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Citations sur Le Malentendu (12)


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  • Par canel le 11/06/2012


    Sa présence seule lui était indispensable pour le moment ; sa longue chasteté, au lieu de lui peser, lui était précieuse comme une enfance retrouvée ; son désir d'elle lui causait une de ces souffrances exquises que l'on se plaît à faire durer, comme, au coeur de l'été, quand on a soif, on s'amuse à tenir longtemps sous ses lèvres, sans le boire, le verre d'eau glacé, embué de petites perles fraîches. Il avait assez vécu et senti pour reconnaître la valeur de son émoi ; il le cultivait égoïstement, jalousement, comme une fleur rare. (p.60)

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  • Par canel le 11/06/2012


    (...) c'était une torture quotidienne que cette attente près du téléphone, un lent supplice raffiné qu'elle ne pouvait pas expliquer, qu'il aurait dû, pourtant, comprendre. Et cette incompréhension, c'était justement une des preuves les plus terribles qu'elle manquait entre eux, l'étrange fibre sensible qui relie deux êtres, les noue en un seul, les fait mystérieusement jouir des mêmes joies et saigner des mêmes souffrances ; oui, il manquait quelque chose entre eux d'insaisissable, d'inexprimable, tout simplement, peut-être, ce qu'on nomme l'amour réciproque. (p95)

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  • Par InColdBlog le 06/08/2011


    - Yves, vous m’aimez ? Dites-moi que vous m’aimez… Vous m’êtes si cher. Dites-moi, parlez-moi…
    Obstinément, il se taisait. Elle avait l’impression de se cogner désespérément contre une porte fermée, de la battre en vain de sa tête douloureuse, comme un pauvre oiseau dans une chambre sans lumière ; et, cependant, elle répétait avec le terrible et maladroit entêtement féminin :
    - Dites-moi… Parlez-moi…
    Il finit par répondre :
    - Je ne sais pas parler, Denise, ma petite Denise ; donnez-moi le calme, le repos, la tendresse… J’ai besoin de vos mains sur mon front, sur mon cœur, de votre douce voix fraîche qui rit près de moi… Mais je ne peux pas, je ne sais pas dire des paroles d’amour… Songez que pendant tant d’années je me suis tu… Ne me forcez pas à dire de jolis mensonges… Je ne veux pas… Je suis si fatigué… Donnez-moi du repos… J’ai besoin de repos…
    - Mais moi, dit-elle révoltée, moi, j’ai besoin de tout ça… J’ai besoin qu’on me dise que je suis la plus belle, et la plus chère, et la seule. J’ai besoin de paroles, même si je sais qu’elles mentent… J’en ai besoin…
    - Je ne peux pas vous donner ce que vous me demandez. Ce n’est pas ma faute, Denise. Je suis pauvre de sentiments autant que d’argent, peut-être, je ne sais pas… Mais je vous donne tout ce que je peux donner…

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  • Par Elisanne le 17/09/2010



    Elle ne pleurait pas. Elle ne souffrait même plus. Elle répétait seulement, sans cesse, comme une petite fille fait d'un problème qu'elle ne comprend pas:
    "Voilà, voilà, c'est fini...Et je n'ai pas su que c'était le bonheur...
    Et à présent, c'est fini..."

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  • Par canel le 11/06/2012


    Toujours las, fatigué, préoccupé, ennuyé, il avait, cependant, pour elle, de la tendresse et de l'attrait phyique, elle le sentait. Mais tout le temps, elle avait l'impression que c'était elle seule qui se cramponnait, de toutes ses forces, à leur amour ; si elle le quittait, elle savait qu'il ne ferait pas un geste pour la retenir, par paresse, par découragement inné et, de cela, elle éprouvait comme une immense fatigue morale, comme si elle eût porté en tremblant, entre ses mains faibles, un précieux fardeau trop lourd. (p.94).

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  • Par canel le 11/06/2012


    - Tous les mêmes, murmura-t-elle, la voix un peu altérée... tendresse, désir... quelque chose, là... Pourquoi ne pas dire tout bonnement : l'amour ? Est-ce que vous avez peur du mot ?
    - Et de la chose, Denise, ma vieille... Et puis quoi, depuis la guerre, on ne sait plus ce que c'est... Tiens quand je te sautais dessus, je t'adorais, comme tu appellerais ça, et puis aussi, quand tu m'as envoyé dinguer, j'ai pleuré comme un veau, tu sais, mais je sentais bien tout le temps que je me consolerais, parce qu'au fond, il n'y a pas de femme dont on ne se console pas... Nous savons ça en naissant, nous autres.
    - Nous ne le savons pas.
    (p. 90-91)

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  • Par InColdBlog le 06/08/2011


    Cependant il restait debout près de la fenêtre ouverte, et, peu à peu, ainsi qu’on reconnaît dans un visage modifié par les années, un sourire, un regard, et que, guidé par eux, on retrouve, en hésitant les traits aimés, de même, il redécouvrait, avec une émotion profondément douce, des lignes, des nuances, le contour des montagnes, la surface miroitante du golfe, la chevelure vivante et légère des tamaris. Et, quand il eut perçu de nouveau, dans l’air, ce parfum de cannelle et d’orangers en fleur qu’y apporte le vent d’Andalousie, il fut tout à fait réconcilié avec l’œuvre du temps, il sourit, et l’ancienne allégresse lui dilata le cœur.

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  • Par InColdBlog le 06/08/2011


    Cette liaison pour lui n’était, en somme, que fatigue. A heure fixe, il fallait être tendre, amoureux, passionné ; préoccupé par les mille petits soucis quotidiens qui le harcelaient, comme des mouches un jour de chaleur, il fallait dire de jolies choses, sourire, caresser ; quand la migraine lui tenaillait les tempes, il fallait parler pour ne pas voir les yeux anxieux de Denise, pour ne pas entendre l’éternelle petite question triste : « Qu’est-ce que tu as ? à quoi penses-tu ? tu ne m’aimes pas ? » Il ne voulait pas faire de cette femme jeune et jolie, bonne et charmante, faite pour le rire, le bonheur et l’amour, la confidente de ses mille petits soucis mesquins (…) Alors il fallait se taire, ou parler de choses indifférentes ou bien dire de jolis riens qui n’étaient pas précisément des mensonges, mais qui lui causaient, parce qu’il se sentait forcé de les prononcer, une mortelle fatigue…

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  • Par InColdBlog le 06/08/2011


    Comme c’était étrange… Quand il était sûr qu’il allait la voir, il retardait tant qu’il le pouvait l’instant de leur rencontre ; ce n’était pas précisément de l’ennui qu’il ressentait, mais de l’absence de désir ; il avait envie de reculer l’heure, il flânait dans les rues, il inventait mille prétextes pour se mettre en retard, trop certain de sa présence, de sa tendresse, de son amour. Mais il suffisait que survînt de la part de Denise un empêchement quelconque pour qu’il se sentît de nouveau amoureux, inquiet et plein d’une impatience délicieuse ; quand il arrivait à Denise d’être un peu malade, il s’affolait, se tourmentait, devenait câlin et doux ; il avait mal dans sa chair quand elle souffrait ; il ne pouvait la quitter ; elle lui était subitement plus précieuse que tout au monde. Mais le lendemain, elle guérissait, et il recommençait à traîner son amour comme un fardeau.

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  • Par InColdBlog le 06/08/2011


    Elle se pencha vers lui, le prit par les épaules.
    - Yves, est-ce que vous m’aimez ? demanda-t-elle, et sa voix ne ressemblait pas à celle d’une amoureuse qui murmure : « Tu m’aimes ? », comme une affirmation, divinement sûre d’avance de la réponse ; elle était pleine d’anxiété et de souffrance, au contraire. Tout de même, elle espérait. Il ne répondait rien. Il dit enfin :
    - A quoi bon les mots, Denise ? les mots ne signifient rien.
    - Dites-le moi quand même, je vous en prie… Je veux le savoir.
    - C’est que, justement, je me demande si je peux aimer, aimer comme je voudrais, soupira-t-il. Et, cependant, Denise, je sens que vous m’êtes infiniment chère. Le désir que j’ai de vous est mêlé à une immense tendresse…
    - Mais, c’est cela, l’amour, balbutia-t-elle, comme une imploration, le cœur serré, les yeux attachés sur lui.
    Il répondit simplement :
    - Si vous jugez que c’est l’amour, je vous aime, Denise.
    Elle sentit, pour la première fois, une sorte de barrière entre leurs deux cœurs, comme une petite frontière mal définie, mais infranchissable. Mais elle ne dit rien ; elle préféra fermer les yeux, s’oublier, ne pas voir, ne pas être sûre, mais ne pas le perdre, surtout ne pas le perdre. Et, furtivement, tandis qu’il l’embrassait, elle essuya de la main deux grosses larmes qui débordaient de son cœur trop lourd.

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