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ISBN : 2070456315
Éditeur : Gallimard (2014)


Note moyenne : 3.55/5 (sur 213 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d'altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d'accès difficile, loin des tentations de l... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 17 novembre 2014

    carre
    Notre-Dame-du-Nil est perchée tout en haut des sources du Nil. Dirigée par des religieuses, elle reçoit le gratin de la population Hutus mais aussi par un quota imposé, quelques jeunes filles Tutsis. Même en prenant de la hauteur, les premiers soubresauts d'un grand malheur gagnent petit à petit le lycée.
    Scholastique Mukasonga choisit par de petits évènements de montrer la montée de la terreur. On sent bien, qu'au-delà des bonnes manières, se prépare l'inacceptable. Au nez des professeurs étrangers (français) et de la direction du lycée (belge).
    Mesquineries, brimades, les dominants sont près à tout pour faire exploser leur haines des « Inyenzi » (cafards, nom donné à leurs camarades Tutsis).
    Au fil des pages, l'angoisse monte, les masques tombent jusqu'à l'explosion inacceptable du génocide. le livre de Mukasonga montre avec un sacré talent de conteuse, par petites touches, la folie qui va frapper le Rwanda en cette funeste année 1994. Comment peut-on en arrivé là ?
    4 étoiles
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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 02 juillet 2012

    LiliGalipette
    Au Rwanda, le lycée de Notre-Dame du Nil veut former l'élite féminine de demain. Il s'agit surtout de préserver la virginité de ces filles qui feront l'objet de mariages glorieux ou juteux. Pour une famille rwandaise, une fille représente une richesse précieuse. « Elle était assurée que sa fille recevrait au lycée Notre-Dame du Nil l'éducation démocratique et chrétienne qui convenait à l'élite féminine d'un pays qui avait fait la révolution sociale qui l'avait débarrassé des injustices féodales. » (p. 28) Perdu dans les montagnes et situé tout près de la source du Nil, l'établissement accueille un quota de filles issues de l'ethnie tutsie, mais cela ne plaît pas à toutes les élèves. le microcosme du lycée reproduit naturellement la société rwandaise et les élèves Hutu dédaignent leurs camarades tutsis. Parmi elles, Gloriosa se voit déjà à la tête du parti du peuple majoritaire. Mais il y a aussi Immaculée la rebelle, Modesta la métisse, Véronica la rêveuse et Virginia qui ne pleure jamais.
    Non loin du lycée, le vieux M. de Fontenaille est obsédé par l'ethnie tutsie et il est persuadé d'avoir trouvé l'incarnation de la déesse Isis. « Dans leur exode […], les Tutsi avaient perdu la Mémoire. Ils avaient conservé leurs vaches, leur noble prestance, la beauté de leurs filles, mais ils avaient perdu la Mémoire. Ils ne savaient plus d'où ils venaient, qui ils étaient. » (p. 72) Fontenaille en est persuadé : les Tutsi sont les descendants des pharaons noirs de Méroé. Étrangement, tout le monde croit détenir sa propre vérité sur les Tutsi, mais ce sont encore eux les plus lucides. « J'ai aussi appris que les Tutsi ne sont pas des humains : ici nous sommes des Inyenzi, des cafards, des serpents, des animaux nuisibles ; chez les Blancs, nous sommes les héros de leurs légendes. » (p. 153) Leur histoire est aussi mystérieuse que le sang mensuel des femmes et la statue de Notre-Dame du Nil. Est-elle une ancienne vierge belge peinte en noir ? Une Tutsi ? Une Hutu ? Une déesse égyptienne ?
    Le Rwanda veut écrire sa propre histoire loin des Belges et loin des blancs, mais les dérives ne sont pas loin et même les plus jeunes en conscience. « Mon père dit qu'on ne doit jamais oublier de faire peur au peuple. » (p. 186) Dans ce pays nouvellement débarrassé de la domination européenne, tous les moyens sont bons pour s'emparer du pouvoir et le garder : « Ce n'est pas des mensonges, c'est de la politique. » (p. 194) Rescapée des massacres qui ont ensanglanté le Rwanda, l'auteure mêle avec talent l'histoire légendaire des Tutsi de l'époque pharaonique à l'histoire contemporaine. On voudrait croire que le roman n'est que fiction, mais les accents de la vérité ne trompent pas. Ce qui passe dans l'enceinte du lycée Notre-Dame du Nil n'est pas un beau catéchisme ou une légende antique, ce n'est que l'expression banalement terrible d'un peuple qui se perd en croyant affirmer son identité.
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    • Livres 3.00/5
    Par Marple, le 02 juin 2013

    Marple
    Quand un livre évoque un sujet aussi puissant et dramatique que les prémisses d'un génocide et qu'on ne l'a pas trop aimé, on marche sur des œufs pour en faire une chronique. C'est mon cas avec 'Notre Dame du Nil', roman unanimement salué par la critique mais qui m'a prodigieusement ennuyée, à l'exception notable des 30 dernières pages, fortes et bouleversantes.
    J'ai acheté le livre au moment du club de lecture Babelio (en février, je crois) mais j'avais plusieurs autres lectures en cours, et l'ai donc prêté à ma mère qui n'est, je le précise, ni une réactionnaire raciste, ni une idéaliste naïve, mais une grande amatrice de documentaires pas effrayée de retrouver dans les livres la noirceur du monde. Verdict : 'ce livre est nul; il n'y a pas d'histoire, juste un horrible fait divers; les personnages sont soit demeurés, soit lâches, soit illuminés, soit pervers, soit les quatre à la fois; ça donne vraiment une mauvaise image des Rwandais et de l'homme en général; en plus, c'est mal écrit, je ne comprends pas ce que tout le monde trouve de si formidable'. Dont acte. Je me dis qu'elle a toujours eu la dent dure et que peu de livres trouvent grâce à ses yeux. Pas découragée, j'entame donc ma lecture.
    Mais, au bout de 10 pages, je m'ennuie et ça ne fait qu'empirer au fil de ma découverte de ce pensionnat de jeunes filles rwandaises qui sont, au choix, arrogantes et stupides, ou soumises et stupides. En plus, je suis agacée par les innombrables clichés : le religieux libidineux, le vieil ermite original et sympathique, l'ambassadeur amateur de chair fraîche qui se croit tout permis, la directrice qui ne se préoccupe pas des élèves mais des convenances, les gorilles qui apparaissent en guest-stars, la fille qui panique lors de ses premières règles... Bref, ça ne me plaît pas du tout. Au point que j'ai sérieusement envisagé d'abandonner autour de la page 180. J'ai pourtant continué, essentiellement parce que ça se lit vite.
    Bien m'en a pris, parce que la fin m'a nettement plus touchée et intéressée. On a enfin des vraies personnalités qui se dessinent, notamment la 'résistante' qui garde son indépendance face à la pression du groupe et fait ce qu'elle croit juste, et surtout la 'dangereuse' avec son idéologie du 'peuple majoritaire', sa haine et sa soif du pouvoir... Et autour d'elles beaucoup de soumis, d'indifférents ou de lâches qui regardent ailleurs pendant que le pensionnat bascule dans l'horreur. Comme c'est arrivé de nombreuses fois dans l'histoire, au Rwanda et ailleurs. Rien que pour ce terrible rappel, ce livre mérite probablement d'être lu.
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    • Livres 3.00/5
    Par Missbouquin, le 19 juillet 2012

    Missbouquin
    "Il n'y a pas de meilleur lycée que le lycée Notre-Dame-du-Nil. Il n'y en a pas de plus haut non plus. 2500 mètres, annoncent fièrement les professeurs blancs. 2493, corrige Sœur Lydwine, la professeur de géographie. "On est si près du ciel", murmure la mère supérieure en joignant les mains."
    Dans un pensionnat rwandais, des jeunes filles de la haute société sont élevées à l'écart du monde, sur un plateau situé à la source du Nil. le lycée Notre-Dame du Nil, géré par des religieuses, est pourtant à la pointe de la modernité dans son action pour l'éducation des femmes : « Elle était assurée que sa fille recevrait au lycée Notre-Dame du Nil l'éducation démocratique et chrétienne qui convenait à l'élite féminine d'un pays qui avait fait la révolution sociale qui l'avait débarrassé des injustices féodales. »
    Et pourtant, le lycée est le creuset des tensions qui agitent le Rwanda dans les années 1970, alors que les hutus ont pris le pouvoir, soutenu par les colonisateurs belges. Tensions entre les filles de différents partis, mais surtout tensions entre les "vraies rwandaises du peuple majoritaire" et les quelques filles tsutsies, admises pour des questions de quota (étant l'espoir de leur famille, car quand on est étudiant, on n'est plus ni hutu ni tsutsi, "comme si on appartenait à une autre ethnie, celle que les Belges appelaient naguère les 'évolués'", alors qu'elles savent qu'elles n'auront pas plus de travail après). Plus pauvres, méprisées, considérées comme des "Inyenzi, des cafards, des serpents, des animaux nuisibles" elles sont l'objet de réflexions considérées comme normales, de vexations. Jusqu'à l'apothéose final qui préfigure le génocide de 1994.
    "La Mort a établi son règne sur notre pauvre Rwanda. Elle a son projet, elle est décidée à l'accomplir jusqu'au bout. Je reviendrais quand le soleil de la vie brillera à nouveau sur notre Rwanda".
    C'est un roman extrêmement puissant, écrit par une rescapée du génocide tsutsi. Si certaines parties sont très dures, elles sont le reflet de la réalité et l'auteur parvient très bien à rendre l'ambiance de cette époque à travers les scènes de frustrations, de tensions. Mais elle nous plonge également au cœur de la culture rwandaise, évoquant les modes de vie, entre tradition et modernité, les fractures de la société, les croyances et superstitions, avec une plume aisée et agréable.
    Elle peint également de beaux portraits de femmes : la grosse Gloriosa, avide de pouvoir; Victoria, la rêveuse qui perdra rapidement toutes ses illusions ; Modesta, mi-tutsi, mi-hutu, partagée entre ces deux "races" et désireuse d'être admise dans la dominante.
    Et l'auteur retrace la montée des tensions, la moindre excuse étant utilisée pour attaquer les tutsis, le moindre prétexte à la violence, au relâchement de la haine, qui en fait un "roman" effrayant.
    Enfin, le rapport aux Blancs est esquissé. Compliqué. Les Rwandais veulent acquérir une certaine indépendance, mais leur dévotion lors de la visite de la reine belge montre que les habitudes sont difficiles à perdre. On relève aussi une forme d'accusation des Blancs, impuissants et lâches (?) qui ne font rien pour arrêter les violences, ne s'impliquant pas dans ces querelles, alors qu'ils en sont à l'origine.
    Ou l'éternelle histoire de domination, de racisme et de lutte de pouvoir ; l'éternel discours universel qui anime la haine entre deux "races", deux populations.
    Un bémol cependant, qui est naturel : c'est une sorte de témoignage, du côté tsutsi, qui ont été persécutés, mais n'ont pas toujours eu le beau rôle ... Dans ce roman, utiliser des jeunes filles purs et frêles aident à propager l'idée que les Tsutsis sont uniquement des victimes. Mais lorsqu'on regarde l'histoire de plus près, ce n'est pas si simple ...
    Un roman magnifique, à prendre pourtant avec précaution car les tensions sont toujours très importantes au Rwanda autour de cette question, non réglée depuis des décennies.

    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/
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    • Livres 5.00/5
    Par sandrine57, le 20 février 2013

    sandrine57
    Perché dans les nuages, à 2493 mètres, tout près de la source du Nil, le lycée Notre-Dame du Nil accueille la future élite féminine de la nation rwandaise. Les chastes jeunes filles, issues des meilleures familles, viennent y décrocher un diplôme qui plus sûrement qu'un travail, leur permettra de trouver un mari dans les hautes sphères de la société. Soeurs catholiques, professeurs belges et coopérants français leur inculquent les valeurs démocratiques et chrétiennes qui conviennent dans un pays qui a mené à bien sa révolution sociale. Harmonieuse en apparence, l'ambiance est pourtant délétère. La société rwandaise est divisé entre Hutus et Tutsis et ce clivage a pénétré cet antre du savoir. Les élèves hutus y sont largement majoritaires et n'hésitent pas à humilier les jeunes filles tutsis qui ne sont là que par la grâce d'un quota imposé par l'état. La plus virulente est Gloriosa qui rêve d'une carrière politique au sein du Parti du peuple majoritaire et aime à rappeler à Virginia et Véronica qu'elles ne sont que des cafards qui n'ont rien à faire à Notre-Dame du Nil. Autour d'elle, une cour s'empresse même si Immaculée ne partage pas ses positions et que Modesta est tiraillée par ses origines métisses.
    Plus proche voisin du lycée, Monsieur de Fontenaille, un vieil original, est bien le seul à regretter le temps où les Tutsis étaient les maîtres du pays. Persuadés qu'ils sont venus d'Egypte et descendent des pharaons, il cherche son Isis dans le visage des élèves tutsis. Déesses pour les blancs, parasites pour les Hutus, les Tutsis du lycée essaient d'obtenir leur diplôme sans faire de vague pour qu'un jour elles ne soient plus ni hutus ni tutsis mais simplement des "évoluées".

    Situé après l'indépendance du Rwanda et avant le génocide de 1994, le roman de Scholastique MUKASONGA dépeint les prémisses d'une haine larvée qui deviendra une guerre.
    Cela commence comme une chronique bon enfant qui décrit la vie dans un lycée de jeunes filles catholique : l'arrivée en grande pompe des élèves le jour de la rentrée, le pèlerinage annuel à la Vierge du Nil, les amitiés, les cours, les professeurs...Mais très vite, on perçoit un malaise. Gloriosa, élève crainte et respectée, leader politique en devenir, cristallise les travers d'un pays qui se veut indépendant et démocratique mais favorise les Hutus, le "peuple majoritaire". On ressent l'opposition, la rivalité, la haine même que les Hutus portent aux Tutsis et qui va aller en grandissant tout au long de l'année scolaire. Les petites remarques acerbes deviendront des insultes plus crûes et dégénéreront en haine raciale, appel à la violence, voire au meurtre. Pendant que les élèves hutus appellent à l'épuration ethnique, rameutent leurs troupes et organisent le massacre, les blancs ferment pudiquement les yeux sur un conflit dont ils ont pourtant été les instigateurs, ayant bouleversé le système clanique traditionnel en place à l'époque de la colonisation et favorisé à tour de rôle un camp au détriment de l'autre, au gré d'obscures alliances politiques.
    Roman fort, beau et puissant, Notre-Dame du Nil n'est malheureusement pas issu de la seule imagination de son auteure. Scholastique MUKASONGA s'est inspirée de de l'histoire de sa famille pour décrire un pays qui se déchire toujours. Et pourtant, on sent tout l'amour pour le Rwanda dans ce livre avec ses rites, ses traditions, ses croyances, ses paysages, ses gorilles...Un pays magnifique qui a connu l'horreur et qui mériterait une paix solide et durable.
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Critiques presse (4)


  • Lexpress , le 06 décembre 2012
    C'est [la] montée en puissance de l'horreur, mais aussi l'histoire complexe du "pays aux Mille Collines" que Scholastique Musakonga nous conte avec une grande finesse.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Actualitte , le 11 juillet 2012
    Même si l'horreur est palpable et croissante, le style limpide, le mélange des cultures, des croyances religieuses, les anecdotes au sein de l'école, les personnages parfois drôles, émouvants ou pathétiques, voire exaltés constituent un récit agréable à lire, rarement menaçant ou insoutenable.
    Lire la critique sur le site : Actualitte
  • Lhumanite , le 07 mai 2012
    Scholastique Mukasonga parvient à restituer l’atmosphère d’une époque de terreur. Ce roman à l’écriture simple et directe, qui traite de tous les signes avant-coureurs de la catastrophe, met donc en 
jeu un microcosme que traversent des amitiés, des alliances et la haine.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite
  • Bibliobs , le 12 avril 2012
    «Notre-Dame du Nil» est un roman d'atmosphère au suspense insoutenable.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs

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Citations et extraits

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  • Par GabySensei, le 18 novembre 2012

    - Tout ce que mangent les Blancs, gémissait Godelive, sort des boîtes, même les morceaux de mangue et d'ananas qui nagent dans du sirop, et les seules vraies bananes qu'on nous sert, ce sont des bananes sucrées pour finir le repas, mais ce n'est pas comme ça qu'on mange les bananes. Dès que je rentrerai chez moi pour les vacances, avec ma mère on préparera de vraies bananes, on surveillera le boy quand il les épluchera et les mettra à cuire dans de l'eau et des tomates. Et puis, ma mère et moi, on y ajoutera tout ce qu'on peut: des oignons, de l'huile de palme, des épinards irengarenga très doux et des isogi bien amers, des petits poissons séchés ndagala. Avec ma mère et mes sœurs, on se régalera.

    - Tu n'y connais rien, dit Gloriosa, ce qu'il faut, c'est de la sauce d'arachide, ikinyiga, et faire cuire doucement, très doucement, de façon que la sauce imprègne jusqu'aux entrailles de la bananes.

    - Mais, rectifiait Modesta, si vous faites cuire avec le Butane et dans une casserole comme les gens de la ville, les bananes cuiront trop vite, elles ne seront pas moelleuses, il faut du charbon de bois et surtout une marmite en terre. Ça prend beaucoup de temps. Moi, je vais vous donner la vraie recette, celle de ma mère. D'abord il ne faut pas éplucher les bananes, on met un peu d'eau au fond d'une grande marmite et tu disposes au-dessus les bananes, bien tassées, et tu les recouvre de toute une couche de feuilles de bananier, il faut que ce soit hermétique, tu choisis des feuilles sans déchirures. Dessus, pour faire un poids, on place un tesson de poterie. Il faut attendre longtemps, il faut que cela cuise très lentement mais, si tu es patiente, tu auras des bananes bien blanches, moelleuses jusqu'au cœur. Il faut les manger avec de l'ikivuguto, du lait battu, et inviter les voisines.

    - Ma pauvre Modesta, dit Goretti, ta mère fera toujours la délicate, des bananes bien blanches, immaculées et on les accompagne avec du lait! Tu auras toujours les manières de ta mère. Moi je vais te dire ce qu'il faut que tu prépares pour ton père: des bananes toutes rouges parce qu'elles ont bu le jus des haricots. Je suis sûre que ta mère ne voudrait pas y toucher, mais quand le boy en fait pour ton père, tu es bien forcée d'en manger. Apprends donc la recette à ta mère: elle les épluche et, quand les haricots sont presque cuits mais qu'il reste une moitié d'eau, elle les jette dans la marmite et elles boivent tout le jus qui reste. Alors elles deviennent rouges, brunes, c'est comme ça qu'elles sont succulentes, consistantes! Voilà les bananes des vrais Rwandais qui ont la force de manier la houe!
    (P50)
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  • Par joedi, le 08 décembre 2013

    La pluie pendant de longs mois, c'est la Souveraine du Rwanda, bien plus que le roi d'autrefois ou le président d'aujourd'hui, la Pluie, c'est celle qu'on attend, qu'on implore, celle qui décidera de la disette ou de l'abondance, qui sera le bon présage d'un mariage fécond, la première pluie au bout de la saison sèche qui fait danser les enfants qui tendent leurs visages vers le ciel pour accueillir les grosses gouttes tant désirées, la pluie impudique qui met à nu, sous leur pagne mouillé, les formes indécises des toutes jeunes filles, la Maîtresse violente, vétilleuse, capricieuse, celle qui crépite sur tous les toits de tôles, ceux cachés sous la bananeraie comme ceux des quartiers bourbeux de la capitale, celle qui a jeté son filet sur le lac, a effacé la démesure des volcans, qui règne sur les immenses forêts du Congo, qui sont les entrailles de l'Afrique, la Pluie, la Pluie sans fin, jusqu'à l'océan qui l'engendre.
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  • Par litolff, le 15 novembre 2012

    A chaque fin de mois, c’était jour de paye à Nyaminombe. Le 30, un jour périlleux. Périlleux pour les comptables exposés aux réclamations le plus souvent violentes des salariés. Périlleux pour les journaliers qui savaient que, ce jour là, le 30, le seul jour dont elle connaissait la date, leur femme n'était pas au champ mais les attendait sur le seuil de la case pour recueillir les billets que leur tendait leur époux, vérifier le compte, attacher la maigre liasse avec une ficelle de bananier, la glisser dans une petite cruche qu'elle dissimulerait sous la paille au chevet du lit. Le 30, c'était le jour de toutes les querelles, de toutes les violences.
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  • Par mimifasola, le 04 mai 2014

    La pluie, c'est celle qu'on attend, qu'on implore, celle qui décidera de la disette ou de l'abondance, qui sera le bon présage d'un mariage fécond, la première pluie au bout de la saison sèche qui fait danser les enfants qui tendent leurs visages vers le ciel pour accueillir les grosses gouttes tant désirées, la pluie impudique qui met à nu, sous leur pagne mouillé, les formes indécises des toutes jeunes filles, la Maîtresse violente, vétilleuse, capricieuse, celle qui crépite sur tous les toits de tôles, ......, celle qui a jeté son filet sur le lac, a effacé la démesure des volcans, qui règne sur les immenses forêts du Congo, qui sont les entrailles d'Afrique, la Pluie, la Pluie sans fin, jusqu'à l'océan qui l'engendre.
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  • Par litolff, le 17 novembre 2012

    D'une certaine manière, Mme de Decker était la seule femme vraiment blanche au lycée Notre-Dame-du-Nil, car la mère supérieure t la soeur intendante n'étaient ni tout à fait des femmes ni tout à fait des Blanches : c'étaient des soeurs. Elles ne pouvaient se marier, elles n'auraient pas d'enfants, elles avaient perdu leurs seins. Elles étaient au Rwanda depuis si longtemps qu'on avait oublié leur couleur. Ni hommes ni femmes, ni blanches ni noires, elles étaient des êtres hybrides auxquels on avait fini par s'habituer comme, dans les paysages du Rwanda, les carrés de café ou les champs de manioc qu'au temps des belges on nous avait contraints de planter. Quant à Miss South, elle avait dû être une femme, mais elle n'était pas blanche, elle était rouge, c'était une Anglaise.
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Scholastique Mukasonga "prix Océans" France Ô 2012 .
Scholastique Mukasonga a reçu le prix Océans France Ô 2012.Parrainé par Alain Mabanckou et en partenariat avec Babelio.com, ce nouveau prix initié par France Ô récompense un roman écrit en français mettant en lumière les valeurs d'ouverture sur le monde, d'échanges et d'humanisme publié dans les douze mois précédant








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