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ISBN : 2264039167
Éditeur : 10-18 (2004)


Note moyenne : 3.95/5 (sur 395 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Vers 1870, aux États-Unis, près de Cincinnati dans l'Ohio, le petit bourg de Bluestone Road, dresse ses fébriles demeures.

L 'histoire des lieux se lie au fleuve qui marquait jadis pour les esclaves en fuite la frontière où commençait la liberté. Dans l'... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Marple, le 09 juin 2014

    Marple
    Beloved est un roman magnifique sur l'amour, la force, la culpabilité, l'esclavage, la dignité, la solidarité. C'est l'histoire de Sethe, jeune et belle esclave échappée, et de ses enfants, vivants ou morts, dans un monde âpre qui souvent les juge et les broie.
    Sans en dire plus sur l'intrigue (pour ne pas gâcher le plaisir d'éventuels futurs lecteurs, à qui je recommande d'ailleurs d'éviter la 4ème de couverture), je vais essayer d'expliquer pourquoi ce livre m'a tellement plu. Au-delà de l'histoire, au-delà même des thèmes abordés, c'est le ton qui est juste, et les sentiments, et les réactions d'épuisement, de folie ou d'incompréhension.
    Par les mots de Sethe surtout, mais aussi par moments par ceux de Denver, de Payé-Acquitté, de Paul D., de Baby Suggs ou encore de Beloved, on comprend que la tragédie n'est pas ce moment terrible dans le bûcher, mais tous les événements qui y ont mené et qui l'ont suivi. On comprend aussi que, dans certaines circonstances, la dignité peut valoir plus cher que la vie, le meurtre être un acte d'amour, et la culpabilité ressentie bien plus dure à supporter que les sanctions de la société...
    Toni Morisson a réussi dans ce roman à rapprocher les paradoxes : c'est poignant mais plein d'humour, empli d'amour mais aussi de solitude et de malheur, tragique mais teinté d'espoir. Bref, c'est magnifique.
    Lu dans le cadre du challenge Nobel de Gwen21.
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    • Livres 5.00/5
    Par Under_The_Moon, le 26 janvier 2013

    Under_The_Moon
    1ère année de fac, et 1ère lecture imposée.
    Et là : bada-boum ! C'est le coup de coeur !!
    J'ai été tout de suite happée par ce récit. Un récit de femme, et de femme noire qui plus est. Une femme blessée et meurtrie dans sa chaire. Coupable, oui mais de quoi ? D'être née femme et esclave ? D'avoir trop bien compris sa situation au point d'avoir peur de la faire revivre à quelqu'un d'autre (et par conséquent d'en être responsable) ?
    C'est vrai que l'écriture de Toni Morrison n'est pas toujours facile à comprendre car elle transcris avec une très grande fidélité le "parler" afro-américain. Alors quand on y rajoute les ellipses temporelles et retour en arrière... ça peut être un véritable cauchemar stylistique !
    Mais c'est un roman tellement fort qu'on oublie vite cet aspect. C'est l'un des romans où il y a tellement de choses à dire -je trouve - qu'on finit par ne pas pouvoir résumer le tout dans une critique. S'il n'y avait qu'un livre de cette auteure à lire, c'est celui-ci à n'en pas douter.
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    • Livres 5.00/5
    Par Thorp, le 31 juillet 2012

    Thorp
    On pourrait croire que « Beloved », essaimé de quelques noms propres avenants comme « Bon-Abri », « Femme-aux-cinquante-kilomètres » ou « Ici-couché » augure de choses colorées et poétiques, issues d'un folklore africain. Il n'en est rien. Ce roman est ténébreux, il renvoie une image sous-exposée, aux détails flous, les personnages y sont déprimés, les couleurs désaturées.
    Visite des bas-fonds de l'humanité, liés aux conditions de l'esclavagisme à la fin du 19e, aux Etats-Unis. Toni Morrison accroche le lecteur dans les mailles de sa narration alambiquée et le plonge dans un univers ensorcelé, mystères et souffrances humaines entremêlées, à partir de flash-back sur l'histoire de Sethe, esclave évadée du Bon-Abri et poursuivie depuis par le fantôme de son bébé. Brrr. Dans « Beloved », des enfants disparaissent et des revenants surgissent, le quotidien s'inquiète de phénomènes surnaturels et le lecteur s'englue dans des sables mouvants, comme dans un mauvais rêve. Mais au dessus de tout ça, magistrale, resplendit l'écriture envoûtante de Toni Morrison.
    Au final un sentiment complexe m'habite, à mi-chemin entre le ouf de soulagement qui a ponctué la fin de cette lecture malgré tout compliquée, et l'impression d'avoir lu un grand roman.
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    • Livres 4.00/5
    Par gouelan, le 29 août 2014

    gouelan
    Roman poignant ,bouleversant et dérangeant également. Il nous montre l'homme dans toute sa cruauté et il nous fait honte.
    Il y a l'esclavagiste qui se montre tel qu'il est, animal plutôt qu'homme, brutal et stupide. Il agit par ignorance et aussi par peur . Il lui faut le fusil pour montrer sa virilité et sa toute puissance.
    Il y a aussi l'autre type d'esclavagiste,hypocrite,qui se dit respectueux des noirs. Certes, il ne les brutalise pas, il les traite bien, il leur donne la parole. Mais leur liberté ne va pas plus loin. Leur corps, leurs pensées, leurs actes sont tout de même entravés par leur soumission, leur asservissement. Il peut changer à tout moment d'avis. S'il a besoin d'argent, il les vendra comme du bétail.
    On se rend compte, dans ce roman, de la dureté de l'existence d'un esclave. Rien ne lui appartient, ni son corps, ni l'air qu'il respire, ni le ciel, ni la terre qu'il foule. Il ne faut surtout pas trop aimer, surtout ne pas trop regarder son enfant qui vient de naître, ne pas s'y attacher, car si on le brise cet enfant, il sera impossible de se relever.
    Sethe n'a pas été séparée de ses enfants, elle les a aimés. Elle ne pourra pas autoriser qu'on les lui prenne pour en faire des petits esclaves et qu'on les traite pire que du bétail. Son acte d'amour la hantera toute sa vie. On ne peut pas pardonner mais on comprend son acte d'amour courageux et désespéré.
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    • Livres 3.00/5
    Par LiliGalipette, le 26 septembre 2013

    LiliGalipette
    Sethe est une ancienne esclave qui est hantée par le souvenir de son enfant morte, cette enfant dont elle a elle-même tranché la gorge. On dit que la maison qu'elle habite est hantée par la malédiction d'un bébé. « Pour un bébé, il est puissant le sort qu'elle jette, dit Denver. / Pas plus puissant que mon amour pour elle, répondit Sethe. » (p. 13) Au jour le jour, la mère assassine tente d'oublier son forfait et d'apaiser ses démons. « Pour Sethe, l'avenir reposait sur la possibilité de tenir le passé en respect. » (p. 65) Mais les souvenirs sont aussi collants que la mélasse et Sethe tente d'en protéger Denver, son autre fille, une enfant un peu sauvage.
    Voilà que survient Beloved, une jeune fille qui porte une longue cicatrice autour du coup. Est-elle la réincarnation du bébé assassiné ? L'inconnue se rapproche de Sethe et s'accroche farouchement à elle. Pour Sethe, c'est certain, c'est son enfant qui l'a retrouvée. « Beloved, elle est ma fille. Elle est à moi. Voyez. Elle est revenue à moi de son plein gré et je n'ai rien besoin d'expliquer. » (p. 278) Hélas, il semble bien que Beloved n'incarne pas la rédemption tant espérée par Sethe, mais bien son châtiment fait de chair et de sang. « Denver croyait comprendre le lien qui existait entre sa mère et Beloved. Sethe essayait de se racheter pour la scie à main. Beloved la lui faisait payer. Mais il n'y aurait jamais de fin à cela, et voir sa mère diminuée lui faisait honte et la mettait en fureur. » (p. 345) Alors, Beloved est-elle bien ou mal nommée ?
    Il s'en est fallu de peu que ce roman soit un véritable coup de cœur. D'abord totalement happée par l'écriture de Toni Morrison, si poétique et incantatoire, j'ai fini par en être écœurée. Les constants aller-retour entre passé et présent m'ont également perdue et la brouille volontairement entretenue dans la chronologie a eu raison de mon attention. J'ai fini ce roman en le survolant et je le déplore parce que j'avais vraiment envie d'y rester plongée. Mais j'ai manqué d'air, comme ce fut le cas avec un don de la même auteure.
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Citations et extraits

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  • Par Jeannepe, le 28 décembre 2013

    Sethe regarda ses mains, ses manches vert bouteille et pensa au peu de couleur qu’il y avait dans la maison, et comme il était étrange que cela ne lui ait pas manqué de la même façon qu’à Baby. Délibéré, se dit-elle, cela doit être délibéré, car la dernière couleur dont elle se souvînt était le rose qui pailletait la pierre tombale de sa petite fille. Après cela, elle n’avait pas eu plus conscience des couleurs qu’une poule. Chaque jour à l’aube, elle cuisinait des tartes aux fruits, des plats de pommes de terre et de légumes tandis que le cuisinier s’occupait de la soupe, la viande et tout le reste. Et pour autant qu’elle se souvînt, elle ne gardait même pas souvenance d’une pomme rouge ou d’un potiron jaune. Chaque jour à l’aube, elle voyait l’aurore, mais n’enregistrait ni ne remarquait jamais sa couleur. Il y avait là quelque chose qui n’allait pas. C’était comme si, un jour, elle avait vu le sang rouge d’un bébé, un autre jour les paillettes roses de la pierre tombale, et puis plus rien.
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  • Par ladesiderienne, le 18 mars 2014

    Les Blancs étaient persuadés que, quelles que fussent leurs manières, sous toute peau sombre se cachait une jungle. Eaux rapides et non navigables, babouins hurlant et se balançant, serpents endormis, gencives rouges prêtes à boire le doux sang blanc. En un sens pensait Acquitté, ils avaient raison. Plus les gens de couleur dépensaient d'énergie à tenter de convaincre les Blancs de leur douceur, de leur intelligence et de leur nature aimante, humaine, plus ils s'épuisaient à les convaincre de ce dont eux, les Noirs, ne pensaient pas que l'on pût douter, et plus la jungle s'épaississait en eux et devenait inextricable. Mais ce n'était pas la sorte de jungle qu'ils apportaient ici en venant de l'autre endroit (vivable). C'était une jungle que les Blancs avaient plantée. Et elle poussait. Elle s'étendait. Sous les peaux, pendant et après la vie, elle s'étendait, jusqu'à envahir les Blancs qui l'avaient cultivée. Touchait chacun d'entre eux. Les changeait et les transformait. Les rendait sanguinaires, idiots, pires qu'eux-mêmes l'eussent souhaité, tant ils étaient terrifiés par la jungle qu'ils avaient semée. Le babouin hurleur vivait alors sous leur propre peau blanche ; les gencives rouges devenaient les leurs.
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  • Par ssstella, le 03 mars 2013

    Que tout Blanc avait le droit de se saisir de toute votre personne pour un oui ou pour un non. Pas seulement pour vous faire travailler, vous tuer ou vous mutiler, mais pour vous salir. Vous salir si gravement qu'il vous serait à jamais impossible de vous aimer. Vous salir si profondément que vous en oubliiez qui vous étiez et ne pouviez même plus vous en souvenir. Et qu'alors même qu'elle, Sethe, et d'autres étaient passés par là et y avaient survécu, jamais elle n'aurait pu permettre que cela arrive aux siens. Le meilleur d'elle, c'étaient ses enfants. Les Blancs pouvaient bien la salir, elle, mais pas ce qu'elle avait de meilleur, ce qu'elle avait de beau, de magique -la partie d'elle qui était propre.
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  • Par steppe, le 21 janvier 2012

    Paul D ne dit mot, parce qu'elle n'attendait pas de réponse de sa part ni n'en désirait, mais il comprenait parfaitement ce qu'elle voulait dire. Écouter les tourterelles à Alfred, Géorgie, et n'avoir ni le droit ni la permission d'y prendre plaisir, parce que dans cet endroit, brume, tourterelles, soleil, poussière cuivrée, lune - tout appartenait aux hommes qui avaient des fusils. De petits hommes, pour certains, et des hommes grands aussi, qu'il aurait tous pu briser comme fétus, s'il l'avait voulu. Des hommes convaincus que leur virilité résidait dans leur fusil et qui n'étaient même pas gênés de savoir que, coups de feu ou pas, les renards se moquaient d'eux. Et ces "hommes" qui faisaient rire jusqu'aux renardes pouvaient, si vous les laissiez faire, vous priver d'entendre les tourterelles ou d'aimer le clair de lune. Si bien que vous vous protégiez et que vous finissiez par aimer petit. Que vous choisissiez la plus petite étoile du ciel pour vôtre ; que vous couchiez la tête tordue pour apercevoir la bien-aimée par dessus le bord du fossé avant de vous endormir. Lui glissiez des coups d’œil timides entre les arbres au moment de l'enchaînage. Brins d'herbe, salamandres, araignées, piverts, scarabées, vous n'aviez droit qu'à un royaume de fourmis. A l'exclusion de tout ce qui était plus grand. Une femme, un enfant, un frère - un grand amour comme ceux-là vous eût déchiré de part en part, à Alfred, Géorgie. Il savait exactement ce qu'elle voulait dire : arriver quelque part où l'on pouvait aimer tout ce que l'on voulait - ne pas avoir besoin d'autorisation pour désirer -, eh bien, ça c'était la liberté.
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  • Par caravelle, le 29 août 2011

    Dangereux se dit Paul D, très dangereux. Pour une ancienne esclave, aimer aussi fort était risqué; surtout si c'étaient ses enfants qu'elle avait décidé d'aimer. Le mieux, il le savait, c'était d'aimer un petit peu, juste un petit peu chaque chose, pour que, le jour où on casserait les reins à cette chose ou qu'on la fourrerait dans un sac de jute lesté d'une pierre, eh bien il vous reste peut-être un peu d'amour pour ce qui viendrait après.
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