"La Maison enchantée", de Robert Musil
Des quatre textes qui composent "La Maison enchantée", aucun n'était donc paru en français, du moins dans la forme qu'il nous est aujourd'hui donné de lire.
Car, qu'il s'agisse d'un dernier arrachement ou d'une première étreinte, d'amants épiés dans leur intimité ou d'un mourant qui, oubliant toute pudeur, s'arc-boute et s'agrippe - nul ne sait pourquoi, mais il est désagréable de se voir rappeler que les ultimes secrets de la douleur et du désir, dans lesquels chacun pressent les plus profonds émois de son être, nous frappent tous de même façon ; on y voit une intrusion, une familiarité déplacée, on s'écarte, on cherche involontairement à reprendre son équilibre et, au lieu de sympathie, une basse réaction de défense nous fait juger ce spectacle répugnant ou ridicule.
Car l'âme des vivant est ce qui les empêche d'aimer, ce qui dans tout amour reste sur la réserve, ne contemple que soi. Les vivants ne peuvent se donner en offrande ; ils restent toujours eux-mêmes, viennent se livrer, les mains liées et les yeux clos, et pourtant n'aiment l'autre que parce que leur solitude saigne doucement après lui.