la jeune bourgeoise non dénuée de charme mais dont l'attrait se résume pour Costals à celui des conventions sociales (épouser pour faire comme les autres), Andrée, l'amoureuse éperdue dont il se moque sans pitié, ou encore ses maîtresses de passage ? L'amour de Costals est empreint d'un narcissisme assumé, presque revendiqué : les femmes qu'il croise sont avant tout le miroir de ses propres désirs, émois et trahisons. le plus troublant est peut-être que le livre (et ceux qui le suivent car "Les jeunes filles" est à la fois le nom d'une série d'ouvrages et celui du premier d'entre eux) a, malgré sa critique parfois féroce des comportements féminins, rencontré un franc succès chez nous, les femmes...
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  • Par Aela, le 18 février 2011

    Aela
    Un écrivain célèbre et libertin est assailli par des femmes. Un grand cycle romanesque et un des sommets de la misogynie.
    Mais c'est tellement drôle...
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    • Livres 4.00/5
    Par darcourt, le 07 avril 2012

    darcourt
    Brillant ! A lire absolument et à offrir à jeunes filles pour leur 17 ans. Elles sauront à quoi s'attendre.
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Citations et extraits

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  • Par Outis, le 08 juin 2008

    La femme, au contraire, se fait une idée positive du bonheur. C’est que, si l’homme est plus agité, la femme est plus vivante. Ah ! ce n’est pas elle qui demandera, comme le jeune homme de tout à l’heure : « Qu’est-ce que vous entendez par vivre ? » Elle n’a pas besoin d’explications. Vivre pour elle, c’est sentir. Toutes les femmes préfèrent se consumer en brulant, à être éteintes ; toutes les femmes préfèrent être dévorées, à être dédaignées. Et dans ce « sentir » quelle mobilité, quelle ampleur des réactions ! Quand on voit qu’une femme, si l’homme qu’elle aime semble l’aimer moins – ne fût-ce qu’un peu moins – souffre autant que s’il ne l’aimait pas du tout ; quand on voit qu’ensuite, si elle reconnait qu’il l’aime autant, non seulement elle en éprouve une joie merveilleuse, mais elle ajoute à sa joie cette nouvelle joie, de se faire pardonner de l’avoir soupçonné, quand on voit cela, et qu’on voit en regard la lourdeur des hommes, on donne un sens au mot vivant.
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  • Par Outis, le 08 juin 2008

    La femme est faite pour un homme, l’homme est fait pour la vie, et notamment pour toutes les femmes. La femme est faite pour être arrivée, et rivée ; l’homme est fait pour entreprendre, et se détacher : elle commence à aimer, quand, lui, il a fini ; on parle d’allumeuse, que ne parle-t-on plus souvent d’allumeurs ! L’homme prend et rejette ; la femme se donne, et on ne reprend pas, ou reprend mal, ce qu’on a une fois donné. La femme croit que l’amour peut tout, non seulement le sien, mais celui que l’homme lui porte, qu’elle s’exagère toujours ; elle prétend avec éloquence que l’amour n’a pas de limites ; l’homme voit les limites de l’amour, de celui que la femme a pour lui, et de celui qu’il a pour elle, dont il connait toute la pauvreté.
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  • Par Outis, le 08 juin 2008

    La plupart des hommes ne demandent pas mieux que d’avoir le bonheur du sage. Au fond, c’est cela qu’ils aiment : comme ils aspirent à la retraite ! Mais on ne les croirait pas heureux, on croirait qu’ils ont renoncé, ou n’ont pas été capables, et alors ils partent sur l’autre rail, font les importants, s’engagent dans la honteuse et ridicule agitation où nous les voyons, donnent beaucoup de coups de téléphone, et bientôt une journée de bonheur devient pour eux une journée où ils ont été très importants.
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  • Par litolff, le 03 avril 2012

    Ce magnifique royaume de l'amitié homme femmes serait donc une terre interdite ! La femme serait parquée dans le domaine "coeur-sens", incapable d'être élevée à un monde plus noble et plus subtil. Et enfin, crainte de les décevoir, l'homme devrait n'avoir plus aucun rapport de société avec celles des femmes jeunes qu'il ne destine pas à son lit, légitime ou illégitime, c'est-à-dire malgré tout, avec l'immense majorité des femmes.
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  • Par Outis, le 08 juin 2008

    Non seulement ils ne vont pas au même rythme, mais l’offre et la demande ne sont pas entre eux accordées. L’homme ne peut guère avoir pour la femme que du désir, qui assomme la femme ; la femme ne peut guère avoir pour l’homme que de la tendresse, qui assomme l’homme. La femme offre plus de tendresse que l’homme n’en peut soutenir ; par bonheur il y a l’enfant, tant qu’il a besoin d’elle, qui vient en absorber le surplus.
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Vidéo de Henry de Montherlant

Un court extrait d'Un Lever de Rideau, court-métrage de François Ozon - adaptation d'Un Incompris de Henry de Montherlant.
Avec Louis Garrel, Matthieu Amalric, Vahina Giocante.








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