ISBN : 2246151341
Éditeur : Grasset (2002)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.73/5 (sur 73 notes) Ajouter à mes livres
Antoinette vient d'avoir quatorze ans ; elle rêve de participer au bal qu'organisent ses parents, les Kampf, pour faire étalage de leur fortune récemment acquise. Mais sa mère, plus pressée de jouir enfin de cette opulence tant attendue que de faire entrer sa fille dans... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Syl, le 21 mai 2012

    Syl
    Antoinette a quatorze ans et se retrouve toujours confinée à la nursery. Elle grandit, vite, elle a des envies, ceux d'une jeune adolescente qui s'éveille, elle a des espérances, des attentes... dont celle de participer au bal que vont donner ses parents.
    A peine l'idée est émise par Mme Kampf, qu'un émerveillement s'épanouit dans le coeur d'Antoinette. Un bal... cela sous entend préparatifs, robe longue, coiffure, fleur au corsage, euphorie, peut-être un peu de rose sur les lèvres, une petite coupe de champagne, une danse, Deux danses, un cavalier, son début dans le monde, devenir une personne...
    Mais à la seconde où Antoinette envisage ce mirage, tout disparaît dans une terrible humiliation. Avec distance et froideur, Mme Kampf renvoie la jeune fille dans son rôle d'enfant. de plus, sa chambre sera réquisitionnée pour servir de vestiaire. Antoinette et Miss Betty, sa gouvernante, devront passer leur soirée dans la lingerie.
    Mme Kampf a toujours vu ce bal comme un songe inaccessible. D'origine modeste, secrétaire, elle a épousé un gratte-papier, un petit banquier. Tout un cortège de fantasmes l'a alors accompagné durant sa vie, jusqu'au jour, Deux ans plus tôt, où Mr. Kampf gagne une fortune en spéculant à la bourse.
    Parée de fierté, dans l'expectative de sa nouvelle existence, Mme Kampf souhaite concrétiser ce conte et vivre pleinement cette seconde destinée, sans valise... famille, mari, fille.
    Deux cents invitations sont à envoyées. Une liste qui s'étire et qui s'illustre de titres, baron, comte, marquis, acceptant pour la parade les petits gigolos aux toilettes sophistiquées. Indispensable... il faut aussi quelques membres de la famille qui attesteront auprès des autres de leur réussite... Ce bal sera leur introduction, leur première marche.
    Antoinette bouillonne. Rabaissée, reléguée dans un autre monde, presque reniée, elle perçoit l'offense comme un abandon ou une exécution. La tragédie s'infiltre dans ses pores et cherche vengeance. Elle se sent adulte dans son chagrin, elle se sent mûre pour imaginer une sentence et enrayer l'ascension de sa mère. Si elle se tuait, il n'y aurait plus de bal !
    Puis... une autre forme de justice, bien moins radicale, s'offre à elle...
    J'ai trouvé cette nouvelle très plaisante à lire malgré l'histoire impitoyable et grinçante.
    Les tourments qu'endurent mère et fille sont très différents mais soulignent leur profonde solitude et l'ivresse d'être reconnue. Une satyre, une fable, l'épilogue conduit à un ricanement sinistre, sans morale, avec une conscience affûtée et pernicieuse. J'en suis ressortie troublée. Si au début j'ai pu avoir de la compassion pour Antoinette, si j'ai souri à ses transports passionnés et dramatiques, je l'ai trouvé par la suite trop calculatrice et sans bonté. Et la mère ? Mérite-t-elle ce dénouement ?... D'une certaine manière je dirai oui, si elle en tire les conséquences et si elle retrouve ses dignes priorités. Mais je doute ! Cette femme, très antipathique, n'est ni mère ni épouse.
    En une centaine de pages, l'auteur a su créer une atmosphère, des personnages, une intrigue et une conclusion, dans une cadence fluide, très active et sans répit pour le lecteur.
    Un livre que je recommanderai.
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    • Livres 4.00/5
    Par chocobogirl, le 05 avril 2011

    chocobogirl
    Nous sommes début XXème. Les époux Kampf sont de nouveaux riches qui cherchent à mettre en valeur leur nouvelle opulence. Ils décident d'organiser un bal qui assoiera leur nouveau statut. Antoinette, leur fille de 14 ans, rêve bien sûr d' y assister mais sans compter le refus et la rigidité de sa mère qui lui refuse tout signe d'affection et lui dénie toutes projections dans sa vie de future adulte. Il en résultera un acte malveillant de la part d'Antoinette, fait dans l'innocence et la méchanceté de l'enfance, qui amènera un joli drame dans la famille.
    "Le bal", écrit en 1930, est un court récit sur l'adolescence tourmentée, les relations mère-fille mais aussi une critique sociale acerbe sur les nouveaux riches et leur ambition.
    Le couple pathétique de parvenus cherche tant bien que mal à intégrer l'aristocratie et espère lui en mettre plein la vue en organisant un bal dantesque, paré des meilleurs mets et visité par tout le gratin mondain de l'époque. L'auteur n'hésite pas à tourner en dérision ce couple, plus préoccupé à se faire une place dans le monde qu'à aimer leur fille unique.
    "Dis donc, tu vois d'ici la tête de la tante Loridon qui s'est brouillé avec moi parce que j'avais épousé un Juif, et de Julie Lacombe et de l'oncle Martial, tous ceux dans la famille qui prenaient avec nus un petit ton protecteur parce qu'ils étaient plus riches que nous, tu te rappelles? Enfin, c'est bien simple, si on n'invite pas Isabelle, si je ne sais pas que le lendemain ils crèveront tous de jalousie, j'aime autant ne pas donner de bal du tout !"
    Fille unique, justement, plus encombrante qu'autre chose... Refusant Le bal à sa fille et la reléguant dans une lingerie pour laisser place au bal et à ses festivités, Mme Kampf l'estime comme une quantité négligeable, juste bonne à être sage et à faire ses devoirs. Les face à face entre la mère et sa fille sont violents et dénués de toute affection.
    " Mme Kampf éclata subitement :
    - Ca, par exemple, ça, c'est magnifique, cria-t-elle d'une voix enrouée de colère : cette gamine, cette morveuse, venir au bal, voyez-vous ça !... Attends un peu, je te ferai passer toutes ces idées de grandeur, ma fille... Ah ! Tu crois que tu entreras 'dans le monde' l'année prochaine ? Qu'est-ce qui t'a mis ces idées-là dans la tête ? Apprends, ma petite, que je commence seulement à vivre, moi, tu entends, moi, et que je n'ai pas l'intention de m'embarrasser de sitôt d'une fille à marier... Je ne sais pas ce qui me retient de t'allonger les oreilles pour te changer les idées, continua-t-elle sur le même ton, en faisant un mouvement vers Antoinette. "
    On pénètre dans l'incompréhension de l'adolescence, ses tourments à travers les pensées d'Antoinette qui, cherchant à suivre les traces de sa mère, s'en voit finalement refuser l'accès. Quelle ironie !
    "Un bal... Mon dieu, mon dieu, ce serait possible qu'il y eût là, à deux pas d'elle, cette chose splendide qu'elle se représentait vaguement comme un mélange confus de folle musique, de parfums enivrants, de toilettes éclatantes...de paroles amoureuses chuchotées dans un boudoir écarté, obscur et frais comme une alcôve...et qu'elle fût couchée ce soir-là, comme tous les soirs, à neuf heures comme un bébé... Peut-être des hommes qui savaient que les Kampf avaient une fille demanderaient-ils où elle était ; et sa mère répondrait avec son petit rire détestable : "Oh, mais elle dort depuis longtemps, voyons..." Et pourtant qu'est-ce que ça pouvait lui faire qu'Antoinette, elle aussi, eût sa part de bonheur sur cette terre ?... Oh ! mon Dieu, danser une fois, une seule fois, avec une jolie robe, comme une vraie jeune fille, serrée dans des bras d'homme... Elle répéta avec une sorte de hardiesse désespérée en fermant les yeux, comme si elle appuyait sur sa poitrine un revolver chargé :
    - Seulement un petit quart d'heure, dis, maman ?"
    La vengeance non-préméditée de cette dernière (que je vous laisse découvrir !) provoquera un véritable séisme chez la mère, qui n'aura d'autre consolation que de se réfugier auprès de sa fille.
    Une conclusion on ne peut plus cynique sur l'honnêteté des sentiments maternels !
    Un petit roman très fort et très cruel à ne pas rater !

    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-le-bal-irene-nemirovsk..
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    • Livres 4.00/5
    Par irenelec, le 20 mai 2012

    irenelec
    C'est absolument remarquable, Irène Némirovsky ne se contente pas d'écrire, elle cisèle ses textes comme ses personnages. Tout est parfait et rien n'est pesant.
    Il s'agit là d'un roman très court mais d'une très grande intensité et le lecteur est complètement emporté dans la vie de le jeune Antoinette qui souffre tellement du haut de ses 14 ans.
    Pour moi Irène Nemirovsky est une très grande dame de la littérature française et à mon avis ses romans devraient constituer la base de toutes bibliothéques.
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    • Livres 4.00/5
    Par canel, le 19 février 2012

    canel
    Ayant récemment fait fortune "grâce" à la crise des années 1920, les Kampf organisent un bal pour se faire connaître des Parisiens influents - et peu importe que ceux-ci aient un passé douteux (anciens truands, ex-marchands de sexe)... Lorsque Antoinette, leur fille de quatorze ans, apprend qu'elle ne sera pas invitée à la réception, elle est profondément humiliée d'être reléguée à une place d'enfant, elle qui rêve déjà d'amour, de romantisme...
    Dans ce bref roman qui conjugue un talent digne De Maupassant (un des auteurs fétiches de Némirovsky) et le rythme d'une pièce de Théâtre, on retrouve certaines des thématiques du roman 'Jézabel'. L'égoïsme, le refus de vieillir, le goût pour la fête et l'apparat, l'importance des apparences, les relations conflictuelles - voire haineuses - entre une mère et sa fille qui sort de l'enfance et devient de ce fait potentiellement rivale.
    Un très bon moment de lecture qui donne envie de poursuivre la découverte de l'auteur.
    PS : Cette édition pour collégiens (Biblio Collège) offre d'excellents bonus - le contexte historique, quelques éléments sur la vie de l'auteur...
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  • Par moustafette, le 15 avril 2012

    moustafette
    Jubilatoire ce bras de fer entre une adolescente des années 20 et cette mère snobinarde !
    Madame Kampf met tout en oeuvre pour cacher les origines modestes de son couple. Et afin d'inaugurer son entrée dans la société des nantis, elle décide de donner un bal auquel Deux cents personnes qu'elle connait à peine vont être invitées.
    Mais Antoinette, sa fille de quatorze ans, elle, n'y est pas conviée malgré ses multiples suppliques. Pire, le fameux soir, elle sera reléguée au fin fond d'un débarras, puisque sa chambre sera transformée en vestiaire.
    Après une débauche de dépenses de nourriture, fleurs, personnels et j'en passe, le grand soir est enfin arrivé. Proche de l'hystérie et du nervous breakdown, Madame Kampf attend le premier coup de sonnette qui marquera l'ouverture des festivités...
    Bien avant cette histoire de bal, le climat n'était déjà pas au beau fixe entre Antoinette et sa mère, alors je vous laisse imaginer ce qui se mijotte. La vengeance, non préméditée cependant, sera terrible !
    "Mme Kampf entra dans la salle d'études en fermant si brusquement la porte derrière elle que le lustre de cristal sonna, de toutes ses pendeloques agitées par le courant d'air, avec un bruit pur et léger de grelot. Mais Antoinette n'avait pas cesser de lire, courbée si bas sur son pupitre, qu'elle touchait la page des cheveux. Sa mère la considéra un moment sans parler; puis elle vint se planter devant elle, les mains croisées sur sa poitrine.
    - Tu pourrais, lui cria-t-elle, te déranger quand tu vois ta mère, mon enfant. Non ? Comme c'est distingué..."
    Bonjour l'ambiance ! Où l'on s'aperçoit que quelque soit l'époque, les relations mère-fille ne sont jamais simples ...
    Autre réussite de l'auteur, la description du monde ambivalent de l'adolescence et le rayon laser que ces braves petits plantent sans concession sur le monde des adultes.
    C'est là encore intemporel.


    Lien : http://moustafette.canalblog.com/archives/2007/09/10/index.html
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Citations et extraits

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  • Par Syl, le 21 mai 2012

    "Je voudrais mourir, mon Dieu faites que je meure... mon Dieu, ma bonne Sainte Vierge, pourquoi m'avez-vous fait naître parmi eux ? Punissez-les, je vous en supplie... Punissez-les une fois, et puis, je veux bien mourir...
    Elle s'arrêta et dit tout à coup, à voix haute :
    - Et sans doute, c'est tout des blagues, le bon Dieu, la Vierge, des blagues comme les bons parents des livres et l'âge heureux..."
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  • Par canel, le 15 février 2012

    Attendre... et ces mauvais désirs... pourquoi cette envie honteuse, désespérée, qui ronge le coeur en voyant passer deux amoureux au crépuscule, qui s'embrassent en marchant et titubent doucement, comme ivres... Une haine de vieille fille à quatorze ans ? Elle sait bien pourtant qu'elle aura sa part ; mais c'est si long, ça ne viendra jamais, et, en attendant, la vie étroite, humiliée, les leçons, la dure discipline, la mère qui crie... (p. 36-37)
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  • Par litolff, le 08 mai 2010

    Mme Kampf éclata subitement :
    - Ca, par exemple, ça, c'est magnifique, cria-t-elle d'une voix enrouée de colère : cette gamine, cette morveuse, venir au bal, voyez-vous ça !... Attends un peu, je te ferai passer toutes ces idées de grandeur, ma fille... Ah ! Tu crois que tu entreras 'dans le monde' l'année prochaine ? Qu'est-ce qui t'a mis ces idées-là dans la tête ? Apprends, ma petite, que je commence seulement à vivre, moi, tu entends, [... ]
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  • Par Spilett, le 20 octobre 2010

    C'était une longue et plate fillette de quatorze ans, avec la figure pâle de cet âge, si réduite de chair qu'elle apparaît, aux yeux des grandes personnes, comme une tache ronde et claire, sans traits, des paupières baissées, cernées, une petite bouche close... Quatorze ans, les seins qui poussent sous la robe étroite d'écolière, et qui blessent et gênent le corps faible, enfantin... les grands pieds et ces longues flûtes avec des mains rouges au bout, des doigts tachés d'encre, et qui deviendront un jour les plus beaux bras du monde, qui sait ?... une nuque fragile, des cheveux courts, sans couleur, secs et légers...
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  • Par Lybertaire, le 03 mars 2012

    Et un jour… pour la première fois, ce jour-là elle avait désiré mourir… au coin d’une rue, pendant une scène, cette phrase emportée, criée si fort que des passants s’étaient retournés : "Tu veux une gifle ? Oui ? " et la brûlure d’un soufflet… En pleine rue… Elle avait onze ans, elle était grande pour son âge… Les passants, les grandes personnes, cela, ce n’était rien… Mais, au même instant, des garçons sortaient de l’école et ils avaient ri en la regardant : "Eh bien, ma vieille…" Oh ! ce ricanement qui la poursuivait tandis qu’elle marchait, la tête baissée, dans la rue noire d’automne… les lumières dansaient à travers ses larmes. "Tu n’as pas fini de pleurnicher ? Oh, quel caractère !... Quand je te corrige, c’est pour ton bien, n’est-ce pas ? Ah ! et puis, ne recommence pas à m’énerver, je te conseille…" Sales gens…
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