En inventant l'écologie profonde, Arne Naess a donné à l'écologie sa première expression philosophique.
Revendiquant l'héritage de Spinoza et de Gandhi, Naess définit l'écologie profonde par opposition à une écologie "superficielle" qui n'aurait pour but ... > voir plus
Entretien au fil des pierres et d'une très longue vie, dans son chalet norvégien à 2000m d'altitude, avec Arne Naess, philosophe, résistant, alpiniste, adepte de la simplicité volontaire (version ultimate) et fondateur/penseur du mouvement deep ecology, ou écologie profonde, concept à la profondeur et à la cohérence inversement proportionnelles à la présente vague green marketing consommatrice et superficielle… Pfiou, rien que ça. Personnage fascinant ; il y a un peu de Thoreau en lui, de Gandhi aussi, de temps gagné à le perdre, de curiosité de vieil enfant (Lao Tzeu syndrome) et une réflexion philosophique assez pointue.
Et puis surtout, un gars qui fait son thé sur sa lampe à pétrole au milieu de nulle part et au pied de sa montagne chérie, respect ! ^_^
Quel fut, à ton avis, le lien entre l'escalade et ce que tu commençais à étudier à et lire au lycée ?
Les philosophes que je lisais avaient sans doute peu de disponibilité pour l'escalade, à part les mystiques qui étaient à la recherche d'une unité avec la nature. Cela dit, entre la montagne et moi, il n'y avait pas non plus une unité parfaite, parce que la montagne possédait tous ces attributs dont j'étais moi-même dépourvu.
Comme la constance ?
La constance, la fermeté de caractère. La montagne exprimait tout ça, sans forfanterie ni arrogance. Elle ne déclenchait des avalanches ou des chutes de pierres que quand il le fallait, semblant dire : "Si tu m'aimes, tu ne seras jamais blessé par une pierre, parce que tu auras appris à ne pas mettre les pieds n'importe où et à prévoir les tempêtes." Toute ma vie, je suis resté persuadé qu'on ne se met réellement en danger que par manque d'amour pour la montagne. Quand on aime vraiment la montagne, on est en contact avec le tout. Il y a toujours des tempêtes, mais on y survit.