L. est un village sans nom, tentaculaire, immense fourmilière qui sous des dehors affables vous engloutit si vous n'y prenez garde,vous met en hibernation le temps d'une saison, celle où la bruine nappe de gris les collines environnantes et englue la volonté dans son tissus de bonnes mines souriantes.
Un début qui rapelle
Un roi sans divertissement de
Jean Giono, un presque-hiver froid avant l'heure et deux disparitions celles de Rose et de son garçonnet.
Mais point de cadavres ici et point trop d'action non plus!
Le professeur Herman, époux et père, la veille de leur retour à Paris, tour à tour affolé,parano,éprouvé,démuni,en colère, épuisé,balade ici et là ses "subtilités de langage" et son statut d'étranger, de "Parisien" (c'est dire qu'il n'est pas du "pays") pour se heurter au mur courtois et bienveillant ambiant mais aux "rites antediluviens".
On l'épie,on sait tout de lui, car même "au Relais" où il va loger le temps des recherches,les portes n'ont ni clef,ni verrou. Mais comment se comporter lorsqu'on ne possède pas les codes de cette gigantesque machine broyeuse aux arrière boutiques organisées.Il ne lui reste qu'à gommer sa colère,estomper les traits des visages recherchés, et boire son vin...cuit, en attendant des jours meilleurs....tout en... "rétrécissant"!
"Comment faire son trou?" dans la nature elle même, lorsqu'on est l'intrus.
En deux pages de conclusion, "La trublionne",
Pierre Lepape (Le Monde 1994) vient éclairer notre lanterne de lecteur perdu (comme moi) dans les brumes d'une simple "métaphore sur l'intégration, sur le choc des cultures étrangères,sur les souffrances de l'exclusion,sur les difficultés de communication entre les territoires sociaux,culturels,raciaux,sentimentaux"; en précisant que
Marie Ndiaye, "sape les systèmes, brouille les lignes" et "utilise la langue de
Descartes" pour établir un monde aux "frontières fluctuantes".
Marie Ndiaye (prix Fémina 2001 pour
Rosie Carpe: que j'ai trouvé excellent), en vraie fauteuse de trouble, m'a ce coup ci embrouillé les neurones avec son histoire simple, aux mots simples, pas si simple que ça!