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ISBN : 2021025349
Éditeur : Editions du Seuil (2012)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 44 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
À la fin de 1936, Ignacio Abel, architecte espagnol de renom, progressiste et républicain, monte l’escalier de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a éclaté.

Hanté par les récriminations de sa... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par caro64, le 25 juin 2012

    caro64
    Vaste fresque sur les heures qui ont précédées la prise de Madrid par les franquistes, cet impressionnant roman de 750 pages fouille avec honnêteté les tréfonds de l'âme humaine. Un monumental récit historique qui est aussi un travail fantastique sur le temps et son écoulement.
    En 1936, la République espagnole naissante est déjà en proie aux convulsions annonciatrices de l'atroce guerre civile qui s'en suivra. Ignacio Abel, célèbre architecte socialiste, est marié depuis seize ans à Adela, issue d'une vieille famille catholique, qui lui a donné deux enfants. le jour, où il fait la connaissance de Judith Biely, une jeune Juive américaine, il en tombe éperdument amoureux. Dans un Madrid bientôt assiégé par les franquistes, ces deux amants insouciants s'étreignent dans une intense passion qu'Ignacio découvre, sans jamais deviner qu'il vient de mettre le doigt dans un engrenage qui se risque fort de se révéler dramatique, à cette heure où les ténèbres s'apprêtent à assombrir l'Espagne.
    Intimiste et charnel, ce roman plonge son protagoniste - entre politique et sentiments - au sein d'une infernale spirale qui le conduira à la perte à la fois de son amour, de son pays et de ses idéaux. Fin 1936, l'architecte progressiste et républicain montera les marches de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a déjà éclaté. Il y cherche Judith, sa maîtresse américaine perdue, poursuivi par les lettres accusatrices de sa femme, Adela, et préoccupé par le devenir menacé de ses enfants, Miguel et Lita. le narrateur observe, mais de loin seulement. S'il nous montre l'homme à la recherche de ce train qui le conduira dans une petite ville au bord de l'Hudson, c'est pour nous révéler aussi son impressionnant parcours sur les chemins sinueux de la mémoire.
    En 750 pages de passion et de guerre, Antonio Muñoz Molina revisite les grands thèmes qui lui sont si chers : l'Histoire, la morale et la complexité des sentiments. A travers un éblouissant va et vient dans le temps, Ignacio Abel, le fils de maçon devenu architecte de renom à grande force de sacrifices, revisitera son ascension, son entrée dans une bourgeoisie madrilène conservatrice et catholique, entre passion amoureuse dévastatrice et violences politiques. Et c'est avec virtuosité que Molina glisse du présent au passé, fouillant dans les tourments de son héros, emportant le lecteur de sa prose élégante, riche et tortueuse - ses phrases sont longues, il faut s'y habituer - sur le chemin sinueux et difficile qui a mené son personnage là où le lecteur fait sa connaissance.
    La structure de l'œuvre est complexe et sans sophistication inutile. Elle permet aussi à l'auteur de laisser leur place à de vives et passionnantes discussions politiques. Son architecture se construit avec une implacable logique et une remarquable efficacité, à la manière des mécaniques huilées et précises des horloges.
    Entre les allers retours temporels et ceux, tout aussi rythmés, de la voix très en sourdine du narrateur et de son personnage, ce roman polyphonique captive, passionne. L'aptitude à la restitution des nuances de Molina intrigue. Son art de la psychologie, sa rigueur intellectuelle et morale, son engagement éthique, humaniste et progressiste, ainsi que sa capacité à fouiller jusqu'au plus profond des minuscules détails de l'existence éblouissent.
    Dans la grande nuit des temps est un roman puissant et passionnant, un grand livre. Magnifique !!
    Antonio Muñoz Molina vient de recevoir le Prix Méditerranée étranger 2012 pour ce roman. Un prix bien mérité !
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    • Livres 5.00/5
    Par horline, le 01 mai 2012

    horline
    Lire Dans la grande nuit des temps c'est comme entrer dans une bulle hors du temps à l'intérieur de laquelle on se laisse submerger par une sensation permanente d'irréalité vertigineuse ou encore de réalité lointaine qui laisse le temps en suspens. On est plongé dans une littérature de la lenteur, une lenteur accablante qui alimente un sentiment d'élégance glaciale ; c'est également une littérature de la rumeur, celle de la guerre civile espagnole qui résonne comme un écho et s'impose progressivement et irrémédiablement ; c'est enfin une littérature des fantômes du passé, ceux qui occupent de manière prégnante la mémoire d'un architecte espagnol, Ignacio Abel, qui quitte une Espagne sur le point de tomber entre les mains des franquistes pour Rhineberg, promesse de paix et de sérénité.
    A bord du train qui le conduit de New York à cette cité inconnue où rien n'est associé à sa mémoire, le fils de maçon jusqu'à peu gagné par une lassitude bourgeoise se laisse emporter par un mouvement de flux et de reflux entre présent et passé pour scruter avec lucidité le tourbillon des évènements et les élans du cœur qui ont traversé sa vie et bouleversé son pays. Confronté à la solitude de l'exilé dans un trajet propice aux voyages intérieurs, Ignacio Abel prend conscience de son dépouillement, de la prégnance des absents sans pour autant éprouver la culpabilité du rescapé. Il ressuscite son passé comme pour y trouver refuge mais découvre en réalité la complexité humaine, les limites de sa résistance intime face à un monde vertigineux désormais capable de céder aux idées primitives et radicales et de s'abandonner aux luttes destructrices et sanguinaires.
    Dans cette hystérie collective qui s'affirme de plus de plus, l'auteur s'attarde néanmoins à tisser le fil d'une passion amoureuse entre notre héros marié et une jeune américaine. C'est un fil tenu auquel Ignacio Abel tente de se raccrocher fermement : céder à l'étourdissement de l'amour pour échapper le temps de quelques heures en toute clandestinité à un mariage déliquescent, aux conflits sociaux qui s'amplifient, à une belle-famille méprisée, à un chantier ambitieux gangréné par les grèves et les difficultés… si bien qu'incessamment au fil de la lecture, on se dit vraisemblablement que l'architecte espagnol a fui l'Espagne pour rejoindre celle qui a empli son cœur d'une douce exaltation le rendant aveugle à la laideur du quotidien.

    En fouillant la conscience d'un homme qui a déserté sa vie, sa famille, son pays, Muñoz Molina parvient à capter et retranscrire magistralement ce qui se dérobe à l'évidence : une vie en suspens, la fragilité de l'homme, les instants insaisissables où une vie bascule, où l'être humain apparaît dans sa nudité, sa vulnérabilité. Oui, le temps de guerre modifie tout : l'attitude, la pensée, les certitudes, la démarche assurée, le regard convaincu.
    Rien n'apparaît de manière massive, baroque, imposante. Là où l'auteur excelle, c'est dans le fait d'adopter dans le ton une distance intuitive mêlée à une lucidité incorruptible qui, à travers une langue mi-grave mi-apocalyptique capte aussi bien les présences que les absences. Si bien que de l'ombre des mots reflue une image précise du passé, les souvenirs apparaissent comme des reliques fragiles et précieuses dans un récit où dominent les sentiments d'abandon, de fuite, de clandestinité et de précarité.
    La trame n'est pas simple mais elle se laisse portée par un courant lent et minutieux transformant ce qui est improbable en naturel.
    J'ai découvert un texte porté par une inépuisable beauté littéraire qui cultive une élégance discrète et épurée, une esthétique lointaine. Les mots demeurent simples mais le style emprunte un raffinement instinctif, même lorsqu'ils « encourageaient le crime, à qui personne n'accordait de crédit parce qu'ils se répétaient avec monotonie et n'étaient rien de plus que des mots ».
    J'ai rarement lu une œuvre aussi envoûtante.
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    • Livres 3.00/5
    Par sandrine57, le 08 juin 2012

    sandrine57
    New-York, 1936. Après des jours d'attente et d'incertitude, Ignacio Abel prend un train qui va le conduire à Rhineberg où un poste l'attend à l'université. Il a fui l'Espagne en guerre pour trouver refuge aux Etats-Unis où il espère bien retrouver la trace de Judith Biely, la femme qu'il aime et qui a été sa maîtresse à Madrid avant de disparaître.
    Mais Ignacio n'est plus le même homme. L'architecte reconnu qui portait beau a cédé la place à un exilé aux chaussures élimées. L'époux respectable a laissé la place à un homme adultérin éperdu d'amour. le père de famille a abandonné ses enfants dans un pays en guerre. le démocrate, socialiste modéré a laissé tomber la guerre, les idéaux, ses amis, sa patrie pour chercher la sécurité des Etats-Unis.

    Ignacio Abel, personnage central du roman, est un homme qui n'est jamais tout à fait à sa place. Enfant déjà, il était trop frêle physiquement et trop brillant intellectuellement pour suivre les traces de son père maçon. Plus tard, il se marie au-dessus de sa condition et doit composer avec une belle-famille dont il n'aime ni les idées ni les valeurs. Brillant architecte, il mène une vie bourgeoise en contradiction totale avec ses idées politiques et son milieu d'origine. Mais au-delà de cela, ce qui le caractérise vraiment, c'est son égoïsme abyssal et son aveuglement à tout ce qui l'entoure. Peu lui importent le désespoir d'une épouse folle d'amour, l'inquiétude d'un beau-père confiant, les craintes d'un fils bouleversé, peu lui importe même le chaos dans lequel son pays plonge peu à peu, Ignacio est tout à sa passion pour une jeune et belle américaine et sa seule obsession est de la voir encore et encore dans la miteuse maison de rendez-vous qui abrite leurs amours clandestines. Cette passion peut-elle excuser ses lâchetés, ses trahisons?
    Quoi qu'il en soit, il est soit pathétique, soit énervant mais jamais attachant et j'ai vraiment eu du mal à suivre ses pensées tout au long du livre. J'ai peiné à le terminer, tant les 400 premières pages m'ont ennuyée. L'écriture d'Antonio MUÑOZ MOLINA n'y est pas étrangère d'ailleurs. Son souci du détail, même le plus infime, ses phrases longues comme un jour sans pain, ses descriptions cliniques de la passion amoureuse, ne facilitent pas la lecture. L'abandon rôdait mais j'ai bien fait de m'accrocher, les 350 dernières pages valent le détour. Et si Ignacio Abel reste un personnage peu sympathique, j'ai ressenti beaucoup d'empathie pour sa femme Adela et pour ses jeunes espagnols qui partent au front, idéalistes inconscients du danger, mal équipés et mal préparés face à l'armée de Franco prête à les décimer.
    Bref, un avis en demi-teinte pour un livre assez difficile d'accès.
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    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 19 août 2012

    litolff
    A Madrid en 1936, Ignacio Abel, architecte socialiste, fils de maçon et fruit de l'ascension sociale républicaine, n'a connu de la vie conjugale que de ternes émois avec Adela, grande bourgeoise madrilène. Lorsqu'il rencontre Judith Biely, jeune américaine de passage à Madrid, sa perception du monde extérieur s'effiloche au point que la guerre inévitable lui semble une abstraction et que seule sa passion dévorante pour Judith donne sens à sa vie.
    « Dans la grande nuit des temps », c'est une œuvre tentaculaire dans laquelle Antonio Muñoz Molina dissèque les errements de l'âme humaine et sur le plan passionnel comme sur le plan politique.
    Avec un luxe inouï de détails, il analyse le comportement erratique d'un homme dans la tourmente de la guerre, aveuglé par une passion qui le paralyse dans ses actions et ses jugements ; s'il est socialiste, Ignacio a une famille qui penche plutôt de l'autre bord, et son beau-frère, lui, est phalangiste. L'auteur expose ainsi sans manichéisme la complexité de la situation espagnole en 1936, lorsque la République peine à réformer l'Espagne que les révolutionnaires impatients viennent se substituer aux socialistes, et que le fascisme gronde.
    Dans ce contexte complexe et dangereux, Ignacio oublie tout ce qui n'est pas Judith et se noie sans état d'âme dans une passion coupable.
    La structure du livre, complexe, multiplie les allers-retours dans le passé, l'écriture, absolument sublime, décrypte avec un talent incomparable la complexité de l'âme humaine, comme l'émerveillement amoureux, la pauvreté de Madrid ou la beauté des paysages américains.
    Alors oui, c'est très gros, 750 pages denses, riches et puissantes que j'ai mis 3 semaines à lire ! Mais ce sont 750 pages certainement inoubliables !
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    • Livres 5.00/5
    Par cprevost, le 04 avril 2012

    cprevost
    La littérature se nourrit plus que jamais de l'Histoire. Elle est, pour une part, une « lecture » de l'Histoire elle-même. Elle s'appuie, pour une autre part, sur le récit historique pour affirmer le souci irrépressible de l'humain.

    Muñoz Molina reprend dans son dernier roman les deux thèmes qui traversent toute son œuvre : la mémoire des temps modernes et l'infinie complexité des êtres. Il signe avec « Dans la grande nuit des temps » l'un de ses plus beaux livres. Ils s'y mêlent, dans de magnifiques pages, les passions amoureuses d'un homme et l'horreur d'un Madrid miséreux, abandonné et en proie aux convulsions de la guerre civile. Dans un train qui file à travers les Etats-Unis, Ignacio Abel, exilé, fils d'un maçon et d'une concierge, architecte espagnol réputé, progressiste et républicain, homme mur et marié très bourgeoisement, père de deux enfants et époux infidèle, se souvient. Il se rappelle les quelques mois de sa passion dévorante pour une jeune américaine, Judith Biely, qui ont accompagnés l'entrée de l'Espagne dans la longue et sombre nuit de la dictature franquiste.

    Avec un souci du détail inouï et un art de la complexité prodigieux, Antonio Muñoz Molina retrace les mois qui ont précédés l'entrée des hordes fascistes dans Madrid. le narrateur, dans les toutes premières pages du roman, décrit un Ignacio Abel fatigué montant l'escalier de la gare de Pennsylvanie à New York. le narrateur revêt aussi les habits de l'auteur. Il examine la photo de l'architecte sur les marches de la gare. Il le regarde, s'interroge, le voit chercher le train qui va le conduire à l'université de Reinheberg au bord de l'Hudson. Cette introduction mêle avec un grand savoir-faire l'écrivain au travail et le récit en cours. Elle mêle également avec beaucoup de finesse et avec une lenteur délibérée le passé du personnage principal et le présent de son exil. Ignacio Abel entend des voix, cherche obsessionnellement un visage aimé. Pas moins de huit cent cinquante pages foisonnantes seront nécessaires pour relater, dans un époustouflant va et vient dans le temps, les histoires d'une capitale transformée en un immense charnier et – sur fond de violences, d'arrestations, d'exécutions ou d'attentats – les déambulations du héros. L'auteur traque chaque détail. Les nombreuses et scrupuleuses descriptions de bâtiments, de quartiers riches ou pauvres, de rues nauséeuses ou de banlieues sans pain, brûlées par le soleil contribuent à la formidable densité du récit. Les personnages de fiction, nombreux et «consistants », unissent leurs destinées à celles des hommes politiques et des écrivains de l'époque. Ignacio Abel discute avec Negrin, l'une des figures historiques de l'Espagne, il rêve avec Bergamin ou Moreno Villa d'un pays qui vaincrait la misère et l'analphabétisme. Ni saints, ni salops, les êtres rencontrés sont pétris de contradictions. Loin des manichéismes simplistes qui opposent habituellement démocrate et réactionnaire, héros et lâche, mari et amant, bourgeois et prolétaire, ce roman noir et rouge – qui pourtant ne confond pas république et dictature – plonge profondément dans les vagues de la guerre civile en cours.

    Les seconds rôles permettent de moduler les propos de l'auteur. La belle-famille d'Ignacio Abel n'est pas que bourgeoise, rétrograde et catholique. Certes le beau-frère, sans envergure, est pitoyable dans son uniforme de la phalange mais le beau-père, riche homme de droite, ne se réduit pas à cette caricature. le couple d'Ignacio et de Judith semble être le contrepoids nécessaire au kitch imbécile de la bourgeoisie madrilène et au catholicisme étouffant de la famille. Mais la longue lettre d'Adela, relue par intermittence, offre, en italique, un autre point de vue qui rend justice à la femme trompée. La place manque ici pour dire également toute la complexité de l'anti héros qui, confronté à la violence des groupes révolutionnaires et à la pusillanimité du gouvernement républicain, fuie sa famille et son pays. Il y a de très beaux moments où il est question du père, de l'amant, du militant, de l'artiste … Ignacio Abel ne tente-t-il pas de sauver son vieux maître du Bauhaus ?

    La force du roman de Muñoz Molina ne tient pas dans un romanesque des plus classiques. L'écriture, très bien traduite, est d'une densité inimaginable, d'une complexité extraordinaire.Le livre est plein de modernité et d'originalité. Plein d'une originalité qui ne se laisse simplement pas voir, le contraire d'une littérature pour littérateurs. Si le roman joue sur les retours en arrière, c'est le plus souvent en oscillant, en changeant de point de vue et parfois même en s'arrêtant net. le narrateur, dans les toutes dernières pages du roman, utilise le futur, et ainsi « Dans la grande nuit des temps » n'est pas, par la magie de l'écriture, une histoire d'amour et d'engagement qui simplement se terminerait …
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Critiques presse (4)


  • Lexpress , le 03 décembre 2012
    Ce roman est un somptueux office des ténèbres où la tragédie d'une nation rejoint celle d'un homme contraint de sacrifier ses espérances sous le gibet de l'Histoire.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LeMonde , le 03 février 2012
    Dans la grande nuit des temps est un roman au fantastique pouvoir d'incarnation. S'y retrouve une société où les protagonistes portent chacun, sans caricature, avec leurs origines, un reflet de l'époque.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • LesEchos , le 17 janvier 2012
    « Dans la grande nuit des temps » est un chef-d'oeuvre narratif d'une beauté fracassante relatant une histoire politique et sentimentale sur fond de guerre civile espagnole. Le narrateur y décrit les événements avec une extrême précision, adoptant successivement plusieurs points de vue afin de saisir la réalité dans toutes ses dimensions. Il fait remonter à la surface sensations, odeurs, doutes et sentiments de l'Espagne meurtrie.
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • Lexpress , le 13 janvier 2012
    Dans La grande nuit des temps, Antonio Muñoz Molina écrit l'hystérie de l'Espagne des années 30. Juste et implacable.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par caro64, le 25 juin 2012

    Depuis des mois, il y a certaines choses dont on ne peut plus être
    sûr : on ne sait pas si quelqu’un dont on se souvient bien, ou qu’on a
    vu quelques jours ou seulement quelques heures plus tôt, est encore
    vivant. autrefois la vie et la mort avaient des frontières plus nettes,
    moins mouvantes. D’autres ne savent sans doute pas s’il est lui-même
    vivant ou mort. On envoie des lettres ou des cartes postales et on ignore
    si elles arriveront à destination et si, quand elles arriveront, celui qui
    devrait les recevoir sera vivant ou habitera encore à l’adresse indiquée.
    On compose des numéros de téléphone et personne ne répond ou bien
    la voix dans l’appareil est celle d’un inconnu. On décroche le combiné
    avec le besoin urgent de dire ou de savoir quelque chose et il n’y a pas
    de tonalité. On ouvre un robinet et l’eau peut ne pas jaillir. les gestes
    autrefois automatiques sont annulés par l’incertitude. Des rues fami-
    lières de Madrid se terminent soudain par une barricade, une tranchée
    ou l’avalanche de décombres laissés par l’explosion d’une bombe. sur
    un trottoir, en tournant le coin d’une rue, on peut voir dans la première
    lueur du jour le corps déjà rigide d’un homme qu’on a poussé pendant
    la nuit contre un mur transformé dans l’urgence en mur d’exécution, les
    yeux entrouverts dans un visage jaune, la lèvre supérieure contractée
    en une espèce de sourire qui découvre les dents, le haut du crâne emporté
    par un coup de feu tiré de trop près. la sonnerie du téléphone retentit
    au milieu de la nuit et on a peur de décrocher. On entend le moteur de
    l’ascenseur ou la sonnette de la porte au milieu d’un rêve et on ne sait
    si c’est une véritable menace ou seulement un cauchemar. si loin de
    madrid et des nuits d’insomnie et de peur des derniers mois, Ignacio
    abel se rappelle encore ce présent. le temps verbal de la peur n’est
    pas annulé par la distance.


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  • Par michelekastner, le 04 juin 2013

    Tout ce qu'on avait détruit avec tant d'acharnement devrait être reconstruit ; replantés les arbres déracinés par les bombes ou coupés pour avoir du bois à brûler ; réparées les canalisations éclatées ; réinstallés les rails tordus au-dessus des montagnes de pavés ; rebâtis les ponts dynamités par les armées en retraite ; replacés les poteaux et les fils du téléphone dont la pose avait demandé tant de travail. Mais qui ressusciterait les morts ou rendrait leurs bras et leurs jambes aux mutilés, qui peindrait les tableaux ou imprimerait les livres uniques brûlés dans les brasiers, qui apaiserait le deuil ou la haine, qui reconstruirait les bibliothèques et les églises et les laboratoires, les immeubles d'habitation qui avaient tant coûté à bâtir et qui avaient été rasés en un après-midi ou une nuit. Et l'Espagne pourrait-elle être gouvernée par les mêmes fous, les mêmes criminels, les mêmes hallucinés qui l'avainet poussée au désatre, chacun à son niveau d'irresponsabilité et de déraison et tous, à l'exception de quelques-uns, incapables de remords et de l'amère droiture de celui qui s'est amendé. Il y avait une chose que son métier lui avit apprise : il faut longtemps pour qu'un bâtiment finisse par être achevé, parce que les choses grandissent avec une lenteur organique, quels que soient les efforts qu'on y consacre ; mais l'instantanéité de la destruction est éblouissante : le jet d'essence et la flamme qui monte et dévore tout, le coup de feu qui abat un homme fort comme un arbre. Il lui disait que ce qui l'étonnait le plus était de s'être tellement trompé sur lui-même, se croyant un rationaliste, un pragmatique, assistant avec ironie aux délires idéologiques de ceux qui prédisaient avec le plus grand séreiux l'imminence de la dictaure du prolétarait ou du communisme libertaire, de ceux qui étaient convaincus qu'en abolissant l'argent et en pratiquant le nudisme ou l'espéranto ou l'amour libre on instaurerait le paradis sur terre, des idolâtres de Staline ou de Mussolini, de ceux qui criaient le poing serré ou la amin ouverte ; en se croyant lui-même sceptique il avait été plus rêveur que n'importe lequel d'entre eux ; en s'imaginant qu'il ne s'occupait que de ce qui pouvait être calculé et mesuré, de ce qui produisait un bienfait modeste mais indiscutable, un progrès.
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  • Par litolff, le 11 août 2012

    Mais comment aurait-elle l'audace d'écrire que son amour abstrait pour la justice était moins puissant que son déplaisir physique instinctif provoqué par ces hommes, que le soulagement de sentir la voiture démarrer alors qu'ils lui ouvraient le passage et restaient en arrière, dans un nuage de poussière, dans leur pauvreté désertique, dans leur exaspération qui les réduisait au rôle de bandits de grand chemin, ennoblis par leurs brassards et leurs initiales, par leur rudimentaire catéchisme anarchiste.
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  • Par michelekastner, le 04 juin 2013

    Mes enfants auraient une vie meilleure que la mienne, comme la mienne avait été meilleure que celle de mes parents, lui disait-il. La République était arrivée grâce non pas à une conspiration, amis au mouivement naturel des choses, en vertu duquel la monarchie était une vieillerie aussi décrépite que le cinéma muet ou que les charettes des muletiers qui avaient été babayées par la Cava Baja par l'irruption des camions et des autocars. Mais aujourd'hui Madrid, quand la nuit tombait, était plus sombre, plus dangereux et plus désert qu'une forêt médiévale, et les êtres humains agissaient comme des chacals, comme des hordes primitives armées non pas de bâtons, de haches ou de pierres, mais de fusils. Il lui raconta l'impression d'émerger d'une bouche de métro sur la Gran Via après un bombardement et de se trouver perdu comme entre deux enfilades d'obscurité, marchant sur du verre cassé, trébuchant parmi les décombres, apercevant des ombres apeurées dans l'entrebâillement des portes ; l'étrangeté qu'il y avait à rencintrer des personnes connues et normales transformées en animaux fugitifs, en chasseurs ou en bourreaux. Il s'était trompé sur tout, mais plus que tout sur lui-même, sur sa place dans le temps. Passer toute sa vie à penser qu'il appartenait au présent et à l'avenir, et maintenant commencer à comprendre que s'il se sentait si décalé c'était parce que son pays était le passé.
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  • Par litolff, le 10 août 2012

    Les mots ne sont rien, le délire des désirs et des fantasmagories tournant en vain à l'intérieur de la dure concavité infranchissable du crâne : seuls comptent l'effleurement, le contact d'une main, la chaleur d'un corps, le battement mystérieux d'un pouls.

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