Je ne me sens toujours pas intégré dans la vie normale. Les camps de concentration m'ont rendu prématurément blasé, m'ont fait perdre tout sentiment violent de peur, d'amour ou de joie.
Ca m'empêche d'être sociable, de déconner, de rigoler. Je suis toujours sur mes gardes. Ca m'a filé des complexes et ça me dérange.
Je me suis souvent demandé comment tout ça a été possible. Je n'arrivais pas à croire ce que j'avais vu et que c'était terminé. Pendant qu'on vit les choses, on ne pense à rien, on ne juge rien, on se contente d'essayer de ne pas être sur le chemin des SS ou des kapos.
Quand je suis devenu adulte, toutes les guerres, tous les massacres, au Vietnam et ailleurs, avaient une raison apparente de logique. C'étaient des antagonismes, condamnables mais plus ou moins expliquables.
Ce que je n'ai jamais compris et ne comprendrai jamais, c'est qu'au nom d'une guerre, on massacre toute une catégorie de gens. Aucune logique dans tout ça. La haine n'explique pas tout. On parle en France en ce moment des immigrés. Les gens pensent qu'ils sont envahis. Ils n'ont pas envie de changer leurs habitudes. Ils veulent les chasser.
En Allemagne, on ne chassait pas les gens? On les tuait.
Ce que je n'ai pas compris et ne comprendrai jamais, c'est qu'au nom d'une guerre, on massacre toute une catégorie de gens. Aucune logique dans tout cela. La haine n'explique pas tout.