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> Olivier Philipponnat (Préfacier, etc.)

ISBN : 2207259552
Éditeur : Denoël (2010)


Note moyenne : 3.55/5 (sur 42 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Irène Némirovsky à 20 ans
LE MONDE DES LIVRES | 25.06.10 | 18h46 • Mis à jour le 25.06.10 | 18h46

Le succès de David Golder (1929) poussa Irène Némirovsky à republier en volume, en 1930, son premier bref roman, paru presque inaperçu dans la revu... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par canel, le 12 juin 2012

    canel
    1926, de la Côte Basque à Paris... Yves Harteloup est un "rejeton déclassé de la grande bourgeoisie". Depuis son retour du front, il travaille comme modeste employé pour gagner sa vie, sa famille ayant tout perdu. Lors de vacances oisives et langoureuses à Hendaye, il tombe amoureux sur la plage d'une jolie maman, Denise. Elle s'avère être l'épouse d'un homme fortuné qu'Yves a côtoyé pendant la guerre. La jeune femme succombe malgré tout à ce nouveau joujou...

    Désir + tendresse = amour ? Voilà l'équation autour de laquelle tourne la jeune femme en souffrant mille tourments de s'estimer mal aimée, ou pas assez, par son amant. L'auteur excelle à disséquer le hiatus entre les contingences d'un homme et les exigences de sa maîtresse. Irène Némirovsky restitue parfaitement les sentiments masculins et féminins à l'œuvre dans cette relation adultère, entre un employé dont les ressources financières sont limitées et une femme riche, désoeuvrée, capricieuse et égoïste.

    On rencontre souvent chez cette auteur un brin d'antisémitisme - que je me garderai bien de juger eu égard à sa vie - et une certaine condescendance pour les 'petites gens', ce roman ne fait pas exception. de même, on croise à nouveau une mère presque quinquagénaire aussi séduisante que sa fille, voire plus ; mais cette fois, loin de se poser en rivale, elle est douce, aimante et compréhensive.

    Il s'agit du troisième livre que je lis de cette auteur. Mon émerveillement ne s'émousse pas en redécouvrant à chaque fois cette sensibilité, cette acuité, cette plume délicieuse, qui me rappellent à la fois certains ouvrages de Françoise Sagan (le côté people parisien en moins, ici) et surtout l'œuvre De Maupassant.

    Un régal de lecture.
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  • Par InColdBlog, le 06 août 2011

    InColdBlog
    Héritier de la grande bourgeoisie, ruiné par le premier conflit mondial, Yves Heurteloup est venu passer cet été 1924 sur la côte basque, en souvenir des beaux jours de son enfance.
    « Cependant il restait debout près de la fenêtre ouverte, et, peu à peu, ainsi qu'on reconnaît dans un visage modifié par les années, un sourire, un regard, et que, guidé par eux, on retrouve, en hésitant les traits aimés, de même, il redécouvrait, avec une émotion profondément douce, des lignes, des nuances, le contour des montagnes, la surface miroitante du golfe, la chevelure vivante et légère des tamaris. Et, quand il eut perçu de nouveau, dans l'air, ce parfum de cannelle et d'orangers en fleur qu'y apporte le vent d'Andalousie, il fut tout à fait réconcilié avec l'œuvre du temps, il sourit, et l'ancienne allégresse lui dilata le cœur. »

    Tandis qu'il lézarde sur une plage d'Hendaye, une poignée de sable lancée par la fillette d'une jeune femme va lui donner l'occasion d'entrer en contact avec la charmante maman qu'il observe à la dérobée depuis plusieurs jours.
    Mariée à un riche industriel souvent absent pour affaires, Denise Jessaint s'ennuie, n'ayant que sa petite fille et la gouvernante pour seule compagnie. Un jour, aux abords de l'hôtel, Heurteloup croise Denise en compagnie de son mari, qui s'avère être une de ses lointaines relations.
    Le jeune célibataire se rapproche du couple et quand Jessaint est appelé à Londres, Yves passe l'essentiel de son temps en compagnie de Denise. La jeune femme délaissée apprécie qu'un homme s'intéresse à elle et lui fasse oublier la solitude de son quotidien. C'est ainsi qu'une romance nait entre eux.
    Née sous le soleil de la côte basque, la liaison adultère tourne court sous la grisaille de Paris, où les amants se retrouvent, les vacances terminées. le charme est rompu : désormais obligé de gagner sa vie, Heurteloup a retrouvé le chemin du bureau alors que Denise poursuit son existence oisive de femme riche.

    « Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. » (Saint-Exupéry - Terre des hommes, 1938). Leur regard, c'est chacun vers leur petite personne que Denise et Yves le dirigent.
    Pauvre petite fille riche gâtée par la vie, Denise n'envisage l'amour que sous le prisme d'une passion romanesque et absolue… mais à sens unique : c'est elle qui doit être le centre de toutes les attentions, l'objet de la dévotion (lire extraits ici).
    « Ce qu'il lui fallait, comme il faut de l'air pour respirer, c'était l'assurance d'être aimée. Elle ne le savait pas. Elle ne savait rien. Toujours las, fatigué, préoccupé, ennuyé, il avait, cependant, pour elle, de la tendresse et de l'attrait physique, elle le sentait. Mais, tout le temps, elle avait l'impression que c'était elle seule qui se cramponnait, de toutes ses forces, à leur amour ; si elle le quittait, elle savait qu'il ne ferait pas un geste pour la retenir, par paresse, par découragement inné et, de cela, elle éprouvait comme une immense fatigue morale, comme si elle eût porté en tremblant, entre ses mains faibles, un précieux fardeau trop lourd. »
    Pour sa part, Yves se montre incapable de répondre ne serait-ce qu'un minimum aux attentes démesurées de Denise. Avant même de l'avoir jouée, il abandonne la partie, préférant fuir et se résigner. Depuis son retour du front, Heurteloup avance dans la vie le regard fixé sur le rétroviseur. Doublement meurtri par la guerre, c'est un homme à la fois traumatisé par son expérience des tranchées et blessé de se retrouver privé de ses privilèges de nanti.
    La vie insouciante de Denise lui rappelle cruellement qu'il est dorénavant exclu de ce monde auquel il appartenait. Incapable de mettre son orgueil en sourdine, il s'enferme toujours plus profondément dans un mutisme qui deviendra source d'une incompréhension grandissante entre les deux amants.
    « Cette liaison pour lui n'était, en somme, que fatigue. A heure fixe, il fallait être tendre, amoureux, passionné ; préoccupé par les mille petits soucis quotidiens qui le harcelaient, comme des mouches un jour de chaleur, il fallait dire de jolies choses, sourire, caresser ; quand la migraine lui tenaillait les tempes, il fallait parler pour ne pas voir les yeux anxieux de Denise, pour ne pas entendre l'éternelle petite question triste : « Qu'est-ce que tu as ? à quoi penses-tu ? tu ne m'aimes pas ? » Il ne voulait pas faire de cette femme jeune et jolie, bonne et charmante, faite pour le rire, le bonheur et l'amour, la confidente de ses mille petits soucis mesquins (…) Alors il fallait se taire, ou parler de choses indifférentes ou bien dire de jolis riens qui n'étaient pas précisément des mensonges, mais qui lui causaient, parce qu'il se sentait forcé de les prononcer, une mortelle fatigue…
    Avec elle, pensa-t-il avec une irritation singulière, il faudrait toujours être moralement en smoking. Ça ne rentre plus dans mes moyens, hélas… »
    Le Malentendu, c'est l'histoire de la rencontre de deux égoïsmes qui, aveuglés par le soleil de la côte basque et la douce vie de palace, ne voient pas qu'ils courent inévitablement à l'échec. Bâtie sur une méprise, ce que Denise et Yves prenaient pour une passion tenace ne résistera pas à la réalité crue du quotidien et les humiliations nées de la différence de classes, et finira engluée dans l'amertume et le désenchantement.
    « Comme c'était étrange… Quand il était sûr qu'il allait la voir, il retardait tant qu'il le pouvait l'instant de leur rencontre ; ce n'était pas précisément de l'ennui qu'il ressentait, mais de l'absence de désir ; il avait envie de reculer l'heure, il flânait dans les rues, il inventait mille prétextes pour se mettre en retard, trop certain de sa présence, de sa tendresse, de son amour. Mais il suffisait que survînt de la part de Denise un empêchement quelconque pour qu'il se sentît de nouveau amoureux, inquiet et plein d'une impatience délicieuse ; quand il arrivait à Denise d'être un peu malade, il s'affolait, se tourmentait, devenait câlin et doux ; il avait mal dans sa chair quand elle souffrait ; il ne pouvait la quitter ; elle lui était subitement plus précieuse que tout au monde. Mais le lendemain, elle guérissait, et il recommençait à traîner son amour comme un fardeau. »
    J'ai retrouvé avec toujours autant de plaisir la plume impitoyable d'Irène Némirovsky, qui décortique avec justesse et acuité la psychologie de personnages auto centrés, et égratigne au passage la haute société de l'entre-deux-guerres.
    Cette fois encore, le parallèle avec Sagan s'impose au lecteur. Parallèle plus que jamais pertinent pour Le Malentendu puisque, comme Sagan des années plus tard dans Bonjour tristesse, Némirovsky fait preuve dans ce premier roman (écrit en 1924 et publié deux ans plus tard) d'une clairvoyance rare chez une jeune fille de seulement vingt-et-un ans.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/08/04/L%E2%80%99amour-en-fuite
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    • Livres 4.00/5
    Par Annette55, le 01 juin 2014

    Annette55
    Je termine le premier livre de la grande Iréne Némirovsky , publié alors qu'elle était âgée de seulement 23 ans en 1926, "ce Malentendu", que je ne connaissais pas, découvert par hasard.....au vu de la première de couverture, on se dit: est ce une bluette désuète et fanée?
    Non, un roman incroyablement lucide, juste et clairvoyant sur un amour impossible entre une femme et un homme....
    Yves , un jeune homme déclassé de la grande bourgeoisie, appauvri après la guerre,doit travailler dans un bureau pour survivre....
    Denise,belle et jeune, capricieuse et égoïste, mariée à un riche homme d'affaires,
    mère d'une petite Francette...ils se rencontrent lors de vacances idylliques dans un hôtel de la côte basque.
    Il s'éprend de sa fraîcheur , de sa douceur et de sa beauté ...il obtient tout ce qu'il veut.
    L'idylle se termine à la fin des vacances, une amourette facile, légère.....
    Au retour à Paris, l'amant a épuisé ses fragiles économies, il reprend sa vie ennuyeuse et tranquille faite de travail , auprès de son chien Pierrot....
    Denise attend frustrée et chagrinée , elle le désire pour elle seule, elle n'obtient que des miettes, elle attend un signe,lettre, carte, coup de téléphone....
    Je n'en dirai pas plus...
    Ce roman, un bijou de littérature, ressemble à du Sagan?, à du Maupassant?
    Le plus important c'est l'acuité avec laquelle l'auteur dresse le bilan psychologique et social de la grande guerre,sait manier avec talent la passion et ses tourments à l'aide d'une prose ciselée à la fois légère et incisive, décrit la passion avec réalisme , tout en subtilité,narre l'égoïsme monstrueux, la futilité, la vanité dérisoire, les caprices de la Haute Société.....
    Ce texte recèle une maturité émotionnelle et littéraire étonnante!
    Comment, à 23 ans, pouvait -elle imaginer, à la seule force d'une intuition rare à quoi pouvait ressembler cette histoire d'adultère?
    Comment pouvait- elle analyser avec autant de finesse, d'intelligence et d'acuité les dangers qui guettent les amants?
    Ce premier texte annonce , préfigure, l'immense talent de l'écrivain à décrypter les sentiments et la psychologie de ses personnages.
    Mais ce n'est que mon avis..

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    • Livres 2.00/5
    Par zazy, le 24 juillet 2011

    zazy
    Eté 1924. Yves Harteloup, jeune homme ruiné et rescapé de la guerre 14-18, est en vacances dans un hôtel de luxe à Hendaye, ville de son enfance riche et insouciante qu'il ne peut oublier. Endormi sur la plage, une poignée de sable lancée par Francette va changer sa vie et peut-être plus…………..
    Francette est la fille de Denise en vacances avec son mari et résidant dans le même hôtel que lui. Il s'avère que ce Monsieur JESSAINT, le mari et père, est une vague connaissance qui se renoue au gré de ces vacances. Puis, advint ce qui devait arriver : le mari épousé mais non aimé, s'en retourne à ses affaires………………. Yves, Denise et Francette poursuivent leurs vacances communes. Puis Yves et Denise (Francette est laissée aux bons soins de sa nurse) entament une relation amoureuse sous le ciel de plus en plus terne de ce mois de septembre.
    De retour à la vie parisienne, la relation continue. Harteloup, homme lâche et sans passion, s'ennuie dans son travail sans intérêt de scribouillard dans un quelconque ministère, dépense sans compter pour combler ou suivre la vie virevoltante de sa maîtresse. Tous ces petits problèmes pourrissent la vie de Harteloup qui s'enferme dans un certain mutisme, devient fuyant, refusant même de la recevoir. Denise, petite fille riche, innocente, égocentrique qui rêve d'un Amour absolu uniquement tourné vers elle. Cet amour de vacances ne va pas résister à la froideur parisienne. Ils ne pourront dépasser leurs égoïsmes respectifs et le fossé entre eux va s'agrandissant
    Le livre se termine sur cette phrase : « Voilà, voilà, c'est fini…. Et je n'ai pas su que c'était le bonheur. »
    Ce livre est fort bien écrit, les descriptions des états d'âme des deux héros sont parfaites dans leur crescendo. du Sagan avant l'heure !! Mais…………. Parce qu'il y a un mais : je me suis ennuyée, terriblement ennuyée.
    Chaleur du sang m'avait emballée. Et là, il y a vraiment eu un malentendu
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    • Livres 5.00/5
    Par Sanchan, le 23 mars 2013

    Sanchan
    Paru en 1926, c'est le premier roman de la jeune auteur Russe, publié alors qu'elle n'a que 23 ans.
    Yves Harteloup est un nouveau pauvre qui, bien que s'étant brillamment illustré pendant la Grande Guerre, y a perdu toute sa fortune. Ne lui reste que l'appartement familial parisien. Mais élevé dans le luxe il ne peut renoncer au superflu pour vivre avec l'utile.
    Ce mois d'Aout 1924, il est descendu prendre des vacances à Hendaye, retrouver le lieu où il passait ses vacances enfants. Dans son hôtel de luxe, il va rencontrer une "tête de là-bas". Là-bas c'est la guerre, les tranchées, le froid. Depuis la guerre Yves est fatigué, il veut oublier, se reposer. Mais cet homme est marié à la plus belle femme du monde, Denise, dont Yves va tomber amoureux.
    Une liaison va naître durant les vacances, une liaison de rêve. Mais de retour à la vie parisienne les choses ne vont plus être aussi idylliques pour Denise, encore innocente, qui rêve de mots d'amour, d'un amour pur, fort, total. Mais Yves ne vit pas l'amour comme cette petite fille qui ne comprends ni son amant, ni ses tourments. le roman semble tendre vers un drame amoureux, et pourtant, ce n'est que la vie. Yves est loin du héros de romans sentimentaux. C'est un homme fade, sans passion. Et pourtant il éveille chez Denise l'amour, le vrai, le grand. Et la déception aussi.
    Voilà un pur bijou de la littérature! Une merveille! Comment une si jeune fille a pu cerner avec autant de vérité la vie et l'amour? Elle le retranscrit avec tant de tact et de beauté!!
    Quel plaisir!
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Citations et extraits

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  • Par InColdBlog, le 06 août 2011

    - Yves, vous m’aimez ? Dites-moi que vous m’aimez… Vous m’êtes si cher. Dites-moi, parlez-moi…
    Obstinément, il se taisait. Elle avait l’impression de se cogner désespérément contre une porte fermée, de la battre en vain de sa tête douloureuse, comme un pauvre oiseau dans une chambre sans lumière ; et, cependant, elle répétait avec le terrible et maladroit entêtement féminin :
    - Dites-moi… Parlez-moi…
    Il finit par répondre :
    - Je ne sais pas parler, Denise, ma petite Denise ; donnez-moi le calme, le repos, la tendresse… J’ai besoin de vos mains sur mon front, sur mon cœur, de votre douce voix fraîche qui rit près de moi… Mais je ne peux pas, je ne sais pas dire des paroles d’amour… Songez que pendant tant d’années je me suis tu… Ne me forcez pas à dire de jolis mensonges… Je ne veux pas… Je suis si fatigué… Donnez-moi du repos… J’ai besoin de repos…
    - Mais moi, dit-elle révoltée, moi, j’ai besoin de tout ça… J’ai besoin qu’on me dise que je suis la plus belle, et la plus chère, et la seule. J’ai besoin de paroles, même si je sais qu’elles mentent… J’en ai besoin…
    - Je ne peux pas vous donner ce que vous me demandez. Ce n’est pas ma faute, Denise. Je suis pauvre de sentiments autant que d’argent, peut-être, je ne sais pas… Mais je vous donne tout ce que je peux donner…
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  • Par canel, le 11 juin 2012

    Sa présence seule lui était indispensable pour le moment ; sa longue chasteté, au lieu de lui peser, lui était précieuse comme une enfance retrouvée ; son désir d'elle lui causait une de ces souffrances exquises que l'on se plaît à faire durer, comme, au coeur de l'été, quand on a soif, on s'amuse à tenir longtemps sous ses lèvres, sans le boire, le verre d'eau glacé, embué de petites perles fraîches. Il avait assez vécu et senti pour reconnaître la valeur de son émoi ; il le cultivait égoïstement, jalousement, comme une fleur rare. (p.60)
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  • Par lauravanelcoytte, le 27 juin 2010

    Extrait
    "L'amour qui naît de la peur de la solitude est triste et fort comme la mort. Son désir d'Yves, de sa présence, de ses paroles, devenait pareil à une morne folie. Quand elle était loin de lui, elle se torturait l'esprit à imaginer ce qu'il faisait, où il était, avec qui ? Quand elle reposait dans ses bras, l'angoisse du lendemain était si forte qu'elle pénétrait peu à peu sa joie comme un lent poison. Sur son coeur, sous la chaleur de ses caresses, elle avait toujours présente à la mémoire l'heure qui s'écoulait (la dernière peut-être ?) si vite, si vite... Il lui arrivait, quand sept heures sonnaient, de se cramponner à lui, comme si elle se noyait, si pâle et si tremblante qu'il prenait peur. Et quand elle s'expliquait tant bien que mal, il lui caressait le front, comme à une enfant malade, et soupirait : "Petite, petite..." Mais il ne comprenait pas ce besoin féminin de sécurité, ce frénétique désir de sa présence et cette espèce d'épouvante de le perdre, comme si, sauf lui, plus rien au monde n'eût existé. Mais même ces minutes de souffrance âpre et savoureuse étaient rares. Le plus souvent, leur liaison, comme celle des trois quarts des couples illégitimes à Paris, se bornait à de brèves rencontres entre six et sept heures, à la sortie du bureau d'Yves, à des propos insignifiants, à quelques caresses inachevées... Le samedi, une après-midi de gestes amoureux, de silences, le masque absorbé, méchant de l'homme qui prend sa maîtresse, comme on boit du vin, pour soi... Si peu de chose, si peu..."


    --------------------------------------------------------------------------------
    Le Malentendu, p. 115
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  • Par canel, le 11 juin 2012

    (...) c'était une torture quotidienne que cette attente près du téléphone, un lent supplice raffiné qu'elle ne pouvait pas expliquer, qu'il aurait dû, pourtant, comprendre. Et cette incompréhension, c'était justement une des preuves les plus terribles qu'elle manquait entre eux, l'étrange fibre sensible qui relie deux êtres, les noue en un seul, les fait mystérieusement jouir des mêmes joies et saigner des mêmes souffrances ; oui, il manquait quelque chose entre eux d'insaisissable, d'inexprimable, tout simplement, peut-être, ce qu'on nomme l'amour réciproque. (p95)
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  • Par InColdBlog, le 06 août 2011

    Elle se pencha vers lui, le prit par les épaules.
    - Yves, est-ce que vous m’aimez ? demanda-t-elle, et sa voix ne ressemblait pas à celle d’une amoureuse qui murmure : « Tu m’aimes ? », comme une affirmation, divinement sûre d’avance de la réponse ; elle était pleine d’anxiété et de souffrance, au contraire. Tout de même, elle espérait. Il ne répondait rien. Il dit enfin :
    - A quoi bon les mots, Denise ? les mots ne signifient rien.
    - Dites-le moi quand même, je vous en prie… Je veux le savoir.
    - C’est que, justement, je me demande si je peux aimer, aimer comme je voudrais, soupira-t-il. Et, cependant, Denise, je sens que vous m’êtes infiniment chère. Le désir que j’ai de vous est mêlé à une immense tendresse…
    - Mais, c’est cela, l’amour, balbutia-t-elle, comme une imploration, le cœur serré, les yeux attachés sur lui.
    Il répondit simplement :
    - Si vous jugez que c’est l’amour, je vous aime, Denise.
    Elle sentit, pour la première fois, une sorte de barrière entre leurs deux cœurs, comme une petite frontière mal définie, mais infranchissable. Mais elle ne dit rien ; elle préféra fermer les yeux, s’oublier, ne pas voir, ne pas être sûre, mais ne pas le perdre, surtout ne pas le perdre. Et, furtivement, tandis qu’il l’embrassait, elle essuya de la main deux grosses larmes qui débordaient de son cœur trop lourd.
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