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ISBN : 2070777251
Éditeur : Gallimard (02/03/2006)

Note moyenne : 4/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Quiconque visite le Rwanda est saisi par la beauté de son paysage, mais il est aussi effaré par la violence de son histoire postcoloniale. Tout se passe comme si le bien et le mal irrémédiablement inséparables avaient scellé sous ses mille et une collines un pacte d'amitié. Il y a d'un côté les collines ; il y a, de l'autre, le million de crânes qui les jonchent. Mais ce qui prédomine, dans ce récit, c'est le remords des survivants, qui se traduit par les multiples ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
AMR
03 mars 2017
★★★★★
★★★★★
Un peu d'histoire…
Au Rwanda cohabitent trois grands groupes ethniques, les éleveurs Tutsis, les agriculteurs Hutus et les artisans Twas. Ce pays a d'abord été colonisé par l'Allemagne sous administration Tutsi, puis par la Belgique et à ce titre a été rattaché au Congo Belge. En 1962, les Hutus proclament l'indépendance du Rwanda, chassent et déportent les Tutsis. Juvénal Habyarimana devient président après un coup d'état. Les Tutsis exilés fondent le Front Patriotique Rwandais (F.P.R.) qui cherche à renverser ce président hutu : une véritable guerre civile éclate et le président est assassiné en avril 1994 ; plus de huit cent mille tutsis et hutus modérés sont alors massacrés entre avril et juillet 1994 malgré les interventions de l'O.N.U dont l'opération Turquoise française. En juillet 1994, Paul Kagamé leader du F.P.R. devient vice-président puis président de la république en 2000, faisant adopter une nouvelle constitution
Dans ce récit autobiographique, publié en 2006, il s'agit bien pour l'auteure de mettre des mots, ses mots à elle, sur des morts afin qu'ils ne soient pas oubliés ; il s'agit aussi de répondre par des mots, ses propres mots, à cette insulte trop souvent reçue, « inyenzi », « cafard », du nom de cet insecte considéré comme nuisible et invasif, malodorant, habile à se cacher, honni entre tous, synonyme de paria, de pestiféré… C'est tout le pouvoir de catharsis de la littérature qui est ici convoqué, pour dire l'indicible des déplacements de populations des années soixante, puis du génocide de 1994. Nous entrons dans un livre terrible où « les mots sont sans émotion, glacés par la mort ».
Dès sa plus tendre enfance, l'auteure a connu la violence des conflits ethniques et les déplacements de populations ; elle nous les décrit à la fois à partir de son point de vue de petite fille dans une langue épurée, d'une émouvante efficacité et avec le recul de la femme de cinquante ans, en proie a de terribles cauchemars récurrents, qui témoigne et, par là, se révèle dans une posture d'écrivain au service de la mémoire et du souvenir des victimes.
Mukasonga a à peine trois ans quand « l'engrenage du génocide » commence : elle connaît l'exclusion et la déportation dans des zones de brousse, véritables ghettos, puis la persécution violente et meurtrière. Dans les années soixante, en pleine période de terreur militaire, cette petite fille a vu en allant chercher de l'eau « les corps ligotés des victimes qui agonisaient lentement dans les eaux basses du lac » et a du subir les crachats, les coups, les insultes et les menaces de jeunes miliciens à peine plus âgés qu'elle, chargés « d'humilier et de terroriser une population sans défense ».
À douze ans, sa réussite à l'examen national, inespéré à cause des quotas ethniques, lui permet d'intégrer l'enseignement secondaire, mais elle doit quitter sa famille et entrer « dans un autre monde », toujours victime d'humiliation et de rejet. Les rares Tutsis admises au lycée doivent être parmi les meilleures et travailler pour cela nuit et jour : les bons résultats sont leur seule protection mais elles sont prises en grippe, toujours traitées de cafards et doivent se mettre au service des autres élèves.
Quand Mukasonga est admise à l'école d'assistante sociale, il n'y a que six Tutsies sur la trentaine d'élèves de première année et « les signes avant-coureurs et l'accumulation inexorable des menaces » augmentent encore ; elle a choisi ce métier « pour rester près de la terre, des paysans », sans imaginer alors qu'elle exercerait cette profession en France. Chassée de cette école, sauvée in extrémis, elle s'enfuit au Burundi avec un de ses frères, pour avoir la possibilité ou la chance de continuer leurs études : « et surtout, les parents ne savaient comment le dire, il fallait au moins que quelques uns survivent, gardent la mémoire, que la famille, ailleurs, puisse continuer ». Comment imaginer le dilemme d'une famille qui doit choisir qui va partir et qui devra rester, qui va devoir « vivre au nom de tous »?
La déplacée, l'humiliée, la rejetée devient alors une exilée, une réfugiée, avec d'autres Rwandais, Tutsis et aussi Hutus modérés, « victimes de la même folie ethnique ». Elle parvient à exercer la profession d'assistante sociale pour des projets de l'UNICEF : elle épouse un français avec qui elle a deux enfants. Sa vie se construit loin de « l'inguérissable blessure » du Rwanda, pays toujours interdit pour les Tutsis.
L'horreur du génocide de 1994 est indicible. La lecture du chapitre XIII est difficile ; on n'en sort pas indemne, mais on continue de lire ces passages insoutenables par respect pour ceux qui les ont vécus et parce que Mukasonga leur donne un « tombeau de papier » sur lequel nous devons nous recueillir. le pèlerinage final est un appel de ces morts sans sépulture, de ces cadavres abandonnés, de ces ossements dispersés, les trente-sept membres de la famille de Mukasonga et tous les autres, qui ne sont plus que des noms dans le souvenir, qu'une foule anonyme. le pèlerinage final est aussi une confrontation avec les assassins, qui ne se sont pas contentés d'écraser les inyenzi, les cafards, mais qui a pris plaisir à leur agonie ; ce plaisir immonde est au-delà de la capacité du pardon.
Lire ou relire ce livre à la lumière de la réouverture en novembre 2016 de l'enquête judiciaire sur l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais Habyarimana nous remet, plus de vingt après, face au génocide perpétré par les Hutus contre les Tutsis et nous pousse à nous interroger : deux ethnies différentes ou deux groupes, deux clans d'un même peuple ? Que dire des familles mixtes ? Quelle part de responsabilité des colonisateurs ?
Il ne faut pas perdre de vue que Hutus et Tutsis parlaient la même langue, avaient les mêmes pratiques religieuses et vivaient en harmonie quand les colonisateurs européens, allemands puis belges, sont arrivés au Rwanda à la fin du XIXème siècle. Les politiques coloniales ont alors tout fait pour diviser les différents groupes, exagérant les différences raciales (nez trop étroit, cheveux trop abondants, peau trop claire) et institutionnalisant les clivages…
L'homme est le pire ennemi de l'homme : quel terrible constat ! Comment donner du sens à cette horreur ? Comment continuer à vivre et à avancer dans une telle Histoire ? L'apaisement n'est possible que dans un retour aux origines, aux traditions orales d'avant « la parole d'oppression des missionnaires », au plus intime consigné dans le cahier d'écolier de Mukasonga, dans une forme de poésie et de merveilleux de l'ancienne Afrique, celle qui véhiculait une altérité vraie entre faune, flore et humanité.
Il faut lire Mukasonga.
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bina
23 janvier 2015
★★★★★
★★★★★
Les cafards doivent être éradiqués, c'est à ce titre que les tutsi furent massacrés.
Inyenzi ou les cafards est le premier titre écrit par Scholastique Mukasonga. C'est un livre témoignage, hommage à ses morts, 37 membres de sa famille (père, mère, frère, soeurs, beaux-frères, belle-soeur, neveux et nièces) ayant été massacrés en 1994 au Rwanda, pour le seul motif qu'ils étaient tutsi dans un pays dominé par les hutu. Ils avaient une volonté d'éradication systématique des tutsi, au même titre que les cafards.
Enfant, adolescente, jeune femme, Scholastique Mukasonga a toujours connu les suspicions, la fuite et la crainte pour des raisons ethniques. Jusqu'à sa fuite au Burundi avec son frère, laissant le reste de sa famille sur place. Son père voulait que ses enfants s'en sortent par le haut, par les études, c'est pourquoi son frère et elle vont alternativement poursuivre leurs études, et partir à l'étranger. Son frère au Sénégal, et elle, en France, en suivant son mari rencontré au Burundi.
Le massacre de sa famille, elle le vit dans la terreur, à distance, depuis la France, et il lui a fallut dix ans pour avoir la force de revenir sur les lieux du drame avec son mari et ses deux fils.
Alors pour ne pas que les morts sans sépulture tombent dans l'oubli, elle écrit, mémoire de sa famille comme le souhaitaient ses parents. Elle a été choisie pour survivre.
Ce livre est un témoignage bouleversant, qui mêle le regard de l'adulte,( le temps de l'écriture), et le vécu de l'enfance (le temps de la narration), avec une opinion avisée sur ce qui s'est passé dans son pays. Ce tableau du Rwanda de la fin des années 1950 au massacre de 1994 dresse en négatif l'impact de la politique coloniale belge, et le rôle, ou plutôt le non-rôle des institutions internationales (l'ONU en particulier) pendant ce génocide.
A lire, à faire lire, pour ne pas que cela se reproduise.
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thedoc
04 mai 2014
★★★★★
★★★★★
Scholastique Mukasonga nous raconte ses souvenirs du Rwanda, avant le génocide, de sa petite enfance jusqu'à sa fuite en 1973 alors qu'elle était étudiante. Tutsi, elle n'a connu que les humiliations, les persécutions et les violences quotidiennes perpétrées par les Hutu, jusqu'aux derniers pogroms qui l'ont obligée à se réfugier au Burundi pour sauver sa vie. Son récit fait frémir lorsque l'on songe que le génocide n'a été que "l'horreur attendue". Pendant 40 ans, les Tutsi ont été traités comme des parias, à un tel point que chacun d'entre eux savait que la seule issue possible était la mort. Ils l'attendaient presque comme un soulagement...
Scholastique Mukasonga redonne vie aux membres de sa famille et à la communauté avec laquelle elle a partagé ses jeunes années. Elle revient sur la terre de son enfance pour recueillir les témoignages des derniers instants des membres de sa famille. Ce récit est essentiel pour réaliser jusqu'où la haine raciale des hommes peut mener. Jusqu'à l'abomination.
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jeunejane
30 août 2014
★★★★★
★★★★★
Ce roman m'a beaucoup touché pour la force que la famille a dû déployer pour survivre, se déplacer et encore se déplacer.
Que les hommes sont cruels et bêtes parfois. J'ai reçu le témoignage de parents de tutsis établis en Belgique et partis rechercher les survivants. Quand je croiserai encore la jeune dame arrivée ici , ramenée par sa soeur, j'apprécierai plus la qualité de son sourire et j'admirerai encore plus son intégration parmi nous qu'elle a réussie grâce à sa famille belgo rwandaise.
Je ne m'imaginais pas l'horreur décrite par Scholastique Mukasonga et pourtant c'est écrit avec de beaux mots et avec force pudeur.
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Flodopas78
29 juillet 2014
★★★★★
★★★★★
A l'occasion du 20ème anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda, Gallimard réédite en collection folio le premier livre de Scholastique Mukasonga où elle raconte les persécutions qu'ont connues sa famille entre 1950 et 1994. En France au moment des évènements tragiques qui ont frappé la population Tutsi et où la quasi-totalité de sa famille a perdu la vie, souvent dans des conditions atroces, la vie de Scholastique Mukasonga bascule dans la douleur de se savoir une des seules survivantes. Il lui a fallu attendre 10 ans pour avoir la force de retourner au Rwanda sur la trace de ses chers disparus auxquels elle dresse un mémorial à travers le récit de sa vie. "J'avais en charge la mémoire de tous ces morts : ils m'accompagneraient jusqu'à ma propre mort". Récit bouleversant mais nécessaire, pour ne pas oublier.
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Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
AMRAMR03 mars 2017
On s’est installé dans une maison abandonnée, celle de Mbayiha, un homme jeune et vigoureux qui avait réussi à défricher une grande parcelle. Mon père déclara qu’elle conviendrait pour la famille. Il planta son bâton. À Gitagata. C’est là qu’il a passé tout le reste de sa vie. C’est là qu’on l’a tué avec ma mère. Maintenant, il n’y a plus rien. Les tueurs se sont acharnés sur la maison jusqu’à en effacer la moindre trace. La brousse a tout recouvert. C’est comme si nous n’avions jamais existé. Et cependant, ma famille a vécu là. Dans l’humiliation, la peur de chaque jour, dans l’attente de ce qui allait survenir et que nous ne savions pas nommer : le génocide. Et je suis la seule à en détenir la mémoire. C’est pour cela que j’écris ces lignes.

[…]


Ma mère cultivait avec soin, il faudrait dire avec piété, les plantes anciennes. […] Elle passait parfois un après-midi entier sur la petite parcelle réservée aux plantes en voie de disparition. C’était pour elle comme les survivants d’un temps plus heureux auprès desquels, semblait-il, elle puisait une énergie nouvelle. Elle les cultivait non pas pour la consommation quotidienne mais en témoignage de ce qui était menacé de disparaître et qui, effectivement, dans le cataclysme du génocide a disparu.

[…]

Les Tutsis du Nyamata attendaient l’holocauste. Comment auraient-ils pu y échapper ? […] Une satisfaction morbide me traversa l’esprit : à Nyamata, depuis si longtemps, nous savions ! Mais comment aurais-je pu imaginer l’horreur absolue dans laquelle allait être plongé le Rwanda : un peuple tout entier se livrant aux pires des crimes sur les vieillards, les femmes, les enfants, les bébés, avec une cruauté, une férocité si inhumaines qu’elles laissent aujourd’hui les assassins sans remords.
Je n’étais pas parmi les miens quand on les découpait à la machette. Comment ai-je pu continuer à vivre pendant les jours de leur mort ? Survivre ! C’était, il est vrai, la mission que nous avaient confié les parents à André et à moi. Nous devions survivre et je savais à présent ce que signifiait la douleur de survivre. […] J’avais en charge la mémoire de tous ces morts : ils m’accompagneraient jusqu’à ma propre mort.
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EdenKEdenK03 septembre 2014
Notre ami nous conduit jusqu'à la maison de ses parents. Il a eu de la chance. Ses parents trop agés n'ont pas été poussés jusqu'à la rivière, ils ont été tués dans la cour de leur maison. Il a pu retrouver leurs corps. Il les a enterrés à l'entrée de l'église du bourg de Kirarambogo où son père avait été instituteur pendant vingt-cinq ans. Ainsi ses anciens élèves qui sont aussi les tueurs passent devant sa tombe quand en bons chrétiens, ils vont à la messe du dimanche.
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AMRAMR03 mars 2017
Le bâton du maître ne connaissait aucune excuse !
Il y avait pourtant une excuse qui était admise aussi bien par l’instituteur que par les parents : la rencontre des éléphants. […]
Les éléphants n’étaient pourtant pas le plus grand danger que les écoliers pouvaient rencontrer sur la route de Nyamata. Il y avait aussi la cruauté des hommes… Mais de cela je parlerai plus tard.

[…]

Je rêvais parfois l’impossible : avoir un livre pour moi toute seule.

[…]

Hélas ! Le rivage du lac, qui était comme le jardin de nos jeux innocents, devint bientôt le lieu de tous les cauchemars.

[…]

Les militaires exigeaient que, dans chaque maison, soit accroché le portrait du président Kayibanda. Les missionnaires veillèrent à ce que soit placée à ses côtés l’image de Marie. Nous vivions sous les portraits jumeaux du président qui nous avait voués à l’extermination et de Marie qui nous attendait au ciel.
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thedocthedoc05 mai 2014
Le 1er juillet 1962, le Rwanda devint officiellement indépendant. Avec l'aide des Belges et de l'église catholique, le MDR-Parmehutu pouvait établir ce qu'un rapport de l'ONU désignait dès mars 1961 comme la "dictature raciale d'un seul parti". Des milliers de Tutsi avaient été massacrés, plus de 150 000 avaient fui dans les pays avoisinants, ceux qui restaient au Rwanda allaient être réduits à l'état de parias.
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ignatus-reillyignatus-reilly09 janvier 2016
Les assassins ont voulu effacer jusqu'à leur mémoire mais, dans le cahier d'écolier qui ne me quitte plus, je consigne leurs noms et je n'ai pour les miens et tous ceux qui sont tombés à Nyamata que ce tombeau de papier.
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Videos de Scholastique Mukasonga (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Scholastique Mukasonga
Scholastique Mukasonga " Nous avons voulu que nos enfants ne soient pas des tutsis " .L'invité des Matins de France Culture. Comprendre le monde c'est déjà le transformer, l?invité était Scholastique Mukasonga (07h40 - 08h00 - 25 Novembre 2016) Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr
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